Hier en fin d’après-midi j’ai retrouvé un ami place de la Comédie à Montpellier. Je n’étais pas assis qu’un brumisateur animé par un ventilateur bruyant m’a aspergé le visage, deux minutes plus tard une bande de troubadours est venue nous casser les oreilles.

Le brumisateur, aberration énergétique en une époque de réchauffement climatique, a pour fonction ne nous faire oublier l’été. Il voudrait, tout comme la climatisation, nous ramener vers un état moyen, une tempérance insipide.

J’ai au contraire envie d’avoir très chaud en été, ce qui rend la terrasse ombragée, à peine moins chaude, d’autant plus désirable. J’ai alors envie d’y traîner pendant des heures.

Mais le brumisateur nous rafraîchit et nous requinque et d’une certaine façon nous ordonne d’aller ailleurs pour laisser place à de nouveaux clients. Hier, nous avons donc changé de terrasse, mais toutes les terrasses avaient leurs brumisateurs, et même leurs troubadours pour faire assez de bruit pour nous empêcher de nous entendre parler.

Et ce n’était pas à cause de la fête de la musique, c’est tous les jours comme ça. L’art de ne rien faire, de l’observation indolente, devient un art interdit.

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9 comments

  1. lény says:

    feignasse !!

    😉

  2. Hugues2 says:

    Bonjour Thierry,

    Tu m’as l’air un peu remonté aujourd’hui 🙂

    Moi j’aime bien les terrasses avec brumisateur et les troubadours des temps modernes. Seulement à petite dose !

    Quand je veux ne rien faire et me reposer, méditer en promenant ou discuter sérieusement avec des amis à la terrasse d’un café… Je choisis d’abord le calme… Puis le calme !

    Rien de tel aussi qu’une ballade en Cévennes…

    Tu as juste mal choisi l’endroit… Il faut remonter un tout petit peu la Comédie vers le Corum… En général, c’est un peu plus calme.

    Amitiés 😉

  3. Jade says:

    La Place de la comédie que de souvenirs, elle me manque et je la prendrait bien même avec brumiSateurs 😉

    Ceci dit, je reconnais qu’en qualité de vrai fille du Sud, je DETESTE les brumisateurs et suis entièrement d’accord avec toi, l’été c’est la chaleur, le soleil, boire un verre sur une terrasse, discuter, et le tout sans clim ni brumisteur.

  4. François says:

    Il y a encore (heureusement) des terrasses sans brumisateurs et parfois sans troubadours… Mais loin des coins à touristes…

    ^^

  5. sylvie says:

    et oui, on en est là! on ne cesse de nous culpabiliser individuellement sur les risques qu’encourt la planète et en même temps on nous appâte à user et abuser de ses ressources… pour l’argent.
    La conscience écologique qui commence seulement à se réveiller se rendormira à cause de cela. Ce ON intouchable, innommable continuera de gagner encore combien de temps?

  6. Tinkh says:

    C’est sur que les coins comme la comédie ou les places alentours sont pleines de bars à touristes et qui réclament en majorité quelque chose pour se rafraichir et un peu d’air frais fait du bien.
    Si l’on va dans un bar étudiant, on servira surtout des demis, et tu ne trouveras pas le cocktail de tes rêves, dans un bar “hype” par contre, tu n’auras pas la bière de tes rêves (je caricature). Tout est adapté à la clientèle.
    Au bar d’un village aux alentours de Montpellier, il y a le même soleil, pas de brumisateurs et personne pour venir t’embêter.

  7. Gadrel says:

    “Le brumisateur, aberration énergétique en une époque de réchauffement climatique (…)”

    Je te conseille de lire “L’homme face au climat : L’imaginaire de la pluie et du beau temps”, de Lucian Boia. Tu verras que tu t’inscris dans une longue tradition de crainte des éléments, que Goscinny a d’ailleurs admirablement synthétisée en “Nous Gaulois, nous ne craignons rien sauf que le ciel nous tombe sur la tête.”

    C’est un auteur très intéressant, un “historien de l’imaginaire”. Ses livres sur la démocratie, l’eschatologie et l’immortalité sont passionnants.

  8. sylvie says:

    Je suis d’accord qu’il y a une peur ancestrale du déchaînement des éléments naturels mais bon le trou dans la couche d’ozone, c’est quans même relativement récent Ce n’est pas Obélix en faisant son méchoui de sangliers ou en envoyant les romains en l’air qui aurait pu le faire.
    Merci pour la réf biblio, “historien de l’imaginaire” ça me plait!

  9. did says:

    Deux choses me viennent en lisant ça :
    – les axes, les regroupements, les carrefours. Ce n’est pas une question de terrasses. Dès qu’on s’enfonce un peu dans le centre, qui sera bientôt la vieille ville, on découvre de toutes petites places, avec 1 terrasse, 2 arbres, 3 clients et zéro brumisateur. Mais surtout, autant de magasins, de ciné, de Monoprix, de Macdo… que de Brumisateurs. Là, le silence (quand le voisin a éteint sa perceuse – fichu monde moderne) et pas de troubadeurs.
    – Les troubadeurs. Omniprésents à Montpellier. Il faut rester sur une terrasse durant 4 heures pour bien prendre conscience que chacun attend son tour pour passer (ce qui m’agace, c’est qu’ils m’imposent leurs talents – certains sont très bons – et que je n’ai pas le choix, j’entend ou je pars – merci Monsieur boules kies !). Et, effectivement, plus de calme, plus de paix, plus de repos, plus de détente, jamais, nul part. Le cerveau, lui, ne peux plus se reposer. Musique sur la terrasse à brumisateur, musique dans le magasin (avec pub, cette fois), musique dans le parking, musique dans le bus… Comme si il y avait, quelque part, une volonté pour nous empêcher de nous poser et de penser.

    http://livresetidees.blogspot.com/2010/09/lenseignement-de-lignorance.html

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