Lors des échanges qui ont suivi ma critique du Modem, j’ai noté que beaucoup de gens avaient une idée erronée du bottom-up. Nos politiciens autocrates les ont piégés par un dévoiement dont ils ont la spécialité.

Le haut-en-bas ou top-down évoque la société hiérarchique dans laquelle quelques-uns ordonnent à tous (le citoyen étant écrasé par la hiérarchie). Par exemple, quelques médias alimentent en informations tous les citoyens. Il est clair qu’il y a un mouvement descendant. Il part d’une élite et se propage à tous. Dieu, quelle que soit son incarnation, règne au sommet de la pyramide et nous vivons à ses pieds.

On oppose souvent à ce système le bottom-up ou bas-en-haut mais, paradoxalement, on le schématise souvent par une pyramide. La base du triangle ferait converger des informations ou des idées vers un point de focalisation, un point dans lequel il est facile de retrouver Dieu.

Ségolène Royal, et de nombreux autres politiciens, au Modem notamment, professent cette version pour le moins réductrice du bottom-up. Le peuple ferait émerger des idées qui remonteraient jusqu’au sommet de la pyramide, jusqu’à Dieu, qui les sélectionnerait, les améliorerait avant de les réexpédier comme un miroir déformant sur le peuple.

J’entends souvent parler du up-and-down comme d’une révolution alors que, au nom de la consultation citoyenne, le principe du bottom-up est totalement dévoyé en faveur du modèle pyramidal. On cherche à nous faire croire que nous participons mais, au final, nous subissons encore et encore les décisions divines, nous les subissons d’autant mieux que nous croyons qu’elles viennent de nous.

Nicolas Sarkozy a au moins le mérite de ne pas tricher. Les idées viennent de lui et quand il se plantera ce sera de sa seule faute. Je préfère encore avoir au pouvoir un autocrate lucide qu’un autocrate qui s’ignore.

Mais bien sûr je préfèrerais ne pas avoir d’autocrate au pouvoir. La solution, c’est le véritable bottom-up ou l’auto-élévation de la société. Par exemple, nous ne faisons pas remonter des informations, nous nous plongeons dans un champ d’informations engendré par nous. Nous baignons dans nos propres idées collectives. Dans ce champ, tout le monde influence tout le monde.

Des leaders peuvent apparaître qui focalisent certaines idées et leur donnent plus de force mais ils ne nous les imposent pas. Voici l’utopie dans laquelle j’aimerais vivre, une utopie en partie à l’œuvre au cœur d’internet depuis que le réseau a échappé à ses géniteurs.

Pour résumer le bottom-up tel que je l’entends, j’aime évoquer la métaphore de la marmite. Imaginez que nous sommes des molécules d’eau. Lorsque la chaleur augmente, nous nous élevons tous ensemble. Le bottom-up décrit un mouvement ascensionnel mais pas dirigé vers un but, pas au service de quelques-uns.

Quand le bottom-up est en action, c’est toute la société qui en bénéficie (ou l’entreprise, ou le parti…). Lorsqu’un individu acquière de nouvelles connaissances, il participe à ce mouvement ascensionnel. Lorsqu’il est plus heureux aussi. Les artistes participent au bottom-up. Les actions individualistes comme collectives peuvent l’engendrer.

Une société bottom-up ressemblera à une hyper-sphère : un univers sans bord et sans centre. La base devient en quelque sorte tout le système qui évolue sans cesse. Certains points y brilleront plus que d’autres parce qu’ils seront plus connectés mais ils ne seront pas autocratiques. Le cinquième pouvoir doit s’efforcer de faire migrer la société du top-down vers le véritable bottom-up. Il ne peut d’ailleurs réellement existé que dans ces circonstances.

Je crois que je vais cesser de parler de bottom-up. L’idée qu’il y a un bottom et un up nous renvoie trop au modèle pyramidal. Il nous faut inventer une nouvelle terminologie. Elle doit traduire l’idée que chacun influence tous les autres et que ce n’est qu’ensemble que nous pouvons nous dépasser. Je n’ai pas trouvé mieux qu’auto-organisation.

D’un côté, nous avons le modèle pyramidal, sous sa forme classique top-down ou sa forme démagogique up-and-down ; de l’autre, nous avons l’auto-organisation, largement employée par les structures biologiques.

