Le journalisme citoyen, c’est de la foutaise

Je vais peut-être vous surprendre mais je n’ai jamais cru au journalisme citoyen, en tout cas dans la forme popularisée aujourd’hui sur les blogs et les sites collaboratifs.

Pour moi, un journaliste fait émerger de nouvelles informations en remontant à la source. Il nous fourni des données de première mains qu’il a pris garde de vérifier et de recouper, puis il les mets en forme pour les faire résonner.

Par PaccoTelle est ma conception du journalisme. Pour moi les chroniqueurs, commentateurs, analystes…, tous ceux qui font leur travail éditorial sans quitter leur bureau, en puisant dans la masse des informations déjà publiées par d’autres, notamment les communiqués de presse, ne sont pas des journalistes mais des éditorialistes. Ils interconnectent des informations et nous les montrent, au mieux, sous un jour nouveau.

Je ne mets pas les journalistes au-dessus des éditorialistes, je pense juste qu’ils ne font pas le même travail, qu’ils soient amateurs ou professionnels n’y change rien. Pour ma part, je me range parmi les auteurs, donc parmi les éditorialistes.

Sur internet, nous rencontrons presque exclusivement des éditorialistes, notamment spécialisés dans le jus de crâne. En effet, pour être journaliste comme je l’ai défini, il faut non seulement du temps mais aussi des moyens, que les amateurs n’ont pas ou ne se donnent pas.

Internet aide parfois à réveiller leur talent, il peut engendrer de nouvelles vocations mais il ne peut pas les démultiplier infiniment jusqu’à ce que nous devenions tous journalistes. S’il existe à côté des journalistes déclarés des journalistes citoyens, ils ne sont pas innombrables.

Par exemple, Agoravox publie essentiellement des éditos qui oscillent entre le coup de gueule et l’analyse plus ou moins objective. Il est très rare qu’une information de première main y apparaisse.

Agoravox n’est donc pas un site de journalisme mais, avant tout, un site dédié à la diffusion de la pensée d’éditorialistes. C’est très bien, j’y souscris, mais ne parlons plus sans cesse de journalisme citoyen.

En revanche, un jour, par accident, chacun de nous peut dénicher une information et avoir envie de la transmettre. Dans ce cas, nous nous transformons en indic, voire en journaliste occasionnel, mais il nous manquera alors, faute de pratique, l’art de mettre en forme nos trouvailles, art que cultivent jour après jour les éditorialistes en même temps qu’ils se créent une audience.

Ainsi un journaliste citoyen n’a souvent aucun poids si un journaliste affuté ou un éditorialiste ne l’aide pas à mettre en forme sa trouvaille. Disposer de plates-formes de publication ouvertes à tous ne nous rend pas pour autant journaliste. Il faut ajouter à ces services des fonctions d’interconnexion entre les indics et ceux capables de donner du poids à leurs informations.

Une fois ce problème résolu, il en reste un autre plus complexe. Que nous soyons journaliste occasionnel ou éditorialiste, il nous faut des outils de promotion pour amener de l’audience et attirer l’attention des citoyens, en tous cas si nous croyons que le cinquième pouvoir peut influencer la société.

Aujourd’hui, hors des sites des médias officiels et des portails des grands acteurs comme Google, il n’existe aucun service capable de générer une audience conséquente instantanément. Nous sommes condamnés à parier sur le buzz, à grappiller les lecteurs péniblement.

Le cinquième pouvoir agit aujourd’hui sur ce mode. Malheureusement, si nous ne trouvons pas vite une façon d’augmenter son audience par rapport à celles des médias officiels, l’enthousiasme qui anime le web 2.0 risque de se tarir.

