Thierry Crouzet

Modem centric

PaccoMa critique de l’université d’été du Modem a suscité beaucoup de commentaires tant ici sur mon blog que sur Agoravox. Comme j’en ai l’habitude, je vais essayer de répondre à tous en même temps.

  1. La diversité des réactions, allant des encouragements aux insultes les plus directes, me prouve au moins que les militants du Modem ne forment pas une masse homogène. C’est positif pour un mouvement qui se cherche. J’ai poussé une gueulante notamment pour célébrer la différence et faire tout pour qu’elle continue de s’exprimer.
  2. Il est vrai que nombre de mes critiques valent pour les autres partis. Mais j’ai critiqué le Modem parce qu’il est en devenir et que nous pouvons influer ce devenir. Je rappelle pour l’anecdote que j’ai suggéré à François Bayrou de dissoudre l’UDF dès le 2 janvier 2007. Je reste persuadé que, s’il l’avait fait alors, il serait Président aujourd’hui.
  3. Le Modem est unique dans le paysage français parce qu’il est justement encore ouvert et influençable. Les autres partis sont soit tenus de main de maître et fermés, soit accrochés à des idéologies désuètes. Je m’intéresse au Modem parce que je crois qu’il peut être novateur et j’aimerais qu’il le soit. S’il se contente de s’occuper de réformes techniques comme le non-cumul des mandats, il n’ira pas loin.
  4. Nous avons besoin de changer de méthode politique. Ce n’est pas une lubie de ma part, un dada marketing. Le monde d’aujourd’hui ne peut plus se gouverner par une approche top-down. Il ne s’agit pas de changer de méthode pour le plaisir mais parce qu’il en va de l’avenir du monde. Quand j’entends dire que la nature humaine ne changera pas et que les hommes ont besoin de chefs. Je réponds « Très bien : attendons-nous à des guerres terribles qui ramèneront la population mondiale et la complexité à un stade où ces chefs pourront s’exprimer à nouveau. » Mais comme je ne veux pas de cette régression, je milite pour une politique moderne, où les préoccupations électorales ne sont pas la seule priorité.
  5. À quoi bon être élu pour appliquer peu ou prou les mêmes méthodes que les autres. Nous avons besoin d’un changement radical, pas de petits ajustements. Voilà pourquoi je pense qu’il faut créer un mouvement d’idées en priorité puis, en second temps, se préoccuper des postes électifs. Ce n’est qu’une fois que le mouvement d’idées aura pris une ampleur sans précédent qu’il faudra se préoccuper de changer les choses sur le terrain. Si l’on va sur le terrain avant d’avoir des idées neuves, on fera sur le terrain comme les autres. Pour l’instant, les idées de Bayrou ne sont pas originales, juste sur la bonne voie, il faut aller beaucoup plus loin.
  6. Je n’ai pas fait de nuances en parlant de médiocrité mais je n’ai pas l’habitude de mâcher mes mots. Je me moque qu’on me traite de médiocre à mon tour. Nous sommes si habitués au politiquement correct, à l’enrobage marketing, que, dès que quelqu’un dit ce qu’il pense, on lui suggère de se taire. Je ne suis pas encore découragé. En tant qu’antiessentialiste, je ne peux pas penser une seconde qu’un ensemble de gens soit médiocre. Chacun de nous, un à un, peut être médiocre ponctuellement, moi, par exemple, quand il s’agit de communiquer. Je rappelle que ma sortie ne visait pas les militants mais le militantisme qui peut facilement conduire à la médiocrité (panurgisme, fusion, idolâtrie…).
  7. Je persiste et je signe. Vouloir atteindre le pouvoir pour imiter les autres, c’est médiocre. Je pense même que si le Modem faisait sienne cette médiocrité il n’atteindrait pas le pouvoir.
  8. Certains ont cru sentir que j’étais blessé, que je réagissais comme un amoureux déçu. Je voudrais les rassurer. Je n’ai jamais été amoureux de François Bayrou. J’ai apprécié ses idées durant la campagne présidentielle, je leur ai donné forme à ma façon, mais je n’ai pas oublié de critiquer. Je crois d’ailleurs que Bayrou accepte les critiques les plus vives, en tout cas il n’a pas le choix s’il veut inventer la politique de demain.
  9. D’autres ont pensé que j’étais jaloux de ne pas être un cadre du Modem et de ne pas être sur la scène. Il est vrai que j’aime la scène et que j’aime discuter des idées qui me paraissent importantes. En fait, je suis terriblement frustré de voir qu’un immense potentiel de changement git inexploité. Sinon oui je suis ambitieux, orgueilleux, prétentieux… dans le cas contraire, je ne serais sans doute pas écrivain, je n’accepterais pas de parler en public, je n’ouvrirais pas ma gueule pour un oui et pour un non. Est-ce mal d’être ambitieux ? Mais jaloux du Modem actuel non… Je serais juste jaloux si je voyais un Modem novateur duquel je serais tenu étranger.
