Hier durant ma conférence à Genève et aujourd’hui au WKD, je n’ai cessé de me demander pourquoi parlons-nous de complexité, pourquoi disons-nous que nous devons changer notre façon de travailler et de gérer la société, pourquoi devons-nous changer la politique ? Tout le monde parle comme si la réponse était évidente mais je crois qu’elle ne l’est pas pour tout le monde, et même pour ceux qui en parlent beaucoup.

Deux voix s’élèvent aujourd’hui dans le monde.

  1. Les écologistes et les alters, pour les cerner en deux mots, clament que nous allons dans le mur à cause de la pollution, de la surpopulation, du réchauffement climatique, de la pauvreté, de nos modèles économiques obsédés par la croissance… Je partage leur diagnostic, nous le partageons presque tous j’ose espérer.
  2. Les scientifiques spécialistes de la complexité découvrent de nouvelles façons de penser le monde et d’agir dans ce monde devenu plus complexe que jamais. Ils comprennent que les méthodes de l’âge industriel (celles souvent prônées par les écolos) ne conviennent plus à celle de l’âge de la complexité.

Problème : c’est deux voix s’ignorent alors que la seconde répond à la première. Les uns mettent le doigt sur le problème, les autres découvrent des moyens de l’aborder et de le dépasser. Il faut qu’ils se rencontrent.

Alors pourquoi je prêche la complexité ? Je ne le fais par juste pour me faire plaisir ou juste pour vulgariser quelques découvertes scientifiques amusantes. Je le fais parce qu’il y a urgence de changer de méthode si nous ne voulons pas courir à la catastrophe. Je le fais pour que les deux voix se rencontrent et prennent conscience qu’elles sont deux faces d’une même médaille.

Hier soir, les conférenciers autour de moi ont parlé de management agile, de nouvelles façons de travailler ensemble, mais ces approches n’auraient aucun intérêt si le monde n’était pas en train de changer. Nous ne changeons pas pour changer, nous changeons parce que c’est la seule façon de répondre aux changements qui de toute façon sont inévitables et qui, aujourd’hui, s’accélèrent.

L’esprit révolutionnaire nous habite parce que nous sommes conscients qu’il n’y a de survie que dans la révolution. Le bonheur, l’épanouissement, l’éveil… sont aussi très importants dans notre démarche mais ils ne sont pas prioritaires. L’enjeu, c’est le devenir de l’humanité.

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2 comments

  1. ~laurent says:

    > L’esprit révolutionnaire nous habite parce que nous sommes conscients
    > qu’il n’y a de survie que dans la révolution

    Les révolutions qui réussissent ne sont pas menées par des extrémistes mais par des gens raisonnables. Ceux qui se mettent en mouvement quand le monde autour d’eux devient extrème.
    (une citation aproximative de JF Kahn au sujet de la révolution)

    Cette révolution est en cours, le champ de bataille (celui des idées) a pour théatre le monde. Il suffirait que toutes ces énergies (que les réseaux) se fédèrent pour que cela change. Ce n’est pas gagné mais je pense que tout va bien se passer.

    Je pense que seul un électrochoc permettra un basculement rapide, une prise du pouvoir par les connecteurs. Une “famine” financière pourrait faire l’affaire.

    Le terme de “prise de pouvoir” ne me plait pas mais je pense que c’est ce qu’il risque de se passer. En cas de “révolution ” il y aura un affrontement au sein des connecteurs, car les connecteurs sont des hommes (et des femmes) avec leurs affects. Juste qu’il faudra en être conscient à ce moment.

  2. Natacha QS says:

    Je reviens d’un BarCamp à Paris, et j’ai justement abordé la problématique que vous. On a besoin, il me semble, de fédérer et de proposer des outils communs pour connecter (ou créer) les réseaux citoyens entre eux. Les réseaux sociaux non lucratifs (ou Non-profit Technology) pourront permettre de soutenir les efforts de ceux qui veulent agir. Cela nécessite de fortes collaborations des animateurs de communauté et les moyens de développer ou adapter les outils à cet usage. J’arrête là, il y aurait beaucoup à dire.

    À propos du changement climatique, je pense que ce blog-débat-citoyen vous intéressera des scientifiques (des Académies) qui répondent aux questions des citoyens : http://www.changement-climatique.fr/ (blog du Conseil Economique et Social français)

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