Johnny et Doc Gynéco, ça fait chic dans un meeting politique. Bayrou et Voynet dans une réunion de blogueurs, ça en jette aussi pas mal. À tous les coups, ça attire nos amis journalistes comme des mouches.

Hier soir se tenait à Paris la deuxième République des blogs. À côté de Dominique Voynet, auto-invitée comme les autres blogueurs, se trouvait François Bayrou. Il ne nous à pas imposé sa présence parce que le matin même je l’avais invité.

Mais pourquoi a-t-il accepté cette invitation ? Sans doute pas pour mes beaux yeux. Avant d’imaginer les raisons de Bayrou, je vais revenir sur notre entretien du matin et l’invitation elle-même.

Au siège de l’UDF

En préparation de mon prochain livre, je rencontre diverses personnalités politiques ou médiatiques. Lundi, j’ai discuté avec Daniel Schneidermann puis avec Loïc Le Meur, mardi avec Éric Walter, responsable internet à l’UMP, hier matin avec François Bayrou et cet après-midi je rencontre le sénateur Alain Lambert. La semaine dernière, j’ai passé deux heures au téléphone avec l’eurodéputé Vert Alain Lipietz, j’ai échangé des mails avec le socialiste Alain Rousset et j’ai préparé d’autres rencontres.

Je ne suis pas en train d’écrire un livre d’entretiens mais un essai au sujet du cinquième pouvoir. Le cinquième pouvoir, c’est nous, les citoyens fédérés par les nouvelles technologies. Nous sommes en train de réinventer la démocratie et je veux savoir ce qu’en pensent les politiciens. À leurs yeux, le cinquième pouvoir existe-t-il ? Va-t-il peser dans la vie politique ? N’est-il pas une chimère né dans la tête de quelques technophiles dont je suis ?

Avec ces questions en tête, j’arrive donc hier matin rue de l’Université au siège de l’UDF. Il se trouve en face des bureaux de MSN. Ça m’a amusé. Le pouvoir traditionnel face au promoteur d’un des outils phare du cinquième pouvoir. Est-ce un signe ?

J’ai traversé une cour, franchi un portail, puis une seconde cour ensoleillée avant d’entrer dans l’immeuble coquet de l’UDF. La réceptionniste m’a demandé de monter au second, l’assistante de Bayrou m’a installé dans un fauteuil, j’ai rêvassé quelques minutes. Une réunion se préparait. Tout le monde se pressait devant la machine à café. J’avais l’impression d’être dans une entreprise comme une autre. La politique est-elle une entreprise comme une autre ?

Bayrou est enfin sorti, il m’a serré la main, s’est éloigné un moment puis nous sommes entrés dans son bureau tapissé de livres. Je lui ai expliqué qui j’étais et pourquoi je voulais le rencontrer. Il a commencé par me parler de l’émergence du peuple d’internet. « C’est un peuple qui accède à toute l’information. » et « C’est un peuple créatif et coopératif. Je considère que les logiciels libres et les wikis sont deux choses fantastiques pour l’humanité. »

Tout ça, c’est évident pour moi. Bayrou le sait. Mais il sait aussi que c’est important que je l’entende, que j’entende qu’il appartient lui-même à ce peuple d’internet, peuple que j’appelle Le peuple des connecteurs car il dépasse de loin le cadre d’internet.

Bayrou a dit une chose essentielle, je crois. « Tu as une chanson, j’ai une chanson, nous l’échangeons, nous avons deux chansons. » J’ai traduit en disant que c’était une stratégie gagnant-gagnant (oubliant le côté scabreux que peut avoir une tel exemple pour l’industrie du disque).

Je crois que Bayrou a saisi cette nouveauté fondamentale. Nous ne sommes plus dans une logique où l’un perd et l’autre gagne mais où tout le monde gagne. Si nous n’adoptons pas cette stratégie, nous ne nous en tirerons pas en tant qu’espèce sur notre planète.

C’est simple, il me semble. Ce discours doit être repris par tous les politiciens. Il dépasse la droite et la gauche, il les transcende. « Tout ça va changer le monde, a dit Bayrou. Je suis absolument pénétré de cette idée. »

L’entretien s’est poursuivi, j’ai bientôt fini par parler autant que Bayrou et nous avons comparé nos points de vue. Tout ce que Bayrou m’a dit sur internet ma convaincu qu’il savait intimement de quoi il parlait. C’est un utilisateur averti. Il pratique depuis des années et, comme nous tous, il s’est fait peu à peu contaminé par la philosophie internet, l’esprit open source notamment.

