Thierry Crouzet

Le bon sens moralisateur nous tue

Politique 2.0 37/83

Suite à ma note sur le nouveau Kindle, un commentateur m’écrit : « Pour une simple question de confort de lecture vous vous apprêtez à cautionner une multinationale nord-américaine qui n’hésite pas à engager des nazis en Allemagne pour encadrer du personnel sous-payé. […] Permettez-moi de trouver cela indécent. »

J’en ai marre des déraillements de la pensée. Des priorités qui dans notre société perdent les pédales. Nous vivons dans un pays qui entretient des guerres ou aimerait ouvrir de nouveaux fronts pour faire oublier l’indigence intellectuelle de son gouvernement. C’est pas indécent ? Il ne sera plus question de sous-payer. Il est question depuis longtemps de morts évitables et qui auraient dû l’être depuis longtemps.

Et votre agent ? À quel genre de banques le confiez-vous ? La BNP. La Société Générale. Des choses de cette espèce, probablement. Vérifiez dans quelles entreprises elles investissent. Vous y trouverez l’armement. Vous contribuez à la mort d’innocents. C’est pas indécent ?

Vous avez un crédit ? C’est pas indécent de vivre au-delà de vos moyens, de demander à ceux qui ne sont pas encore nés de payer demain pour vos fastes ? Ne vous étonnez pas que l’exploitation commence dès aujourd’hui.

Vous travaillez peut-être. Est-ce seulement pour le bien de vos semblables, ou aussi un peu en vue du profit… souvent aveugle ? Pollueurs de toutes espèces.

L’indécence est généralisée dans notre société. Celle d’Amazon pas pire qu’une autre. Elle doit être dénoncée. Je ne cesse de taper sur tous les monstres centralisés avides de pouvoir. Mais je n’ignore aucune opportunité. Quand un monstre m’offre un outil de décentralisation, je m’en saisis pour mieux combattre un système qui a perdu la tête.

Une liseuse, un téléphone, un ordinateur… tous produits dans des conditions douteuses nous permettent néanmoins de dénoncer, peut-être construire un autre monde, de l’écrire, de le diffuser, de le rêver collectivement.

Si je dois me fermer à toutes les indécences, elles me réduiront au silence et me piétineront. Je ne les accepte pas, je les retourne contre elles-mêmes. Je ne vois pas quel autre choix j’ai. Sinon une absurde décroissance, un autre fanatisme, contre nature d’ailleurs, qui généralisé nous mènerait droit à la dictature extrême.

L’indécence commence par la pensée dominante. Cette charade qu’on nous martèle pour nous faire avaler des infamies.

L’indécence commence par le vote, par ce geste qui consiste tout simplement à se décharger de ses responsabilités sur quelques imbéciles qui se croient capables de régler nos problèmes.

Cette indécence-là est la pire de toutes. Celle à partir de laquelle toutes les autres découlent. Celle du renoncement à se battre. Celle qui pousse après des hommes et des femmes à accepter l’inacceptable. Chez Amazon et partout ailleurs.

Cette indécence tue l’homme.

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