PaccoEn lisant Jean-Michel Billaut, j’ai eu envie de moi-même m’interroger sur cette histoire de croissance qui ne veut pas s’emballer en France. J’ai déjà critiqué Attali à ce sujet mais j’ai aussi envie de proposer quelques trucs. Le 2.0, c’est ça après tout.

Beaucoup de gens parlent de croissance comme si la croissance était définie, comme s’il y avait une essence de la croissance. On compare le PIB de divers pays et on découvre alors que la France se traîne en Europe et dans le monde. Commençons déjà par changer d’indicateur et découvrons chez nous de la croissance où les économistes qui portent des œillères n’en voient pas.

Cette redéfinition de la croissance serait un moyen de donner du baume au cœur à ceux qui doutent de leur pays. Réveillez-vous les autres ne sont pas plus en croissance que nous. Ils nous le font croire par quelques manipulations comptables. La croissance est un dogme que nous devons avoir le courage de remettre en question. Celui qui le fera le premier dans l’économie mondiale aura un avantage décisif.

L’art de vivre ! La longévité ! Le taux de suicide ! Le nombre d’artistes ! Le nombre d’amoureux ! Ces données pourraient être quantifiées pour aboutir à un indice de croissance. Un pays ne se porte pas bien juste parce que son PIB est en croissance. On peut faire dire n’importe quoi aux chiffres, le PIB est un de ces chiffres arbitraires inventés par des mathématiciens médiocres.

Mais je suis d’accord au moins sur une ambition : il faut qu’il y ait croissance, je préfère parler d’évolution d’ailleurs, il faut que les choses changent pour que nous soyons heureux, peu importe la façon de mesurer cette croissance. L’immobilisme ne nous sied pas. Que faut-il donc faire ?

  1. Pour commencer, ne nous lançons pas dans la même croissance que les autres. Inventons des solutions originales qui procureront des avantages. Pensons en entrepreneur prêt à explorer de nouveaux marchés, des marchés avec de nouvelles règles. Cessons de jouer avec les règles inventées par les autres parce qu’elles leur conviennent.
  2. On nous fait croire que la mondialisation s’accompagne d’une uniformisation des règles. Cette idée d’uniformisation nous est martelée par ceux la-même qui forgent les règles. Ne les écoutons pas sinon, à leur jeu, nous serons toujours à la traîne.
  3. La mondialisation correspond, en fait, à une interdépendance sans précédent de tous les hommes, de toutes leurs activités, de toutes leurs économies. Cette interdépendance ne sera féconde que dans la diversité, chacun de nous doit faire valoir la sienne, notre pays aussi. Sans diversité, les rencontres entre les individus, les entreprises et les pays ne créent aucune richesse.
  4. Il y a de la croissance quand on produit plus. Pour produire plus, sans dépenser plus, il faut prendre les ressources humaines là où aujourd’hui elles servent peu. Je vois une solution toute simple : réduire les hiérarchies au profit de la production. Il faut aplatir les pyramides et penser réseaux. Appliquée à l’éducation nationale, cette méthode donnerait : plus de profs, moins d’administratifs.
  5. Cet aplatissement met l’homme au cœur du système et non plus l’entité à laquelle il appartient. Lorsque l’homme occupe le centre, il devient responsable, donc il entreprend, il invente, il innove. Nous arrivons à la seconde face de la croissance : non pas produire plus mais produire ce qui n’existe pas encore ou produire autrement ce qui existe déjà (et qui polluait par exemple).
  6. Cet objectif, capital dans le monde technologique, n’est envisageable que si l’homme responsable est libre. Il faut donc libérer les contraintes (fiscales, juridiques, politiques…).
  7. La croissance ne peut se concevoir en vase clos, dans le cadre des frontières nationales. L’homme libre et responsable doit penser en citoyen du monde. Il doit sans cesse tenir compte de l’interdépendance et penser à adresser cette interdépendance. Tout reste à inventer dans ce domaine. Les Nord américains, tant décriés pour leur manque de civisme écologique, travaillent pourtant sur les technologies propres de demain. Nous serons en croissance si nous participons à une croissance durable.
  8. Une fois libres et responsables, une fois débarrassés des pesanteurs hiérarchiques, nous ne pouvons plus nous organiser comme une armée, avec ses petits chefs, mais nous devons nous auto-organiser. Tous les moyens doivent être mis en œuvre pour faciliter les communications transversales. Le développement d’internet et du très haut débit est un de ces moyens. Nous devons aussi rétablir le dialogue intergénérationnel, profiter de l’expérience de tous. Nous devons réapprendre à nous parler dans la rue et dans les cafés. Nous devons être des messagers les uns par rapport aux autres et cesser de nous asservir aux médias qui dispensent d’une information unidirectionnelle.