Je trouve ça fondamental pour un futur candidat à la Présidence. J’aimerais que tous possèdent cette compréhension intime. J’aimerais que l’usage d’internet et sa maîtrise aient contribué à changer leur vision du monde et donc leurs façons de faire de la politique. J’ai presque envie de dire peu importe comment ils mettront en application leurs nouvelles idées, l’important est qu’elles aient germé en eux. Je crois que c’est le cas chez Bayrou. J’aimerais discuter, avec la même liberté, du même sujet avec ses adversaires.

Comme la veille avec Éric Walter à l’UMP, nous avons aussi parlé stratégie web et marketing viral. Bayrou m’a entraîné vers une salle de réunion pour pouvoir m’expliquer sa vision sur un tableau. La salle était occupée. Pendant que Bayrou s’excusait auprès de ses collègues, l’idée de l’inviter à la soirée blogs et politique m’est venue.

L’invitation

Après coup, je peux essayer de comprendre pourquoi j’ai fait ça. En mai dernier, avec Loïc Le Meur, nous nous sommes demandés ce que nous pouvions faire pour agir. Nous étions fatigués de dire que la France est un pays de merde. Nous n’avions pas envie de fuir une nouvelle fois à l’étranger pour nous extraire de la morosité. Il était temps d’agir. Comme nous avons découvert une façon de vivre qui nous paraît plus harmonieuse que celle que nous avons pu connaître par le passé, nous nous sommes dit que nous devions partager nos recettes.

Loïc a choisi la stratégie droit au but. Pour changer les choses, il faut avoir le pouvoir. Le plus simple est de se rapprocher d’un des favoris à la course au pouvoir et d’essayer de changer les choses de l’intérieur. Pour ma part, je crois qu’il faut agir de l’extérieur, sur de nouvelles bases, je crois que le véritable pouvoir appartient déjà au cinquième pouvoir.

Loïc est d’accord avec moi mais veut des résultats tout de suite. Nous avons parlé de ça lundi autour d’un verre. Il pense que mon approche peut marcher mais dans dix ans et il juge qu’il y a urgence. Sur ce point, il a raison. Je suis toutefois persuadé que nous ne pouvons pas changer le monde en usant des méthodes qui ont plongé le monde dans l’état dans lequel il se trouve aujourd’hui (perturbations climatiques, pauvreté, malaise généralisé…). Il faut innover, en politique comme dans le business. Loïc joue le cheval favori, je joue les outsiders. Il pousse dans la direction attendue, j’essaie avec mes petits moyens de pousser d’autres voix.

En me retrouvant un instant seul devant la photocopieuse du siège de l’UDF, je me suis dit qu’inviter Bayrou à notre soirée blogs et politique allait dans le bon sens. C’était une façon de mettre en avant une autre voix, surtout de lui donner un autre éclairage.

Au final, je me suis planté. Toutes la presse était là aussi. Personne n’a pu parler de rien. Bayrou s’est retrouvé non entre les mains du cinquième pouvoir mais entre celles du bon vieux quatrième pouvoir envers lequel il est si critique en ce moment. Et je me suis éclipsé pour refaire le monde entre blogueurs. Parlant d’une l’idée qui m’était venue le matin même et qui me paraissait plus importante que tout battage médiatique.

Alors pourquoi Bayrou est-il venu ?

Je peux essayer maintenant de répondre à cette question en inventoriant des hypothèses que vous allez sans doute multiplier avec plaisir.

1/ Bayrou appartient effectivement au peuple des connecteurs. Pour lui notre société passe de la pyramide au réseau, la connexion est fondamentale, non seulement avec les sympathisants mais avec toutes les énergies de bonne volonté. Venir à la soirée, c’est établir de nouvelles connexions. Il s’est présenté au Pavillon Baltard près de la Bourse de commerce pour les mêmes raisons que chacun d’entre nous.

2/ Le cinquième pouvoir existe et n’est pas une illusion. Mon offre était celle d’un membre anonyme d’une puissance face à un représentant d’une autre puissance. Une sorte d’invitation aux pourparlers. Bayrou ne pouvait pas refuser, il ne pouvait pas manquer cette chance.

3/ Bayrou se doutait que les médias seraient là. Nous autres blogueurs politiques sommes depuis quelque temps l’attraction. Personne ne sait trop s’il faut ou non nous prendre au sérieux mais on vient nous voir, un peu comme au zoo.

4/ Bayrou a compris l’essence du marketing viral. Il sait qu’en venant, nous parlerons de lui, que son geste sera interprété sans fin. Et chaque billet dans les blogs, positif ou négatif, sera une graine qui ne demandera qu’à devenir un arbre. Plutôt que de s’imposer à tous les Français par le haut, une possibilité unique se présente dans l’histoire de s’imposer par le bas.

