Ça y est, nous y sommes, nous n’aurons cette année que 12 candidats à la présidentielle. L’UMP et le PS ne s’en sont pas trop mal tirés. Ils ont laissé assez de candidats se présenter pour ne pas inquiéter les démocrates naïfs mais pas trop pour se mettre en danger (nous aurions très bien pu avoir 16 candidats comme en 2002 et beaucoup plus si le jeu démocratique avait été ouvert).

Avec plus de candidats, les deux candidats qui accèdent au second tour auraient cumulé moins de suffrages, donc auraient été beaucoup plus vulnérables à la montée d’un troisième homme, comme Le Pen en 2002.

La clarté électorale, telle que la souhaite le PS, a bon dos. En fait, son seul but est de préserver les chances du PS pour le second tour. C’est une autre forme de l’argument vote utile.

 

Historiquement, les scores cumulés des deux vainqueurs du premier tour est à la baisse. Avec 12 candidats contre 16 en 2002, nous risquons d’observer un léger recul (à cause du fameux effet mémoire de 2002). Dans la logique du graphique ci-dessus, nous devrions retrouver le score de 1995, soit 44 %.

Pour le moment, les sondages placent Sarko+Ségo beaucoup plus hauts, vers les 55 % (niveau de 1981 et 1988). Soit ils se trompent, soit notre démocratie prend un sacré coup de vieux, s’éloignant du profil longue traîne qu’elle avait montré en 2002, profil qui me paraît caractéristique de la nouvelle société participative, comme je l’explique dans Le cinquième pouvoir.

PS1 : L’UDF et le PC n’ont pas plus joué le jeu que le PS et l’UMP. Pour le PC, on peut comprendre, il joue la carte PS. Pour l’UDF new look on comprend moins. À mon sens Bayrou avait intérêt à ouvrir cette élection, c’était dans sa logique d’union nationale à la proportionnelle. Mais Bayrou a-t-il un pouvoir sur les derniers cadres de l’UDF ?

PS2 : Pour ma part, je ne pense pas que la baisse régulière des scores cumulés au premier tour soit un hasard. Je crois que c’est une tendance lourde qui démontre la défiance du peuple à l’égard des candidats. Cette défiance finira par se traduire par l’adoption de nouvelles modalités démocratiques. Nous n’aurons cette année sans doute qu’un sursis.

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15 comments

  1. José says:

    Bon, d’abord une précision, Thierry.

    L’UMP et le PS ont bon dos d’avoir voulu conserver les signatures de leurs élus pour eux. Mais il serait honnête de préciser que le PC et l’UDF, qui disposent de nombreux élus territoriaux, ont fait pareil, sans le dire.

    Pour ne donner qu’un exemple, l’UDF ne s’est pas précipité pour donner des signatures à Corinne Lepage, hein ? Ils préféraient l’avoir dedans que dehors, non ? Bon, c’est humain.

    Ce qui est odieux, ce n’est pas qu’ils n’aient pas fait cadeau de leurs signatures à des candidats qui risquaient de leur piquer des voix (on peut comprendre qu’ils ne soient pas totalement masos), c’est que l’UMP et le PS (au moins) aient fait pression sur les élus locaux non-inscrits pour qu’ils n’accordent pas leurs signatures à des petits candidats. A soi seul, cela mérite un changement de règle.

    Cela dit, c’est pas trop le problème. Je suis en train de faire un schéma de l’évolution des scores de 6 familles politiques aux présidentielles, depuis 65. Ça donne un souk étonnant que je posterai demain.

    Chaque élection est singulière : tu ne peux pas tirer de conclusions mécaniques sur “les coups de vieux de la démocratie“, en comparant des naves et des poissons, une élection avec de Gaulle (65), qui transcende les partis traditionnels, avec une autre où la gauche est laminée entre le PC et le centre (69), une autre où il y a candidat unique de la gauche (74) et une quatrième ou tu as 8 candidats de part et d’autre (2002).

    N’oublies jamais la complexité, toi qui aimes tant en parler 🙂

  2. Hugues2 says:

    Alors Thierry, tu vois qu’il les a ces fameuses 500 signatures… Je suis aux anges ! Et au passage, je viens tout juste de créer mon blog, sur tes conseils… Amitiés et encore merci à toi, à bientôt 😉

    http://lespacearcencielblog.free.fr/

  3. @José Pour UDF et PC tu as raison, j’ai ajouté un PS1 en pied de mon billet.

    Pour ce qui est de la complexité, j’essaie justement de l’analyser avec les outils qu’utilisent les scientifiques. J’essaie de voir si une power law (longue traîne) va apparaître qui la caractériserait (pour le moment je me limite aux conditions nécessaires).

    Mes courbes cumulent des suffrages, elles sont homogènes. Peu importe de qui proviennent les suffrages à qui ils vont… c’est un peu comme quand on trace des longues traînes et se moque de savoir qui achète tel ou tel produit. Les partis n’ont rien à voir là dedans. Avec ton analyse, tu trouveras le chaos. C’est pour ça qu’il faut analyser autrement.

