Thierry Crouzet

C’est la merde qui prédomine

Beaucoup de blogueurs, dont moi parfois je l’avoue, éprouvent de l’amertume devant la faible fréquentation de leur blog. Il existe pourtant une recette quasi infaillible pour connaître la gloire blogosphérique (plus de 10 000 visiteurs uniques par jour).

  1. Choisir une niche très active commercialement : iphone, ultraportable, GPS… ou très croustillante médiatiquement, les people et parmi eux ceux qui font le buzz. Vous devez parler de ce que les gens cherchent sur Google. Les sujets technologiques sont les plus faciles à monter en épingle. Par exemple, un toubib réussit à faire plus de 4 millions de visiteurs par mois avec un blog sur les rumeurs du monde Mac.
  2. Être un des premiers sur cette niche pour assurer l’antériorité dans les bases de données des moteurs.
  3. L’antériorité fera que vous serez cité comme référence par les autres blogueurs et votre ranking augmentera par une effet d’inertie.
  4. Publier et encore publier pour ne laisser échapper aucun mot-clé. Google scanne votre blog toutes les quinze minutes. Vous devez être en ligne avant vos concurrents. Vous leur arracherez des visiteurs même si vous avez un plus mauvais ranking qu’eux.
  5. Autant dire que faire du copie/coller ne sert à rien. C’est une totale perte de temps. Il faut présenter les choses de manière originale et avant les autres. On ne peut copier que si on dispose d’un ranking égal ou supérieur à ses concurrents. Ce n’est pas comme ça qu’on émerge.
  6. Avoir une bonne santé. Vous devez rester connecter en permanence. Avoir un réseau d’informateurs. Si vous laissez tomber la pression, vous serez distancé.
  7. Si en prime vous trouvez un ton original, vous empochez le jackpot.

Cette recette fonctionne. À vous de savoir si vous avez la vocation pour l’appliquer, sachant que les niches ne se maintiennent jamais longtemps et qu’il faut sans cesse se remettre en question.

Cette recette ne vous donnera pas des lecteurs mais des visiteurs. J’en ai appliqué une variante lorsque j’écrivais des livres de vulgarisation sur internet. À l’époque, je vendais 100 000 exemplaires par an mais je n’existais pas. Les gens qui lisaient mes livres se moquaient de savoir qui les avait écrits car n’importe qui aurait pu le faire. Ils avaient besoin des informations que je publiais mais ils se fichaient bien de la petite main agissante. Ils avaient raison car je ne diffusais aucune vision qui m’était propre. Je me faisais simple médiateur.

À vous donc de savoir si vous voulez plutôt des visiteurs ou plutôt des lecteurs ? Si vous voulez être un éditeur ou un auteur ? Si vous voulez poursuivre l’audience ou poursuivre votre route ? Il y a peu de chance que l’une et l’autre de ces quêtes se croisent, sinon par hasard.

Par exemple, avec blogeee.net, Pierre Lecourt allie sa passion pour les ultraportables avec la mode actuelle autour de ces machines. Je pourrais citer une quinzaine de blogueurs éditeurs comme lui en France.

C’est une bonne manière de gagner agréablement sa vie mais nombre de blogueurs poursuivent un autre objectif. Ils veulent changer le monde, changer leur monde, changer leur vie… Je me range parmi eux mais il serait déraisonnable, en plus, d’exiger un succès tonitruant.

Je ne dis pas que c’est impossible mais c’est forcément aléatoire. Il ne suffit pas d’être le premier sur un créneau et de s’y tenir. Il faut un concours de circonstances, le même qui amène un écrivain à connaître le succès… et pour que cela soit possible, pour que de temps en temps, un écrivain émerge, il en faut beaucoup d’autres qui expérimentent.

Nous autres blogueurs révolutionnaires sommes maintenant dans cette phase de maturité. Les médias ne se focaliseront plus sur nous juste à cause du mot blog mais parce que nous diront des choses qui, peu à peu, prendront du poids.

Nous devons prendre notre temps. Nous ne devons pas nous efforcer à publier tant et plus, chose indispensable pour un blog à succès qui arrache des visiteurs à Google à coup de mot-clé.

On pourrait accuser Google d’ailleurs de favoriser la mode. Mais Google ne fait que réinventer sur le web ce qui existait avant. Si vous écrivez sur ce que les gens aiment lire, et surtout aiment chercher, vous avez plus de chances d’être lu que si vous écrivez sur ce qui vous travaille.

Au final qu’est-ce qui est le plus important ?

À vous de décider.

Pour ma part, être lu pour être lu ne m’intéresse pas. J’ai encore ce luxe. Je ne dis pas que je ne veux pas être lu mais je ne veux pas l’être à n’importe quel prix. Tant que je le peux, je ne quitte pas ma route.

Je sais bien que beaucoup de blogueurs se décourageront. Mais beaucoup d’écrivains se découragent aussi. C’est la vie. Et le meilleur de la forme blog est justement à venir.