Pour ceux qui ont manqué la conférence, toutes les interventions sont en ligne.

Voici mon laïus [audio:2007nethique.mp3]

En réécoutant le début, je comprends l’énervement de Tatiana. J’ai joué à l’extra-terrestre balourd et j’ai pris plaisir à chercher les faiblesses d’une initiative louable. Oui nous avons besoin d’une nétique, ou plutôt de nétiques, mais je crois qu’elles ne doivent en rien différencier de l’éthique tout court. Nous devons apprendre à vivre ensemble sur le Net comme ailleurs. Il y a du travail (surtout de mon côté).

Pour un compte rendu complet, consultez le site nétique.

12

12 comments

  1. Axel says:

    Elle est très bien ton intervention. Tu évoques les dérives possibles d’une intrusion de cadres de contrôle du discours sur Internet.

    La façon dont les deux femmes responsables de la Néthique s’en prennent à toi et ne comprennent pas ton intervention, t’accusant de parler “de ce qui divise plutôt que de qui unit” montre que cette initiative de Néthique est belle et bien dangereuse.

    Derrière cette néthique, il y a une volonté de lénifier le Net, de supprimer tous les points de heurts, et d’arriver à un monde de poupées où tout le monde est gentil et mou.

    Tu n’as même plus le droit d’émettre une petite réserve sans que les deux gourous néthiquées t’accusent d’être un troll, en fait. Effrayant. Plus que jamais à les écouter, je refuse cette conception du Web qui ressemble à un retour du religieux, des codes et des interdits.

  2. juanito says:

    C’est tout à votre honneur Thierry de reconnaître quand on a été trop loin… D’accord pour dire que la néthique fait partie de l’éthique qui est plus large. L’éthique n’est pas toujours très facile à manier. Dès lors, peut-on dire que cette néthique est une espèce de code de la route sur le net, pragmatique, une façon de pouvoir naviguer en se respectant les uns les autres ?

    Je comprends encore moins l’agressivité d’Alex. Cette “charte” ou quelque soit le nom qu’on veuille lui trouver est avant tout une invitation à user, compléter, améliorer, par nous, les internautes (cf. le Wiki). C’est nous qui décidons. D’autant que c’est la politique de la chaise vide qui au contraire pourrait très bien nous amener demain, “d’en haut”, des lois bien plus strictes, qui pour le coup restreindrait vraiment l’espace de liberté qu’est l’Internet.

    Et tout ça n’a rien çà voir avec le bâillonnement, la pensée unique ou la mollesse. Lorsque sur un blog 90 % des commentaires sont des invectives, des insultes, du coupé-collé de troll, sans même le début d’un argument, je n’appelle pas ça de la liberté, mais du défouloir d’énervés. Du bruit sans intérêt. Ce n’est pas ça le dialogue.

    C’est d’ailleurs ce qui peut tuer un site comme Agoravox. On commence par ne plus lire les commentaires, et à la fin on se désabonne du RSS. La néthique nous invite à la nuance et je trouve que nous en avons tous bien besoin …

  3. Laurent says:

    Je me gausse 🙂

  4. nath says:

    Thierry, revenir ainsi sur votre intervention lors de la conférence est très louable et …très néthique aussi, Bravo !

    Quant à Axel, vous n’avez pas l’air d’avoir lu attentivement la Néthique, tant vos craintes vis à vis de la charte paraissent infondées, et vos critiques vis à vis de leurs initiatrices sont acerbes et fermés au dialogue !

  5. tatiana says:

    Cher Thierry, merci pour ta relecture de la situation et ton honnêteté intellectuelle. C’est assez rare dans la blogosphère pour qu’on le relève avec bonheur 😉 Tout à ton honneur ! D’ailleurs, tu es bien sûr le bienvenu pour contribuer à la démarche, comme tout un chacun d’ailleurs. Comme nous en avons parlé à la journée d’AgoraVox, la néthique n’a jamais été rien d’autre qu’une proposition destinée à trouver ensemble les meilleurs conditions d’échange et d’enrichissement mutuel sur le Net – en aucun cas une imposition ou un label exclusif.
    Évidemment, les trolls y voient une menace potentielle et trouveront toujours de bonnes raisons de saborder toute tentative d’élaboration d’une intelligence collective effective, tout comme les défaitistes forcenés qui préfèrent le cynisme de posture et les polémistes invétérés qui ne cessent de surfer sur de vieilles vagues à la recherche d’un buzz aussi vain qu’illusoire.
    (Mais comme on se voit très bientôt, on continuera cette conversation autour d’un verre…) Et si d’aventure mon intervention t’a coupé dans ton élan, sache que je n’ai pas voulu être cassante. Mais ça, tu le sais déjà 😉 Rendez-vous à l’Institut Mendès France pour Néthique 2…

