Thierry Crouzet

Suis-je grand public ?

On dirait que parce que je parle de roman de gare ou d’écriture coopérative, j’ai renié la littérature. Dans le même temps, des commentateurs viennent m’insulter et m’accuser de faire de la masturbation intellectuelle. Pas simple ! Difficile d’être consensuel et d’écrire pour tous les publics en même temps.

Qu’est-ce qui empêche de mener plusieurs projets de front ? Certains littéraires, d’autres moins. Nombre de réactions me laissent supposer que l’on ne peut faire qu’une chose à la fois, que s’adonner à un seul genre à la fois. Je crois, au contraire, qu’il est nécessaire de déployer son écriture dans des directions antagonistes (surtout si on a le temps et la force de travail nécessaire).

J’ai envie de…

  1. Continuer ce blog masturbatoire.
  2. Poursuivre mon exploration de la littérature populaire entamée avec Croisade.
  3. Écrire de nouveaux essais et pamphlets (mais j’ai besoin d’une pause).
  4. Expérimenter l’écriture coopérative grâce aux mécanismes du jeu de rôle (parce que jouer est un plaisir).
  5. Appliquer La stratégie du cyborg pour un roman ou un documentaire fictif (il ne s’agit pas d’écriture collective mais d’une écriture augmentée).
  6. Pourquoi ne pas m’essayer au théâtre.
  7. Ne pas oublier mon vieux projet littéraire, mes carnets conçus comme une œuvre en soi et non seulement comme un journal.

Rien ne m’empêche de creuser chacun de ces sillons qui peuvent se nourrir les uns les autres sans nécessairement se croiser, tout en développant cette forme nouvelle qu’est le blog.

J’ai terminé cette année trois textes, La quatrième théorie, J’ai eu l’idée (il faut qu’avec François Bon on publie la version finale sur publie.net) et L’alternative nomade, avec en annexe Propulseurs dans le flux. Un roman populaire, une collection d’aphorismes, deux essais.

Pour un éditeur traditionnel, cet éparpillement est suspect. Impossible de me présenter ni comme un romancier, ni comme un essayiste, ni comme un poète (dans quelle autre catégorie ranger J’ai eu l’idée ?), d’autant que je ne revendique aucune de ces appellations. Je ne veux pas m’enfermer dans une case. C’est là que le numérique joue un rôle et peu faire péter les frontières, à nous de ne pas réinventer les anciens clivages comme cette opposition populaire/littéraire.

Quand je lis Simenon, je le trouve populaire et littéraire. J’ai toujours considéré Lovecraft comme littéraire alors que, quand je le lisais, il y a 25 ans, il était encore considéré par beaucoup comme populaire. C’est un peu comme avec la musique, je ne mets pas Bach au-dessus des Clash (Bach était d’ailleurs populaire en son temps). Quand François Bon écrit sur Hendrix, il s’intéresse à ce que certains sourds pourraient prendre pour de la musique de supermarché.

Surtout, ne nous enfermons pas. Ne réinventons pas des églises. Continuons à nous engueuler, à nous rencontrer, à nous lire, à nous retrouver. Et n’oublions jamais de dire ce que nous pensons.