Thierry Crouzet

POD et eBooks, même combat

Édition 2/170

Tout ce que j’ai pu dire sur les ebooks, j’aurais pu le dire sur les livres imprimés à la demande (POD). D’ailleurs, je me suis mis à publier en ebook à peu près en même temps qu’en POD, à partir de 2009 en gros (au préalable, j’utilisais la POD seulement pour imprimer mes épreuves).

Sous l’appellation édition/publication électronique, on peut regrouper au moins quatre modes de diffusion des textes :

  1. Le Net (sites, blogs, apps…).
  2. Les ebooks.
  3. Les livres en POD.
  4. Les livres audio/vidéo.

C’est la publication/création électronique qui m’a toujours intéressé, et si demain de nouvelles modalités techniques apparaissent elles me passionneront autant que les plus anciennes.

Mes deux priorités :

  1. Maximiser ma liberté d’auteur (publier ce que je veux quand je veux à la vitesse que je veux, être mon seul censeur, ne pas limiter mon imagination à ce qui est commercialement acceptable).
  2. Maximiser ma liberté de lecteur (lire sur le support de mon choix dans les conditions de mon choix, sans que mes choix ne soient bridés par des contraintes commerciales — je veux aussi pouvoir lire des œuvres difficiles ou expérimentales).

Le passage à travers l’électronique maximise ces deux libertés.

Tout cela pour dire que je moque que mes lecteurs lisent mes textes sur papier, liseuse, ou même qu’ils les écoutent (si j’avais le talent de Neil Jomunsi, je ferais moi-même mes versions audio). Cela ne change rien à mon engagement numérique, celui de transformer mon ordi connecté au Net en atelier de création, de diffusion et d’interaction.

Un point fondamental à préciser : dans ce processus, le plus souvent, aucun tiers humain n’intervient (ce qui n’est le cas dans l’édition traditionnelle). On touche là peut-être à quelque chose de central dans l’édition électronique : la distance entre l’auteur et le lecteur est minimisée. Personne ne vient altérer, corriger, édulcorer. L’auteur est vrai, fragile, sans bouclier. J’aime ça. C’est un retour aux sources épistolaires de la littérature.

Le Net a sur les autres modalités électroniques un intérêt supplémentaire : il travaille la proximité au corps. En plus d’éviter les intermédiaires, il rapproche auteurs et lecteurs dans le temps, j’écris, je publie, et dans l’espace social, je peux te parler, te répondre, discuter.

Il est difficile de maximiser toutes les libertés en même temps. Par exemple, avoir l’interactivité et le papier, ça ne le fait pas. C’est pourquoi nous devons multiplier les canaux de diffusions, sans pour autant renoncer à notre présence en ligne. J’avoue que cette dernière option me tente de plus en plus souvent, mais je renonce à cette fuite, parce que je me priverai alors d’une des spécificités centrales du numérique.

Autre paradoxe : une œuvre numérique peut être papier, parce que le lecteur choisit de la découvrir sur ce format, quitte à en perdre quelques-unes de ses spécificités. Par opposition, même si je lisais le dernier Goncourt sur mon écran (ce qui est improbable), je n’en ferai pas pour autant une œuvre électronique.

Pas simple toutes ces histoires, peut-être pas très intéressantes, mais les artistes se les posent toujours, je pense à Tarkovski qui voulait avec le cinéma dire ce que seul le cinéma pouvait dire. C’est un parti pris que j’aime. Sinon se contenter de parler de littérature, mais à force de trop généraliser, on risque de tout dire et alors ne plus rien dire.

Si on y regarde de près, un ebook ou un livre en POD sont grandement équivalents :

  1. Ils impliquent le plus souvent une mise en circulation à travers une plateforme de distribution (ce qui entraîne un éloignement temporel entre l’auteur et le lecteur, parce qu’il faut un peu de temps pour tout ça).
  2. Ils ne permettent pas l’interaction.
  3. En revanche, ils maximisent également la liberté de publier et celle de lire des œuvres qui sinon seraient inaccessibles.

Le Net, lui, réunit tous ces mondes :

  1. Publication immédiate (le Send).
  2. Interactivité.
  3. Liberté de publication et de lecture puisque le lecteur peut lire avec un navigateur, un agrégateur ou une liseuse (c’est d’autant plus facile maintenant que toutes les options de Instapaper sont gratuites).
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