  6. Axel says:

    “et fermés au dialogue ”

    On a bien l’impression que ce que vous appelez “dialogue”, c’est être d’accord avec vous. C’est ce qui apparaît quand on écoute vos réactions aux propos de Thierry, votre énervement dès qu’il émet un mot de critique.

    Thierry soulève de très bonnes questions dans cet extrait sonore. Au lieu de réfléchir avec lui aux questions qu’il pose, vous fermez le débat, vous lui dites “enfin Thierry, arrête de parler de ce qui nous divise et parle de ce qui nous unit”.

    Quel sens donnez à votre intervention ? Votre colloque était seulement fait pour dire : “c’est formidable la néthique”, et il n’était pas permis d’émettre des réserves ?

    Il faut être naïf pour ne pas voir que cette néthique est utilisée par des partis politiques pour inviter les Internautes à des formes d’auto-censure, qui sont rien moins qu’une forme de baillonnement de la liberté qui existe sur le Web.

    Cette liberté de la parole sur le Web fait peur aux hommes politiques, tous le reconnaissent en privé.

    Mais les hommes politiques savent bien que les lois restreignant la liberté d’expression sont difficiles à mettre en oeuvre, elles rendent impopulaires.
    Alors la “nethique” est une aubaine pour eux : avec la néthique, les Internautes décident eux-mêmes de s’auto-censurer. Ils vont par exemple s’interdire d’attaquer des personnalités politiques, sous prétexte qu’il ne faut pas faire d’attaques personnelles ou qu’on ne dispose pas de 100% des preuves donc qu’on pratique la diffamation.

    On sait très bien comment des scandales politiques ne débouchent jamais sur une condamnation judiciaire, car le système politique sait se protéger en utilisant la difficulté d’obtenir des preuves.

    Voir par exemple tout ce qui se passe à Asnières.

    La liberté de parole sur le Web est essentielle.

    Par ailleurs, comme je le disais dans un autre billet, en dehors du plan politique, votre charte néthique ferme des pans entiers de la vie virtuelle.

    Vous voulez appliquer au dialogue online les règles de bienséance de la vie sociale ordinaire. Or le Web offre justement la possibilité de créer d’autres formes de relations humaines, beaucoup plus libres et débridées.

    Ce que vous condamnez sous le nom de “trolls”, ce que vous condamnez sous le nom de “mystification” (usage de pseudos multiples), ce sont des pratiques qui débouchent parfois sur de réels avancées sur le plan des relations humaines, de la connaissance de soi et de la connaissance des autres.

    Votre charte part d’une vision très timide, sage et conservatrice de la vie cérébrale, alors que le Web est un espace qui permet de dépasser toutes ces frontières et toutes les limites de la vie sociale ordinaire.

    Vous fermez le champ à des expérimentations, enfermant les pratiques de parole dans une charte. Le Web se transforme en un salon bourgeois où l’on cause sans élever le ton, sans se fâcher avec personne, sans sortir de sages limites sociales, quel ennui ! Vous n’avez pas compris que la grande nouveauté du Web est précisément d’être autre chose qu’un salon bourgeois plein de bienséances ?

  7. Axel says:

    “cette néthique est une espèce de code de la route sur le net,

    Je comprends encore moins l’agressivité d’Alex.”

    Pour une fois, une seule, qu’on dispose d’un espace sans code de la route, vous voulez à toute force nous en coller un !

    Il y a vraiment des gens qui sont en attente de barreaux et ont du mal à naviguer en liberté.

    Le Web est un espace pluridimensionnel, plein d’ouvertures sur toutes sortes de conduites, plein de folies, sans code de la route, et c’est toute sa magie.