5/ Bayrou est un opportuniste et il n’y a pas de petite opportunité (et moi aussi je suis un opportuniste). Mais le simple fait qu’être invité à une soirée blog devienne une opportunité, c’est une victoire en soi pour le cinquième pouvoir.

Une chose est sûre. Après mon invitation, Bayrou n’a pas tergiversé. Sa réponse a été franche et spontanée. Il n’a pas calculé. Comment aurait-il pu le faire car il ne savait même pas que se déroulait cette réunion ? Bayrou est venu parce qu’il fallait venir, parce que comme il me la dit « Tout ça va changer le monde. »

Lors de la prochaine réunion, je renouvellerai l’expérience si Versac l’organisateur en accepte l’idée. Je viendrais avec un invité mais cette fois nous n’en parlerons à personne. Ce sera une surprise, une exclusivité du cinquième pouvoir. Avis aux volontaires.

PS1 : J’use de l’énonciation parce que l’objectivité n’a aucun sens. Derrière leur « on », les journalistes nous bourrent le mou. Au moins s’ils disaient « je » nous saurions ce qu’ils pensent. Quand je dis « je », je ne me cache pas.

PS2 : Je n’avais pas anticipé la présence de la TV, je croyais qu’on discuterait et qu’on pourrait semer nos petites graines comme j’ai essayé de le faire en discutant avec Bayrou le matin. Les journalistes ont pourri la soirée. Mais l’important c’est d’avoir établi une connexion, à nous maintenant de la faire fructifier, celle là comme toutes les autres.

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36 comments

  1. J’ai eu l’occasion de discuter 10 mn avec lui, plutôt très chouette, et plutôt l’impression qu’il aurait lui-même, et comme nous tous, préféré discuter “entre nous” que répondre aux questions absolument tartes de la nuée de journalistes qui trainaient là.
    Je me suis fendu d’un petit post sur leur comportement et leur façon de travailler.
    Histoire de confronter ce qu’ils raconteront et ce que j’y ai vu moi.
    C’est là : http://www.20six.fr/aurelianobuendia

  2. Très bonne analyse (du moins j’espère)… Pour moi, internet n’est pas seulement un espace média, ou un nouveau médiat, c’est un modèle de développement. Et c’est en cela que c’est révolutionnaire. Merci donc de l’invitation. J’ajoute que je peux aussi un autre jour être invité surprise, sans que vous en ayez parlé à personne (car ce n’est pas moi qui l’ai fait).

  3. Cratyle says:

    L’idée même qu’il y a un pouvoir en développement est sans doute juste, mais reste banale tant qu’on n’en étudie pas la nature propre, qui ne le rend pas justiciable des mêmes analyses que les autres pouvoirs. Le terme de cinquième pouvoir, et de plus au singulier, est sans doute discutable par ce qu’il sous-entend.
    Quelques remarques au passage sur les possibilités offertes par les 1) à 5):
    vouloir les faire rentrer dans les catégories de votre grille rend les interprétations erronnées.
    1) est certainement juste, et correspond à l’état d’esprit habituel de Bayrou, mais probablement incomplet car il y a aussi en ce moment une campagne.
    2) me semble erronné dans le principe: c’est tout sauf un dialogue de puissances, interpréter ça en wargame est interpréter le nouveau dans les termes du monde ancien.
    3) est évidemment faux, d’abord parce que le zoo est loin des idées de Bayrou bien sûr, mais aussi parce que les blogueurs forment non seulement un média, mais le média de base à ce genre de réunion: pourquoi transformer cela en occasion de parler à un autre? Cela contredirait la simple compréhension du phénomène (4).
    4) et 5) seraient interpréter sa venue en termes de com’, et je crois cela erronné, loin de ce qu’il est. Quant à croire qu’il y a là la reconnaissance d’un cinquième pouvoir effectif, dans les termes où c’est posé, cela revient à nier la nature même, acentrale, dispersée, du pouvoir en question, qui n’était pas plus présent à Baltard hier qu’ailleurs dans un lieu.

  4. Salut Thierry. La prochaine fois, organisez République des blogs en province. Y aura moins de journalistes (pas de puissance invitante, pas d’hôtel et de frais de déplacement payés). Y aura aussi moins de blogueurs politiques parigo-parisiens, c’est certain. Mais ils ne sont quand même pas les seuls à avoir la science infuse. C’est quand même marrant de voir la blogosphère politique se fédérer (médiatisation à l’appui) sur les mêmes bases centralisées que celles qui prévalent dans toutes sortes de domaines en France. Pour un peuple en réseau, on est quand même encore dans un modèle client-serveur, non ? A quand la peer-to-peerisation de la blogosphèe politique ?

