Thierry Crouzet

Nous avons beaucoup appris

Ce titre résume ce que j’ai répondu à Jean-Olivier Pain de la Radio Suisse Romande puis à Jérôme Colombain de France Info qui m’ont successivement demandé quel bilan je tirais de la net présidentielle.

En 2005, avec le référendum européen, beaucoup de citoyens se sont engagés pour la première fois en politique grâce à internet. En 2007, la présidentielle a intensifié ce mouvement, contribuant à l’engouement pour la politique relevé par tous les observateurs.

Plus qu’à cause de l’importance du scrutin, des programmes ou des personnalités des candidats, je crois que c’est grâce à internet que les Français sont redevenus des animaux politiques. Ceux qui avait internet ont motivé les autres (et notamment les journalistes – fait à mon avis essentiel pour comprendre le phénomène).

Quand nous découvrons un nouvel outil, nous nous en emparons, c’est le propre de l’homme. Dans Le cinquième pouvoir, j’ai ainsi montré qu’internet pouvait devenir un outil politique, un outil qui permet à tous de participer au débat et même à la gouvernance.

Le cinquième pouvoir en tant que tel n’a pas fait basculer cette élection. C’est une certitude. Je pense que, en revanche, nous venons de créer de nouvelles routes pour les idées. Avec les blogs, les forums, les wikis… nous forgeons les armes politiques du cinquième pouvoir. Une fois ces routes en place, nous serons prêts à relever les prochains défis, qui seront bien plus capitaux qu’une présidentielle.

Dès lundi, beaucoup de blogs vont mourir mais beaucoup vont survivre et devenir plus intéressants, car, plutôt que de commenter les programmes politiques étriqués, plutôt que de s’enfermer dans les luttes partisanes, ils vont se lancer dans la véritable politique. Les problèmes environnementaux, les énergies renouvelables, les alternatives à la croissance matérielle, les nouveaux modes d’organisation… vont réoccuper le devant la scène.

Il est vital que chacun des citoyens puissent faire des propositions et discuter des propositions des autres. C’est ainsi, grâce à la collaboration à vaste échelle, que nous découvrirons des solutions nouvelles.

Nos politiciens appartiennent tous à l’ancien monde du top-down. Ils disent sans cesse « je veux » ou « il faut » ou « la solution, c’est », utilisant des expressions qui devraient être bannies du langage politique du vingt-et-unième siècle.

Ce siècle sera bottom-up ou ne sera pas.

En ce sens, une présidentielle est totalement top-down, donc totalement étrangère à la logique du cinquième pouvoir. Les rares candidats s’expriment essentiellement via les médias top-down (et ils ont raison car ils ont accès à ses médias et sont ainsi sûr de toucher une large audience).

En revanche, lors des municipales, les grands médias, même les médias locaux, seront incapables de reprendre la voix de tous les candidats, internet aura alors un grand rôle démocratique à jouer.

Mais ces nouvelles élections, à mon sens plus importantes que la présidentielle, ne resterons qu’un épiphénomène par rapport à la tâche de défendre la santé de la planète et de repenser son développement. Le connecteur est avant tout un homme engagé dans son temps plus qu’un militant.

Je suis heureux que la présidentielle soit bientôt dépassée. Nous allons arrêter de chercher derrière chaque parole des manœuvres électorales. Maintenant, et nous allons nous mettre au travail. Tout ça commence dès lundi. Promis, j’ouvre mon wiki.

PS1 : Jérôme Colombain m’a demandé ce que je pensais du déferlement des vidéos. En 2005, ça n’existait pas, a-t-il remarqué. À mon sens, il y a deux explications.

  1. La technologie a progressé. Nous disposons de plus de bande passante, les caméras vidéo se banalisent tout comme les services de publication. Du coup, chaque citoyen devient un paparazzi en puissance. Et les hommes politiques n’ont qu’à se tenir à carreau, ce qu’ils font de mieux en mieux d’ailleurs, voilà pourquoi nous n’avons pas trop eu de petites phrases fâcheuses.
  2. Une présidentielle, c’est une élection monarchiste, on vote pour une personne plus que pour ses idées. Et une personne, ça génère plus d’images que les idées.

PS2 : Écrit depuis la maternité…