Plus nous regardons la télé (pas moi… je l’ai pas), moins nous votons. C’est une idée dans l’air.

 

Dans mon prochain livre, je vais publier et commenter ce graphique qui parle de lui-même. Je l’ai concocté en corrélant diverses études (le taux d’abstention aux élections depuis 1958 et la traditionnelle étude Médiamétrie que j’ai reconstituée en glanant à droite à gauche). Si quelqu’un connaît d’autres sources, je suis preneur.

Mon analyse est simple : la télévision a transformé la politique en spectacle, un spectacle réservé à une élite, un spectacle auquel nous participons de moins en moins. Cette distanciation de plus en plus grande, nous a conduis à nous engager de moins en moins.

Je crois maintenant qu’Internet va inverser la tendance. Pour étayer cette thèse, j’aimerais publier un autre graphique. Tracer la courbe de l’évolution du nombre d’internautes et la comparer avec l’évolution du nombre d’adhérents à des partis, le nombre de syndicalistes, le nombre de gens qui travaillent dans les associations…

Je sais que le nombre d’encartés vient de faire un bond. J’ai l’intuition que plus Internet se développe, plus il nous redonne goût à la participation, donc à l’engagement sous toutes ses formes (le vote étant la forme la moins exigeante à mes yeux).

Pour le moment, je n’ai pas assez de données pour tracer une quelconque courbe, même une courbe qui viendrait contredire mon analyse. Là encore, si l’un de vous connaît des sources… ça m’intéresse. Si je ne trouve rien de prémâché, je contacterai un à un les partis pour connaître leur nombre de sympathisants sur les dix dernières années.

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17 comments

  1. Attention ! tu mélanges deux notions qui n’ont rien à voir : causalité et corrélation. Ton graphique n’indique qu’une seule chose à savoir que audience et absention sont des variables corrélées, rien ne permet d’affirmer que l’audience entraine l’absention. Le port des vêtements chauds est corrélé à celui de la grippe, en hiver on se couvre et on est touché par la grippe, donc c’est simple restons en t-shirt et nous n’attraperons pas la grippe… la raisonnement est évidemment faux car je parle ici de variables corrélées qui ne sont pas reliées par un lien de causalité.

  2. D’accord. Mais on se couvre parce qu’il fait froid et quand il fait froid le virus de la grippe se propage, on tombe malade, on se couvre encore plus. Il peut y avoir corrélation sans lien causal et corrélation avec lien causal. Pour ma part, je vois un lien causal entre TV/abstention et je l’explique par la distanciation qu’implique la TV par rapport à la chose politique. Je sais que ça ne prouve pas que le lien causal existe mais, dans ce domaine scientifiquement mou, il n’y a pas moyen de prouver quoi que ce soit. De toute façon, j’utilise cet exemple comme illustration d’une tendance. Mon raisonnement ne reposera pas là-dessus, je trouve juste cette corrélation intéressante. D’ailleurs rien ne prouve qu’il y ait corrélation. C’est peut-être juste une coïncidence.

  3. X Y says:

    Ou moins nous votons, plus nous regardons la TV…

    Du genre, il ne sert à rien d’aller voter, c’est blanc bonnet, bonnet blanc, alors je m’occupe de ma petite personne e comme je m’emmerde, je regarde la TV.

  4. Ce qui serait super c’est d’avoir des stats à l’échelle mondiale pour voir si cette corrélation qui n’est pas une coïncidence puisqu’elle perdure depuis des décennies, peut être généralisée.

  5. pegase says:

    Même en admettant que “lien” il y a :
    “abstention” = ~2,7 * “temps passé devant la télé”

    Pas terrible et certainement très loin de l’égalité que le titre clame.
    Même en admettant un “lien” il y a une autre composante qui expliquerait “mieux” l’abstension que la télé 🙂

  6. Développe pegase… ça m’intéresse (pas le calcul qui n’a aucun sens puisque les deux pourcentages ne mesurent pas la même chose… c’est juste la tendance qui doivent être comparée).

  7. José says:

    Thierry, sur ton schéma, l’abstention progresse plus rapidement que le temps passé devant une télé. Celui-ci ne fait donc sans doute pas le tour de la question.

    Il serait, par exemple, instructif de faire une enquête sur les pratiques télévisuelles des abstentionnistes ou de ceux qui votent blanc. Il n’est pas impossible qu’on aie des surprises : je connais de plus en plus de gens qui n’ont pas/plus de télé ET ne votent pas.

    Reste que la télé, auto-proclamée “fenêtre ouverte sur le monde“, participe au désengagement des citoyens, a tendance à les rendre passifs, “spectateurs“, voyeurs. Mais elle n’est qu’un des éléments d’un dispositif idéologique autrement plus riche et complexe.

  8. Bien d’accord José… je fais parti de ces gens qui n’ont pas la télé et ne votent pas. C’est sûr que ce n’est pas la seule explication… mais sans doute un élément parmi d’autres… comme le fait que nos politiciens rabâchent toujours les mêmes idées… et nous précipitent vers la catastrophe. J’ai cherché d’autres chiffres à corréler et je n’ai rien trouvé pour l’instant.

  9. pegase says:

    Salut Thierry,
    les deux courbes de tendance que tu fais apparaître sont des simulations de l’évolution de chaque paramètre en fonction du temps.
    Si tu utilises les points ainsi calculés pour établir la corrélation entre les deux paramètres tu tombes sur le résultat que j’ai donné ci-dessus. (ça serait sympa de proposer les fichiers de données quand tu balances les graphiques, me suis fait chier à cliquer point par point pour reconstituer les données).
    Est-ce assez explicite ?