Ces deux formes d’organisation coexistent donc dans nos sociétés humaines. Elles ne sont pas antinomiques. L’auto-organisation est la plus répandue, elle marche si bien, si naturellement, que nous n’y prêtons pas attention, nous focalisant au contraire sur le pyramidal.

Je crois que nous devons apprendre à mieux reconnaître l’auto-organisation. Ainsi nous amoindrirons l’importance du pyramidal et l’empêcheront d’entraver la complexification de la société (complexification qu’il a un temps aidé il est vrai).

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34 comments

  1. lény says:

    Bon autant dire que je suis d’accord avec le maitre (ça c’est pour les coms que j’ai pu lire). Mais j’ai longtemps voulu croire que nous pouvions agir de concert à grande échelle. Je me trompais, plusieurs exemples récents me l’ont montré … et je ne vois qu’une alternative, l’enchevètrement de cellules. En effet pour mener à bien un projet, quelque soit son ambition, il n’y a qu’un nombre restreint de personnes de même sensibilité qui peut créer. C’est l’ensemble de ces cellules auquelles il convient de donner les moyens de s’inter-connecter de cette manière s’influençant les unes les autres, disparaissant, se fagocytant même. On frise le communautarisme c’est vrai mais plus l’ensemble est à plat, plus on augmente le moyen collectif de s’influencer moins on a le risque de cloisonement définitif …

  2. Oui Lény. 😉

    L’acte créateur est souvent solitaire. Les autres nous stimulent, nous nous retrouvons seuls, nous avons des idées et les mettons en œuvres. Le collectif, la connexion, joue dans la stimulation. La transmission. L’enrichissement. Et pourquoi pas dans l’action.

    Je ne crois pas que l’individu doive se dissoudre dans le groupe (communautarisme, communisme…), au contraire. il doit s’affirmer pour que le groupe profite de ses différences.

    Par exemple, ici la communauté est auto-organisée, j’y puise des idées, j’espère que d’autres aussi… et nous créons chacun de notre côté mais un peu ensemble aussi.

  3. MIP says:

    Merci, très instructif…je vais reprendre cette note.

  4. swimmer21 says:

    L’un des ouvrages de base sur ces questions s’appelle la cinquième discipline, véritable hand-book pour les organisations apprenantes. Personnellement, je m’en sers fréquemment. Il opérationnalise l’autorganisation en proposant 5 disciplines à exercer en même temps pour construire et conduire des organisations apprenantes :
    1) la maîtrise personnelle
    2) l’approche systémique
    3) le travail sur les schémas mentaux
    4) l’apprentissage en équipe
    5) la vision partagée
    Un field book propose plusieurs méthodes très simples pour s’exercer seul ou à plusieurs. J’en ai utilisé de nombreuses et les résultats sont probants sur les groupes que j’ai animé. Un réseau des organisations apprenantes est constitué en France (Society of Organizational Learning, SOL France)
    Sur ton post, Thierry, ce que tu décris est repris quasiment mot pour mot dans le livre de Shoji Shiba sur le breakthrough management. Il appelle le top down, la théorie X du management, le bottom up, la théorie Y, et l’autorganisation, le breakthrough. Il détaille aussi la manière dont ce dernier peut se dérouler ou non. J’apprécie et souligne cette convergence entre monde politique et monde de l’entreprise innovant.

  5. La convergence est biologique… nous sommes simplement en train de découvrir comment les choses fonctionnent. Je connaissais pas les textes dont tu parles.

  6. lény says:

    Thierry, je n’ai pas dit que l’individus devait se dissoudre dans le groupe. Malgré tout je pense effectivement qu’une propension à le faire ne serait pas mal venue. Et je suis persuadé qu’il est possible -et c’est fondamental !- de concerver son identité, sa personnalité, sa liberté au sein d’un groupe. Je ne vois d’ailleurs pas ce qui pourrais l’empecher. Mais il est tout aussi fondamental de ne pas perdre de vue l’intérêt du groupe, et quand je parle de groupe je voudrais parler de la communauté des vivants. Mais c’est bien là le problème. Quel est cet intérêt ? Comme je l’ai déjà dit ici, il y a des intérêts antinomiques qui font que certains sont des énemis ….et pourtant quoi de plus simple et évident ces mots de José “ce monde est trop beau pour qu’on accepte, sans sourciller, qu’il se fasse tant de mal.”. Parce que ceci n’empêche pas d’avoir des idées de solutions divergeantes dans la mesure où le point de perspective est partagé … si cet axiome de départ est partagé, que nous fassions des erreurs n’a alors pas d’importance, on corrige, on recommence, on affine … Pfff putain d’utopie 😉