Notes

  1. Nous sommes des infovores. Découvrir de nouvelles informations nous procure du plaisir.
  2. Dans les journaux et magazines, les éditos occupent une faible part de la surface éditoriale. Ce n’est pas un hasard. Si les éditos font briller leurs auteurs, ils intéressent peu les lecteurs qui préfèrent des faits, des astuces pratiques, des histoires…
  3. Pour gagner de l’audience, un service doit donner aux lecteurs ce qu’ils attendent. Tant que les services de publications collaboratifs ne publieront que des éditos, ils ne toucheront pas un large public.
  4. Juste un exemple. Ma femme a ouvert à l’automne dernier un blog local, roquerols.fr, un blog avant tout people et informatif (mis en stand by depuis la naissance d’Émile). Après trois mois de publication assez irrégulière, elle recevait 250 visiteurs par jour. Si elle avait persévéré (elle va s’y remettre), elle aurait sans doute aujourd’hui plus de 1 000 visiteurs quotidiens.
  5. Mon blog, purement éditorialiste, reçoit un peu plus de 1 300 visiteurs par jour. Je cible pourtant une audience a priori plus vaste, tous les citoyens francophones, j’ai publié plusieurs livres, les médias ont parlé de moi, des centaines de blogueurs ont linké vers moi… mais mon audience progresse peu. C’est logique : je suis un auteur, les auteurs, le plus souvent, se créent une audience après plusieurs années. Un auteur n’a pas de cible a priori, il se fabrique son audience en créant une communauté. Un auteur travaille dans la durée, ce qui est quelque peu antinomique avec l’instantanéité du web.
  6. Leçon. Pour avoir de l’audience, il faut cibler une audience existante et délivrer à cette audience une information qui l’intéresse. C’est ainsi que techCrunch a séduit les passionnés de technologie web partout dans le monde.
  7. Pour que les auteurs se fassent connaître, il faut les aider à créer des communautés de plus en plus larges, il faut leur faire partager les communautés d’autres auteurs…
  8. En ce moment, je réfléchis à un nouveau service qui réussirait à amener les journalistes citoyens comme les éditorialistes à gagner une plus grande notoriété… et, au passage, un peu d’argent.
  9. Quand on pense des services web, il ne faut jamais oublier qu’internet n’est pas qu’un média mais avant tout un territoire.

23
Ne manquez aucun article
Soutenez mon travail en achetant mes livres.

23 comments

  1. Superbe analyse, construite sur l’expérience et la réflexion. Très bien vu, à mon avis.

    Le contenu des “notes” est au moins aussi intéressant que le corps du billet : des éléments factuels, c’est du journalisme, sans aucun doute. Raconter sa propre expérience, ne serait ce pas la base d’un “journalisme individuel” : je parle de ce que je connais, ça c’est “factuel” ? La note 8 m’intrigue, bien sur. Suite au prochain épisode ? Cdt!

  2. Titre provoc à la TF1… 😉

    De la même manière, je pourrais tout simplement dire, par exemple, que le journalisme tout court c’est de la foutaise en m’appuyant sur l’avis d’un grand reporter, Philippe Tretiak:

    “Les journalistes sont une profession de gens qui ne foutent rien”
    http://www.u-blog.net/liberte/note/57709

    Par ailleurs, n’oublions pas que c’est surtout dans ce qu’on appelle “journalisme” que l’on trouve énormément d’éditorial, de subjectif, d’opinion et de paraphrase de dépêches d’agence style AFP ou Reuter… Ce n’est pas du tout un phénomène propre au journalisme citoyen. Il faudrait donc qu’on bannisse alors aussi le terme “journalisme” tout court…

    Cela dit, il est vrai que dans les sites comme AgoraVox, on trouve plus d’éditoriaux que d’info factuelles. J’ai décrit ce phénomène dés novembre 2006 :

    “(…) vous l’aurez remarqué, nous ne sommes pas de vrais journalistes, et nous ne sommes pas organisés comme une équipe de rédaction, avec des correspondants et des journalistes d’investigation. Certains articles sont d’une richesse remarquable. Mais d’une manière générale, on ne trouve pas beaucoup d’éléments inédits et factuels ni d’enquêtes approfondies sur AgoraVox, contrairement à ce que nous envisagions dans notre politique éditoriale rédigée au moment du lancement.

