Thierry Crouzet

Ératosthène de Cyrène

Sur Ératosthène 37/38

Pour comprendre son époque, il faut parfois prendre du recul (ce que je fais peu en ce moment avec cette maudite campagne présidentielle). Comme je ne peux voyager dans le futur, j’essaie de regarder en arrière vers des époques qui auraient pu ressembler à la notre et, au cœur de ces époques, je m’intéresse aux hommes qui ont réussi les traverser avec bonheur.

Notre époque me semble caractérisée par une grande convergence : tous les savoirs, toutes les traditions, toutes les politiques se rencontrent pour diverger vers quelque chose du neuf. Nous vivons un big bang culturel qui, au passage, détruit tous les repères.

D’un côté les conservateurs s’accrochent aux vieux modèles, font preuve d’autoritarisme pour le préserver, de l’autre des gens lucides comprennent qu’il est temps de reconstruire sur de nouvelles bases.

La confrontation entre les conservateurs et les novateurs, que je qualifie de freemen puisqu’ils se sont libérés des carcans, me paraît redoubler de nos jours. Elle sera le sujet de Croisade, le prochain livre auquel je travaillerai.

Mais, en attendant, je reviens à mon Ératosthène. J’ai écrit ce roman historique entre 2000 et 2003 lorsque je vivais à Londres. J’y raconte la vie d’Ératosthène de Cyrène, un des hommes les plus extraordinaires de tous les temps, avant tout extraordinaire par sa liberté. Il était déjà un freemen.

Sa vie peut nous apprendre à mener la notre car lui aussi vécut au cœur d’une époque de convergence extraordinaire, la bibliothèque d’Alexandrie dont il fut le directeur pouvant être regardée comme une métaphore d’internet. Ce troisième siècle avant Jésus-Christ fut flamboyant, plein de promesses et il se termina dans le sang. J’espère que nous ne suivrons pas le même chemin.

Comme je n’aime pas les métaphores cachées et les livres à clés, mon roman se trouve entrecroisé de mini essais où j’explicite les parallèles entre les époques de convergence, notamment entre notre vingt-et-unième siècle et le troisième siècle alexandrin. Je réécris ces essais en ce moment et je voudrais procéder comme avec Le cinquième pouvoir, partager ce travail avec vous.

Comme je ne sais pas encore qui éditera ce livre (Bourin est tenté mais comme ce livre sort de son créneau ça risque ne ne pas se faire), je ne peux pas mettre en ligne l’ensemble du texte, car ça risque de refroidir les velléités de pas mal d’éditeurs. Je publierai donc uniquement les essais sur le blog et je mettrai le reste du texte sur lulu.com.