Thierry Crouzet

Un monde sans pauvreté

Que va-t-on faire une fois que le système bancaire se sera vaporisé avec nos économies ? Hier, cette question était farfelue. Aujourd’hui, elle effraie parce que nous allons devoir reconstruire le monde. Je vois deux directions divergentes se profiler.

  1. Totalitarisme. Quelques privilégiés accaparent les ressources pour maintenir leur niveau de vie. Amplification extrême du capitalisme avec creusement de l’écart entre les pauvres et les riches. Réduction des libertés et esclavagisme. Guerres expansionnistes. Peur des autres pays qui pourraient rêver des richesses qui nous restent. Risque de verser dans la barbarie. Génocides afin de réduire la population et la complexité.
  2. Éveil. Une prise de conscience générale traverse tous les hommes et nous nous mettons à partager un nouveau rêve. L’idée d’un monde sans pauvreté, sans dissensions, harmonieux est peut-être enfin possible. Ce nouvel état évolutif ne pouvait advenir qu’après une phase de mondialisation, une phase d’interdépendance car il ne peut jaillir que s’il est universellement partagé dans un monde à la complexité assumée.

Je nous vois osciller entre le chaos et le renouveau. Je me dis que la crise arrive trop tôt. Nous ne sommes peut-être pas prêts, pas assez entraînés à la coopération à grande échelle qui maximisent la créativité.

J’entends beaucoup de gens parler de don et de partage mais que partageons-nous, sinon comme moi quelques soupirs sur Internet ? Est-ce que nous mettons les mains dans le cambouis ? Le slogan de T-Mobile, Life’s for Sharing, ne nous fait-il pas plus de mal que de bien ? Au final, que partageons-nous sinon des données numériques ? Le moment n’est-il pas venu de partager autre chose ? À commencer par des sourires quand nous nous croisons et que nous ne nous connaissons pas ?

Incidemment, avec le partage les données numériques, nous apprenons à partager du temps. Mais n’est-ce pas du temps consacré à bâtir une image de soi ? Les artistes donnent le temps qu’ils consacrent à leurs œuvres, la majorité sans l’espoir de bénéfices financiers. Mais que font ceux qui n’ont pas de prétention artistique, pas de soucis esthétiques et qui imitent les artistes ? Ils se contentent d’apprendre à partager, n’importe quoi, ce qui leur passe par la tête. J’espère que de cet inutile naîtra un nouveau réflexe, une nouvelle attitude dans la vie. Être heureux de donner, être heureux de recevoir, vivre dans cet unique but.

Sans un tel changement, d’une profondeur presque inimaginable, nous serons incapables de construire un monde radicalement nouveau. Sans un changement de conscience par rapport à ce que l’humanité a connu depuis toujours nous serons incapables de créer un monde sans pauvreté.

Quand Muhammad Yunus dit que le mode de gouvernance et la politique de recrutement ne distinguent pas un social-business d’une entreprise cherchant à maximiser le profit, j’ai quelques doutes. Le social-business de la Grameen Bank ne marche-t-il pas juste parce que Yunus est là ? Un peu comme l’auto-organisation fonctionnait chez Visa du temps de Dee Hock ? Puis quand il prit sa retraire, les hiérarchies ressurgirent.

Au cours de notre histoire, ces structures plus humaines ne se sont pas développées parce l’humanité n’y était pas préparée. Il nous manquait quelque chose. Nous devons grandir au préalable. Alors oui d’autres rêves et d’autres mondes seront possibles.