    Sur AgoraVox, on commente beaucoup l’actualité, avec des éclairages souvent originaux, mais on observe plus rarement un véritable travail d’enquête (même si parfois certains rédacteurs essayent de s’en rapprocher). Il n’y a pas suffisamment d’articles qui apportent des news inédites et de véritables investigations.”

    http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=16136

    On a d’abord essayé d’apporter des solutions avec les wiki enquêtes et plus récemment en lançant des nouvelles enquêtes citoyennes qui sont coordonnées par un expert ou un journaliste professionnel:

    “Le point fort de la démarche, outre sa garantie d’indépendance, est qu’elle devrait susciter une participation des internautes non plus sous la forme d’opinions, mais d’informations. Nous vous invitons à donner des renseignements précis, circonstanciés, si possible complets. Ou à nous suggérer des pistes de recherche.”

    http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=27223

    Certains citoyens, essayent de faire ce travail de capteur tout seuls comme ce rédacteur de Taiwan qui profite de sa situation géographique pour remonter des informations locales au sujets des fameuses frégates par exemple: http://www.agoravox.fr/auteur.php3?id_auteur=16200

    Mais ça reste plus difficile et ponctuel. D’autres solutions sont à découvrir et d’autres pistes restent à explorer. C’est sûr

  3. Je suis d’accord avec Carlo Revelli mais en plus radical. Dans “journaliste citoyen” c’est le mot journaliste qui pose problème ( à la base préhistorique, un journaliste est une personne qui écrit dans un journal ).
    Donc, si je comprends bien, je pisse dans un violon depuis des mois. Mon modeste blog par l’intermédiaire de Kraus, pulvérise, éparpille façon puzzle, par une description d’un siècle du “métier” de journalisme, pour rien.

  4. Paul.de.Montreal says:

    > en puisant dans la masse des informations déjà publiées par d’autres, notamment les communiqués de presse, ne sont pas des journalistes mais des éditorialistes

    Un editorialiste exprime avant tout une opinion.
    Un journaliste peut et doit traiter l’information qu’il retire d’un journaliste de l’AFP ou reuters avec d’autres sources. Le travail est le même qu’il soit au départ de la source brute ou pas : il doit verifier ses sources et analyser les faits dans son contexte en restant le plus objectif possible.

    Pour le http://fr.wikipedia.org/wiki/Journalisme_citoyen , j’emeterai juste un contre-exemple de taille au texte de Thierry.
    J’ai été un lecteur de magazine informatique comme PC Expert. En materiel, ces magazines etaient moins bon que certains sites amateurs de passionnés (plus détaillés) qui se sont crées il y a une dizaine d’années. Je n’achetais plus ces magazines papiers que je trouvais moins connaissant comparativement. A l’heure actuelle bon nombre de ces sites sont devenus professionnels mais de nouveaux passionnés arrivent et apportent leur contribution.

  5. Hugues2 says:

    Ton idée pour gagner de l’argent est noble, mais ça ne suffit pas…

    “Le cinquième pouvoir agit aujourd’hui sur ce mode. Malheureusement, si nous ne trouvons pas vite une façon d’augmenter son audience par rapport à celles des médias officiels, l’enthousiasme qui anime le web 2.0 risque de se tarir.”

    Patience, avec ce qui est en train de se passer aux states avec la crise de l’immobilier les choses risquent d’aller très très vite.

    http://lespacearcencielblog.free.fr/
    http://leweb2zero.tv/video/hugues2_2746bcb6250d8ab

    Pour moi le web 2 c’est le partage et la redistribution (Cette notion englobe Tout : infos, journalistes, éditorialistes, politiques, boulanger, épiciers, banquiers, financiers donc, etc. Ceci englobe l’Humain au service de l’humain et par extension la planète. Rien à foutre du passé : Premier, second, troisième et quatrième pouvoir. Celui qui m’intéresse et qui je pense intéresse beaucoup de monde c’est ce fameux cinquième pouvoir. Bien même si le terme “pouvoir” me dérange un peu. Je préfère cent fois le terme de “Souveraineté” si cher aussi à Guylaine Lanctot. Reprendre les rennes de notre souveraineté d’humain, par la conscience. Il y a du travail, à commencer par moi !!!
    Mais c’est un bon début. Je pense qu’il faut voir plus loin, Thierry, qu’une histoire d’audience. En fait on s’en fou aussi de l’audience… Elle viendra d’elle même le moment venu, lorsque le déclic en nous tous se sera produit ! Et comme pour nombre d’entre nous, ce n’est toujours pas le cas… Je dirai juste que ça ne dépend plus de nous. Il faut agir et oublier. Agir c’est facile. Oublier c’est un peu plus dur ! (Ca s’appelle le lacher prise) Je te rassure, moi aussi j’ai du mal. Surtout en ce moment, alors que je viens de mettre en ligne mon nouveau site…

