Thierry Crouzet

Marseille non-linéaire

NetLittérature 47/96

La Marelle, Alphabetville et Le Bec en l’air lancent pour la deuxième année un appel à projets de résidence d’écriture numérique, avec le soutien de la DRAC PACA. Je me suis dit pourquoi pas participer. Depuis longtemps, j’ai envie d’écrire Marseille, de creuser la ville, comme je l’ai fait l’hiver dernier en Basilicate.

Et j’ai aussi envie d’appliquer l’écriture non-linéaire à l’exploration des lieux, m’inscrire à la suite de La forme d’une ville de Gracq, en ajoutant la technologie. C’est l’occasion d’imaginer un projet, de le jeter vite et en toute transparence, je ne suis pas fan des dossiers et des paperasses.

On nous parle beaucoup d’écriture non linéaire, mais sa mise en œuvre pose au moins deux grands problèmes.

  1. En général, les auteurs ne savent pas programmer et la non-linéarité exige la programmation (du coup, ils ont du mal à imaginer les possibles).
  2. Beaucoup de modes narratifs ne se prêtent pas à la non-linéarité. Les histoires non-linéraires, c’est ennuyeux, sinon on appelle ça des jeux vidéo.

En revanche, la ville, avec sa carte, ses rues, ses infinies déambulations et recontres est non-linéaire par nature. J’imagine une multitude de parcours de lecture, un voyage à lire et relire, avec chaque fois la génération d’un livre sur mesure, celui du lecteur, comme je l’avais esquissé avec mon expérimentation sur Ératosthène.

Mon idée serait de repartir de ce code, de le moderniser, d’ajouter des dessins, des photos, des bouts de vidéos, mais avec toujours cette idée de fermeture progressive des possibilités au fur et à mesure que les pages se tournent. Le tout en me transformant en capteur du paysage comme je le fais dans mes trop rares vagabondages (trop rares pour mois parce qu’ils me procurent un immense plaisir).

Comme c’est un dossier, il faut joindre des pièces.

Bon, je ne suis pas sûr que soumettre une candidature de cette façon soit du goût de tous. J’utilise la technologie même quand je ne suis pas censé l’utiliser.

Et puis, je suis presque un voisin.

Et puis, je suis presque un voisin.