  7. lény says:

    Bon ben le temps que je rédige mon com et Swimmer21 a dit l’essntiel de se que je voulais dire …

  8. Le “qu’il se fasse tant de mal” est une arme à double-tranchant dans un environnement évolutif. On ne peut pas savoir a priori de qui est bon ou mauvais, c’est tout le problème. Quand les cyanobactéries ont libéré l’oxygène, c’était mal. Et pourtant nous ne serions pas là sans ce mal là. L’actuel dégazage de co2 est mal aujourd’hui, mais demain certains s’en féliciteront peut-être. Voilà pourquoi la méthode de l’essai et de l’erreur est la meilleure (avec beaucoup d’essais et très vite beaucoup de corrections).

  9. Auto-régulation… Et pourquoi pas décentralisation, tout simplement ? Internet, depuis le début, contient les germes de la décentralisation. Au niveau le plus bas, TCP/IP, on a un véritable système de communication décentralisé. À partir de là on a pu construire toutes sortes d’outils intéressants : mailing-list, forum, blog, wiki, etc. Mais on a encore rien vu je crois, on parle beaucoup en ce moment du phénomène des réseaux sociaux, mais a-t-on vraiment compris de quoi il s’agissait ? On parle de convergence en matière de TV, journaux, téléphone, radio, etc. On entend par là que tout cela va se retrouver sur Internet à plus ou moins brève échéance. Mais il faut considérer aussi les nouveaux outils nés après Internet : les blogs, les newsletters, le chat, les forums, YouTube, les podcasts, etc. Au delà d’Internet, y a-t-il un point de convergence possible permettant de rassembler à la fois les anciens et les nouveaux outils ? Je crois que oui et je ne l’ai compris que très récemment. Les réseaux sociaux devraient être ce point de convergence ultime, ils constituent pour moi une forme d’aboutissement dans la quête d’un système de communication décentralisé et je pense que de nombreux outils passés et présents devraient converger vers cette grande idée. Je viens justement d’écrire quelque chose sur le sujet :

    http://blog.kindalab.com/2007/09/29/how-to-revolutionize-social-networks/

  10. lény says:

    “Voilà pourquoi la méthode de l’essai et de l’erreur est la meilleure (avec beaucoup d’essais et très vite beaucoup de corrections).” c’est bien ce que je dis … tu vois que t’es bien un gourrou au fond, tu veux avoir raison et le dernier mot …ben non ! 😉

  11. @Manuel Le problème des réseaux sociaux c’est qu’ils sont aujourd’hui centralisés ! Il nous reste encore un long chemin. Sinon, il peut y avoir décentralisation sans auto-organisation (la décentralisation est nécessaire mais pas suffisante).

  12. florent says:

    j’adhère à ce texte avec vigueur.

    une précision cependant : les idées ne viennent pas de sarkozy mais plutôt de guaino… (et qq autres) : le prince ne fait que les sélectionner et les mettre en avant

  13. @Manuel Je viens de lire ton billet… très bien, faut que tu te mettes au travail.

  14. @Thierry: Effectivement, Facebook et autres ne sont aujourd’hui que de piètres illustrations de ce que pourront donner de véritables réseaux sociaux décentralisés. Cependant, je ne pense pas que le chemin soit si long, j’ai quelques idées qui permettront d’accélérer les choses, j’en parlerai très bientôt sur mon blog. Concernant ton deuxième point, “décentralisation sans auto-organisation”, je crois que les deux sont mécaniquement liés, l’un ne peut pas se faire sans l’autre, pour que la décentralisation fonctionne il faudra chercher des nouvelles formes d’organisation, d’auto-organisation.