    Nous n’avons pas le choix, une évolution est en marche, j’ai la folie de croire (J’en rêve non stop et pas qu’en Technicolor 😉 ) qu’un nouveau monde va émerger. Certains le prédisent en 2012. Non c’est maintenant ! Et ça ne dépend que de nous…

    Amitiés à toi 🙂

  6. Ax says:

    Dans le même style j’avais écrit ceci, après ton podcast de Christophe Grébert :

    http://www.page2007.com/les-nouveaux-medias-nexistent-pas/

  7. @Ax J’avais lu, c’est une forme de réponse, en expliquant pourquoi ça ne marche pas encore faute d’outils comme toujours.

    @Paul J’ai quitté PC Expert en 1994… à cette époque, nous avions encore les moyens de faire un véritable travail de journalisme… Cette époque est révolue depuis longtemps.

    Sinon tu as raison, les téchos sont de très bons journalistes. Ils restent dans le factuel, ils créent eux-mêmes leurs informations… Mais c’est plus facile de faire ce qu’ils font que de toucher à des choses plus politiques et plus sulfureuses.

    @Carlo Je suis bien sûr d’accord avec toi, je tire sur l’élastique pour voir où il va casser afin de trouver une solution.

  8. Enfant Terrible says:

    Très bien cet article, Thierry.
    Avec toi j’en découvre à chaque fois un peu plus sur le monde du journalisme.
    Sur le point n°2 je suis à 200 % avec toi. Mais j’ai comme l’impression que ce n’est pas un hasard si mon wiki reste vide.
    Sur le point n°3 je dirais que ce n’est pas aux journaux de le faire, des gens en élisent d’autres pour cela. Je penserais même que c’est le contraire qui est inédit (en dehors des édits).
    Comme pour les nombres premiers, je pense que, sous certaines conditions, il peut y avoir une loi de raréfaction des faits “honnêtes” (c’est à dire d’évenements non manipulés en vue d’obtenir une audience). Et de leur existence peut dépendre l’équilibre d’une presse qui s’est donnée, à la base, le but d’apporter des informations.

    Faits et informations sont deux concepts différents. Cette différence ne se situe pas dans l’objectivité que l’un pourrait avoir par rapport à l’autre (c’est le débat complètement dépassé du matérialisme), mais plutôt dans la manière avec laquelle chacun d’eux répond aux questions “Que s’est-il passé?” et “Que va-t-il en advenir?” (débat qui intéresse l’empirisme logique, qui n’est absolument pas l’ancêtre du matérialisme contrairement à ce que j’ai pu lire ici et là). Le jour où effectivement toute la presse devient un “voici” en répondant à ces deux questions par ce que les gens attendent, ce n’est plus la marque de journalistes qui s’y étale. Et son équilibre a déjà basculé parcequ’il ne s’agit plus ni de faits, ni d’informations, il s’agit tout simplement d’une distraction.

  9. Ax says:

    “j’ai comme l’impression que ce n’est pas un hasard si mon wiki reste vide.”

    fondamentalement, la faiblesse du modèle “citoyen” reste de reposer sur le bénévolat.

    Un journaliste, avant tout, est payé pour faire son métier.

    Le bénévolat, on fait ça un peu, puis très vite on n’a plus le temps pour le faire sérieusement, d’autant qu’il est rare de trouver les vraies satisfactions humaines capables de compenser l’absence de revenu. (Par “satisfactions” j’entends aussi le fait de faire un travail efficace, ce qui n’est pas le cas quand on ne peut s’investir suffisamment dans une tache ; ou quand l’équipe collaborative est trop petite ou pas assez motivée pour prolonger notre travail personnel jusqu’à ce que l’arbre porte ses fruits)

    Toutes les activités qui reposent sur le bénévolat ne fonctionnent réellement qu’à la condition que leur notoriété mette à disposition des millions de bénévoles, comme pour Wikipedia.

