Une surprise est toujours possible

Hier, 13 heures, quelques amis et moi sommes attablés dans la cuisine du domaine de Montagenet. Notre hôte, José Ferré, vient de nous servir ses œufs brouillés aux truffes quand mon téléphone sonne. Tout le monde me fait signe de ne pas répondre mais je décroche.

Mon attachée de presse me demande de contacter Frédérique Roussel chez Libération. José fait les gros yeux mais je quitte la table et j’appelle cette journaliste que je ne connais pas et qui prépare un papier sur les blogs politiques et, plus particulièrement, sur les méthodes pour évaluer leur notoriété.

Je lui ai parlé une dizaine de minutes mais je ne suis pas sûr d’avoir été clair. La veille avec mes amis nous avions passé la moitié de la nuit à refaire le monde et nous étions un peu dans le coltard. Je vais essayer de remettre au clair ce que j’ai dit ou, plutôt, ce que j’aurais dû dire.

Pour mesurer la notoriété d’un blog politique, il y a deux possibilités. Se référer à son audience ou évaluer son influence.

Audience Il n’existe des mesures objectives que pour les sites disposant d’un trafic important. En juin, NNR a classé le blog Le Meur en 3748e position par rapport à l’ensemble des sites français, avec 45 000 visiteurs uniques/mois. De l’aveu même de NNR, cette mesure n’est pas fiable car l’échantillon utilisé pour l’étude n’est pas significatif au vu du faible trafic du blog de Le Meur. Quand Le Meur regarde ses données serveur, il voit des valeurs doubles, ce qui est le cas pour tous les sites. Mais 100 000 visiteurs uniques par mois ce n’est encore pas beaucoup par rapport aux gros sites français. Avec bonWeb, par exemple, nous faisons le même score chaque jour. Les autres blogs politiques, bien moins fréquenté que le blog de Le meur car plus ciblés, n’apparaissent même pas dans le panel NNR.

Influence Comme il est quasi impossible de connaître l’audience des blogs politiques, on préfère parler de leur influence (notoriété serait sans doute plus juste comme me l’a fait remarquer José). Elle se mesure en comptant les liens qui pointent vers un blog. Ainsi, plus les articles d’un blog ont été cités par d’autres blogueurs, plus le blog est dit influent. Technorati mesure cette influence pour les millions de blogs référencés dans son annuaire.

Pour établir le classement des blogs politiques de bonVote, nous avons pondéré l’indice technorati en fonction de la régularité de publication et de la présence dans les résultats Google pour la requête “blog politique”. Voir la méthodologie précise. Dans les jours prochains, nous pondérerons cette note en fonction du degré de politisation des blogs. Cette approche n’est pas la panacée mais elle aide à y voir un peu plus clair dans la blogosphère politique.

En observant le top cent de bonVote, on voit immédiatement que les sites des hommes politiques connus et des partis y sont minoritaires, bien moins de 20% ! J’interprète assez simplement ce phénomène. Nos politiciens ne comprennent rien au web. Ils font des efforts mais ils sont soit mal conseillés, soit totalement à côté de la plaque. Je devine qu’ils doivent commencer à panique en ce souvenant du TCE.

Le cinquième pouvoir risque de leur rafler la mise. Des petits candidats plus habiles en marketing web risquent de causer quelques surprises, souvenons-nous de Howard Dean aux USA en 2003. Ces jours derniers Roland Castro est monté en quatrième position du top politique de bonVote.

Je développerai ces idées dans mon prochain livre. Mais, dès à présent, je ne saurais que conseiller à nos politiciens de courir s’attacher les services d’une agence comme heaven qui, en France, est la grande spécialiste du marketing viral, le seul véritable marketing qui fonctionne sur internet. Le Séguéla de la prochaine campagne sera peut-être François Collet de heaven.

La maîtrise du marketing viral est capitale. Quand un blogueur parle à 10 000 personnes et que parmi elles 100 répercutent ses propos à 5 000 personnes, nous nous retrouvons avec 500 000 personnes touchées. Si parmi elles, d’autres encore répercutent, nous avons vite des millions de personnes sous influence. C’est la terrible puissance du marketing viral. Un blogueur qui n’a pas beaucoup de lecteurs peut au final toucher autant de gens qu’un grand média. C’est une révolution.

