Thierry Crouzet

Google hégémonique

PaccoJ’ai déjà tiré la sonnette d’alarme au sujet de la position dominante de google, j’en ai subit les conséquences l’année dernière lors du lancement de bonVote, je la subis à nouveau aujourd’hui avec bonWeb. Jeudi, nous avons été blacklistés, effacés de l’index Google, notre trafic s’est instantanément écroulé, un de nos annonceurs a rompu son contrat.

Google est en telle position de force qu’il peut mettre n’importe quelle entreprise web à terre du jour au lendemain, sans même donner la moindre explication. Une amie juriste m’a dit qu’il s’agissait d’un abus de position dominante, qu’à terme Google serait attaqué et perdrait.

Je ne me lancerai pas dans une telle croisade mais je suis inquiet quand à l’avenir d’un web qui ne pourrait se faire qu’avec Google. Nous autres éditeurs de sites n’avons d’autres choix que d’obtempérer, que d’accepter toutes les injonctions de Google.

Pour bonWeb, tout a commencé par la demande de désindexation de nos résultats de recherche. Nous nous sommes exécutés immédiatement. Ces pages ne nous amenaient d’ailleurs aucun trafic extérieur. Nous avons tout supprimé sauf les pages comme Magasins de jouets, pages où apparaissent des sites saisis par nous et par les webmasters.

Nous avons expliqué à Google que supprimer ces pages revenait à désindexer la totalité de bonWeb. La sanction est venue sans préavis, sans aucun message, sans aucun dialogue. Bien sûr Google ne répond pas à nos messages comme il n’a jamais répondu à ceux des milliers de sites qui ont déjà subit le même sort.

La position de Google est simple : tout site qui présente des résultats de recherche ne doit pas référencer ses pages. Un annuaire comme bonWeb n’a donc plus sa place dans Google, alors même que nos pages sont éditées manuellement, par nous ou les webmasters, et qu’elles présentent une forme de contenu… et qu’elles existent pour certaines depuis 1998.

Google ne nie pas l’intérêt de ce contenu puisqu’il vit de contenus comparables mais il est en train d’interdire ses concurrents, même minuscules comme bonWeb, d’empiéter sur ses platebandes.

Officiellement, à l’origine de cette position, il y a la lutte contre le spam. Mais cette lutte a bon dos. Que Google interdisent aux spammeurs de référencer leurs pages, c’est une chose. Qu’il l’interdise à tous les annuaires en est une autre. Google veut simplement être le seul outil de recherche du web. Demain eBay, la Fnac, toutes les boutiques… pourraient subir ses foudres car aujourd’hui ces sites référencent leurs listings qui ne sont rien d’autre que des résultats de recherche.

Par exemple, Wikio dispose d’une page Thierry Crouzet qui est un résultat de recherche en très bonne position dans Google. Cette page a pour moi un intérêt, elle liste tous les articles qui parlent de moi mais pour Google, en tant que résultat de recherche, elle devrait disparaître. Pourquoi certains sites ne sont-ils pas blacklistés pour des pratiques qui en condamnent d’autres ? Nous entrons dans un web à deux vitesses où il y a les grands et les petits, ceux qui négocient avec Google et les autres. Une forme de dictature est en marche. Le « Don’t be evil » de la jeunesse de Google semble oublié depuis longtemps.

Notes

  1. J’espère que l’injonction de désindexation de certaines pages s’est croisée avec notre réponse prouvant notre bonne foi. En toute logique, Google devrait nous faire réapparaître dans son index. Je suis confiant.
  2. Cette réapparition peut toutefois attendre plusieurs semaines. Nous allons perdre de l’argent mais ce n’est pas dramatique pour une société comme bonWeb. Nous ne sommes que deux salariés, nous avons un trésor de guerre, nos autres sites tournent encore.
  3. Une boutique en ligne ou une société avec un équilibre financier plus incertain serait tout simplement ruinée si elle subissait la même mésaventure que nous.
  4. Certains diront que c’est une punition méritée, que je n’avais qu’à moins faire le malin, que bonWeb spammait google en indexant des dizaines de milliers de pages. Je crois que le problème n’est pas là. Nous avons le droit de créer des annuaires, Google peut faire reculer nos pages dans ses résultats mais il n’a pas le droit de nous interdire de créer de telles pages.
  5. Si les pages créées par l’approche 2.0 (user generated content), une grande partie de bonWeb, n’ont pas leur place dans Google ça pose un sacré problème.
  6. Au fond, Google souhaite que les internautes ne trouvent pas à travers lui les autres outils de recherche. S’il n’avait pas une position dominante ce ne serait peut-être pas un problème. Nous sommes aujourd’hui dans une toute autre situation. Soit Google vous aime, soit vous n’existez pas.
  7. Pour plaire à Google, pour éviter que le problème ne se répète, je crée en ce moment une sitemap pour lui indiquer précisément ce que je veux qu’il indexe, en fait je mâche le travail à Google… Google me force à travailler comme il le veut… il ne veut plus tenter de trier la diversité du web comme il le faisait si bien à ses débuts. C’est aux éditeurs de qualifier leurs pages ce qui est pour le moins difficile lorsque ces pages sont créées par milliers par les utilisateurs eux-mêmes.
  8. Au passage, je remarque que Google nous interdit certaines pratiques qu’il s’autorise lui-même, comme d’afficher des publicités à côté de certains mots clés tendancieux. Google veille que nous respections sa loi qu’il ne respecte pas lui-même… ça me rappelle le comportement de certains politiciens.