Thierry Crouzet

Nouveau clivage idéologique

Je viens de proposer un raisonnement logique qui me semble indiquer que réduire le pyramidal implique l’introduction dans la société de plus d’auto-organisation.

On me répond « Non. Il faut réduire le pyramidal et surtout pas recourir à l’auto-organisation qui est une utopie. »

Passons sur le fait que cette utopie fonctionne depuis l’origine du monde, au niveau physique, biologique, humain et, depuis peu, au niveau technologique.

Je vois deux cas de figure :

  1. Vous estimez que le modèle pyramidal est le meilleur modèle humain pour régir nos sociétés. C’est la position conservatrice, peu innovante car le pyramidal est en gros le seul système jamais essayé dans le monde occidental.
  2. Comme moi, vous estimez que le pyramidal n’est pas la panacée. Plusieurs attitudes sont alors soutenables, entre le rejet complet du pyramidal jusqu’à des attitudes qui visent simplement à le réformer.

Contrairement à ce que beaucoup de gens affirment, je ne suis pas un ennemi fanatique du pyramidal. Nous savons dans quelles situations il marche, dans lesquelles il marche moins bien et nous entrevoyons celles où il ne peut tout simplement pas marcher.

Une idée reçue circule souvent : plus c’est compliqué, plus nous avons besoin d’ordre et de rigueur, plus nous avons besoin de hiérarchies fortes. Cette idée, qui remonte à l’origine de toutes les monarchies, prévaut encore aujourd’hui.

Les biologistes, les informaticiens, les sociologues… tous commencent à découvrir qu’elle est infondée et même qu’elle est dangereusement fausse. Il faudra du temps pour que ce dogme s’effondre.

Plaçons-nous maintenant dans le camp de ceux qui pensent que le pyramidal présente quelques inconvénients. Que faire pour les corriger ? Car il faut bien trouver des solutions. Changer les hommes ne changera pas grand-chose. Réduire certaines pyramides par trop vertigineuses les verra ressurgir plus grandes encore. Pour corriger le pyramidal, il faut lui opposer d’autres possibilités. L’auto-organisation en est une. J’avoue que je n’en vois pas d’autres… et que personne ne semble en proposer d’autres.

Nous sommes bien loin d’une utopie pirate qui voudrait la disparition de toutes les formes d’autorités. Nous sommes dans un système en cours d’évolution. Personne, en tous cas moi, n’imagine tout détruire pour proposer une cité idéale.

Quand des réseaux s’auto-organisent à côté des pyramides, ils ne le font pas simplement pour palier les imperfections des pyramides. Discutez avec des journalistes vous verrez combien ils vivent mal les attaques que subissent leurs vieilles pyramides.

Personne n’a besoin d’instaurer l’auto-organisation (ce qui serait un non sens). Elle s’instaure d’elle-même quand nous découvrons les technologies ad hoc. Aucun politicien, issu du système pyramidal, soutenu par ce système, n’aurait d’ailleurs la folie de tenter un push dans cette direction. Même quand ils sont conscients de la tendance, nos politiques esquivent le sujet.

Je ne propose donc pas une révolution politique. Je décris juste ce qui à mon sens est en train de se produire. Si l’auto-organisation a quelques qualités sociales dans notre monde complexe, elle se répandra aux dépends du pyramidal. Je n’ai aucune idée de l’équilibre auquel nous aboutirons. Je ne sais même pas si un équilibre peut exister.

Dans presque tous mes billets, je réfléchis à des hypothèses. Quand je me demande est-ce qu’une société peut fonctionner sans police et que je cherche des solutions, je ne dis pas qu’il faut supprimer la police.

Je n’ai jamais affirmé une chose pareille. Je crois même que si nous découvrons des modèles pour éviter la police dans certains domaines cela aidera la police à mieux faire son travail, notamment dans la prévention.

Si nos modèles se mettent en place de-ci de-là, s’ils font leur preuve, alors nous verrons bien ce qu’il adviendra de la police telle qu’elle est structurée aujourd’hui.

J’ai pu lire « À aucun moment, on ne va supprimer la police ». C’est une évidence. Le « on », celui capable d’agir sur la police, n’existe que parce qu’elle existe. Il ne supprimera la police à moins de vouloir se suicider. Mais rien ne prouve qu’elle n’évoluera pas, ne s’altérera pas pour devenir tout autre chose que ce que nous appelons aujourd’hui police. Demain personne ne l’aura supprimée cette police d’aujourd’hui mais elle aura disparue.

Nous sommes exactement dans la même situation qu’avec l’OpenMoney. On ne dit pas qu’il faut remplacer le système monétaire actuel, on demande juste le droit d’expérimenter d’autres modèles, expérimentations déjà actives partout sur le web avec les monnaies virtuelles.

Je n’ai pas l’impression de défendre une nouvelle idéologie. Les partisans des forces conservatrices voient en moi un ennemi, ils me placent dans un camp qui n’existe pas, qui ne peux exister parce qu’il ne se structure autour d’aucune structure… mais seulement de connexions entre nous.

Je ne veux rien supprimer.

Je vois juste des problèmes irrésolus depuis longtemps et je me dis qu’il est peut-être temps d’essayer d’autres choses.