Déclaration d’interdépendance

En cherchant un point de convergence entre chacun de nous, j’ai écrit un premier article pour tenter de faire l’unanimité autour de l’idée de conscience globale. Je pense maintenant que l’idée d’interdépendance est plus forte, car plus pragmatique. Je reprends donc mes points et les augmente sous une nouvelle forme.

InterdépendanceLe 4 juillet 1776, les États-Unis se déclaraient indépendants du Royaume-Uni. Ils devenaient une nation souveraine et libre. Dès lors, ils étaient capables d’agir sur leur territoire sans se préoccuper du reste du monde. C’est cela l’indépendance. Au XXIe siècle, c’est une catastrophe. Sous prétexte qu’on est souverain chez soi, on peut y faire presque n’importe quoi, surconsommer des gaz à effet de serre par exemple.

Toutes les nations indépendantes devraient aujourd’hui renoncer à leur souveraineté et affirmer leur interdépendance. Dans notre monde global, nous dépendons les uns des autres et les générations à venir dépendent aussi de nous. Nous sommes interdépendants dans l’espace et dans le temps. Nous appartenons à un tout appelé biosphère. Cette constatation implique de nouvelles attitudes individuelles, et donc politiques.

L’interdépendance est un fait, nous devons tirer toutes les conséquences.

Responsables La biosphère forme un réseau d’interactions qui lie toutes les choses et tous les êtres vivants. Aucun ne peut s’en abstraire. Dès que nous agissons, nous modifions notre environnement et nous-nous modifions nous-même par feedback. Bien sûr, ça ne nous interdit pas d’agir mais nous agissons en toute conscience. Nous ne pouvons plus rejeter les fautes sur les autres.

Nous devons apprendre à gérer la complexité.

Humbles Au sein de la biosphère, la complexité des interdépendances nous empêche de prévoir les conséquences de nos actes. Régler momentanément un problème complexe est souvent possible mais les conséquences pour l’avenir sont imprévisibles. L’administration Bush a réglé le problème Saddam Hussein sans régler le problème de la paix en Irak. Toute politique doit s’inscrire dans le temps long et non dans celui bref des échéances électorales.

Précautionneux Nous vivons dans un monde irréversible. Ce qui a été fait ne peut être défait. Chaque chose qui arrive a trop de conséquences pour avoir un jour la chance d’être annulée. Nous ne devons pas pour autant cesser de vivre. Simplement, nous devons éviter les décisions globales qui pourraient s’avérer catastrophiques parce qu’irréversibles. Des variantes de toute décision doivent être testées localement, puis comparées. De nouvelles variantes doivent sans cesse être testées. Il n’y a pas de solution universelle, c’est-à-dire miracle, pour quoi que ce soit.

Patients La méthode de l’essai et de l’erreur demande un temps long qui vient balancer le temps court de l’évolution technologique. Les simulations numériques peuvent nous aider à évaluer des avenirs possibles mais jamais l’avenir réel. Elles doivent néanmoins être multipliées car nous ne connaissons pas d’autre moyen de nous confronter, par anticipation, à la complexité.

Libres Une grande erreur serait d’interdire les expériences au nom d’un principe de précaution arbitraire. Pour agir localement, chaque homme doit disposer de la plus grande liberté possible. Il faut libérer l’imagination des individus et leur donner le droit d’essayer les choses les plus folles, dans la limite des contraintes imposées par l’interdépendance.

Ouverts À cause de l’interdépendance, personne ne peut s’enfermer dans une spécialité. Nous devons tendre vers le généralisme, accepter les interactions, les favoriser. Chacun de nous est connecté à une multitude de réseaux sociaux. Nous ne devons pas nous enfermer dans un parti politique, une secte, une confrérie de quelque ordre que ce soit.

Nous sommes citoyens de la biosphère.

Écologistes La biosphère n’est pas simplement la maison où nous vivons mais, surtout, une extension de notre corps. Nous devons la maintenir en bonne santé. Ça ne veut pas dire bloquer l’évolution, ce qui est impossible, mais éviter de la faire dérailler dans une voie sans-issue.

Économes Les ressources de la biosphère sont limitées, nous devons les ménager, d’autant plus que nous ne sommes qu’une espèce vivante parmi des millions d’autres. Quand nous consommons quelque chose, nous le prenons aux autres, à tout jamais. Du fait même des limitations des ressources naturelles et énergétiques, la croissance, économique notamment, ne peut être infinie. Les coûts écologiques et sociaux doivent être comptabilisés.

Mondialistes Comme tout est lié, réduire une politique à un pays n’a aucun sens. Toute politique doit devenir extérieure.

Fraternels Quand une partie de l’humanité souffre, l’ensemble de la biosphère vacille. Le devoir de fraternité n’est pas que moral, il est aussi notre seule chance de nous en sortir : nous ne le ferons que tous ensemble.