    C’est une façon d’exprimer la même chose que José (“’abstention progresse plus rapidement que le temps passé devant une télé”), mais avec la méthode en plus.

    Le titre est trompeur 🙂

  10. @Pegase. Je comprends pas ton point. C’est évident que l’abstention progresse plus vite (la pente est plus grande). Si corrélation il y a, elle n’a aucune raison d’être linéaire.

    Pour avancer, il faut trouver d’autres données…

  11. pegase says:

    T’as besoin de ça en “starter” peut-être, mais si tu finis la lecture on n’aura plus grand chose à discuter. http://www.isys.ucl.ac.be/etudes/cours/linf2275/06cours.pdf

    Quant au corrélations linéaires, c’est bien toi qui les a tracées sur le graph, non ? o_0

  12. Jean-Marc says:

    Tout à fait d’accord avec l’explication de Stéphane Bayle… ce d’autant plus que cette courbe d’évolution d’audience télé se corrèle tout également à la montée de la délinquance (étude faite aux USA) et sûrement à bien d’autres phénomènes en hausse, genre : le réchauffement climatique, la fréquence de la maladie d’alzheimer (surtout en vogue à Bordeaux ces derniers temps ;), etc.

    Mais peut-être que la télé est vraiment la cause de tous nos maux, ce que je suis parfaitement prêt à croire si quelqu’un arrive à démontrer un jour le théorème de l’oeuf et de la poule…

    En fait tout cela est un peu un faux débat, car si les réponses étaient uniques et univoques, nous pourrions résoudre tous les problèmes de la terre, ce qui est loin d’être le cas… Malheureusement pour nos pauvres cerveaux fatigués, il n’existe pas de problème univectoriel…

  13. Je trouve intuitivement que l’explication fonctionne assez bien : plus de télé, plus de spectacle, moins de politique, une politique plus mise en scène, plus de distance, moins d’engagement. La télévision comme un élément parmi d’autre du désintérêt pour la politique, mais qui ne doit pas masquer le rôle des politiques eux-mêmes qui à force de langue de bois, de mensonges et de promesses non tenues, ont largement participé à créer cette société de défiance.

    En revanche si tu fais l’hypothèse qu’Internet inverse cette tendance, il faudrait le faire en gardant la variable “abstention” comme point de comparaison.

    Si tu prends les statistiques d’adhésion aux partis comme point de repère, ça ne veut pas dire qu’Internet inverse la tendance abstentionniste, mais qu’il favorise le militantisme.

    Rien n’empêche en effet, en principe, l’abstention de progresser en même temps que l’engagement politique (cela signifierait simplement que le volume de citoyens qui votent sans être militants diminue).

  14. Je crois que l’abstention peut s’accroître et l’engagement aussi… car voter n’est qu’une forme d’engagement parmi d’autres, sans doute pas la plus efficace à notre époque.

    À partir de ces deux courbes, je ne tire aucune théorie profonde, dans mon livre je n’en dis guère plus que d’en mon billet, c’est juste pour démontrer qu’un média non participatif ne nous a pas poussé à participer (et les politiques n’ont rien fait pour contrebalancer cet effet vu qu’ils parlent via la TV).

  15. I agree. Bonne formule.

  16. Dr Drop says:

    Sans chercher à trop en faire, le sujet me dérange sur certains points, que j’énoncerai naivement.

    1) comme déjà dit plus haut, causalité et corrélation sont deux choses différentes ; et s’il y a une/des causes communes à l’augmentation du temps passé devant la TV et l’abstention, mieux vaudrait un schéma plus large des interactions, que ce soit au niveau individuel ou au niveau général ;
    2) historiquement, je ne suis pas non plus sûr que la politique ait été dissociée du spectacle avant même l’apparition de la TV (et arrêtons d’idéaliser le sénat romain et les philosophes des lumières s’il vous plaît) ;
    3) de manière similaire, ce n’est que depuis peu que le “quidam moyen” s’il existe a réellement un pouvoir décisionnaire (l’oligarchie a longtemps régné après 1789 et n’a pas complètement cessé ; et nos grand-mères – pour certains nos mères – ne sont pas nées avec le droit de vote) l’évolution du droit de vote est donc à prendre en compte ;
    4) aussi, il n’y a pas tant l’exécution du pouvoir qu’aussi l’idée qu’on s’en fait : les médias (et je ne parle pas là que de la TV) assènent ainsi un grand nombre de messages, mais non des moindres celui qui dit “à quoi bon”, ça ne change rien, ça ne sert à rien ;
    5) en fait, ce n’est pas que la TV qui nous submerge ; prenons en compte le véritable raz de marée d’informations (trop de liberté tue la liberté) qui finit par noyer le poisson. On ne sait plus qui croire = on ne veut plus croire = on ne veut plus réagir. Mais il n’y a pas que la TV. Notons aussi le nombre de radios (dont celles dites “libres”), de journaux, et plus récemment la vague de quotidiens gratits ;
    6) et enfin quand bien même le web est un medium interactif, j’ai de sérieux doutes quant à son effet bénéfique : il ne donne jamais que plus de liberté, plus d’informations, plus d’interprétations, donc plus de doute à ceux qui se donnent la peine de l’utiliser activement. Mais ce ne sont pas tant les sites de débats qui fleurissent ; ce sont surtout les sites comme youtube, sur lesquels l’utilisateur certes fait une recherche “active” de clips, mais pour mieux s’endormir devant la montagne de bêtises à disposition.

    Ceci non pas pour critiquer le bien fondé du sujet, mais pour poser la question de son intérêt si justement ce n’est pas pour “tirer une théorie profonde” d’une prise de recul sur l’ensemble des problèmes qu’il soulève.

  17. Beasse says:

    Abstention = Révolution … on y vient!

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