  10. Enfant Terrible says:

    @Ax:
    A vrai dire, je ne connais pas l’histoire de wikipédia et je m’en moque un peu (sûrement quelque chose à quoi je m’attends déjà). on pourra même y trouver quelque chose pour infirmer l’argument de notoriété, aussi bien que l’argument contraire.
    Au début wikipédia pour moi devait probablement être une encyclopédie comme une autre que je ne consultais même pas… jusqu’au jour où le mot “modifier” sur une page au hasard de google a attiré mon attention et mon clic de souris. Ce que j’ai découvert en cliquant sur ce mot a radicalement changé mon point de vue.
    T’ai-je déjà dit comment je suis tombé sur le blog de thierry ?
    Si vraiment il s’était agi de notoriété dans les 2 cas, je n’aurais même pas fait l’ombre d’un effort pour consulter les pages.
    J’entends parler de second Life à toutes les sauces sans jamais y être allé et ça me gave déjà à un point que tu n’imagines même pas (à tel point en fait, que je savais par avance ce que Thierry allait en dire au bout de quelques temps).

    Mon com était surtout tourné sur le concept de crible. Sur le fait que les journalistes s’imposent chaque jour de devoir mettre l’océan en bouteille pour le mettre à la disposition du consommateur (chose d’une vanité exemplaire ) .

    Dans wikipédia, le rapport de l’homme à sa connaissance et sa culture change parce qu’il peut la modifier, faire un véritable travail sur ses propres découvertes. Il voit enfin à quel point le mot qu’il a ajouté ou retiré peut changer un article insipide en quelque chose de plus pénetrant pour tous les lecteurs. Il revient pour voir si ses modifs ont REELLEMENT tenu la route, il reviendra consulter pour voir s’il saura repérer les invraisemblances qui se sont glissées dans les autres articles et par là pour accorder son instrument interne sur ce qui est essentiel à une connaissance pour qu’elle en soit une.
    Le monde dans lequel je vis se fout de la notoriété , de son cortège de superficialités et de protocoles condescendants comme de l’an 3098. Il veut pouvoir intervenir sur les oublis, réparer et corriger les blessures qu’on lui inflige dans les articles à caractère péjoratif, il veut parfois même s’excuser, oui s’excuser, pour s’être laissé aller à la vindicte à l’encontre des expiatoires qu’on lui aura fourni. Il ne veut plus être regardé de travers pour avoir changé dans ses habitudes ce que le voisin n’est pas censé changer mais qu’il change en secret. Il veut savoir si ce qu’il a fait aujourd’hui est utile pour demain, pour le plus grand nombre de gens possible.

    En un mot: IN-TER-AC-TI-VI-TE , Ax, pas chaines en or et grosses bagnoles avec chauffeur, interactivité.
    Lorsque ce mot qui a déjà changé le domaine de la connaissance atteindra la sphère journalistique pour profondément la transformer de l’état où elle se trouve, à batailler des infos avec les documentalistes, vers un autre, apporter l’info là où les gens en ont le plus besoin (et c’est pas forcément le gouvernement ou les trois éditeurs qui se battent en duel pour la part du lion chez les bouquinistes en France) là tu pourras être sûr que la porte de ton journal “citoyen” sera assaillie par des bénévoles qui voudront collaborer à quelque chose qu’ils ne s’attendaient absolument pas a voir se réaliser dans le domaine du possible.

  11. Ax says:

    “Il voit enfin à quel point le mot qu’il a ajouté ou retiré peut changer un article insipide en quelque chose de plus pénetrant pour tous les lecteurs.”

    “pour TOUS LES lecteurs” :
    cette modification n’est vraiment motivante que parce qu’il y a des lecteurs, justement, beaucoup de lecteurs, et pas 5 ou 6

    C’est cela que j’appelle notoriété. Tu tapes un nom ou un mot dans Google, tu tombes vite sur Wikipedia, donc cela peut motiver à influer sur le contenu pour le rendre plus conforme à ce qu’on juge vrai, parce qu’on sait qu’on ne parle pas dans le désert.