  5. Bravo Thierry pour l’invitation spontanée à Bayrou.
    Il est important d’être audacieux, de rester naturel, et de faire rencontrer toutes celles et ceux qui ont “un pouvoir” et qui peuvent ensemble faire avancer les choses. Les connecteurs ne doivent pas seulement rester sur la toile et avoir raison “seuls” mais engager la réalité et ceux qui l’occupent.

    Donc, je te le dis: pas d’états d’âme la-dessus. C’est dans la bonne direction…

    Avec toute mon amitié, Rachid

  6. Annie says:

    “Je suis toutefois persuadé que nous ne pouvons pas changer le monde en usant des méthodes qui ont plongé le monde dans l’état dans lequel il se trouve aujourd’hui (perturbations climatiques, pauvreté, malaise généralisé…). Il faut innover, en politique comme dans le business.”

    Je crois que c’est la phrase que je préfère !!

  7. Casabaldi says:

    Petit commentaire un peu mesquin, mais bon : le commentaire de F. Bayrou, ci dessus, est laissé à 11h21. Aujourd’hui, F. Bayrou est en Vendée, à 10h30, il a “visite de l’entreprise Tronico”.
    Je ne présume de rien du tout, hein. Sincèrement. Mais bon, s’il devait s’avérer qu’il s’agit en fait d’un webmaster ou d’une personne de l’équipe, ce ne serait pas bien grave, mais il faut juste le dire. C’est mieux.
    Voilà.
    Et si c’est bien vous, et bien tant mieux, et bienvenue !

  8. Vincent says:

    Le commentaire de Casabaldi pose effectivement la question de la transparence d’identité. Je doute que les moyens technologiques actuels (alertes RSS sur portable etc…) ne permettent pas à un homme politique de laisser un commentaire LUI MEME en quelques secondes. C’est pas que je veuille mettre toutes les assistantes (et assistants) au chomage mais…

  9. Casabaldi says:

    Bon remarque, je suis mal placé pour en parler hein. J’ai deux pseudo, et le Buendia, plus haut, c’est moi aussi. Mais bon, ça fait plutôt partie de la gestion des “avatars” que je considère comme inscrite dans les genes du Net depuis le début. Dans le mesure où je ne m’en “sers” pas pour fiare croire ceci ou manipuler celà, pas de souci à mes yeux.

    Non encore une fois ce ne serait pas bien grave et ce n’est peut-être même pas le cas du tout. On va pas se lancer ds un lynchage débile, stérile, etc.
    Mon comm était plus de l’ordre du petit conseil en passant (et au cas où) que du cherchage de poux.

  10. Sur la question soulevée par Casabaldi, j’ai déjà eu un échange par e-mail avec F. Bayrou lors du débat à l’Assemblée sur le projet de loi DADVSI (droits d’auteurs), je m’étais contenté d’adresser ma requête à l’adresse indiqué sur le site de l’Assemblée, j’ai obtenu une reponse quelques minutes plus tard et nous avons échangé plusieurs e-mails en l’espace d’une demi-heure. Je n’ai pas l’ombre d’un doute sur l’identité de mon correspondant d’alors.

  11. Casabaldi says:

    Oui, oui, tout à fait. Franchement svp parlons d’autre chose, je ne voulais absolument pas faire naitre une suspicion débile et déplacée là dessus.
    Thierry m’a également dit hier qu’il avait simplement envoyé un mail et eu une réponse personnelle quelques minutes après.

    Bref, toutes mes excuses pour avoir fait naitre involontairement ces “doutes” stériles, ce n’était vraiment pas mon intention et il ya vraiment, beaucoup, beaucoup plus important et intéressant que ça.

  12. Sur le coup en plus tu te trompes Casabaldi, car il est bien sur Paris ce jour.
    a+

  13. ~laurent says:

    Bravo, pour le geste et l’analyse. Concernant la réponse de François Bayrou, elle est a mettre en parallèle avec la réponse de Sarkozy chez Kassovitz, qui elle semblait “téléphonée”. Celle ci semble “naturelle”.

    De toute façon nous avons a faire a des gens intelligents et François a choisi la stratégie de l’Outsider. Qu’il gagne ou qu’il perde la course n’a peut être pas tant d’importance que cela. Il faut se poser la question de faire fonctionner la démocratie quelque soit la nature du pilote. Et l’on revient au rôle des contres pouvoir .

    Ceci dit en passant, le terme de “5ème pouvoir” n’est peut être pas le plus addapté, car on assiste peut être tout simplement à l’émergence d’un vrai 4ème pouvoir (le système médiatique traditionnel étant en grande partie sous controle).