    J’attends la prochaine étape : après le code de la route, les radars pour flasher et sanctionner ceux qui vont trop vite.
    J’imagine bien une sorte de petite liste noire où tous les esprits indépendants de la charte seront vus comme de vilains canards qu’on écarte.

    Instructif à cet égard de suivre le lien que donne ci-dessus Laurent Gloaguen :

    http://embruns.net/blogosphere/laffaire_natacha_qs.html

    pour voir comment les Humains associés se transforment à l’occasion en machine à lyncher ceux qui les critiquent :

    “L’ironie, c’est que lorsque les Humains Associés se sentent menacés, les masques tombent rapidement… Humanisme, zen-attitude et nétiquette sont très vite rangés au placard.

    Le lynchage

    Les attaques sont le fait d’un tout petit groupe de personnes, proches des Humains Associés, qui n’hésitent pas à répandre un peu partout leur fiel.

    Le point commun de ces attaques, c’est qu’elles se refusent de traiter de ma critique, qu’elles consistent en des négations de la réalité, des déformations de mes propos, des procès d’intention. Pratiquement jamais le débat que je souhaitais initier n’a été engagé. À plusieurs moments, je crois que ces personnes n’ont même pas pris la peine de me lire, à me prêter des intentions si éloignées de la réalité.”

    (lire la suite sur le blog de Laurent)

  8. manu21 says:

    Bonjour,
    Un court feed-back sur le processus que Thierry met en lumière lors de son intervention. En Analyse Transactionnelle (je sais je la ramène tout le temps car je trouve cette approche à la fois simple et puissante), Thierry a “joué” inconsciemment à un jeu relationnel qui s’appelle “Défauts”. Il consiste à rechercher les défauts de ce qui se présente ou de la personne en face de soi. Ce qui est marquant c’est que les jeux se répètent et se déroulent d’une manière prévisible.
    Il est bon de les mettre au jour. Il est aussi possible de ne pas les mettre en place ou de les désamorcer. Une invitation à penser. C’est peut être cela aussi la néthique 2.0?
    Excellente suite,

  9. J’ai écouté les podestats et je n’ai pas décelé ne serait-ce qu’un demi mot de travers proféré par Thierry. Heureusement qu’il y a participé ainsi que Carlo Revelli. Je passe sur le terme net « éthique » ( juste dire que j’offre un milliard d’euros à celui qui arrive à me définir ce mot exactement en moins de 200 000 mots ), par contre je note la politesse, l’humilité et la diplomatie des deux intervenants suce-nommés et l’existence de ce billet.

    « J’ai joué à l’extra-terrestre balourd », c’est grave. Donc, prendre de la distance, réfléchir et essayer de se débarrasser de quelques préjugés, c’est jouer à l’extraterrestre !

    « Oui nous avons besoin d’une nétique, ou plutôt de nétiques, mais je crois qu’elles ne doivent en rien différencier de l’éthique tout court. Nous devons apprendre à vivre ensemble sur le Net comme ailleurs. Il y a du travail (surtout de mon côté). »

    C’est ça la net politesse. Il me semble que ton blog fonctionne comme ça, non ?
    Pour ceux qui aiment la censure, on peut modérer à priori ou à posteriori non ?
    A part cela, j’ai trouvé les interventions navrantes, et j’ai perçue le fantôme du quatrième pouvoir essayer de reprendre les choses en mains ( les journalistes du « monde », un exemple…. j’ai envie de vomir ).

  10. Trois extraits de « Troisieme nuit de Walpurgis » de Karl Kraus 1933. Un livre que je conseille vivement a certains intervenants de la nétic:

    Mais il y a un sujet sur lequel Kraus n’exerce jamais son ironie, c’est la souffrance humaine, les vies brisées au nom des idées. Après l’apocalypse que fut à ses yeux la Première guerre mondiale, Kraus voit venir une nouvelle ère de barbarie, comme si personne n’avait rien appris, comme si l’imagination s’était tarie. Kraus peut faire rire de la presse et de ses formules toutes faites, ses fausses attaques et ses mensonges, il peut railler discours et stratégies politiques; mais il est intraitable quand le prix se compte en vies humaines, quand les plaintes corporatistes sur les petits soucis des nantis remplacent la dénonciation des atrocités, emprisonnements, tortures et assassinats. Lui qui passe pour un intellectuel hautain, un formaliste outrancier, un analyste froid ne s’est jamais trompé sur les urgences, sur la hiérarchie des valeurs: « La moindre des vies humaines, ne serait-ce même qu’une heure arrachée à la plus misérable des existences, vaut bien une bibliothèque brûlée. »