    On ne le fera pas sur un Wiki lu par dix personnes.

    Le point difficile quand on lance un projet (forum, blog, wiki), c’est toujours de résister pendant la période où ce projet attire peu de monde, parce que l’audience est trop confidentielle, et il faut déjà de l’audience pour attirer du monde et des collaborateurs, cercle vicieux…

    Dans cette phase de lancement, on trouve peu de bénévoles. La condition de la réussite c’est que l’initiateur du projet et ses quelques partenaires, s’il en a, s’accrochent et produisent eux-même presque tout, pendant une longue période.

    Agoravox a marché parce que Revelli a mis les forces de Cybion en soutien. Ce n’est pas un projet qui s’est développé naturellement tout seul, et l’équilibre financier est à peine atteint deux ans après son lancement.
    L’audience reste encore trop faible pour attirer suffisamment d’auteurs sérieux capables de faire un vrai travail de fond de façon bénévole.
    L’impact reste faible. Une vidéo diffusée un week end en Une sur Agoravox atteint au mieux 3000 vues. C’est faible. Ce n’est pas “un million”.

    Le plus souvent, l’initiateur d’un projet se décourage avant d’arriver au stade de notoriété qui permet de trouver bcp de relais et de participations.

    Il faut souvent un ou deux ans de travail solitaire intensif, et trop de gens décrochent après 3 ou 6 mois.

    Pour Wikipedia France, le lancement est en juin 2001 avec cette page :

    http://web.archive.org/web/20010922190215/fr.wikipedia.com/

    cette première page ne donnait pas vraiment envie de participer. Et le développement a été lent :

    “7 février 2003 : Les 5000 articles sont atteints”

    Deux ans pour atteindre 5000 articles. Et encore le développement était accéléré par la notoriété de Wikipedia anglophone.

    Ensuite ça va plus vite :

    http://meta.wikimedia.org/wiki/Histoire_de_Wikip%C3%A9dia

    “15 mai : Le cap des 10 000 articles est franchi.

    18 mai : La page d’accueil a été consultée 100 000 fois depuis la mise en marche du compteur.”

    “7 juillet : Wikipédia passe les 20 000 pages, dont environ 12800 articles”

  12. Axel,

    La vidéo en question qui a mérité un article de ta part a fait en effet 4.000 vues. Cela dit, tu aurais du préciser que la vidéo n’apparaît que tout en bas d’un article assez long qui lui a attiré presque 24.000 visiteurs (sans compter les chiffres de Yahoo que je n’ai pas):

    http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=26094

    En moyenne, chez nous, les vidéos sont vues par une personne sur 4 ou 5 en fonction de l’article. Ces chiffres me semblent plus qu’honnêtes pour un tel article.

  13. Ax says:

    “Ces chiffres me semblent plus qu’honnêtes pour un tel article”

    Cela montre la forte distorsion entre le “un million de visites”, et la réalité de l’influence : 3000 personnes qui regardent un entretien vidéo dans un article vedette en Une pendant 4 jours. (La vidéo était diffusée par d’autres sites, dont le blog de Quitterie, donc les 4000 vues en deux mois ne viennent pas seulement d’AV).

    Cette distorsion concerne tous nos sites. Pour arriver à 14000 vues de la vidéo de Quitterie sur l’union nationale, il a fallu que j’en reparle souvent, et qu’elle soit plusieurs semaines en une du site Sarko. La plupart des visiteurs ne faisant même pas l’effort de cliquer sur une vidéo. Il m’a fallu 300000 visiteurs pour arriver à 14000 vues de la vidéo YouTube.

    Donc on devrait plutôt dire de nos sites qu’ils influencent 5000 à 20000 personnes, plutôt que d’avancer des chiffres de visites mensuelles qui ne correspondent pas à grand chose, car jamais tu n’as eu “un million” de lectures pour un article. C’est au mieux 25000, dont les trois quart qui survolent tellement qu’ils ne cliquent pas sur la vidéo du sujet dont on parle.

