Thierry Crouzet

Faut-il privatiser ou nationaliser ?

Politique 2.0 68/83

Ni l’un ni l’autre Président ! Voici qui pourrait résumer une conversation tardive avec un ami à la fin d’une soirée, pas plus arrosée pour lui, plutôt musulman, que pour moi, ascète quasi intégriste. Mon ami est un patron de gauche. Il reconnait que la privatisation ne résout pas tous les problèmes et qu’elle les aggrave souvent (tout en reconnaissant que beaucoup de gens ont besoin d’un coup de pied au cul pour se le bouger). Il aurait tendance à favoriser l’étatisme, qu’il juge plus équitable (tout en sachant que les fonctionnaires ont aussi besoin de coups de pied au cul). J’ai alors tenté maladroitement de lui expliquer qu’il existait au moins une autre possibilité.

Schématiquement, la droite est plutôt favorable à la privatisation, à l’entreprise individuelle, à la liberté d’entreprendre. La gauche, elle, suppose que l’État doit intervenir dans tous les domaines susceptibles de provoquer des inégalités : éducation, santé, énergie, transport…

Mais comment fonctionnent les entreprises nationalisées ? Exactement de la même façon que les privées : structure hiérarchique, avec même plus de hiérarchie dans le public, et centralisation. On peut bien sûr lister des différences qui toutes me paraissent insignifiantes par rapport à la similitude structurelle.

Pourquoi j’accorde tant d’importance à cette dernière ? Parce qu’elle impose ses pratiques. Mettez des hommes les uns au-dessus des autres et, invariablement, ils se marchent sur la tête. Dans un cas, pour gagner plus, dans l’autre, pour le prestige, dans tous les cas, pour le pouvoir. Et ils finissent par en oublier leur mission première.

Toute structure pyramidale de grande taille finit par devenir une entité quasi autonome qui se moque de l’humanité qui la compose et de l’humanité qu’elle est sensée servir. Autant dire que privatiser et nationaliser, c’est blanc bonnet et bonnet blanc.

On a bien tenté une autre approche : le collectivisme. Le management collégial de la foule des employés. Mais à de rares exceptions le collectivisme est resté pyramidal, parfois même pour le déployer à l’extrême.

Sommes-nous coincés ? Pas le moins du monde. Plutôt que de conférer le pouvoir à une entité privée ou publique, il suffit de le distribuer entre les hommes. Alors, on ne privatise pas, on ne nationalise pas, on émancipe, on libère, on autonomise, on responsabilise… On enlève le pouvoir des mains des patrons comme des mains de l’État. On fait de l’éducation à la finlandaise. Du développement à la mode Internet.

Il me semble que personne à droite ou à gauche ne se reconnaît dans cette position qui sera alors qualifiée d’anarchiste, parce qu’elle est étrangère aux options retenues par la société dominante, la principale étant la toute-puissante des structures pyramidales. Proposer des réformes qui vont à l’encontre de ces structures ne peut qu’attirer les feux de toute part. Il est ainsi pratique de qualifier d’anarchistes tous ceux qu’on ne sait pas ranger dans les cases acceptables.

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