  14. ~laurent says:

    > Casabaldi / Aureliano Buendia / Monsieur X / Madame Y

    On en revient en effet à la transparence, à force de changer d’identité on finit par se prendre les pieds dans le tapis. Je pense que l’on peut difficilement parler de politique sous un pseudo : nous ne sommes pas en dictature.

    Amicalement 😉

  15. Casabaldi says:

    Très juste, merci Carlo, la Vendée, c’est demain !
    Une nouvelle fois toutes mes excuses.

    Revenons donc au sujet : je suis effectivement persuadé que Bayrou, et peut-être quelques autres, peuvent (notamment parce qu’ils n’ont pas vraiment le choix) compter sur le Net pour faire contrepoids aux dysfonctionnements du quatrième pouvoir.
    Je ne dis pas que la campagen se déroulera ou se jouera seulement sur le Net, mais qu’elle se déroulera AUSSI sur le Net. Et que les gens et les réseaux qui y participeront, indépendants pour la plupart, auront un impact non négligeable.

    Amusant de constater que, pendant que nous discutions entre nous hier soir, Libération était en train de crever en silence…
    La roue tourne…

  16. Quelques commentaires postés ailleurs:

    @Agoravox
    Cet argument sur la pub pour mes livres est ridicule. J’écris des livres qui ne vendent pas. 2500 exemplaires du peuple des connecteurs. Ça me fait 3500 euros dans la poche. J’ai travaillé 9 mois à plein-temps. Faites les comptes du salaire horaire. Même à 8h par jour ce n’est pas lourd. Alors ok je fais peut-être de la pub mais ce n’est pas pour vendre le livre plutôt pour que les idées que j’y expose se propagent.

    Et j’use de l’énonciation parce que l’objectivité n’a aucun sens. Derrière leur « on », les journalistes nous bourrent le mou. Au moins s’ils disaient « je » nous saurions ce qu’ils pensent. Quand je dis « je », je ne me cache pas.

    @Le monde Citoyen
    Tu as raison José. J’ai écrit ce papier à cause de Carlo Revelli. C’est lui qui suite à ma note de hier a ajouté que je ferai un compte rendu aujourd’hui. C’est encore de la petite histoire. La présence de la TV, je n’avais pas prévu, je croyais qu’on discuterait et qu’on pourrait semer nos petites graines comme j’ai essayé de le faire en discutant avec Bayrou le matin. Les journalistes ont pourri la soirée, limite polis. Mais l’important c’est d’avoir établi une connexion, à nous maintenant de la faire fructifier, celle là comme toutes les autres.

    @Loïc Le Meur
    Je t’ai dit que je t’aiderai et je le ferai (si j’en suis capable) parce que les idées qui te préoccupent me préoccupent aussi. Et je sais que tu veux que les choses aillent dans le bon sens. Toutes ces histoires de partis, de droite et de gauche, je m’en fiche totalement.

    Franchement, je ne crois pas que Bayrou soit venu pour les médias. Il m’a dit oui sans réfléchir, sans trop savoir où je l’embarquais. La prochaine fois, si j’en ai l’occasion, je fais la même chose avec Sarko ou DSK.

  17. Dilbert says:

    Permettez-moi d’être sceptique quand à votre démarche, à vous tous les blogueurs et blogonautes (“ça ne marchera… jamais !” qu’il dit le vieux ronchon ultralibéral qui vous cause).
    Un homme politique peut être fort sympathique, totalement acquiescer aux idées de connexion et d’interconnexion, être persuadé que le pouvoir est en bas (ou devrait être en bas), etc.
    Maintenant si vous le prenez dans son contexte naturel, la politique, et le Pouvoir avec un P majuscule, son comportement sera tout autre. Car il est dans la machine, aux commandes du “monstre froid, le plus froid de tous les monstres froids” (l’Etat). Il ne peut éviter l’interventionnisme et le constructivisme qui sont le lot du métier. Et là, disparues les bonnes intentions affichées… Le pouvoir est monopolistique, pour un politicien, le partager avec la société civile, c’est signer son arrêt de mort.

  18. Dilbert, je crois personnellement que c’est en ne partageant pas le pouvoir avec la société civle que les hommes politiques signent, à terme, leur arret de mort.

  19. X Y says:

    Bayrou, Crouzet, Lemeur, Sarkozy, media, nuée de journalistes, buzz, invitation : quel fil conducteur ?