    Alors qu’en revanche il y a bien 8 millions de personnes qui regardent chaque soir le JT de TF1.
    Donc on a d’un côté, Réellement 8 millions de personnes qui regardent un JT, et de l’autre, le chiffre d’ “un million” d’Agoravox, avancé pour raisons marketing, qui ne correspond en fait qu’à 3000 personnes qui regardent la vidéo.

    3000 contre 8 millions, c’est ça le vrai rapport de forces.

  14. Un million c’est le nombre global des visites chaque mois sur l’ensemble des articles. C’est tout simplement l’audience du site. C’est une mesure générale utilisée par tous les sites. C’est d’ailleurs ce que tu fais avec tes encarts d’audience sur ton site. Un bon article est lu entre 20 et 30 000 fois. Les meilleurs ont atteint 500.000 visites.

    A part ça, je suis pas en lutte contre TF1. Jamais tu arriveras à faire changer d’avis aux millions de personnes qui n’ont envie que d’une chose: subir passivement l’information diffusée par la TV. Nous on s’adresse plutôt à une niche de lecteurs qui ont envie d’être acteurs de l’information.

  15. Ax says:

    “tu aurais du préciser que la vidéo n’apparaît que tout en bas d’un article assez long”

    Cela dit ça montre aussi qu’il n’y a pas eu d’effet : “Quitterie Delmas fait l’interview donc les gens regardent”.

    Ni sa notoriété dans la blogosphère, ni son physique, n’ont produit un effet viral, ni même n’ont conduit plus d’un lecteur de l’article sur 6 (4000 sur 24000) à cliquer pour voir.

    C’est pas si facile d’être Melissa Theuriau.

  16. Enfant Terrible says:

    Apparemment ce que j’ai pu écrire ne vous avancera pas. Vous êtes déjà trop engagés dans la voie que vous avez prise pour concevoir les choses d’un autre point de vue. Il vous faut maintenant des procédures concrètes pour poursuivre vers votre avenir: La télé. car si vous voulez vraiment changer ce qui s’y passe vous devrez y mettre un pied et vous y accrocher comme une bernique à son rocher.
    Dans ce cas, trois solutions possibles:
    – Soit attendre de voir le petit écran se lier de manière indissociable avec le PC .
    – Soit développer et commercialiser vous même la technologie qui vous amènera à la première solution (plugger usb la carte pc pour lui permettre de capter vos émissions qui seront en corrélation avec votre contenu internet -reportages, par exemple-), une nouvelle TNT en somme.
    – Soit trouver un algorythme de compression qui pourra vous permettre de lancer une chaine sur pc.

    Il peut aussi y avoir des moyens termes entre ces trois solutions. Mais sans cela, ca m’étonnerais que vous tombiez sur un fait majeur qui vous permette de faire basculer l’audience avant que tous les salons soient équipés. Il y a une bonne raison à ça:
    – Vous avez encore peur d’être aussi différent que le jour et la nuit de ceux dont vous empruntez déjà les armes.
    – Vous recherchez les mêmes choses qu’eux, et depuis le temps ils sont devenus experts en la matière.

  17. Ax says:

    Les choses ne sont pas binaires comme ça, Enfant Terrible.

    Ce n’est pas l’audience massive de la télé, versus l’audience minime des sites indépendants, sans autre terme possible.

    Il y a encore bcp à faire avec la notion de réseau.

    Aujourd’hui, les réseaux ont, en soi, des possibilités d’expansion infinie avec Internet.

    Mais ils restent bloqués par des vieilles logiques individualistes, pas win-win du tout, et un manque d’outils.

    Aujourd’hui, on ne sait pas faire fonctionner des réseaux entre blogs. ça ne marche pas, c’est lent. Les freemen c’est 100 blogs, audience globale quelques milliers de lecteurs par jour. Minime.

    La “blogosphère influente” est un milieu puant, où les anciens font de la chasse gardée, pratiquent le copinage entre petits clans, font des liens au compte-goutte, tout cela conduit à des échanges très limités et à une audience qui stagne.

    Les outils sociaux comme myspace et facebook sont déjà plus faciles pour développer les réseaux de plus grande envergure. Avec MySpace j’ai eu 1300 contacts en un mois, c’est beaucoup plus que ce qu’on peut faire sur les blogs avec des échanges de liens.

