Thierry Crouzet

DSK n’a pas de méthode

Je n’ai pas l’habitude de commenter l’actualité politique parce que je ne la suis tout simplement pas, surtout pas en direct. Mais, hier soir, j’ai entendu par hasard DSK sur France Inter. Je me suis demandé comment on pouvait tenir un discours aussi incohérent.

1/ Au sujet de l’électricité, DSK souhaite un réseau de distribution nationalisé, sous prétexte qu’un tel réseau serait mieux sécurisé que si on le laissait aux mains du privé.

2/ Au sujet de la paix dans le monde, DSK pense qu’une seule superpuissance c’est dangereux pour l’équilibre.

Moi, j’ai entendu que ce qui était bon pour l’électricité n’était pas bon pour la paix. Pour la sécurité électrique, il faut un seul poste de commandement. Pour la sécurité dans le monde, il en faut plusieurs.

Qu’on ne me dise pas que ça n’a aucun rapport. Je vois deux problèmes de même nature, atteindre le meilleur niveau de sécurité, et deux méthodes radicalement opposées pour les résoudre.

Je vois surtout que DSK cherche à séduire la gauche. Pour être gentil avec les fonctionnaires, il faut nationaliser. Il en remet une couche à l’égard de tous les Français. Pour avoir toujours du jus, mieux vaut faire confiance à une politique étatiste. Puis il flatte notre esprit européen : assez de ces méchants américains qui ne peuvent pas faire la pluie et le beau temps tout seuls, nous aussi nous voulons en être.

Si ce n’est pas du populisme, je me demande ce que c’est. Les idées, on s’en moque, la méthode, on s’en moque, on suppose que personne ne cherchera à recoller les morceaux d’un discours incohérent.

En quoi, un réseau nationalisé est-il plus fiable qu’un réseau privé ? Argument de DSK : les entreprises négligent la fiabilité au profit de la rentabilité. Voilà une loi que DSK tire de son chapeau. Si je l’applique à un autre domaine, les compagnies aériennes privées ont beaucoup plus de crashs que les compagnies publiques. Je ne crois pas que ce soit le cas. Aeroflot pourrait même servir de contre-exemple.

En général, les compagnies qui offrent les meilleurs services facturent plus cher et gardent plus longtemps leurs clients. Une entreprise n’a aucun intérêt à sacrifier la fiabilité, surtout si les autres à côté d’elle ne le font pas. Et il y en aura toujours une pour ne pas le faire afin de rafler les clients les plus exigeants.

Mais je dévie. Le fond du problème, l’erreur monumentale, est de croire qu’un acteur unique, l’État par exemple, est plus compétent que plusieurs acteurs qui rivalisent d’intelligence. DSK sait qu’il faut plusieurs puissances pour maintenir la paix dans le monde. Pourquoi croit-il que c’est différent pour l’électricité ? Et internet, veut-il aussi nationaliser le réseau ?

Sur internet, plus il y a d’acteurs, plus il y a de lignes, plus il existe de chemins pour éviter les point d’engorgement. Nous connaissons des ratés électriques parce que le réseau de distribution n’est pas assez décentralisé. Il y a justement trop peu d’acteurs et trop de goulets d’étranglement. Un acteur seul peut construire un réseau décentralisé mais rien de tel pour le faire que laisser plusieurs acteurs optimiser leurs services.

Hier soir, j’ai entendu DSK faire de la bonne politique marketing mais la logique de cette politique sera illogique sur le terrain. Les journalistes ne l’ont pas repris au vol. Non, ils avaient préparé leurs questions et ils les déroulaient sans écouter les réponses.

Au passage, DSK balance une baffe à Ségolène Royal. La démocratie participative, ça ne règlera pas les problèmes. DSK se moque des citoyens. Il appartient à cette caste de politiciens qui croient connaître toutes les solutions pour nous. Faites-moi confiance, nous dit-il. Non, pas d’accord. Nous avons envie de nous faire confiance.

Et quand un journaliste annonce à DSK que Bayrou dit sur un point la même chose que lui, DSK répond que Bayrou devrait militer au PS. Jamais il ne lui vient à l’esprit que lui et Bayrou pourraient aller ailleurs, inventer quelque chose de neuf.

Non, non, non…

Ne croyez pas que j’ai une dent contre DSK, au contraire. Mais faut pas abuser.

PS1 : Pour qu’une intelligence collective apparaisse, il faut beaucoup d’acteurs. Que ce soit pour gérer l’eau, l’électricité ou avoir des idées, c’est la même chose. Bien sûr l’énergie est limitée, les idées non… mais ça ne change rien.

PS2 : Le sujet de cet article est la méthode. Quelle méthode choisir pour régler les problèmes ? DSK ne sait pas visiblement.

PS3 : Je n’ai pas cherché ici à démontrer les avantages de la décentralisation. Je trouve juste stupide de toujours dire que le privé fait moins bien les choses que l’État. Dans tous les cas, des hommes travaillent, parfois bien, d’autres fois moins bien. Le problème n’est pas dans l’État ou le privé. Ils ne sont pas antagonistes.

PS4 : Je ne défends pas la concurrence mais le droit à la différence, le droit à la diversité. Qu’on le veuille ou non, quand il y a peu d’acteurs, il y a peu d’idées.

PS5 : La diversité est une chose, je suis pour, la contradiction en est une autre. DSK est illogique dans ses méthodes et donc dans ses idées. Il a droit d’avoir autant d’idées qu’il veut mais il ne peut pas se contredire comme il l’a fait.

PS6 : Pourquoi serait-il mieux de gérer un problème à plusieurs dans un cas et pas dans un autre ? Nous pouvons employer des méthodes diverses mais pas juste par démagogie.