Sur ce, je me suis précipité dans la cuisine pour rejoindre mes amis et terminer les œufs brouillés qu’ils m’avaient abandonnés.

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18 comments

  1. Natacha QS says:

    C’est juste, il me semble, autre élément qui pourrait nous éclairer une analyse quali du lectorat ?

  2. François Collet says:

    Ouh là, ouh là ! Le “Séguéla de la prochaine campagne”, ça me ferait beaucoup rire, mais on n’en est pas là du tout !
    🙂
    Ces sujets sont en effet assez “sensibles” et j’ai l’impression que, pour l’instant (mais ça peut changer avec la désignation des candidats “officiels”), les etats majors préfèrent traiter ça “en interne” plutôt qu’utiliser les services des “mercenaires” que nous sommes.
    D’autant que la plupart disposent de nombreux militants qui “s’y connaissent un peu” et ne demandent pas mieux que de grimper dans l’apparail à cette occasion. Sans doute au détriment de l’efficacité, en effet.

    Mais bon, quoi qu’il en soit, j’ai la certitude que l’essentiel se passe ailleurs.
    Former, recruter et “armer” des militants, pourquoi pas. C’est indispensable et ça aura un certain impact sur la présidentielle.
    Mais comme j’essayais de le dire à F. Roussel (à laquelle j’ai un peu parlé aussi pour son papier), tout ce petit monde me semble très préoccupé par le nom du successeur de Louis XVI et est en train de passer à côté de quelque chose.

    Il se prépare à mon sens une lame de fond politique, mondiale, sans nom (comme celle qui a abouti à la Révolution Française), quasi-invisible aujourd’hui et d’une puissance pourtant colossale. Les cafés du Net que sont les blogs bruissent de plus en plus d’idées novatrices, de projets ambitieux, qui ne s’appréhendent plus en terme de gauche ou de droite, mais ne regardent plus que “devant”.
    Des liens se tissent, des réseaux se créent, des alliances se forgent, parfois tout à fait improbables, voire “contre-nature” pour un observateur traditionnel.
    (Il ne m’étonnerait pas, par exemple, de voir se rapprocher des tendances plutôt altermondialistes et d’autres plutôt libérales.)
    Or ces gens là, indépendants pour la plupart, parlant plutôt du fond que du nom des candidats, participeront également à la campagne…
    Je rejoins totalement Alain Lambert, cité à la fin du papier de F. Roussel : «Ce sont les réseaux citoyens qui auront une grande influence, car ils ne vont pas dupliquer le débat de la presse classique. Le blog invente un mode de débat politique où on peut peut-être enfin sortir du manichéisme qui est en train de faire mourir la politique.»
    La campagne référendaire a été un premier opus. Le second est déjà en cours….

  3. Natacha QS says:

    François c’est intéressant ce que vous dites 😉 Sur la lame de fond, je suis tout à fait d’accord. Si vous écrivez un billet là-dessus, merci de me faire signe. C’est au coeur d’une réflexion en cours. D’autant que je participe à un réseau en ligne depuis 94 (Humains Associés) qui va dans ce sens, on vient de lancer un digg humaniste d’ailleurs. Le Web 2.0 citoyen existera… !

  4. François tu sais que je partage 100% de tout ce que tu dis. Je crois aussi que nous devons mettre partout notre grain de sel.

    Nathalie il faudrait connecter les Humains Associés avec les Freemen… c’est juste unde idée

  5. Natacha QS says:

    Thierry> Ils s’intéressent au Web 2.0 citoyen?

  6. Oui oui ils sont le web 2.0 🙂

    Il me faut contacter les fondateurs des Humains Associés pour mon prochain livre. Tu peux m’aider?

  7. Natacha QS says:

    LOL Thierry c’est très facile je suis la fille de la fondatrice ! Je peux donc te mettre en contact, après j’ignore la suite. Je t’invite à m’envoyer un mel.