Pour libérer la croissance, il faut donc avant tout une révolution structurelle. La France est en retard. Nous vivons encore à l’époque du management paternaliste, incarné d’ailleurs par Sarkozy omniprésent/omnipotent.

Cassons justement cette façon de faire. Les mesures techniques n’auront aucun effet. Il faut produire un électrochoc sur les Français en leur remettant les clés du pays.

L’État doit commencer par faire sa révolution structurelle, montrer qu’elle est possible, inspirer les autres Français dans chaque entreprise, dans chaque famille. L’État ne peut pas nous demander de faire ce que lui-même est incapable de faire.

J’ai cherché où poster cette réflexion sur les blogs de liberationdelacroissance.fr. J’ai eu du mal à trouver où le faire tant le dogme de la croissance est présent dans la liste des sujets et les solutions déjà listées. C’est comme si on ouvrait la consultation mais connaissait déjà les réponses. Ça me rappelle la campagne présidentielle de Ségolène Royal. Par dépit, j’ai fini par poster dans la rubrique La croissance de quoi ? et dans Quelles simplifications pour libérer la croissance ?

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9 comments

  1. Jacques Attali, fait lui aussi parti de l’ancien système. Ils travaillent tous pour la sauvegarde, la protection et la désinformation du peuple au service, toujours de cet ancien système.
    Ton analyse est excellente. Tu as raison à 99%, mais tout ce que tu dis est louable sur le fond, mais sur la forme, c’est irréalisable, auquel cas nous n’en serions pas ou nous en sommes aujourd’hui !
    Les gens sont ce qu’il sont aujourd’hui, parce qu’ils souffrent, qu’ils sont sur conditionnés et qu’ils n’ont pas le temps (ou qu’ils ne le veulent pas…), de penser à d’autres choses (Plus nobles…) que de “Gagner de l’argent !”. (La majorité d’entre nous)
    C’est pour ça que dès que l’on commence à discuter avec des biens pensants, de suite, nous les faisons rire… Inconsciemment, l’ancien système est bien enraciné dans leurs gènes, leurs pensées, leurs habitudes… C’est plus fort qu’eux, nous devenons risibles et personne n’a envie de nous suivre. Même si nos idées sont géniales, ils n’en ont rien à foutre ! Où alors ils nous disent, c’est bien mon gars, c’est noble… Bon courage… Voilà Thierry, la réalité de notre société et l’idée quelle véhicule au peuple et à la grande majorité d’entre nous d’une façon consciente ou non !!!

    La seule façon d’inverser la vapeur et d’enclencher une prise de conscience, c’est la carotte, c’est à dire agir sur nos intérêts immédiats à chacun. Si nous trouvons la solution, crois moi, qu’il y en a plus d’un qui va se réveiller… Les autres suivrons aussi… Pour se donner bonne conscience… Et puis ils ont tellement été habitués à suivre le troupeau… En plus comme ça sera dans leurs intérêts, il n’y a pas de souci, nous les intéresserons, et là je ne rêve pas, ils crieront tous, comme dans leurs habitudes, dans les journaux, à la télé, la radio, Internet : “Vive le cinquième Pouvoir !”

    Pour le moment, revenons à la réalité, c’est : “Cause toujours tu m’intéresses !” C’est pour cette raison que les écrits ne suffisent pas, et qu’il nous faut trouver autres choses ! Le web 02, aura été de faire participer les gens gratuitement. Je ne crois pas au tout gratuit, mais à l’autonomie consciente de chacun au service de cet autre monde que nous souhaitons toutes et tous en vérité.

    Amitiés 😉

  2. Garbun says:

    “c’est irréalisable, auquel cas nous n’en serions pas ou nous en sommes aujourd’hui !”

    Cet argument revient à dire que toute chose qui n’a pas été faite est impossible à faire.

    Sinon tu as raison pour l’histoire de la carotte, mais c’est justement pour ça que Thierry a un blog : si les gens comprennent qu’il est dans leur intérêt de changer de méthode, ils le feront. Pour qu’ils comprennent une telle chose, il faut déjà leur faire connaitre, donc en parler.

