C’est le titre du livre de Don Tapscott et Anthony D. Williams et du site associé, un livre qui manque de souffle mais qui est bourré d’exemples démontrant que le cinquième pouvoir bouleverse la société. J’aurais pu écrire le premier paragraphe.

Au cours de l’histoire, dans les entreprises, l’autorité circula toujours suivant une ligne hiérarchique stricte. Tout le monde était le subordonné de quelqu’un d’autre – employés par rapport aux managers, vendeurs par rapport aux consommateurs, producteurs par rapport aux distributeurs, entreprises par rapport aux communautés. Un homme ou une entreprise était toujours responsable, contrôlant les choses, au sommet de la chaîne alimentaire. Aujourd’hui, les hiérarchies ne sont pas en train de disparaître mais de profonds changements technologiques, démographiques et économiques donnent naissance à un nouveau modèle de production reposant sur les communautés, la collaboration et l’auto-organisation plutôt que sur la hiérarchie et le contrôle.

Les auteurs commencent par raconter l’histoire de Goldcorp, une société qui gère une mine d’or au Canada. À la fin des années 1990, le gisement semble épuisé, la fermeture inévitable. Le jeune directeur, McEwen, investit 10 millions de dollars pour la prospection et ses géologues réussissent à trouver une nouvelle veine, un sursis de quelques années. Mais la fin paraît inévitable.

En 1999, McEwen assiste au MIT à une conférence sur Linux. Il découvre le concept de l’Open Source et il crie Eurêka. Il décide alors de publier toutes ses données géologiques sur internet, données habituellement gardées secrètes par les entreprises, et de proposer aux internautes volontaires de les analyser à la recherche de nouvelles veines. Plus de milles prospecteurs virtuels étudient ces données. En quelques mois, ils découvrent de l’or et encore de l’or, faisant exploser la valorisation de Goldcorp.

McEwen avait ouvert son business à des étrangers, il l’avait ouvert à la collaboration, il était entré dans la wikinomics.

Tapscott et Williams multiplient les exemples. Outre Wikipedia, ils évoquent d’autres projets collaboratifs (Human Genome project, [email protected], InnoCentive, CAMBIA…).

Un changement profond est en cours et une nouvelle règle du business apparaît : adopter le nouveau modèle collaboratif ou périr. […] Si nous sommes sages, nous mettrons la collaboration à la portée de tous et nous optimiseront l’usage des ressources planétaires. Mais le nouveau modèle participatif causera aussi de grands troubles, désordres et dangers pour les sociétés, les entreprises et les individus qui ne parviendront pas à suivre le changement incessant.

Je continuerai à parler de ce livre au cours de ma lecture. Je retiens pour l’instant avant tout les exemples parce qu’on me demande toujours des preuves que le cinquième pouvoir est efficient. Chez Goldcorp, il a prouvé qu’il pouvait intervenir dans le business. Ailleurs, avec le projet BiOS (Biological Open Source Licenses) de CAMBIA, il se lance dans la recherche fondamentale. À mon sens, voici la vraie politique de demain.

Dans cette révolution, l’individu est moteur. Des sociétés ou des associations proposent des projets participatifs, elles ouvrent les portes, puis les individus décident d’y aller ou non.

De l’exemple Goldcorp, je retiens que toutes les données doivent être rendues publiques. Cette transparence est la meilleure façon de garantir le gagnant-gagnant. Les services de l’État devraient publier toutes les informations dont ils disposent, même les plus insignifiantes. Les citoyens seraient alors capables de les analyser et, à coup sûr, de trouver des solutions révolutionnaires à nombre de nos problèmes de société.

Ces informations nous appartiennent car nous les avons payées avec nos impôts. Nous devons y avoir accès. Les candidats à l’Élysée devraient s’engager à la transparence informative. C’est la condition première à une société participative.

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17 comments

  1. Strange… On me reproche toujours de pas donner d’exemples concrets… en voilà des preuves qu’un cinquième pouvoir existe… au vrai sens politique… et personne ne réagit. Mon billet était-il trop parfait ou trop nul?

  2. Axel says:

    “Mon billet était-il trop parfait ou trop nul?”

    Thierry, tu sais bien que les gens ne réagissent que lorsqu’ils ont une critique à faire 😉

    Un article informatif, qui n’offre pas matière à contestation directe, est lu, mais rarement commenté.

  3. Rémi says:

    C’est assez rigolo ce que tu dis presque innocent : “De l’exemple Goldcorp, je retiens que toutes les données doivent être rendues publiques. Cette transparence est la meilleure façon de garantir le gagnant-gagnant. Les services de l’État devraient publier toutes les informations dont ils disposent, même les plus insignifiantes. Les citoyens seraient alors capables de les analyser et, à coup sûr, de trouver des solutions révolutionnaires à nombre de nos problèmes de société.
    Ces informations nous appartiennent car nous les avons payées avec nos impôts. Nous devons y avoir accès. Les candidats à l’Élysée devraient s’engager à la transparence informative. C’est la condition première à une société participative.”

    Le problème c’est que quantité de données sont censées être accessibles au public. Toutes les administrations font de la rétention de données et refusent de les communiquer. Ce en toute illégalité. Tu devrais suggérer de se battre contre cette rétention (cela nécessitera une débauche d’énergie, mais partagée entre connecteurs cela peut faire avancer les choses).

  4. Rémi says:

    Un autre commentaire plus constructif sur ce que tu dis :
    “Je retiens pour l’instant avant tout les exemples parce qu’on me demande toujours des preuves que le cinquième pouvoir est efficient.”.
    Les exemples sont le meilleur moyen de convaincre les sceptiques.
    D’ailleurs réunir tous les exemples sur un site, un wiki, servirait à coup sur à faire avancer les choses.

