Thierry Crouzet

C’est beau le crowdfunding,
mais c’est une arnaque de plus

NetCulture 49/136

C’est quoi le Web 2.0 ? Un ensemble de plateformes qui proposent aux internautes de partager le fruit de leur travail (sans être rémunérés). Et quand l’un gagne quelque chose, souvent de la popularité, c’est pour donner espoir à la masse de tous les autres ouvriers anonymes.

Dans le Web 2.0, il y a un acteur qui gagne à tous les coups, ou presque, c’est la plateforme. Suffit de voir à quoi songent nos entrepreneurs, ils ne pensent qu’à nous créer des plateformes pour nous aider à mieux faire tout ce qu’on a toujours su faire sans elles, du moins depuis que le Web existe. Certains imaginent même des plateformes pour mettre en relation ceux qui veulent créer des plateformes. C’est génial (ou ils se croient géniaux, et ils le sont d’une certaine mesure puisque des banquiers fabriquent de l’argent pour les financer… et creusent l’écart entre riches et pauvres).

Tu chasses les intermédiaires par une porte, ils ressurgissent par une autre. L’intermédiaire, c’est le mec ou la fille qui n’a pas d’idée sinon de piquer de la tune aux autres d’une façon ou d’une autre (et qui d’une manière générale ne touche pas sa bille en technologie).

Kings (of crowdsourcing and collaboration) par opensourceway

Kings (of crowdsourcing and collaboration) par opensourceway

Ils ont trouvé une idée encore plus géniale. Puisque le travail permet de gagner de l’argent, ils se sont dit autant partager directement de l’argent. Ils ont appelé ça le crowdfunding. Il ont mis en avant tel film ou tel jeu produits par ce moyen et le tour était joué. Plus besoin de se voiler la face. Passez par nous. Aboule le fric et que je t’en prends 10 %. Tout ça bien sûr sous-entend que nous sommes incapables de nous débrouiller nous-mêmes, en pear to pear, sans nous faire tondre la laine sur le dos avant même quelle ne pousse.

C’était quoi, au fait, le Web 1.0 ? Justement, un réseau sans intermédiaire, avec juste des gens qui imaginaient des technologies révolutionnaires (et pas des business plan à la con). Vivement le Web 3.0. Qu’une bonne crise nous fasse exploser tout ces rapaces adeptes de « la prise en passant ».

Que les choses soient bien claires, je ne suis pas contre le crowdfunding, le financement par la foule, j’en suis même un apôtre, mais je suis contre quand, entre la foule et un projet, se glisse un prévaricateur.

PS: Ce n’est pas parce que je suis contre la dérive du tout plateforme que je n’utilise pas les plateformes. C’est ce que j’ai expliqué pour Amazon. C’est la même chose pour Immateriel. J’accepte de céder 10 % parce qu’ils me simplifient la vie. Les plateformes de crowdfunding aussi simplifient la vie, c’est vrai, mais initialement il y avait une dimension éthique au crowdfunding, héritée du microcrédit. On a transformé tout cela en business.

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