  3. Paul.de.Montreal says:

    > Cette redéfinition de la croissance serait un moyen de donner du baume au cœur à ceux qui doutent de leur pays.

    Redéfinition du sens accordé aux mots, des indicateurs économiques ca va du moment que tu le precises en préambule il n’y aura pas de quiproquo et mauvaise communication.
    Le PIB est un indicateur mais aucun économiste sérieux te dira qu’il est suffisant et ne l’utilisera isolement comme le font pourtant les média de masse par paresse ou simplification exagérée. Pour le baume au coeur, il existe d’autres indicateurs qui sont meilleur pour la France comme par ex. la productivité, une des meilleures au monde d’apres mes souvenirs (à confirmer). Ba oui avec les longues vacances que vous avez par rapport à un americain qui a 2 ou 3 semaines.

    Maintenant je n’ai pas suffisament de connaissances en économie pour bien critiquer Attali.

    > On peut faire dire n’importe quoi aux chiffres, le PIB est un de ces chiffres arbitraires inventés par des mathématiciens médiocres.

    Ne mélangeons pas mathématiciens et économistes.
    Si je te dis qu’on peut faire dire n’importe quoi aux mots, le “médiocre” est un de ces mots arbitraires inventés par des intéllectuels français.

    Voila il represente quelquechose que tu l’aimes ou pas.

  4. @ Garbun, non non pas du tout, rien n’est irréalisable. Par contre avoir la connaissance d’une réalité, dire la vérité, cela donne souvent des ailes, à la réalisation de ce qui doit être fait… Il faut le savoir !
    L’action, doit toujours se situer au centre, entre l’ombre et la lumière, c’est comme ça qu’on avance et que l’on trouve les solutions envisageables à grande échelle, pour englober le plus de monde possible, et vis à vis des différences propres à chaque être.

    Amitiés 😉

  5. Tout économiste qui parle de l’avenir est un imposteur ça s’arrête là pour moi. Comme presque tous ils le font…

  6. swimmer21 says:

    Je pense que les contraintes, on se les imposent pour une grande part. Sacrés schémas mentaux, ils ont la vie dure. Normal, ils structurent en grande partie notre identité.
    Avec Paul sur la question de comment remplir le mot de croissance de sens, faire de la croisens, croire au sens, le sens commun, croisens commune ? (les jeux de mots font travailler le cerveau droit (voir Watzlawick pour plus de détails). Et je pense que l’appréhension directe, globale, précise (cela n’est pas antinomique) et intuitive qu’il procure est utile et cohérente avec le 2.0. Je veux bien développer, pas ici toutefois).
    Pas avec Thierry dans sa demande à l’Etat de…Ben, je crois qu’on peut attendre. Je ne me reconnais pas dans cette approche.

  7. J’attends rien de l’état tu sais… je trouve juste fort qu’Il se permette de nous dire ce que nous devons faire 🙂 Alors qu’il commence par le faire… comme c’est impossible, c’est un problème insoluble.

  8. jépatouvu says:

    “””! Le taux de suicide ! Le nombre d’artistes ! Le nombre d’amoureux ! Ces données pourraient être quantifiées pour aboutir à un indice de croissance”””

    vous oubliez le nombre d’imbécile…..

  9. swimmer21 says:

    C’est une question de processus plus que de contenu. Je me doute que tu n’attends rien de l’Etat. Toutefois, en formulant une demande envers cette entité, stratégiquement, on se place en position de faiblesse en découvrant une partie de ses attentes, aussi faible soit elle, expression de l’agacement comprise.
    Pour moi la question est comment prendre soin de l’Etat pour qu’il fasse de lui même ce que j’attends qu’il fasse. Je pratique plusieurs voies : ne pas formuler de demande, accompagner les actions qui vont dans la bonne direction, le laisser se tromper et récolter les fruits de ses erreurs éventuellement jusqu’à un certain degré à mes dépens (sans que ce degré soit connu de l’Etat, ce qui me laisse des marges de manoeuvres), ouvrir à de nouvelles expériences, surprendre pour maintenir l’attention en éveil, répéter pour endormir, alterner les processus, développer une esthétique dans la voie de l’apprentissage, rendre autonome suffisamment, utiliser le paradoxe de son cadre de référence (notamment pour ce qui concerne l’autorité, l’ordre et la sécurité)…. La situation guide ce qu’il y a à faire. Je m’amuse, quoi.

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