Thierry Crouzet

Décentraliser le capital

Le 21 janvier 2006, Evo Morales donna son premier discours de Président bolivien devant la commuté indienne.

Je veux dire aux frères d’Amérique et du monde entier : unis et organisés, nous changerons les politiques économiques qui ne contribuent pas à améliorer la situation des majorités nationales. À ce stade, nous sommes convaincus que concentrer le capital en un petit nombre de mains n’est en aucun cas une solution pour l’humanité ; concentrer le capital en un petit nombre de mains n’est pas la solution pour les pauvres du monde entier.

En lisant ce passage, j’ai perçu quelque chose d’évident mais qui ne m’avait pas frappé jusqu’à présent. Le capitalisme est un centralisme, la centralisation du capital entre quelques mains. C’est un mouvement en phase avec la concentration des pouvoirs au sommet de la pyramide.

Si la décentralisation, le bottom-up, le maillage en réseau conviennent mieux à un monde complexe, le capital lui aussi doit être décentralisé. Et on ne pourra plus appeler capitaliste un monde où le capital sera décentralisé.

Corollaire : on ne peut pas être anticapitaliste et centralisateur. Mais n’est-ce pas la position de la gauche de la gauche ? Comme nombre de mouvements réformateurs, elle est incapable de se placer dans le nouveau paradigme.

Pratiquement, pour décentraliser le capital, il faut développer la longue traîne. Nous devons nous installer à notre compte, devenir des artisans high-tech interconnectés. Plus la traîne s’allongera au détriment de la tête, plus le capital se redistribuera.

Pour décentraliser le capital, il faut créer une infrastructure économique massivement décentralisées.

Un militant anticapitaliste doit tout faire pour devenir un travailleur indépendant. Il doit cesser de collaborer à la concentration du capital. De militant (celui qui demande à une autorité d’agir pour lui), il doit devenir activiste (celui qui agit lui-même).

En tant qu’anticapitaliste, je ne suis pas de droite mais je ne suis pas non plus de gauche car je ne partage pas les solutions de gauche. Je suis un activiste du nouveau paradigme.