Thierry Crouzet

Cinquante nuances de Grey ou les limites des conseils littéraires

Édition 108/176

Je ne résiste pas aux plaisirs. J’aime les auteurs qui réussissent à transmettre leurs recettes. J’admire leur lucidité car je suis bien incapable de les imiter. Dès que j’identifie un procédé, je tente de m’en débarrasser, eux, ils en font une loi de leur succès.

Il y a quelques jours je retwittais un articleLee Child offrait quelques-uns de ses tuyaux d’auteur de thriller best-seller. Dès le début, il explique qu’il est ridicule de commencer un roman en montrant un personnage qui se regarder dans un miroir. Inutile d’utiliser un tel artifice. Si un personnage est grand, il faut le dire. C’est tout.

Je trouvais ce conseil plutôt judicieux, allant dans le sens du minimalisme que j’apprécie. Quelques jours plus tard, au fil des suggestions sociales, je lis After ‘Fifty Shades of Grey,’ What’s Next for Self-Publishing?.

Depuis quelques semaines, difficile de passer à côté de la trilogie sadomaso d’EL James, dont le premier tome autopublié a été vendu à plus de 31 millions d’exemplaires, ce qui fait de lui le livre le plus vendu de tous les temps dans sa version paperback. Mieux qu’Harry Potter en moins d’un an !

Je finis par craquer et par charger le roman sulfureux dans mon Kindle. Premier paragraphe :

I scowl with frustration at myself in the mirror. Damn my hair – it just won’t behave, and damn Katherine Kavanagh for being ill and subjecting me to this ordeal. I should be studying for my final exams, which are next week, yet here I am trying to brush my hair into submission. I must not sleep with it wet. I must not sleep with it wet. Reciting this mantra several times, I attempt, once more, to bring it under control with the brush. I roll my eyes in exasperation and gaze at the pale, brown-haired girl with blue eyes too big for her face staring back at me, and give up. My only option is to restrain my wayward hair in a ponytail and hope that I look semi presentable.

Le miroir est là dès la première phrase comme quoi les clichés ne sont pas de si mauvaise idée, surtout quand on réussit à les enchaîner non-stop comme EL James, en les entrecoupant de « Oh my… ». Et ça marche. J’ai pas posé son livre du weekend. Je le conFESSE.

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