J’étais la semaine dernière en vacances dans les vignobles du Bordelais. La campagne est y magnifique, un immense jardin où l’homme a façonné chaque recoin. En voyant les châteaux impeccables, leur opulence ostentatoire, je me suis dit que la révolution n’avait rien changé dans le monde. D’un côté, il y a les propriétaires de naissance, de l’autre les employés de naissance. Le droit de propriété est-il légitime ? Les hackers ne le contestent-ils pas à juste titre ? La propriété n’est-elle pas une abstraction inventée pour assujettir les hommes comme l’affirme McKenzie Wark ?

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6 comments

  1. Garbun says:

    Les hackers contestent le droit de propriété intellectuelle et les brevets. Mais être contre la propriété privée, on sait vers quel type de société ça mène…

  2. Swimmer21 says:

    Là, tu touches, à mon sens, un fondement non questionnable de l’occident moderne. Les questions d’environnement, de gouvernance et autres questions de ce type invitent à pourtant à réenchanter la notion de propriété. Pour l’instant plusieurs éléments émergent : le commun, la chose publique, le patrimoine de l’humanité. Le commun se réfère à ce qui relie des personnes en matière d’expériences vécues. La chose publique est une modalité de gestion des questions mais toujours dans des appropriations (de l’Etat, ou privées). En France, on gère le commun sur le mode de la res publica. Le patrimoine de l’humanité se réfère à des éléments historiques (y compris culturels) ou naturels exemplaires figés.
    Le logiciel libre se place dans le commun à mon sens. Ce qui intéressant dans cette histoire, c’est que le logiciel libre a opérationnalisé la démarche : licence GPL, creative commons, les logiciels et techniques nécessaires (CVS par exemple pour le développement en temps réel) et des modes de diffusions adéquat (FSF, entreprises, communautés).
    Il est clair pour moi que la propriété est une pure abstraction. Pas obligatoirement pour asservir les personnes, c’est plus un effet non prévu au début, de mon point de vue. Je pense que c’est ce que les hommes ont élaboré de plus pertinent au moment où elle est née. Et c’était il y a quelques siècles. Cela ne correspond plus à ce dont nous avons besoins pour gérer le monde complexe qui se déroule devant nous. C’est un peu comme vouloir faire tourner des applications dernier cri sur un pentium 1. L’outil n’est pas à la mesure de l’enjeu.
    Réenchanter la propriété revient à la complémenter, lui adjoindre d’autres composants. Ou à changer complètement d’approche, par exemple supprimer le Droit pour aller vers une culture de dialogue et de projets communs. Cela ne veut pas dire supprimer les règles. Comme dans un changement de repère en mathématique, elles seront transformées dans le nouveau repère. La question aujourd’hui est d’opérationnaliser ces approches.
    A noter que la Charte de l’environnement française indique dans ses considérants que “le peuple français considérant […] que l’environnement est le patrimoine commun des êtres humains.”

  3. Enfant Terrible says:

    Du “droit de propriété” au “droit de tout s’approprier” il y a un pas énorme que beaucoup de gens aiment franchir. Ce n’est pas mon cas, car tôt ou tard, il faut manipuler des gens pour y arriver, leur mentir, leur dire que nos objectifs sont leurs objectifs. Doit-on s’approprier quoi que ce soit d’autre que ce qu’il nous faut pour vivre sans nuire à personne, c’est à dire pour empêcher quelq’un de produire quelque chose ?
    Cette maladie que nous avons, de toujours vouloir reporter nos griefs personnels sur la propriété des autres, devra disparaitre dans une société sans état.
    Que faire lorsque les prévisions des gens s’étendent de manière familiale jusqu’a leur arrière arrière petit fils, le privant de toute manière d’avoir le droit de se débrouiller par lui même dans une société qui aura forcément changé ?
    Ce que la Révolution a changé est sans doute situé dans un état d’esprit qui n’est pas encore transmis à tous (même ceux qui n’ont pas de papiers):
    L’être humain lui-même ne devrait pas être une propriété (même celle d’une nation).
    Un jour, nous devrons accepter qu’une aide matérielle ne soit pas forcément un instrument de nuisance (ou d’appropriation de tout le reste, ce qui revient au même).

  4. Enfant Terrible says:

    La magnificence est effectivement la réponse systématique que les organisations absolutistes ont tenté de trouver à chaque fois que cela était possible, afin de faire croire que les gens livrés à eux-mêmes ne pourraient en aucun cas résoudre le problème que leur pose invariablement leur potentiel de destruction.
    Cette idée a forgé bon nombre de mécennes en arts qui lancèrent une mode: celle de s’approprier un point de vue sur les choses en détenant le média sur lequel il s’exprime (même si c’est un point de vue donné par un bâtiment architectural). L’ancêtre de la propriété intellectuelle.
    Vouloir attirer les gens pour se les approprier au lieu de vouloir les libérer a pu être en effet autrefois un signe de magnificence.
    Vouloir convaincre les gens d’un point de vue par des références qui se sont étendues dans la population jusqu’à devenir communes, est un réflexe dont nous auront encore beaucoup de mal à nous débarrasser, tellement il nous est encore difficile de concevoir quelque chose en dehors d’une référence qui se veut combattre l’arbitraire.

    Désolé Charlie, si cela touche encore une fois au cheminement spirituel (qui n’est pas une ligne droite, contrairement à ce que beaucoup de gens veulent faire croire), mais notre curiosité l’a voulu ainsi. Lorsque quelque chose d’autre que nos objectifs a attiré notre attention, nous consentons à revenir sur nos pas (puisque ce sont encore les notres) pour l’explorer.

    L’oubli est un facteur concommitent de la propriété, c’est ce qui principalement nous pousse a vouloir nous approprier ce que nous possèdons déjà, sans le voir. La civilisation des propriétés est une civilisation de l’oubli. Nous ne jouissons d’autant mieux d’une chose que nous avons oublié que nous la possèdions déjà. Nous voulons une machine, mais nous voulons oublier comment elle fonctionne.
    Tant que notre système éducatif n’aura pas remédié à ce problème, les querelles de propriété auront encore cours et aucune société sans état ne pourra voir le jour.
    >Cette société sans état, nous l’avons déjà en nous…
    …Mais certains ont choisi de l’oublier.

  5. Enfant Terrible says:

    Henri: est-ce que cela te parait plus clair?

  6. Paul.de.Montreal says:

    > La propriété n’est-elle pas une abstraction inventée pour assujettir les hommes comme l’affirme …

    As ton vraiment besoin de poser cette question ?
    Je passe sous silence ton bonhomme car j’ai trop de respect pour les philosophes qui l’ont dit des siecles avant lui.

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