Thierry Crouzet

Quel est le prix de votre connerie ?

NetCulture 33/134

Ce matin une certaine Maria Mirabela, dont je ne trouve aucune trace sociale, m’écrit qu’elle veut poster un billet sur mon blog.

l’article est écrit par nous, et sera pertinent pour thème de votre site ; l’article aura deux liens et de photos ; Quel serait le prix ?

J’ai l’habitude de ces démarchages. En général, on se contente de me demander un lien. Je me suis parfois amusé à faire monter les enchères à 150 €, parfois à 250 €, mais ce jeu me fatigue désormais. Comme mon blog n’a pas de visée commerciale, je réponds à Mirabela « 1000 € », un prix que je sais prohibitif pour une agence de référencement. La réponse ne tarde pas :

Pour ton site , mon offerte est de 150 euro.

Mirabela ressemble à un vulgaire robot cabossé, indifférent à mon humour. Je regrette de ne pas avoir répondu 100 000 €. Aurais-je reçu la même réponse méprisante ? Je demande à Mirabela pourquoi elle perd son temps à me répondre.

Ok. Patienter 1000 ans pour recevoir 1000 euro.

Difficile pour certains de comprendre que je ne suis pas à vendre, que nous sommes nombreux dans la blogosphère à ne pas l’être, surtout à un vil prix qui reviendrait à ruiner nos années de droiture et de travail. Ce blog, c’est ma vie, pas un vulgaire média.

Nous avons tous notre prix. Pour 10 000 €, je céderais sans doute aux sirènes du référencement. Mais si on me propose 150 €, à d’autres 210 €, c’est parce que de nombreux blogueurs ont déjà baissé leurs culottes, et fait chuter les prix. Sans prendre conscience que Google est assez malin pour identifier les articles foireux, et par la même de dévaluer la source. Se faire blacklister pour 150 €, ce n’est pas malin.

Cette cuisine nauséabonde en dit long sur l’état du Net. Un champ abandonné aux vautours. Une mer d’immondices où on se noie sous les détritus. Rien pour me donner le moral alors que je regarde bêtement les stats des ventes d’Ératosthène.

Trois jours de ventes sur  Amazon (environ 10% du marché papier, 40% du marché ebook).

Trois jours de ventes sur Amazon (estimé à 10% du marché papier, 40% du marché ebook).

Dire que j’ai consacré des années à ce roman, à étudier l’histoire antique, à corriger les impossibilités et les idées reçues, à réécrire encore et encore jusqu’à trouver une adéquation entre forme et fond… Tout ce travail ne vaut que 150 € et suscite bien moins d’intérêt que n’importe quel article de BuzzFeed ou n’importe quel roman écrit sans conscience à la va-vite. Il y a des jours où ce n’est pas facile. Où je me demande à quoi bon ?