  10. Aujourd’hui aucun parti en France ne m’attire. Christophe Grébert a fait le bon choix en se présentant à la mairie de Puteaux en candidat citoyen. Le Modem devrait le soutenir.
  11. Une politique collaborative ne peut être déployée qu’au niveau local. À l’échelle globale, les élus n’ont aucune latitude et aucun impact. Voilà pourquoi j’ai parlé de l’inutilité du vote pour nommer les grands manitous. À l’échelle locale, le vote continue d’avoir du sens, même s’il n’est pas le seul moyen de s’engager.
  12. Si vous avez un problème d’urbanisme dans votre commune, que votre maire ne le règle pas, c’est votre devoir d’agir. Si toutes les communes règlent leur problème, le problème est par là-même réglé à l’échelle globale. Grébert nous montre une des façons de mettre les mains dans le cambouis.
  13. D’autres lecteurs ont dit qu’ils ne voyaient pas comment une organisation horizontale pouvait fonctionner en politique. S’il faut attendre que quelqu’un adopte ce modèle pour y croire, il ne sera jamais adopté. Dans mes livres, j’ai donné de nombreux exemples de telles organisations : internet, Visa, Wikipedia… La politique n’est pas un monde à part. Juste en retard, elle doit apprendre à son tour à gérer la complexité. Je n’ai jamais dit que ce serait facile, que nous connaissions la recette, mais si nous n’essayons pas autant aller s’inscrire à l’UMP ou au PS et laisser le monde se consumer dans la crise de la complexité. J’ai encore l’espoir qu’un parti comme le Modem tente l’aventure et qu’il ait une véritable ambition. Bayrou lui-même n’a-t-il pas souhaité un changement de paradigme ? Il ne s’agit pas pour moi de se limiter aux mesures techniques. Par exemple, l’ouverture ne doit pas se limiter aux autres partis mais avant tout aux autres hommes. L’ouverture politique doit prendre modèle sur l’open source en informatique.
  14. Faire de la politique ne se résume pas à militer dans un parti, c’est essayer de changer le monde. On peut le faire en étant élu, en faisant du lobbying, en propageant de nouvelles idées, en boycottant des produits… Nous ne changerons le monde qu’en cumulant un ensemble de méthodes (être élu n’est pas un passage obligé, juste un passage possible dans la configuration actuelle de la société). Cette façon de voir la politique explique pourquoi j’ai un peu tiré sur les colleurs d’affiches… car ils placardent la figure des candidats sur les murs alors que les candidats sont moins importants que les idées qu’ils représentent. Mais je conviens qu’on ne peut pas coller des idées… quoi que, sur internet, c’est un peu ce que nous faisons.
  15. Un parti politique n’a pas besoin de managers mais de leaders. J’ai longuement discuté de ce point dans Le cinquième pouvoir. Un leader donne le cap, il n’a pas besoin d’être en plus celui qui se présente aux élections, les compétences requises ne sont pas identiques. Je crois même que les fonctions de leader et de manager devraient être séparées.
  16. Je serais médiocre parce que je n’ai pas critiqué le modem sur le fond… sur, par exemple, sa vision de l’international. Je pense que le fond n’est pas là, que le fond est d’abord philosophique. Une fois la philosophie en place, il devient possible d’avoir un discours sur le reste. Sinon la politique se résume en une succession de réactions qui, prises dans leur ensemble, sont incohérentes. Nous assistons à ce spectacle depuis trop longtemps. Nous ne devons pas écrire une idéologie inaltérable mais, à chaque problème, réagir en fonction de l’idéologie provisoirement établie.
  17. Certains m’ont même demandé de tenir bon et de garder un pied à l’intérieur du Modem. Je vais vous faire une confidence. En janvier dernier, François Bayrou m’a téléphoné un jour en me disant qu’il avait besoin de toutes les énergies pour l’aider. Je lui ai dit que je ne pouvais pas me rallier comme l’avait fait Loïc Le Meur avec Sarkozy mais que je publierais sur mon blog mes idées. C’est ce que je fais depuis.
  18. Un autre aveu. Quelques jours plus tard, je me suis dit que je pouvais en faire plus. J’ai envoyé un mail à Bayrou pour lui offrir les services de quelques francs-tireurs du web, volontaires pour l’aider à mener une campagne disruptive. Je n’ai pas eu de réponse. Est-ce pour cela que je suis aussi raide aujourd’hui ? Peut-être, je ne le nie pas, je suis faillible comme tout le monde. Mais j’espère que je défends ma position pour des raisons plus nobles.