Thierry Crouzet

Arguments en faveur du tirage au sort

Politique 2.0 36/83

Depuis le premier jour où Étienne Chouard m’a parlé du tirage au sort, je suis sceptique. Pour moi, le bug dans notre système politique, c’est la représentation, une autre façon de faire référence au modèle top-down massivement dominant. Être élu ou tiré au sort ça change certes, mais rien de fondamental, d’autant que le pouvoir à la fâcheuse tendance à corrompre.

Et voici que mon Kindle m’étant revenu par la voie des airs, je reprends la lecture d’Antifragile.

Taleb explique qu’un système qui subit continûment les assauts du hasard est plus stable qu’un système qui tente systématiquement d’éviter les imprévus (un black swan finit alors par le détruire). Selon cette perspective, un système top-down, un État-nation par exemple, est plus fragile qu’un système bottom-up, une myriade de cités états en réseaux par exemple.

Je ne vais pas reprendre tous les arguments de Taleb, lisez-le, surtout si vous êtes un ayatollah du top-down. Vous découvrirez une intéressante référence à Maxwell qui, dans On Governors, a montré que si on veut contrôler très précisément la vitesse d’un moteur on aboutit à une instabilité. Leçon : il faut lâcher du lest, introduire des évènements aléatoires. Paradoxalement, la vitesse sera mieux maîtrisée.

La tentation est grande d’étendre la réflexion au domaine social. Taleb n’y résiste pas. Il évoque une simulation effectuée par Alessandro Pluchino. Elle montre que choisir aléatoirement certains politiciens améliorerait le fonctionnement d’un système parlementaire.

This result is also in line with the recent discovery that, under certain conditions, the adoption of random promotion strategies improves the efficiency of a human hierarchical organization.

Avec l’introduction du tirage au sort, il n’est donc pas question de changer le paradigme, mais d’améliorer l’ancien, ce qui n’est déjà pas si mal. Pour aller plus loin, sans doute faut-il ajouter de l’aléatoire à aléatoire. Un mandat pouvant s’interrompre à tout moment. Mais l’aléatoire ne sera véritablement introduit dans la politique que quand elle surgira de ses soubassements. Alors tirer au sort ne sera même plus nécessaire.

Antifragile-Taleb
Source