  15. Thierry, nos messages se sont croisés, merci bien pour tes encouragements ! 🙂

  16. CedricA says:

    J’avais imaginé un parallèle entre l’auto organisation des fourmis et l’organisation politique d’un parti politique (le MoDem).
    http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=24768
    Cet article a été écrit au moment des législatives. Aujourd’hui, à la demande des militants et avec les responsables provisoires qui en sont bien aise, la structuration pyramidale top-down revient en puissance. Les habitudes ont la vie dure…

    Aussi enthousiaste que je puisse l’être vis à vis de l’utopie que vous défendez, la réalité (“la vraie vie”) ne me semble pas prête. Nous sommes tous structurellement formaté pour l’organisation pyramidale depuis l’enfance, avec la croyance que l’on pourrait être un jour en haut de sa petite pyramide. Penser réseau/cellule/décentralisation est un effort, un risque. Qui veut faire un effort ? Qui veut prendre un risque “facultatif” ?

  17. @CedricA Je ne suis pas d’accord avec toi. Internet n’existerait pas si nous en revenions irrémédiablement au pyramidal. Dee Hock n’aurait pas créé Visa au début des années 1970. C’est vous au Modem qui avait un problème avec de vieux immobilistes coincés dans leur ambition… et au final pas très ambitieux. Ils ont l’ambition des autres, pas une ambition qui soulève tout comme pouvait l’avoir Gandhi. Pour mettre en place des solutions nouvelles, il faut des citoyens volontaires, c’est tout… C’est mieux avec des leaders… mais on peut se passer d’eux ou en trouver d’autres.

  18. swimmer21 says:

    Il y a une expression que j’aime bien qu’un de mes amis m’a dite un jour et qui m’a marquée. Il s’agit des “utopies vivantes”. L’alliance de ces deux mots est pour moi pleine de significations.
    Les commentaires précédent me font penser à un autre post de TC sur le bootstrapping. Je pense que l’on peut aller plus loin dans la métaphore et rechercher les analogies entre le système d’exploitation d’un ordi et celui qui pourrait se construire pour les uni-multivers de l’utopie vivante.
    Dans un ordi, il y a du matériel, un bios, un système d’exploitation, une couche logicielle, des productions.
    Pour moi, le matériel correspond (et non pas est) au Vivant. Le bios correspond au développement de l’espèce Homo Sapiens Sapiens, le système d’exploitation est aujourd’hui basé sur les croyances (l’homme est un loup pour l’homme par exemple, il faut un chef dans un groupe, l’autorganisation c’est le nec plus ultra en matière d’organisation), mythes (le progrès humain passe par le développement notamment économique) et concepts (le droit, l’économie, mondialisation…) de notre monde. La couche logicielle est formée par les usines, les villes, la télé, les systèmes politiques…
    L’ensemble évolue comme pour les ordi : nouveaux matériels, systèmes d’exploit (avec des updates) et logiciels sortent régulièrement, à des rythmes plus ou moins rapides (préhistoire, grecs, siècles des lumières, révolution industrielle…). L’ensemble fonctionnant de manière fermée, chaque composant étant fermé.
    A l’usage, progressivement, les performances se dégradent : changement climatique, guerres, pollutions, disparition d’espèces, pauvreté, stress, chômage, exode rural…
    L’espace disque se restreint et les bugs se multiplient (je vous laisse imaginer). Les productions se réduisent. On a beau défragmenter (uruguay round) mais les bugs atteignent même le défrag (OMC). Peut être que l’écran bleu guette son heure ! Certains le disent.
    A côté de cela, de nouvelles choses sont développées. Pour le matériel, il s’agit du clonage, des OGM par exemple. Pour le bios, ce sont les cultures de cellules souches, la fécondation in vitro par exemple. Le système d’exploitation voit de nouveaux composants comme l’économie sociale et solidaire, le microcrédit, le commerce équitable, le protocole de Kyoto (KCP/IP pour Kyoto Climate Protocol/Intergovernmental Protocol) …La couche logicielle évolue elle aussi : diversification de l’information, villes vertes…
    Il semble toutefois que l’ensemble ne soit pas encore fonctionnel. Le noyau du système n’est pas encore totalement constitué et il semble y avoir des manques dans certains domaines (socialement, en matière relationnelle notamment). Les liens avec les composants matériels ne semblent pas tous présents non plus.
    Je pense qu’une vision de plus en plus claire sur ce qu’il reste à faire, ainsi que les processus à mettre en oeuvre pour le réaliser émerge désormais rapidement. Et je reboote sur le MBR “Utopies Vivantes”.

