Thierry Crouzet

Ératosthène : le premier roman d’une rentrée littéraire avec 100 pages de plus en ebook qu’en papier

Sur Ératosthène 5/38

Tout est dans le titre. C’est un jeu de journaliste. Chercher les premières, même les plus insignifiantes. Reste que cette affirmation est sans doute avérée pour Ératosthène.

Au-delà des faits, oui la version ebook est plus riche que la version papier, et pas avec une vidéo ou des photos, mais avec une continuation du roman, avec un texte qui en change peut-être le statut.

Je ne sais pas trop ce que ça signifie. Peut-être la non-clôture technique des textes électroniques. Une sorte de particularité Web, une injection de vie, qui ferait des versions papier des espèces de photographies vite obsolètes.

Si cette pratique se généralisait, nous assisterions à un renversement de perspective. L’édition de référence serait l’édition Web, et tous les textes Web même pas publiés sur papier gagneraient aussi en importance symbolique, une importance dont les auteurs Web ne doutent pas.

Vous pouvez m’accuser de vouloir attirer l’attention par un gimmick. En vérité, j’ai prolongé le roman pour répondre aux questions de quelques amis. Tout cela reste de l’ordre de l’intime. Ne pensez pas grandes manœuvres stratégiques pour gagner des milliers de lecteurs. Non, ce n’est pas du marketing, il s’agit de création, d’un processus qui se transforme avec le numérique, qu’on le veuille ou non.

Je n’accuse pas ceux qui nous snobent, je dis ce que je fais, ce qui m’est naturel. Et c’est d’autant plus paradoxal que je publie un roman antique, un roman qui nous amène loin en arrière, un roman qui en apparence n’a aucun lien avec le Web. Les relations n’apparaissent que peu à peu, avant d’être explicitées à l’ultime fin.

Pour moi, il s’est toujours agi d’une écriture Web, la succession des tableaux courts, l’hypertexualité sous-jacente, tout ça enterré, tout ça pour raconter tout de même, parce que nous avons plus que jamais besoin d’histoires, ce que nos expérimentations nous font parfois oublier, des histoires qui exigent un temps d’écriture incompatible avec le blog mais pas avec le numérique.

Reste à savoir pourquoi sur les 600 romans publiés pour la rentrée 2014 un seul peut-être sera étendu sur le Web ? Je ne peux pas accuser les éditeurs de conservatisme, leur objectif étant commercial et non esthétique, mais pourquoi les auteurs se limitent-ils au papier ? Pourquoi réduisent-ils leurs possibilités ? La littérature papier a-t-elle tout simplement déserté le champ du littéraire ?

Un petit pavé dans bibliothèque.

Un petit pavé dans bibliothèque.