Thierry Crouzet

Dans la peau de Finkielkraut

Pourquoi est-ce que je dénonce F ? Pourquoi sommes-nous nombreux à le dénoncer sur le web et à parler de lui en ce moment : Narvic, Enikao, Vinvin, Jm Planche et des centaines de Twitteurs ? Ne voulons-nous pas prendre sa place ? Je ne refuserais pas d’avoir la même aura médiatique que lui et de vendre autant de livres que lui.

Ok, F comprend le web de manière incomplète, un peu comme un conducteur de diligence pouvait comprendre le train qui allait le mettre au chômage. Il en a peur et il tire des conclusions passéistes. Rien de neuf. Même situation historique, mêmes réflexes.

Notre devoir est de dénoncer les erreurs de F et de ses copains, de nous appuyer sur elles pour deviner d’éventuels dangers que nous aurions négligés ou sous-estimés. À mon sens, notre devoir s’arrête là. Mais notre déchaînement ne révèle-t-il pas chez nous une forme de jalousie ? F a tout simplement plus d’influence que nous.

Si, un jour, l’un de nous gagne une influence comparable, il commettra les mêmes erreurs et j’espère que les jeunes, qui ne seront pas encore ses amis, se déchaîneront contre lui. Le web ne fera pas disparaître les intellectuels parce que le web n’est pas égalitaire. Après F, il y aura d’autres F et des petits f pour les contester.

Aujourd’hui, les F prennent le micro et occupent les écrans, demain les f occuperont de la même façon les médias many to many. C’est eux que les gens interrogeront en priorité parce que nous avons besoin de phares, web ou pas web.

Finkielkraut autour de la table

Maintenant, on peut reprocher à F de ne pas entrer dans le débat, de ne pas être présent dans nos conversations, de ne pas être bidirectionnel (c’est tout ce que je reproches aux intellectuels ancienne mode). S’il faisait un pas vers nous, il reconnaîtrait notre importance, il admettrait être en perte de vitesse. Sa position est stratégiquement la meilleure, un bon marketing, même si intellectuellement elle ne tient guère.

Alors il me semble que c’est à nous de faire un pas vers lui et de lui proposer un débat. Contactons-le, proposons lui de nous voir, organisons un échange. Faisons-nous même l’information avec F plutôt d’attendre qu’il s’exprime ailleurs que sur le web au sujet du web. Proposons-lui de s’exprimer au cœur même du système qu’il dénonce pour tenter de lui en faire toucher du doigt les vertus positives. Défendons nos idées plutôt que de lui donner raison quant à ses craintes populistes.

Ma proposition s’apparente à une fourchette aux échecs. Si F refuse, il perd aux yeux de ses successeurs. Si F accepte, il perd en nous reconnaissant nous aussi comme des intellectuels. D’un autre côté, F est bien plus entraîné que nous à la conversation médiatisée. Il sera capable de détruire en vol la plupart d’entre nous. Je suis prêt à courir le risque. À condition que nous nous placions dans le temps long propre au web, que nous profitions de notre espace temps illimité.

Nous devons arrêter d’avoir les yeux fixés sur les autres médias et de passer notre temps à les commenter. Nous devons créer nous-mêmes le débat, en notre cœur et non seulement en réaction à ce qui se passe ailleurs. Si un nouveau monde nait, nous ne pouvons nous épuiser à regarder uniquement en dehors.

PS : Cherche volontaire pour organiser ce raout.

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