  20. Garbun says:

    Un message un peu hors sujet mais pas tant que ça : je fais partie de ces gens qui suivent ce blog quotidiennement et qui pensent que ce qui s’y passe peut avoir une importance non négligeable (“Ah le con.”). Mais pour mesurer l’impact d’un blog comme celui-ci, j’aurais aimé savoir combien de gens le lisent régulièrement. Question à Thierry donc : combien d’internautes auront lu cet article d’ici, disons, un mois ?

    Car il m’arrive souvent de parler autour de moi des idées qui circulent ici, et c’est probablement le cas pour beaucoup d’habitués de ce blog. Je ne sais pas si tu en parles dans ton dernier livre, mais je pense qu’il serait intéressant de connaitre le ratio “échanges privés”/”échanges publics”, les premiers étant les échanges non visibles par les internautes : discussions de café, mails, etc., à l’inverse des seconds : les blogs, leurs commentaires, et les forums (mais vous aviez déjà compris, canaillous).

    Alors oui, on rencontre sur le net tous les points de vue possibles et imaginables, mais plus le ratio en question penche en faveur des echanges privés, moins de ce que l’on voit sur le net n’est représentatif de la globalité. La surprise de Le Pen au second tour en 2002 en est un exemple : dans aucun média on aurait pu mesurer l’ampleur du mouvement FN. Bon, le net à beaucoup changé depuis, mais justement, dans quelle mesure ? Une telle surprise serait-elle toujours possible aujourd’hui ? Ce que l’on voit sur nos écran n’est surement que la partie émergée de l’iceberg, mais qui nous dit que cette partie est semblable à la partie immergée ? Dans quelle mesure les cyber-connecteurs sont-ils représentatifs de la population en général ? Le 5ème pouvoir serait-il plus invisible que visible ?

    Sucer c’est tromper ?

  21. Casabaldi says:

    Salut Garbun,

    mesurer l’impact d’un blog… vaste question.
    Je prétends avoir un peu d’expérience sur la question (mais pas la science infuse, ni LA vérité) et je peux déjà te dire ça :
    certes l’audience est un facteur. Certes ce n’est pas le seul facteur, et on peut en ajouter 250 autres tels que Links, Page rank, track back, etc. (voire analyse sémantique et tutti quanti)
    Mais surtout, quelquesoit la réponse à cette question, ce n’est en fait pas la bonne.
    Je m’explique :
    Ce n’est pas l’influence du blog ou du blogueur qui est importante.
    C’est celle de l’idée.
    Un blog, quel qu’il soit, n’a pas “d’influence” en soi. Intrinsèquement. Tu me suis ?
    L’influence est contextuelle, conjoncturelle.

    A ce stade, un blog aussi puissant soit-il, n’est rien d’autre qu’un “prétexte à créer de l’échange. Et l’influence, la force est dans l’échange, pas dans le blog.
    Les gens qui cherchent l’influence DANS les blogs se trompent ; L’influence n’est pas DANS les blogs mais ENTRE les blogs.
    Je te renvoie à un récent post de Thierry sur la Loop Quantum Gravity.
    C’est la même image. EN très gros, l’important, ce n’est pas les “trucs” (atomes, matière, gens, blogs, etc.) mais la force des liens entre ces trucs. D’où l’importance des “réseaux”, plus que des blogs.
    Hope this help.

  22. Garbun says:

    Casabaldi, c’est précisément pour estimer la force que peut avoir une idée émise dans un blog que j’ai besoin de savoir combien d’internautes ont pu y passer. Evidemment on ne peut faire qu’une estimation. Pour avoir le chiffre exact de gens qui tombent sur l’idée, il faudrait additionner le total des gens qui ont lu l’article du blog avec ceux qui ont lu sur un autre blog ou site un article s’y reférant ou reprenant l’idée directement (en ne comptant pas les fois ou une IP est vue plus d’une fois pour éviter de compter plusieurs fois la même personne).

    Tout ça nous donnera le nombre de gens qui lisent l’idée. Ensuite, pour connaitre son impact réel, peut-être pourrait-on faire un sondage demandant aux gens à combien de personnes ils parlent des idées vue sur un blog en moyenne, puis à combien de personnes est-ce qu’ils discutent d’idées provenant de quelqu’un qui les ont lu sur un blog (pour ces chiffres, il ne faut compter que les personnes à qui l’on a appris l’existence de l’idée, sinon encore une fois celles qui étaient déja au courant vont faire doublon).

    Ainsi on peut estimer l’importance de chaque “couche” diffusant l’idée et avoir une vision globale de sa portée.

  23. jylem says:

    le problème de l’homme politique bayrou ou un autre c’est qu’au lieu de faire son travail d’homme politique, il travaille à se faire élire. le système est biaisé de toute façon.
    Les idées de thierry entre autre peuvent changer cela.