    La langue est pour Kraus le lieu de la justice. Ce n’ est donc pas un hasard si ses cibles privilégiées sont les professionnels de la manipulation des mots – principaux responsables de la diffusion d’une réalité déformée: les intellectuels. Au vu des réactions à la parution de la version intégrale de Dritte Walpurgisnacht, la tradition de résistance à la vérité et de trahison de la langue ne semble pas être en perte de vitesse chez les intellectuels. Ce qui donne, hélas! raison à Kraus, qui mettait au-dessus de tous trois groupes de responsables – ou d’irresponsables : les journalistes et les écrivains, les leaders politiques (notamment ceux de la social-démocratie) et le chef de la propagande nazie, 1’« intelligent Goebbels ».

    Ils sont peu nombreux parmi les gens de lettres ceux qui ont toujours condamné la violence d’Etat et qui d’emblée et sans équivoque se sont opposés à la montée du nazisme sans essayer d’abord d’en profiter, au mépris des victimes qui déjà s’ amoncelaient, pour ne réagir qu’au moment où ils devenaient victimes à leur tour. Kraus les cite: « Quelques-uns se sont élevés contre la mise sous tutelle d’une vie intellectuelle de plus grande envergure, protestation suffisamment insistante pour au moins couvrir de honte le silence ; des savants comme Franck et Stein, Planck et Koehler se sont dressés avec courage contre le tohu-bohu qui réclame que l’université soit un champ de tir et un antiséminaire ; des artistes comme Liebermann et Ricarda Huch se sont opposés à la mission qui voulait donner aux muses une orientation héroïque. » Il faut y ajouter Brecht, Einstein et Tucholsky, que Kraus évoque à plusieurs reprises.

  11. Guillermito says:

    Comme c’est Mal de copier-coller des commentaires, je vous renvoie a ce que j’ai ecrit chez Laurent : http://embruns.net/logbook/2007/03/27.html#c36814

  12. Palpitt says:

    @ Axel :

    “Alors la “nethique” est une aubaine pour eux : avec la néthique, les Internautes décident eux-mêmes de s’auto-censurer. Ils vont par exemple s’interdire d’attaquer des personnalités politiques, sous prétexte qu’il ne faut pas faire d’attaques personnelles ou qu’on ne dispose pas de 100% des preuves donc qu’on pratique la diffamation.”

    Vous faites le procès de la néthique alors que c’est votre propre rapport à la loi que vous mettez en lumière dans vos commentaires (oui ce que vous appelez “prétexte” au sujet de la diffamation, moi j’appelle ça une loi), vous considérez Internet comme un espace ou vous pouvez la contourner et prenez cette “proposition ouverte” qu’est la néthique comme un début de légifération, vous voulez un espace “sans code de la route”, “sans radars”, en bref un espace sans lois, pour moi vous vous trompez de combat (je ne dit pas que le questionnement n’est pas légitime, mais c’est un autre débat) :

    Je vous le répète, la néthique n’interdit rien, c’est une “proposition ouverte” qui vise la responsabilisation de chacun, cette même responsabilisation que vous appelez de vos voeux (http://www.page2007.com/2007/03/07/le-web-les-blogueurs-et-la-nethique-tous-au-couvent-avec-natacha-quester-semeon/#comment-30100)

    Mais de la même manière que vous ne soumettez pas vore propre blog à l’auto-régulation, vous admettrez, j’en suis sûr, la necessité de mettre en place des “codes commun” lorsque vous communiquez (hé oui, Internet est aussi un espace social), la néthique est aussi “souple et adaptable” que le “contrat tacite” qui vous lie par exemple à vos commentateurs et qui justifie la modération de leurs commentaires (et qui d’ailleurs peut être “écrit” sur d’autres blogs).

Comments are closed.