    Il faudra faire une plus grande interaction entre les outils sociaux développant les réseaux, et les sites de diffusion indépendants comme les blogs.

    Car il reste capital d’avoir des territoires indépendants.
    On ne peut pas se contenter de Facebook et twitter en abandonnant nos blogs, comme le suggère Loic Le Meur.

    ( http://www.loiclemeur.com/france/2007/08/tweets-for-to-5.html

    “anybody considering giving up totally his blog for facebook and twitter only ? I have more interaction now on these than on my blogs ! #

    friends using twitter and facebook blog less and less or even stopped blogging. Looks like a clear trend.”)

    J’ai 1300 “amis” sur MySpace, comme réseau c’est formidable. Mais je ne suis pas chez moi. A tout moment MySpace peut supprimer mon compte (voir les conditions du contrat, qui donne tout loisir à myspace).
    Mon blog, avec mon domaine et mon serveur, sont mes seules garanties de libre expression.

    Donc il faut garder les blogs, et utiliser les réseaux sociaux pour accroître les réseaux et l’audience, en sortant de la logique “renfermée sur soi” de la “blogosphère influente”.

  18. FG says:

    Nom d’une pipe, je n’arrive pas à faire un trackback depuis WordPress. Donc voici le lien. http://internetetopinion.wordpress.com/2007/08/13/le-pouvoir-du-journalisme-citoyen/

    Sujet passionnant, on risque d’en débattre toute notre vie.

  19. Ton trackback est passé sur un autre billet 🙂

    Tu paries sur la qualité pour améliorer l’influence du cinquième pouvoir… oui mais avant tout la qualité du réseau comme le précise Axel et là nous avons besoin d’outils qui n’existent pas.

    Facebook, c’est formidable parce que c’est un web OS, c’est révolutionnaire pour ça… mais c’est très dangereux car massivement centralisé, donc nous n’y seront jamais vraiment libre.

  20. Reivilo says:

    “Le cinquième pouvoir agit aujourd’hui sur ce mode. Malheureusement, si nous ne trouvons pas vite une façon d’augmenter son audience par rapport à celles des médias officiels, l’enthousiasme qui anime le web 2.0 risque de se tarir.”

    Il y a des mois, je vous expliquais que vous êtiez une bande de doux rêveurs se situant en dehors de tout raisonnement sociologique sérieux. J’en étais agaçant…

    Oui, je suis surpris pas ton billet Thierry. Je ne partage pas tout(notamment la vision une nouvelle fois angélique du journalisme) mais je me réjouis de voir que malgré toute votre idéologie, la réalité vous rattrape.

    @ Carlo Revelli : l’information est une marchandise. Elle a une valeur d’usage, une valeur d’échange. Pas d’argent, pas d’info : que du vent.

  21. abba says:

    un million de passages, si on se réfère au nombre de personnes qui interviennent par billet, toujours les mêmes à longueur de journée, comptabilisez surtout le nombre de passage par IP ce serait plus juste… la même 10 ou 20 fois sur le même billet évidemment on atteint vite un chiffre notable…

  22. quartier says:

    c’est bien beau mais nous sommes tous pris au piege des informations. Pour ma part je les regarde volontairement le moins possible, etant donné qu’elles nous manipulent:
    – on parle de greves mais pas de creations demploi
    -on parle de catastrophes mais pas de democratisations de certains etats
    On noud montre que le mal, l’Homme aime avoir peur, alors pour se sentir en sécurité il consommera d’avantage, voila comment nous sommes esclaves de la matière, c’est avant tout à cause de l’état, et je ne parle pas de la publicité. Personne se pose la question, tellement nous sommes élevé la dedans, que c’est honteux que l’on nous fait avalé autant de publicité par la télévision. C’est typiquement du bourrage de crane, pendant une minute 30, on vous dit CONSOMMEZ CONSOMMEZ CONSOMMEZ bande moutons, ac cette douce musique qu’on vous passe ds les pubs, g dja fait 1 test , retirez le son des pub et vous la verraient autrement

Comments are closed.