Nous nous devons d’agir.

Révolutionnaires La biosphère évolue, rien ne perdure inchangé, pas même l’espèce humaine. La démocratie représentative n’est pas le meilleur système politique, le capitalisme n’est pas le meilleur système économique. Ils sont des solutions à une situation particulière. Quand la situation change, nous devons imaginer autre chose. Nos adversaires sont ceux qui refusent le changement et ceux qui croient que nous ne pouvons pas changer.

À Londres, le 1er juillet, se déroulera le premier Interdependance Day. C’est le Président Kennedy qui, le 4 juillet 1962, parla pour la première fois de la nécessité d’une déclaration d’interdépendance, mais il avait surtout en tête l’interdépendance économique et militaire de l’Europe et de l’Amérique. En 1988, International Humanist and Ethical Union proposa une Déclaration d’Interdépendance de caractère moral à l’échelle de la planète. En 1993, une autre déclaration fut publiée lors d’un congrès mondial d’architecture. En 1998, le Vice-Président Al Gore suggéra une déclaration d’interdépendance numérique. Mais il faut attendre le début du XXIe siècle pour trouver des appels à une déclaration plus universelle : Ken White, David Suzuki, Joe Smith… Une telle déclaration, dont le texte définitif reste à écrire, devrait être à la une de tous les programmes politiques.

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8 comments

  1. Casabaldi says:

    Merci, merci, merci !
    Assurément le concept le plus puissant, le plus simple et le plus évident que j’ai vu depuis longtemps.
    Les liens ont l’air très intéressants aussi, j’y retourne très vite.
    Des nouvelles voies s’ouvrent.

  2. dominique says:

    Convaincue depuis longtemps de la justesse de cette notion d’interdépendance, je suis heureuse de trouver un texte si clair et si bien écrit. Je crée un lien dans mon blog.
    Merci et bonne journée 🙂

  3. je suis ok sur l’idée générale developpée, mais certaines choses sont pas cohérantes à mon gout, exemple fraternel, non utopie, maintenant le monde revient beaucoup plus au concept d’hospitalité comme la vivait les chrétien des premiers heures. le concept du web 2.0 est hospitalié mais je suis certain qu’il n’est pas fraternel personne ne sauvera personne au péril de sa vie par exemple.

    Interdépendance est un concept d’analyse transactionnelle qui vient aprés l’indépendance contre dépendance et la dépendance.
    au delà de l’interdépendance vient la trans-dépendance qui permet de naviguer librement et de maniere égale dans chacunes de position.

  4. @xavier
    Ce serait super si vous pouviez développer cette histoire d’analyse transactionnelle. Je voudrais bien que vous démontriez aussi les incohérences dans ce que j’ai écrit. Peut-être il sera préférable de le faire dans le wiki qui est en cours de test… On en parle.

  5. Très très intéressant…
    encore une fois ce que tu dis sur le fait que l’on doit être humble me rappelle bcp ce que les quakers disaient par exemple (parfois les bouddhistes),
    comme dans les lettres anglaises de Voltaire où un quaker lui dit que nous sommes tous des vers de terres, égaux les uns aux autres.

  6. Sterne says:

    Pourquoi notre monde est-il si interconnecté, si interrelié, si interdépendant?
    La réponse est peut-être le Divin ou/et dans sa recherche.

    Si l’irrationnel s’exprime dans notre monde, il est peut-être la preuve de l’existence du divin. En effet, comment rationnaliser la somme des choses qui permet l’échange interdépendant entre humains. Ce sens nous échappe complètement et montre bien la part prise et précise de l’irrationnel dans le fonctionnement de notre monde. Pensez aux fruits comme les dattes par exemple. Il a bien fallu un cultivateur pour arroser les palmiers, puis aux ramasseurs de ceuillir les dates. Ensuite, il a bien fallu trier les dates. Après quoi, il a bien fallu les empaqueter, les exporter, les acheminer pour les voir arriver dans l’étale de notre magasin de quartier.

    Pensez à toutes ces hommes et ces femmes qui ont contribué à l’exportation des dattes: ils constituent une fourmilière de gens, voué à l’expédition des dattes. Ils se sont tous affairés pour que nous puissions acheter des dattes. Ils forment ainsi une chaîne d’interdépendance sans quoi les dattes ne pourraient être consommable à temps. C’est pourquoi, le commerce équitable donne une reconnaissance à ce travail fourni par une meilleur répartition des prix, liés à cette ressource. Il ne s’agit pas de prendre uniquement, mais d’échanger.

    Avoir conscience que tout à notre échelle ne dépend pas seulement de notre travail, mais aussi du travail de l’ensemble de la planète, montre peut-être une convergence vers un seul but: s’épauler mutuellement pour partir à la recherche du Divin et peut-être le trouver afin que notre humanité soit sauvée un jour qui sait.

    Amicalement et Bien à Vous,

    Sterne

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