Thierry Crouzet

Bitcoin et le 2.0 en général, l’asymétrie finance la croissance

NetCulture 80/135

J’espère me tromper. Une idée déplaisante m’est venue en vélo au milieu d’une pente sévère. Je me suis dit : « Hors de question que cette pente s’efface pour ceux qui pédalent derrière moi, ce serait même mieux si elle devenait de plus en plus difficile en même temps qu’ils rajeunissent. »

Un système monétaire asymétrique avantage les premiers entrants. Par exemple, nos monnaies traditionnelles avantagent les vieux sur les jeunes qui naissent avec la dette des États à rembourser (la dette des vieux). Ça paraît inacceptable, insupportable, et pourtant personne ne se révolte (encore).

Une autre possibilité existe : une monnaie avec un revenu de base qui respecterait la TRM, garantissant la symétrie. Résumé : « Peu importe quand tu rentres dans le système, tu n’es pas désavantagé. »

Si un tel système peut théoriquement fonctionner, est-il compatible avec la nature humaine ? Impossible de ne pas se poser cette question à laquelle les maths ne répondront pas.

On peut interroger la raison du succès de Bitcoin, et d’une manière générale de presque tous les services 2.0, notamment les réseaux sociaux. L’asymétrie favorise les premiers entrants parce que, plus le temps passe, plus le coût d’acquisition des followers croît.

J’ai envie de postuler que cette asymétrie est une condition nécessaire du succès. Si en tant que premier entrant je suis avantagé, j’ai tout intérêt à vanter le service. Plus il se développera, plus j’en tirerai profit. Et les suivants réagiront comme moi. La perspective de croissance génère son propre marketing de recrutement. L’asymétrie finance la croissance.

Un service ou une monnaie symétrique peut-il se développer ? Les premiers entrants ne doivent compter que sur leurs convictions. Ils n’ont rien d’autre à gagner qu’une satisfaction éthique. Comme dans nombre d’associations, ils risquent assez vite de se fatiguer. L’asymétrie dresse une armée de combattants quand la symétrie les décourage.

Quid pour le revenu de base ?

Si je vois des gens qui s’échinent à le mettre en place à partir de monnaies alternatives, j’ai tout intérêt à les laisser faire en me disant que je les rejoindrai quand ça marchera. Beaucoup d’entreprises jouent à ce petit jeu, entrant a posteriori sur des marchés ouverts par d’autres.

Le problème : pour créer une nouvelle monnaie symétrique, il faut beaucoup de volontaires, peut-être trop pour que le boot se produisent sans un coup de booster comme la prime aux premiers entrants.

Si le boot est impossible, il ne reste plus qu’à espérer dans l’approche top-down : qu’un politicien éveillé impose le revenu de base. Il me semble que cette option n’a qu’une faible chance de se produire, mais peut-être est-ce la dernière ? Une chance qui alors risque d’être conquise par la force, quand l’asymétrie deviendra insupportable.

Sommes-nous capables de vivre avec la symétrie, tant bien même elle introduit plus de justice ? N’est-elle pas contraire à notre biologie ? Nous grimpons une montagne, puis la dévalons. Rarement à la vitesse où nous l’avons escaladée.

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