Thierry Crouzet

Pour une politique de transition

Imaginons une jeune politicienne à qui un grand parti offre une candidature prestigieuse. Quels conseils pourrais-je lui donner ?

Vous croyez sans doute que je vais lui dire de laisser ce vieux monde et de faire autre chose. Et bien non. Toute expérience est bonne à prendre. Mener une campagne, être soutenu par les pontes, être élu, puis exercer un rôle d’élu est une expérience sur laquelle on ne doit pas cracher si on dispose des compétences requises.

Si j’avais refusé d’être manager à vingt-huit ans, je suis sûr que je n’écrirais pas tout ce que j’écris aujourd’hui. Je n’aurais jamais touché du doigt l’absurdité du système pyramidal.

S’engager est une chose. Pour défendre qu’elles idées ? Ma jeune politicienne est consciente des deux paradigmes. Elle sait que le pouvoir ne peut plus fonctionner comme avant. Pour gagner du temps, elle a envie de se plonger directement dans le nouveau paradigme mais par quel bout le prendre ? C’est un territoire vierge qui fait flipper.

Ok, elle peut y pénétrer. Faire des signaux de fumée, appeler des gens à la rejoindre. C’est un peu ce que je fais. Mais c’est une politicienne, elle a besoin d’agir dans le concret et d’agir avec les autres.

J’entrevois pour elle une possibilité. Si nous avons deux paradigmes, nous avons une transition possible de l’un à l’autre. Cette transition peut être spontanée, violente ou accompagnée. Nous avons dans tous les cas besoin d’une politique de transition. Ma jeune politicienne peut en devenir la championne. Elle ira au pouvoir pour favoriser la transition. La liberté d’expression. La liberté des monnaies. La liberté de l’énergie. En même temps, elle tentera de réduire le pouvoir de l’oligarchie. Non cumul des mandats. Introduction de tirage au sort. Séparation des assemblées constituante et législative. Mesures en faveurs des entrepreneurs indépendants. Ce combat prépare à la transition, il peut nous aider à la passer en douceur.

Si le parti, qui n’a pas sa place de l’autre côté de la transition, refuse de soutenir la jeune politicienne dans sa démarche, elle ne doit pas se soumettre et elle doit regagner sa liberté, créer un nouveau mouvement, un mouvement de transition.

Si le parti au contraire la soutient, elle doit prendre sa chance, c’est une chance pour nous tous de traverser la crise sans trop y laisser de plumes.

Il serait en revanche dangereux que la jeune politicienne, une fois au pouvoir, oublie ses anciennes idées. De là haut, elle ne pourra pas changer le monde. Elle ne pourra pas prendre des décisions qui nous rendront soudain heureux.

Tout ce qu’elle pourra faire, c’est comme le judoka user de la force du système pour l’aider à basculer dans un autre état. C’est un beau projet, une belle mission.