Thierry Crouzet

Sommes-nous d’accord sur un truc ?

À force de lire les discussions à droite et à gauche sur le Net, je me demande si notre génération au sens large pourrait se réunir autour d’une idée. Je sais bien qu’aucune idée ne peut faire l’unanimité mais existe-t-il aujourd’hui une idée assez vaste pour laquelle se battre vaut la peine ?

Pour ma part, j’ai la conscience d’appartenir à un tout, généralement appelé biosphère. C’est une idée centrale dans ma vie. Je crois que nous sommes nombreux à la partager. Cette conscience a de nombreuses implications.

Nous sommes écologistes

Une fois conscient de la biosphère, nous avons envie de la maintenir en bonne santé. Ça ne veut pas dire bloquer l’évolution, ce qui est impossible, mais éviter de la faire dérailler dans une voie sans-issue.

Nous sommes responsables

La biosphère forme un réseau d’interactions qui lie toutes les choses et tous les êtres vivants. Aucun ne peut s’en abstraire. Dès que nous agissons, nous modifions notre environnement. Bien sûr, ça ne nous interdit pas d’agir mais nous agissons en toute conscience. Nous ne pouvons plus rejeter les fautes sur les autres, même si nous sommes incapables de prévoir les conséquences de nos actes.

Nous sommes partisans du principe de précaution

Ça ne veut pas dire que nous sommes contre le progrès technologique au contraire. Simplement, nous pensons qu’avant de déployer des solutions globales, il faut en tester de nombreuses localement. Les solutions doivent être comparées puis sélectionnées. De nouvelles variations de solutions doivent sans cesse être testées. Il n’y a pas de solution universelle, c’est-à-dire miracle, pour quoi que ce soit. Une grande erreur serait d’interdire les expériences au nom d’un principe de précaution trop dur.

Nous sommes des habitants du monde

Comme tout est lié, réduire une politique à un pays n’a aucun sens. Toute politique doit devenir extérieure. Nous sommes les citoyens de la biosphère. Ensemble nous règlerons les grands problèmes. Nous n’aimons pas les frontières et les postes de douane.

Nous nous méfions de vues à court-terme

Régler momentanément un problème est souvent possible mais les conséquences pour l’avenir sont imprévisibles. L’administration Bush a réglé le problème Saddam Hussein sans régler le problème de la paix en Irak. Toute politique doit s’inscrire dans le temps long et non dans celui bref des échéances électorales. Le principe de précaution et la méthode de l’essai et de l’erreur qu’il implique demande du temps, un temps long qui vient balancer le temps court de l’évolution technologique.

Nous nous méfions des vérités éternelles

La biosphère évolue, rien ne perdure inchangé, pas même l’espèce humaine. La démocratie représentative n’est pas le meilleur système politique, le capitalisme n’est pas le meilleurs système économique. Ils sont des solutions à une situation particulière. Quand la situation change, nous devons imaginer autre chose. Nos adversaires sont ceux qui refusent le changement et ceux qui croient que nous ne pouvons pas changer.

Nous sommes contre la surspécialisation

Les gens ont tendance à s’enfermer dans leur petit domaine de compétence, refusant d’admettre qu’il est lié aux autres. Ce phénomène est particulièrement visible dans le monde universitaire. Il faut au contraire tendre vers le généralisme, accepter l’interaction, la favoriser. C’est la meilleure façon de participer à la biosphère et à la noosphère.

Nous vivons dans un monde irréversible

Ce qui a été fait ne peut être défait. Chaque chose qui arrive influence trop de choses qui existent pour pouvoir être annulée. Nous devons être humbles.