  19. Excellent ce billet. Je suis entièrement OK, avec le système de l’auto organisation que tu décris si bien. Lorsqu’on y réfléchit de plus près, je crois que de toute façon, nous les hommes et les femmes libres, nous n’avons plus le choix, c’est maintenant ou jamais !

    Amitiés 😉

  20. Jack13 says:

    CedricA
    “Penser réseau/cellule/décentralisation est un effort, un risque. Qui veut faire un effort ? Qui veut prendre un risque “facultatif” ?”

    Thierry
    “Pour mettre en place des solutions nouvelles, il faut des citoyens volontaires, c’est tout… C’est mieux avec des leaders… mais on peut se passer d’eux ou en trouver d’autres.”

    J’aime ce billet et retrouve les théories les thèses du “5ème pouvoir”.
    Je vois cependant que le passage à un mode d’auto-gestion ne peut s’empêcher d’une transition pyramidale puisque, semble-t-il, il faille un ou des volontaires pour prendre le “risque” de lancer cette nouvelle solution. Est-ce que finalement les sociétés humaines ne seraient pas encore “mûres” pour cela ? Tous ces siècles passés sous le joug de rois, seigneurs, dictateurs ou présidents ne seraient pas la jeunesse des Hommes ?

    Les nouveaux outils offriraient actuellement les prémices de cette évolution mais je reste dubitatif sur une visibilité à court terme du fait en grande partie de la majorité des personnes non encore “connectées”, ne disposant pas de ces outils facilitant les réseaux sociaux modernes. Aujourd’hui la télvision reste le mode de diffusion d’informations premiers des peuples, et dans le genre top-down et anti-collaboratif on ne fait pas mieux :(((

    Peut-être qu’une ou deux (je suis optimiste) seront nécessaires pour voir se réaliser cette “utopie vivante” ;o)

  21. Jack13 says:


    Peut-être qu’une ou deux (je suis optimiste) générations seront nécessaires pour voir se réaliser cette “utopie vivante” ;o)

  22. Je crois au contraire que l’auto-organisation est déjà là… mais que nous ne la voyons pas faute d’habitude… pratiquement tout est déjà auto-organisé dans la vie, sauf quelques secteurs, la politique par exemple… allez savoir pourquoi 😉

  23. swimmer21 says:

    Bien vu Thierry, je suis bien d’accord avec toi. Tout est déjà là. Il n’y a rien à inventer. Je pense que l’innovation se situe aujourd’hui dans la connexion, mettre les choses en relation. L’intelligence, c’est de lier ensemble éthimologiquement parlant.
    Pour réaliser le noyau, il reste quelques connexions à faire, c’est à dire dévoiler ce qui se pratique déjà ailleurs.
    Pourquoi la politique est encore top-down. Excellente question, Thierry !!
    Quelques éléments de réponse qui me viennent : la charge symbolique est très forte en France quant au rôle de l’élu. On paye ainsi le tribu à la révolution française. On se “doit” d’en être digne. Un collègue anglais maintenant disparu, Les Morgan, m’a dit un jour que les politiques ne servaient qu’à avoir de l’argent. Pour le reste ce n’était pas eux : projets, mise en relation, organisation… sont du ressort des communautés selon son point de vue. J’étais stupéfait de ce qu’il me disait. Cette phrase m’est restée et j’ai mis du temps à en découvrir le sens. En effet, dans notre pays, l’élu est considéré de fait comme un roitelet tout comme le préfet (voir Noblesse d’Etat de Bourdieu). Le découronnement symbolique n’a pas encore eu lieu. Toutes idées sont les bienvenues. Les guignols sont un premier pas, mais ce n’est pas dans la vrai vie. C’est pourquoi, je pense qu’ils sont tolérés.
    Deuxième point, le système politique est auto-renfoçant. Il boucle sur lui même comme un système d’exploitation qui se lance automatiquement tant qu’on n’en implante pas un autre. Pour l’instant, pas d’autre système d’exploitation en France. C’est le système des partis et l’ensemble du système constitutionnel français voire plus qu’il conviendrait de revoir. La peur maintient l’ensemble dans un état d’homéostasie : peur de perdre son emploi, peur du lendemain et aussi peur de ne pas savoir faire… Le monde politique maintient cette peur avec notre assentiment à tous : média focalisé sur le négatif pour maintenir une vision d’un monde adversif, qui fait mal, qui tue… A bon droit on peut avoir peur… de cette vision très focalisée. De nouvelles options commencent à se découvrir comme celles que tu proposes.
    Troisième point, des permissions difficiles à faire émerger. Celle de penser par soi-même d’abord. Le fait de vivre dans le pays des droits de l’homme ne confère pas d’emblée cette permission, au contraire. Il s’agit d’un système d’injonctions paradoxales : si je fais une constitution dans laquelle j’écris “Vous avez le droit de penser de librement” en en faisant une obligation de base pour tout le monde, un droit, je le vide de son sens. Penser par soi-même ne peut être un obligation, un droit même éventuellement constitutionnel. Pour moi, cela relève de l’expérience, donc de l’indicible car profondément personnel. Tout au plus, la permission peut elle être donnée. Chacun en fait ensuite ce dont il a envie, éventuellement de ne pas la prendre. C’est OK aussi. Mon diagnostic est qu’aujourd’hui, ce sont les protections qui manquent pour que des permissions puissent être prises. Je vois deux permissions essentielles à proposer : l’une concerne chacun, l’autre est relative au groupe “France”. La première se lit “Il est autorisé de vivre sa vie telle que chacun l’entend” la seconde “le groupe France autorise chacun à vivre sa vie en responsabilité”.
    Y voyez vous des difficultés ?

