Thierry Crouzet

Panurgisme démocratique

Au cours de l’évolution, la vie survécut aux grandes extinctions en répondant par des explosions de la diversité. Nous ne réglerons pas les crises écologiques, sociales et même spirituelles de l’humanité sans explorer de multiple solutions et variations.

Dans le domaine économique, une explosion régénérative est en cours. Elle est particulièrement visible sur internet. Loin de se concentrer, des centaines d’entreprises se créent chaque jour. On ne fusionne plus, on partage les compétences (lire Merge with care dans Wired). Et les longues traînes apparaissent.

Dans le domaine politique, en France, après le premier tour de la présidentielle 2007, nous en sommes malheureusement revenus à une version hypercapitaliste de la politique. Quatre partis se retrouvent avec une position quasi monopolistique. Ils écrasent les autres voies.

Alors que beaucoup d’observateurs se félicitent des résultats du premier tour de la présidentielle (fort taux de participation, clarté des résultats, mise à l’écart des extrémistes…), je suis beaucoup plus pessimiste. Pour moi, nous venons de vivre une régression démocratique : nous avons assisté à la mort de la diversité. Nous avons réduit nos chances de trouver des solutions.

Nous pouvions nous y attendre après les discours sur le vote utile. Ils ont merveilleusement réussi malgré les mises en garde. Voter utile revenait à renoncer à la diversité, refuser une longue traîne en politique.

Si on compare, le profil de l’élection 2002 et celui de l’élection 2007, les différences crèvent les yeux.

En 2002, nous avons un début de longue traîne, une ouverture aux petites tendances, qui toutes ou presque réussissent à émerger.

En 2007, elles sont écrasées, assommées… sommées de se taire ou de se fondre dans la masse (logique parce que le gouvernemement ou même l’opposition ne leur donna jamais la parole). Or, si certaines de ces voies sons rétrogrades, d’autres, au contraire, préfigurent peut-être l’avenir. Il est alors dangereux de les réduire à si peu. Les Français risquent bientôt de s’en mordre les doigts.

Le profil de 2007, nous ramène plus de trente ans en arrière, en 1974 très exactement. En fait, voilà pourquoi nos politologues sont heureux. Ils sont retombés dans le vieux cadre qu’ils connaissent bien et qu’ils savent décrypter.

Mais attention. Le monde, lui, n’a pas régressé, il va au contraire vers plus de complexité et les réponses du passé ne sauraient lui convenir. Les concentrations, la centralisation, l’élitisme… toutes ces choses faciles à décrire par des courbes linaires ne marchent plus vraiment. Nous entrons dans un temps plus proprice aux lois de puissances, dont les longues traînes sont une expression.

Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal vont aller au second tour avec une belle légitimité. Certains doivent être soulagés et se dire que le système représentatif majoritaire est sauf.

Encore une fois, se serait une conclusion hâtive. Ce système qui ne laisse pas place à la diversité est inapte à se confronter à la complexité. Il est urgent d’adopter un système à la proportionnelle qui donne à toutes les idées la chance de s’exprimer, qui par la même motive leur expression et l’engagement de ceux qui se sentent exclus, notamment, souvent, les plus entreprenants des Français.

Dans le domaine économique, qui voudrait d’un système majoritaire ? Seules quelques grosses entreprises auraient alors le droit de vendre et les entrepreneurs seraient bâillonnés. Ce système, poussé par certains grands groupes, n’a heureusement jamais réussi à s’imposer totalement. Les portes restent toujours ouvertes. Et plus les domaines sont vivants, en croissance et innovants, plus il y a de la place pour les petits.

Comme nous avons besoin, plus que jamais, de politiques innovantes, nous ne pouvons pas nous contenter d’une dictature des puissants. Nous devons en politique tendre vers une gradation d’ordre économique. Nous devons militer pour la longue traîne politique qui seule permettra au cinquième pouvoir d’exister.

Merci les médias d’avoir lobotomisé la tête des Français, de les avoir campé dans les vielles lignes de fracture. Vous êtes aujourd’hui les premiers freins à l’innovation dans notre pays.

Les hommes libres n’ont dorénavant pas d’autres options que se dresser contre votre mainmise d’un autre temps.

Plus nous nous tournerons vers le passé, comme hier vers 1974, plus la crise sera douloureuse. La France doit apprendre à vivre avec son temps.