  5. Tu as raison Rémi… je vais ouvrir un espace où tout le monde pourra saisir ses exemples…

  6. Iza says:

    Figure toi que j’ai commencé un commentaire sur ta proposition de rendre les données publiques et que j’ai renoncé … difficile de me positionner, fatiguée à l’idée d’être mal comprise… bref. Mais effectivement, je me disais que c’était une excellente idée qui aurait aussi comme effet positif de faire taire un peu les habituels “controleurs des travaux finis” devant la complexité des problèmes et des données à traiter. Se poser la question du service public c’est aussi s’obliger à essayer de prendre toutes les données en compte. Ce que l’Etat ne fait pas toujours au mieux,c ‘est le moins qu’on puisse dire, mais qu’il essaie de faire.

    Je ne peux pas m’étendre mais je suis souvent atterrée par la densité des lieux communs et autres préjugés en béton armés véhiculés par le mot “l’Etat”. Je ne sais pas si on dépasse “libéralisme” mais c’est assez gratiné… et bien souvent cela témoigne d’une méconnaissance… abyssale. Mais bon, je ne suis pas sûre que ce soit un sujet très intéressant…

    Tes exemples en revanche le sont.

  7. aztl says:

    Je suis d’accord avec le fait de tout publier.

    Néanmoins cela doit nécessiter des investissements pour donner de la lisibilité à tous ces renseignements. Sinon tout cela ressemblera à une soupe indigeste.

    De la même manière que la participation n’est pas collaboration, la donnée n’est pas l’information…

  8. paul says:

    Il faudrait dire ça au BRGM.
    les fiches gitologiques fait par ce service public sont en accés libre sous forme papier (sur place à Orléans), mais payantes par Internet.

  9. Pour compléter le commentaire de aztl:
    je ne pense pas que l’on doive investir pour donner de la lisibilité aux renseignements avant de les rendre disponibles: il faut publier les données brutes et laisser la communauté organiser et mettre en forme les données en fonction de ses besoins et de ses aptitudes.

  10. Garbun says:

    Vous pensez bien que si l’Etat mettait à disposition tous les chiffres de ses activités, comme ça se fait dans les pays réellement civilisés, ça pourrait provoquer quelques réactions… Rien d’étonnant à ce qu’il ne se presse pas pour nous les fournir.

  11. aztl says:

    Oui je suis d’accord que en théorie il ne faudrait pas de filtre entre les données et nous.

    Néanmoins, l’administration est une usine à endormir le citoyen. En théorie la loi nous permet à tous de faire de nombreuses choses. Malheureusement, c’est comme si les démarches étaient volontairement compliquées pour décourager le plus grand nombre. Les différents services ne dialogues pas entre eux, les employés n’ont pas la culture de la coopération… C’est un peu un vision Kafkienne des choses mais je pense que tout le monde en a fait l’expérience. C’est une machine individualisante.

    Ce que je disait sur l’investissement trasuisait en fait ma crainte que cette philosophie soit reproduite d’une manière ou d’une autre dans les publications. Mais apres tout ensemble nous pouvons peut être dépasser tout cela…

  12. Garbun says:

    “Mais apres tout ensemble nous pouvons peut être dépasser tout cela…”

    S’il s’agit des comptes publics, je n’ai aucun doute là dessus, je serai même le premier à y mettre de l’ordre.

  13. Un exemple ou c’est plus la communauté des économistes qui coince en mentant ouvertement pour garder des données payées avec nos impots secrêtes :

    http://guerby.org/blog/index.php/2006/11/19/129-inflation-et-transparence

    Au passage, la transparence sur les prix, c’est une garantie d’une meilleure efficacité du marché.

    Je signale le blog du Guardian “Free our data” :

    http://www.freeourdata.org.uk/blog/index.php

    Un blog sur la campagne du journal pour pousser le gouvernement a mettre dans le domaine public des tas de données.

  14. jugurta says:

    Très intéressant billet.
    Je suis pour ma part persuadé que l’influence du web sur les sociétés aura la même influence que la découverte du feu par les premiers hommes : énorme

  15. Lainée says:

    Je découvre ce site, et j’interviens dans ces échanges pour apporter un témoignage: celui du mouvement des Politic Angels, que j’ai créé dans mon village du val d’Oise, comme un mouvement de propositions citoyennes concrètes, permettant d’organiser un courre pouvoir là om les politiciens ont perdu l’intelligence et: ou le courage. Ce mouvement mène une 1ère action, pour obtenir uen amélioration de la politique des ordures méangères, où 3 M€ sont gaspillés par an par la communauté de communes. Les données sur la qualité des ordures ménagères, en principe disponibles pour les citoyens, ont été effectivement très laborieusesà obtenir. Mais, à elles seules, elles n’auraient pas suffi à obenir le diagnostic. Il m’a fallu trouver des comparables nationaux, qui étaient enfouis dans les archives d’Ecoemballages (dont les responsables n’avaient, très honnêtement, pas conscience de la mine d’or qu’ils avaient entre les mains). Il a donc fallu pas mal d’intelligence ajoutée pour faire de l’information publique un rapport utilisable et susceptible d’induire de l’action. En là, encore, le combat continue, car aucun des élus, alertés par un courrier où je leur expose tout, n’a répondu pour engager la moindre action. L’information est donc un petit ingrédient du changement, auquel il faut ajouter de l’intelligence de synthèse, et un pouvoir collectif de pression sur les élus assoupis.
    Toutes idées bienvenues pour ajouter à ces réflexions, et/ ou pour me donner des idées sur la bataille des Politic Angels.

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