  24. chouchou says:

    Bonsoir,

    Que dire de plus que vous n’ayez déjà écrit.. vous les “si grands blogueurs”..

    Personellement j’apprécie l’idée développée par François Bayrou, à savoir venir sans être invité..
    http://canteleu.paysdecaux.com/index.php?2006/09/28/929-francois-bayrou-rencontre-le-cinquieme-pouvoir

    Très cordialement

  25. Cratyle says:

    jylem, s’il y a quelqu’un qui fait son travail d’homme politique en France, c’est bien Bayrou, justement, alors réduire ses actions à l’envie politicienne de se faire élire, comme s’il était un Sarkozy ou une Royal, c’est un contre-sens.

  26. Farid Taha says:

    Pas mal l’analyse sur l’état d’esprit de Bayrou et son rapport avec le monde qui “bouge”. A nous aussi de lui donner l’opportunité de le faire bouger pour nous dans le sens que nous voulons….

    Par contre je suis moins d’accord sur le fait que sa venue ait été annoncée. J’aurais préféré un geste spontanné ou que ce soit à l’improviste (Comme pour Voynet qui n’a pas été annoncée).

    Et ce même s’il répondait à ton invitation. Tu aurais bien sur eu le loisir de nous expliquer à posteriori ton coup et on aurait eu toutes les raisons de l’applaudir.

    Alors question: Est ce que les journalistes auraient été aussi nombreux si Bayrou n’était pas annoncé ?

    Si la réponse est OUI il y en aurait quand même eu autant… alors ma réserve saute d’elle même et tu peux oublier ce que j’ai dis !

    En tout cas bonne initiative de Versac que de “faire rencontrer virtuellement (1) dans le réel ceux qui se croisent réellement dans le virtuel” (2). Attention la phrase est Copirightée Farid TAHA (r) (c) (TM)….etc etc

    (1) Vu le nombre de journalistes la rencontre avec ces personalités nous a été quelque peu confisquée par eux.

    (2) Bon courage pour ton bouquin !

  27. Casabaldi says:

    > garbun (désolé, thierry, on dévie un peu, mais ça me semble intéressant, et en rapport, avec ton dernier post, bonvote, ton bouquin, etc.).

    Garbun, tu cherches donc à “estimer la force que peut avoir une idée émise dans un blog”. Bien.
    Ce que je voulais te dire dans mon dernier comm, c’est qu’une idée émane rarement d’un blog. D’anord, ce n’est pas le blog qui émet l’idée, mais le bogueur. Avant de l’écrire, ce blogueur, qui est avant tout une personne, en a parlé, entendu parlé, discuté avec pas mal de gens, à raccrocher son idée à certaines théories, argumenter, etc. Bref, il a créé des “liens”, des “relations”.
    Ce sont ces relations qui comptent, bien plus que l’audience qu’aura finalement son post.
    Toute “l’influence” a venir de cette idée viendra de la capacité des gens à la comprendre, à la reprendre, à en intégrer l’importance.
    C’est ça qui va faire que, une fois publiée, cette idée qui ne sera peut-être lu au départ que par quelques dizaines de personnes, va se propager.

    Je prends l’exemple du réseau freemen.
    Audience sur le post d’origine : quelques dizaines de personnes.
    Mais beaucoup de ces personnes comprennent et reprennent. Intègrent le réseau, relaient l’idée.
    Résultat : 80 blogs en réseau qui touchent près de 200 000 visiteurs uniques dédupliqués tous les mois. Plus des centaines de discussions tous azimuts sur des listes, dans des bars, des contacts dans tous les sens, à tous les niveaux de la société, dans des milieux très différents, des relations et des projets avec des dizaines d’autres réseaux.
    Dès lors, une idée “poussée” par le réseau freemen se propage près de 80 fois plus vite. (Petit exemple anecdotique, la récente histoire du “pruin d’ortie”, dont tu as peut-être entendu parler). Née off line, puis passant sur une mailing list, elle se retrouve (entre autres) sur un blog freemen : eco-echos…
    L’audience de ce blog est alors quasi-négligeable. (10 à 30 visiteurs/jours).
    (ça, c’est ce que tu aurais si tu cherchais à mesurer “l’influence de ce blog” : résultat : pas ou très peu influent… et pourtant…)
    Mais la news part sur le réseau et se propage. des dizaines de blogs, freemen ou pas, relaient peu à peu. Puis la news revient ds les media officiels (20h de TF1, Le Monde, etc.) Le blog eco-echos explose. (4 300 visites en Septembre, soit 500% d’augmentation) ce qui était imprévisible si tu avais voulu connaitre son “influence” avant. Tu me suis ? Et ce qui reste négligeable vis-à-vis de son influence réelle dans cette histoire.