    Mais attention, je ne fais pas de prévision. On ne peut rien prévoir. Mais je me risque tout de même à un PS2. 🙂

  4. charlie says:

    “Pour le PC on peut comprendre” : certes, mais je ne crois pas que ce soit parce qu’ils jouent la “carte PS”. A mon avis, c’est plutôt parce qu’ils ont joué la carte réac lors des collectifs unitaires et qu’ils continuent à ne pas voir que le monde change. Seuls les interessent leurs petits calculs électoraux [au prix du suffrage, pas si petits que ça d’ailleurs], et la survie de leur organisation.

    Mais bon, je suis peut-être un peu énervée là 🙂

    Pour la route : devinette : combien d’adhérents du PCF ont plus de 60 ans ?
    Les 2/3. Héhé.
    [attention, j’ai rien contre les plus de 60 ans, je trouve seulement que ça commence à faire communautariste :)]

  5. charlie says:

    @ Thierry : ton PS2 me rappelle une critique classique et très ancienne à propos des partis politiques. C’est celle d’Ostrogorski à propos des “organisations ad oc”, qui selon lui conviennent mieux à un régime démocratique que les partis politiques. Pour faire court les partis regroupent dans un même programme des choses qui ne sont pas forcement liées, mieux vaut s’organiser par thèmes, par projets, par luttes ponctuelles.
    Ca peut ressembler à une forme mixte de lobbies, associations, syndicats, à une sorte de communautarisme poussé à l’extrême et inégalitaire dans ses conséquences [tout le monde n’ayant pas les mêmes capacités à s’organiser].
    Si ce n’était que ça, bof.

    Mais comme c’est lié à une analyse des structures organisationnelles de la démocratie représentative, qui enfantent les partis politiques, je trouve que ça rejoint pas mal ta réflexion.
    C’est la forme représentative, à forciori le scrutin majoritaire, qui engendre la bipolarisation. Même dans les régimes “multipartistes”, il y a cette forme de bipolarisation des idées, des programmes.
    Une nouvelle forme de démocratie devrait permettre ça : la diversité et la pluralité.

  6. Les partis politiques ont verrouillé le système. Et le syndrome 2002 fonctionne à plein. Moins il y aura de candidatures, plus les candidats issus de l’UMP et du PS auront des chances de figurer au second tour pensent-ils.
    Ce n’est cependant pas forcément la bonne stratégie. Consultez les sites de Nicolas Dupont-Aignan : il semble que ses électeurs se reporteront massivement sur Bayrou et Le Pen, affaiblissant ainsi Nicolas Sarkozy. Même si cela ne représente que 1 ou 2%, ce n’est pas négligeable.
    Ce n’est pas la multiplication des candidatures qui a faussé le jeu en 2002, il faut rechercher les causes ailleurs…

  7. Un détail m’a choqué peut-être encore plus que les misérables combines de l’UMP et du PS dans les premiers rôles et tous les autres partis dans les rôles secondaires, pour restreindre le nombre de candidats. Imaginez la déception des candidats et leurs supporters à qui il manquait une ou quelques dizaines de signatures, et là j’essais de me mettre à leur place, l’envie inexorable de claquer Marie George Buffet arrivant avec 900 signatures !!

    Je suis plutôt d’accord avec José sur la longue traîne appliquée aux présidentielles.
    Un graphique avec une demie douzaines de faits, c’est un peu juste pour une argumentation par induction considéré comme scientifique. Ce qui ne m’empêche pas (comme d’habitude ) d’être d’accord sur le fond : une intuition, une espèce de croyance, en tout cas une chose trop compliquée pour la traduire dans un graphique.

  8. Dans 2000 ans on aura plus de valeur mais la démocratie représentative n’existera plus… 😉 Je fais avec ce que j’ai pour essayer de soutenir mon intuition. Que vous le vouliez ou non, les 2 leaders sont de moins en moins représentatif, je l’ai pas inventé la courbe.

  9. Dans 2000 ans le libéralisme pur règnera en maitre : les survivants sur terre ( scorpions, peut-être des rats…).

  10. A Thierry et José ( ou je viens de poster un truc ):
    Pourquoi ne pas ajouter dans les graphiques l’abstention et une étude des erreurs des sondages dans le temps ?

  11. Garbun says:

    “Dans 2000 ans le libéralisme pur règnera en maitre : les survivants sur terre ( scorpions, peut-être des rats…).”

    Comment en arrivera-t-on là d’après toi ?

  12. A Garbun:
    Ben c’est évident, à cause des socialo-collectivistes de Amérique du sud et de l’Afrique non libérale !! ((-:

  13. Pidji says:

    Et pendant ce temps dans la BOBOSPHERE…

    L’attrape bobos fait le plein.

    http://bobosphere.over-blog.com/

  14. Il reste à trouver quelle sera la dynamique de la fin de la campagne.

    Autour de quelle valeur négative (la détestation de Sarko p ex) ou positive (l’union nationale p ex).

  15. iza says:

    je ne fais que passer (déplacement, borne internet dans un grand hall)

    Henri et Garbun : ah ah ah (je préfère ça à lol)

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