  8. Bonjour Thierry,

    Votre affirmation “Quand un blogueur parle à 10 000 personnes et que, parmi elles, 100 répercutent ses propos à 5 000 autres, ce sont au total 500 000 personnes qui sont touchées” nous laisse très sceptique.

    Pour arriver à ce total de 500 000 personnes touchées, il faudrait qu’aucun des 100 blogueurs n’ait un seul lecteur en commun avec un des 99 autres blogueurs. La probabilité que ce soit le cas étant quasi nulle, et puisqu’il est au contraire vraisemblable que ces 100 blogueurs (un minimum connus, pour avoir 5 000 lecteurs) auront de nombreux lecteurs en commun, il faudrait plutôt que plusieurs centaines de lecteurs (voire plus d’un millier) du premier blog reprennent l’information, ce qui est encore moins plausible que s’il n’en fallait que 100.

    En effet, combien y a-t-il en France de blogueurs capables de cela ? Sans doute pas beaucoup. On peut même se demander s’il en existe un seul, en se posant la question de savoir combien de fois un post de Loïc Le Meur a touché 500 000 personnes en poussant plusieurs centaines de lecteurs possédant eux-même plus de 5 000 visiteurs quotidiens à en parler sur leur blog.

  9. Mon histoire des 500 000 est une explication simpliste de la propagation virale. Je vais expliquer le processus en détail dans mon prochain livre. Il y a des exemples où un tel processus a largement fait mieux que 500 000. 🙂 En deux mots, si le viral ne fonctionnait pas, internet tel que nous le connaissons n’existerait pas.

  10. EricB says:

    Il suffit en effet que l’info soit reprise par les médias traditionnels ou par une agence de presse et la propagation est alors immédiatement et très importante.
    Il y a des portes entre la blogosphère et les autres mondes tout comme il y en a entres les matrices 😉
    Amicalement

  11. Les médias n’interviennent en général qu’une fois que le viral a fait son effet. Google, Hotmail, Mozilla… tout ça commença viralement. Jamais la moindre pub ne fut investie dans les médias.

  12. EricB says:

    Tout à fait d’accord mais là il s’agit de “services” internet qui contiennent en eux leur propre promotion. Plus on les utilise et plus leur promotion augmente. C’est par exemple la petite phrase au bas de chaque eMail créé par Hotmail qui invite son destinaire à ouvrir un compte Hotmail.
    Concernant les “infos” trouvant leur origine dans la blogosphère, un relais par les médias traditionnels est (encore) nécessaire pour atteindre un très large public.

  13. Non Eric… Il y a de multiples contre-exemples… lors de la campagne US 2004 notamment. J’ai fouillé tout ça, je commence à y voir un peu plus clair… la suite dans mon livre 😉

  14. EricB says:

    Alors au plaisir de te lire pour avoir le fin mot de ces rouages !

  15. Je vais placer ta dernière objection dans mon bouquin, en fait. Début de réponse : C’est justement ce qui se passe avec le marketing viral. Il y a beaucoup de petites phrases dans le mail qui accompagne une vidéo ou dans un blog qui reprend une information. 🙂

  16. EricB says:

    Et bien je suis très heureux d’avoir pu contribuer un peu à la réalisation de ton bouquin.
    Je me souviens que tu t’étais fais incendier par l’une ou l’autre personne lorsque tu avais demandé des idées pour le titre de ton bouquin. Ces réactions n’étaient pas vraiment dans l’esprit des connecteurs !
    Après les “logiciels libres”, les “données libres”. Tu vis encore probablement partiellement de la vente de tes bouquins mais certains comme Joel de Rosnay ont mis le leur gratuitement à disposition sur le web. Ils repoussent ainsi encore un peu plus les limites du monde “monétaire”. Nous devons tous nous réinventer devant ces changements !

  17. J’aimerais bien vivre de mes bouquins 🙂 C’était vrai avec les livres de vulgarisation sur les technos quand je vendais jusqu’à 100 000 exemplaires mais on fait pas fortunes avec des essais comme le peuple des connecteurs. Je passe 6 mois full time sur un livre et au final je gagne presque rien. Il faut être philanthrope pour écrire (ou prof… ce que je suis pas). Heureusement, bonWeb s’en tire pas trop mal.

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