  24. Boréale says:

    Justement je voulais parler de politique. Je trouve ce billet très intéressant, et je suis d’accord pour dire que c’est un tel système qui peut permettre des innovations, de véritables inventions capables de modifier de fond en comble notre réalité.

    Mais pour ce qui est, non pas de la sphère politique dans son ensemble, mais de la décision politique, je m’interroge. Quels pourraient être, dans un tel système, les mécanismes de la décision politique ??????

    Avant de venir ici ce soir, j’ai écouté les Matins de France Culture http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/matins/
    qui parlaient, ce lundi, du Grenelle de l’Environnement, en discutant notamment des différentes instances possibles, pérennes ou non, capables d’être forces de proposition et de conseil (ou d’injonction) auprès des décideurs politiques. L’un des chroniqueurs disait que ces différentes instances possibles (un Conseil pérenne, un débat autour de la loi de finances, des Grenelles à répétition…) ne s’excluaient pas, n’étaient pas en concurrence car elles rempliraient en fait des fonctions différentes.
    2 choses :
    – Ce Grenelle n’est-il pas justement un cas d’école pour ce qui nous occupe ? Voilà réunis associations, syndicats, personnes “de la société civile” (!), représentants des entreprises agricoles et industrielles en particulier… chargés de faire des propositions détaillées aux décideurs politiques. (C’est d’ailleurs pour ça que ça s’appelle le Grenelle de l’E.). Les représentants des associations le disent eux-mêmes, s’en réjouissent, en attendant de voir justement à quelles décisions politiques concrètes ça mènera.
    – Et comme je ne vois pas (encore ;-)) quelle peut être l’efficacité d’une décision politique décentralisée (surtout en France, pays centralisateur à mourir), je me dis : les deux systèmes devraient-ils forcément s’annuler ? Ne peut-on pas imaginer des systèmes tels que ce Grenelle de l’Environnement, mais de manière pérenne, mieux organisées (cf l’émission de France Cul) de manière à pouvoir aller plus loin dans la réflexion et la proposition, avec une plus grande participation de ladite “société civile”, ayant déjà eu accès à tout ce qui s’est dit pendant les réunions du Grenelle (vidéos sur le net) pour ne pas faire du sur-place, et, in-fine, une obligation pour les décideurs politiques de tenir compte des propositions du Grenelle… ?
    Ce dont je parle là serait-il du up-and-down rhabillé ?

    Bref, si je m’en tiens pour l’instant à cette mixture d'”ancien” et de “nouveau” système, c’est parce que je ne vois pas comment la décision politique (au niveau local, national, international) peut se passer de centre décisionnaire.

