Thierry Crouzet

La voie du silence

PaccoL’athée ne pense pas à Dieu. Penser à Dieu, c’est déjà reconnaître sa possibilité. Le meilleur moyen de faire exister quelque chose, c’est de s’en préoccuper.

Pour lutter contre ce qui ne nous plait pas je me demande si le silence n’est pas la meilleure arme. Cette tactique me paraît opportune dans notre monde surmédiatisé. En un temps de guerre, Gandhi avait imaginé la non-violence. En un temps de communication, on pourrait imaginer le silence. Refuser de se prêter au buzz.

Quand les libéraux se plaignent de l’État, ils le légitiment. Se révolter contre l’État, c’est reconnaître la nécessité de l’État. Le manifestant aspire simplement à un autre État. Il n’est donc pas révolutionnaire car il n’aspire pas à autre chose, il ne se bat pas pour un nouvel ordre du monde mais pour un monde réajusté.

Le révolutionnaire ne critique même pas, il ne demande rien. Le révolutionnaire construit, il ne fait pas de bruit. Les révolutions contre n’ont conduit qu’à des réajustements mineurs parce que dans le « contre » il y a ce qu’on dénonce et ne peut oublier.

La révolution française en cassant la noblesse ne cassa pas les privilèges. En instaurant la démocratie, elle ne réussit pas à abolir l’oligarchie qui se réorganisa très vite.

En votant, on légitime la démocratie représentative. On entérine l’idée que quelques hommes peuvent commander à tous les autres.

Que faire quand leurs actions ou leurs exactions interfèrent avec notre vie ? L’homme libre peut fuir. Mais que faire quand l’exaction, la pollution par exemple, nous poursuit où que nous allions ? Il ne nous reste qu’à nous battre. Ce combat peut prendre plusieurs formes.

  1. Résister. C’est la non-violence de Gandhi, le boycott contemporain… Mais résister jusqu’à quand ? Que faire en cas d’urgence ?
  2. Renverser. Mais à quoi bon se mettre à la place de celui qu’on critique. À un moment donné, on l’imitera.
  3. Infiltrer. Accepter les règles, en jouer pour les changer. Mais n’est-ce pas légitimer le système et user de ses travers ?

Ces modes de révolte ont toujours coexisté. Nous pouvons peut-être leur en adjoindre un quatrième, le seul réellement révolutionnaire : construire.

Qu’est-ce qui nous empêche d’inventer un autre monde à côté de celui qui ne nous convient pas. N’est-ce pas ce que nous faisons avec la culture libre ? N’est-ce pas ce que nous faisons en ce moment même sur internet ?

Nous n’avons plus besoin de résister, de renverser et d’infiltrer, nous n’avons qu’à nous concentrer sur la construction.