Thierry Crouzet

Ne pas pactiser avec l’ennemi

Alban Martin vient de proposer de créer une association, si je résume bien, qui aurait pour fonction de faire du lobbying auprès des élus tout en surveillant leur moralité. Ce serait en somme un cinquième pouvoir organisé pour lui donner plus de poids. Autant, je ne nie pas l’intérêt de créer une association, on avait à l’époque parlé du réseau libre, autant l’objectif que lui donne Alban me paraît irréaliste.

  1. Si l’association voit le jour, elle ne fera pas de mal, donc je ne suis pas contre sa création, même si je pense qu’elle peut détourner notre attention des réformes démocratiques qui s’imposent.
  2. Elle présuppose que les élus au pouvoir commandent réellement à l’avenir de notre société, j’en ai toujours douté, j’en doute plus que jamais (et je passe sur les mécanismes de corruption intrinsèque au modèle représentatif).
  3. Quand ils ne sont pas malhonnêtes et clientélistes, les élus n’ont pas plus pouvoir positif que chacun d’entre nous, même s’ils nous donnent l’illusion du contraire. En revanche, leur pouvoir de nuisance est immense. À quoi bon chercher à les influencer ?
  4. Le cinquième pouvoir, comme tout mouvement grassroot, est une force de décentralisation. La canaliser par une association reviendrait à la centraliser, à la fragiliser, à en faire une cible pour les hommes de pouvoir qui entendent conserver leur pouvoir.
  5. Les représentants de cette association, aussi honnêtes soient-ils, finiraient comme tous les représentants par succomber aux tentatives de corruption.
  6. Par force de décentralisation, je sous-entends que le cinquième pouvoir doit s’exercer simultanément en tout lieu. Chacun à notre échelle, nous devons l’exercer (un élu peut donc aussi l’exercer). C’est seulement ainsi que le cinquième pouvoir ne peut pas être phagocyté.
  7. Le cinquième pouvoir n’est pas seulement un contre pouvoir, un pouvoir de lobbying, mais avant tout une modalité d’action. Je place des panneaux solaires sur mon toit et j’arrache un peu de pouvoir à EDF et je rends l’énergie moins contrôlable.
  8. Le pense que le meilleur moyen de réinventer la démocratie n’est pas de corriger les défauts rédhibitoires de la nôtre mais, en son sein, de faire émerger une autre démocratie.
  9. L’approche des écureuils égoïstes me paraît la seule envisageable, la seule qui peut avoir des effets immédiats, d’autant plus que dans un premier temps elle ne touche aucun des intérêts en place.
  10. Alors fédérer un telle approche oui mais se faire mousser en jouant avec nos puissants n’est rien d’autre qu’une façon de s’abaisser à leurs pieds, voire même de les courtiser.
  11. Je suis sûr qu’ils seraient flattées si les internautes leur donnaient autant d’importance en établissant une ligne directe avec eux. Les promoteurs d’une telle démarche en tireront tous les lauriers imaginables mais ils ne règleront aucun des maux de notre démocratie.
  12. Nous devons nous réformer nous-mêmes avant de chercher à réformer les autres. Tous les politiciens tombent dans ce piège, nous ne devons pas les suivre sur cette pente.
  13. Nous pouvons bien sûr tenter de nous réformer en groupe. Dans ce cas, une association peut aider à faire circuler les expériences, les histoires…
  14. Résumé. Notre action politique ne doit pas être dirigée contre celle du gouvernement, pas plus que s’associer à celle du gouvernement, elle doit se situer à côté. Nous n’avons besoin de personne pour décider d’agir. Profitons, tant que c’est encore possible.
L'ennemi intime
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