    Mais peut-être est-ce parce que je suis une nouvelle lectrice du blog ? Thierry, penses-tu à quelques posts en particulier, qu’il me serait bénéfique de lire ? 😉
    Ah mais non, suis-je bête, il faut que je lise “Le 5ème pouvoir” !! 😉

  25. Boréale says:

    PS au sujet de la question de vocabulaire :

    – Tout à fait d’accord pour changer de vocabulaire : bottom-up garde en effet entières et non entamées les notions de “bottom” et “up”, et le vocabulaire qu’on emploie charrie quantité de sous-entendus, concepts, constructions du monde, sans même qu’on s’en rende compte, dans ce cas comme dans beaucoup d’autres.

    – Petite contribution: je parlerais pour ma part de “transversalité”, de “système transversal” s’opposant au “système pyramidal”.

    Faut-il créer un “parti transversal” sur le net ??? 🙂

  26. Boréale says:

    Swimmer 21, je viens de lire ton commentaire. Je suis d’accord avec ce que tu avances, et je n’ai pour ma part pas d’opposition à ce que tu proposes, mais j’avance que dans ta manière d’aborder le problème, blocages de la classe politique et vision fossilisée de la politique chez les citoyens, rien ne changera à grande échelle tant qu’une majorité de gens continuera à s’informer au journal de 20h, plutôt que d’aller chercher les infos sur le net.

    Pour moi le principal blocage en politique tient dans la Décision. S’il n’y a pas de centre décisionnaire, capable d’arbitrer entre les intérêts des uns et les intérêts des autres, qui le tirent à hue et à dia, comment les décisions peuvent-elles être prises ?
    Elles ne sont pas prises ? C’est le “marché” qui décide ? La grosse masse des consommateurs qui préfère acheter, au moins cher, des fringues chinoises en s’offusquant des délocalisations ?????

    Et pour en rester au domaine de l’environnement (avec le Grenelle), des décisions doivent être prises, au détriment de certains intérêts particuliers, et au détriment de notre porte-monnaie à tous sans doute. S’il n’y a pas de centre décisionnaire capable d’imposer à certains ces décisions, on fait quoi ? On continue de foncer dans le mur ??????

  27. @Boréale Je parle peu d’auto-organisation dans le cinquième pouvoir mais beaucoup dans le peuple des connecteurs. La décentralisation, implique la méthode de l’essaie et de l’erreur. On arrête de discuter, on agit au niveau local, le global émerge comme consolidation des décisions locales… très bref résumé. Je parle un peu tout le temps de ça dont je sais pas que te dire de lire sur le blog.

  28. Jack13 says:

    Oui l’auto-organisation est déjà là mais je ne crois pas que les soucis résident dans les “secteurs” mais dans l’échelle.
    Tant que les outils pour faciliter cette auto-organisation ne seront pas très bien implantés (ex. Internet) son développement sera réduit. La nouvelle génération est “shootée” aux TIC (Internet, mobile, 3G, etc.) ainsi il est certain que le mode de fonctionnement transversal va se développer. Ce fonctionnement “global” est encore très réduit même si prometteur, et cela n’est pas forcément une question d’envie mais pour le moment de moyens.

    Cependant je reste malheureusement persuadé qu’au final nous aurons davantage une pyramide “réduite” (beaucoup de niveaux ou couches en moins) plutôt qu’une réelle auto-organisation. Même les systèmes biologiques ont leur point nodal sur lequel se concentre leur fonctionnement.
    Par le passé les responsabilités (puisqu’il s’agit bien au final de définir des responsabilités) se diluaient à chaque étapes d’une hiérarchie, aujourd’hui la “masse” peut être en contact direct avec celui ou celle qui hérite de responsabilité. La pression s’en trouve augmentée, sa fragilité mais aussi sa legitimité suivent le mouvement.
    Le “responsable” sera au final la partie visible du groupe et servira de porte-parole sans que ses sensibilités individuelles ne puissent passer outre les choix de l’auto-organisation. Mais ce responsable ne pourra disparaître… à mon avis… ;o)

  29. Akostic says:

    Confusion autour du bottom-up – http://bit.ly/9OacqK

  30. Mieux que le bottom-up ou le top-down pour l'organisation de la société : l'auto-organisation – http://bit.ly/9dn9H

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