  28. Continue comme ça Casabaldi… tu écris mon bouquin… 🙂

  29. Casabaldi says:

    Hé hé… on l’écrit tous en live ton bouquin. Et heureusement, sinon il parlerait de quoi ? J’espère que bien que ce que tu vas y raconter, c’est ce que nous sommes tous en train de vivre, de faire. Amener un point de vue, une synthèse sur tout ça ne pourra être aque bénéfique… et propice à d’autres discussions, de façon à encore meixu comprendre ce qui se passe.

    Pendant que je suis là, je prends un pari avec Garbun : Dans 3 mois, énormément de blogs parleront de croissance, de PIB et d’indicateurs alternatifs, cad d’autres mesures que le PIB pour l’évolution, le progrès d’une société, d’un pays.
    Tu m’accordes que ce thème est aujourd’hui très peu présent.
    Alors comment je le sais ?
    Parce que j’ai un blog super influent ? non.
    Parce que plein de blogs “influents” vont pousser cette idée ?
    Certes, mais c’est un conséquence, pas une cause “première”.

    Avant tout, parce que ce “thème” est “influent”. Parce qu’il est partagé, aujourd’hui en “off” par beaucoup de gens ; le fait que ces gens aient des blogs ne vient qu’après dans l’ordre d’importance.
    Là encore, “l’influence” potentielle est avant tout dans l’idée et dans la capacité des gens à la “partager”. Elle n’est pas DANS les blogs, mais ENTRE les blogs.

  30. EricB says:

    Bonsoir Thierry,
    Un concept qui peut être intéressant pour ton livre. Développement sur ce post:

    http://giussani.typepad.com/loip/2006/10/ubuntu.html

    “Ubuntu is a Bantu word meaning that “a person is only a person through their relationship to others”. Bishop Desmond Tutu is quotes as explaining it this way: “Ubuntu is very difficult to render into a Western language… It is to say, ‘My humanity is caught up, is inextricably bound up, in what is yours.'”

    Amitié. EricB

  31. C’est exactement ça. Nous sommes en train de devenir des Ubuntu. C’est sûr, je vais caser ça dans le livre.

  32. Garbun says:

    Je modifie un peu ce que je disais : comme tu l’as dis Casa, une idée se développe à travers tous les médias, lesquels s’entre-influencent, d’ou la difficulté d’estimer l’importance d’un média en particulier. Mais on se rend bien compte que depuis l’arrivée des blogs, quelque chose s’est passé qui a considérablement augmenté le nombres d’échanges entre les internautes (puis par extension entre tout le monde).

    Le but à terme de ce dont je parlais serait donc non pas d’estimer la portée d’une idée via un blog, mais quel est le “coefficient de connexion” d’un blog (càd de combien de % le blog va-t-il augmenter le nombre d’echanges à propos d’une info, par rapport à s’il n’avait pas existé).

    L’experience est complexe mais faisable je pense. Exemple : un blog spécialisé sur les nouvelles technologies mettant fréquemment des liens vers un site précis (disons vieartificielle.com), s’arrête brusquement de publier. Quel impact ça engendre sur ce site ? Est-ce que le nombre de visiteurs en moins sur “vieartificielle” correspondra exactement au nombre d’internautes qui y venaient via le blog sur les nouvelles technologies venant de fermer ? Si oui, on en conclue que l’influence externe du blog est inexistante ou presque. En revanche, si le nombre de visiteurs en moins sur le site est, disons, 3 fois plus élevé que le nombre affiché par ses statistiques (“x visiteurs provenants de blog Truc”), alors l’influence externe du blog est de 3 pour 1.

    C’est un moyen tout bête de se rendre compte de l’impact réel d’un site, il y a surement d’autres méthodes moins brutales (quoique), mais c’est un exemple, comme quoi ce n’est pas impossible.

    Je pense que tout le monde ici est d’accord sur le fait qu’Internet remplace petit à petit la télé et que la tendance n’est pas prête de s’inverser, d’ou l’interêt de se pencher sur son influence (et c’est pour ça que ton pari je vais surement pas m’y aventurer parce que je suis moi aussi pas mal persuadé qu’effectivement on va assister à l’arrivée de moults indicateurs plus ou moins spécifiques). Ça promet d’etre interessant en tout cas.

  33. Nicolas says:

    @ Casabaldi > ‘suis fan de ta prose :))

  34. ben says:

    parceque BAyrou c’est le meilleur 🙂

    http://www.social-democratie.eu

  35. dav says:

    si bayrou été meilleur en quoi que ce soit ça se saurait… même en lettres, pourtant agrégé, il a du mal… hihihihi

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