J’écris cet article en partie pour répondre à Lény. Dans un commentaire suite à mon manifeste sur la culture 2.0, il a dit :

L’idée qui voudrait que pour être en adéquation avec un temps technologique il faut utiliser la technologie est une connerie.

Je voudrais revenir sur cette connerie. Quand je regarde les œuvres du passé, en tout cas celles que j’admire, j’ai l’impression que leurs créateurs ont toujours été en adéquation avec leur temps. En nous parlant de ce qui était propre et unique en leur temps, ils ont réussi à nous parler à nous qui ne sommes plus de leur temps. Ils n’ont atteint cette adéquation qu’en usant des outils qui en leur temps équivalaient à notre technologie.

De nombreux courants traversèrent l’art du XXe siècle mais des relents psychanalytiques et introspectifs transparaissent presque toujours à travers eux. Les artistes n’avaient pas besoin de lire Freud ou ses adversaires acharnés comme Wittgenstein ou Popper. Étant de leur temps, ils découvrirent une nouvelle façon de traiter les problèmes, une façon tantôt expressionniste tantôt anti-expressionniste. Mais même dans les monochromes, comble du minimalisme, le spectateur était précipité dans l’introspection.

À cette époque, la psychanalyse et l’anti-psychanalyse étaient les outils dominants. Par exemple, le peintre, tout en usant du pinceau, usait d’un outre outil, un outil mental dans ce cas.

Un peu plus tôt dans le siècle, Proust, Joyce, Faulkner… manipulèrent le temps comme le faisaient au même moment les scientifiques. Ils n’avaient pas besoin de maîtriser les équations de la relativité mais ils en partageaient d’une certaine manière les conséquences. Ils inventèrent alors de nouvelles façons de structurer les récits. L’abstraction était un outil.

Aujourd’hui, la technologie joue le même rôle que la psychanalyse ou les concepts abstraits au XXe siècle. La technologie a toujours été présente dans la vie des hommes mais jamais avec autant de force. Elle devient l’outil. Un artiste peut-il l’ignorer ? Je ne le pense pas. Peut-il vivre avec sans l’interroger ? Je ne le pense pas. D’ailleurs Lény n’y échappe pas. Il suffit de parcourir son blog. J’aime particulièrement cette image.

Pour exprimer le courant psychanalytique ou antipsychanalytique, l’artiste pratiquait une forme de psychanalyse. Proust a écrit des équations riemanniennes avec ses livres. Pour être artiste aujourd’hui, il faut jouer avec la technologie.

Ainsi la BD est extraordinairement créative parce que les nouvelles technologies ont aidé à renouveler le genre, depuis les tablettes à dessin jusqu’aux systèmes d’encrage.

Cette sculpture en papier de Jen Stark n’a pas été tracée au laser mais elle aurait pu l’être. C’est ça qui importe. Que Jen Sark ait utilisé la techno ou non n’a pas d’importance. Elle est influencée par elle. Pour que cette influence se produise, je crois qu’il faut se confronter à la technologie.

Il s’agit bien sûr de la technologie numérique, cette technologie qui se présente sous la forme d’outils reconfigurables indéfiniment. Un ordinateur ne peut pas être comparé un stylo ou à un pinceau. C’est un outil pour créer d’autres outils, c’est un méta-outil.

Les artistes peuvent-il se contenter d’utiliser des outils ? Oui, bien sûr, Jen Stark nous le prouve. Mais, quand je regarde ses œuvres, je les trouve décoratives. Il leur manque à mon sens cette chose indéfinissable qui fait le caractère artistique.

Je crois que celui qui prétend aujourd’hui à l’art doit passer au stade méta. Pour ce faire, il doit être hacker.

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42 comments

  1. zablo says:

    Ce qui nous renvoie au texte historique de Eric S. Raymond > How to become a hacker ? et au léger plagiat plein d’humour et de pertinence qu’en a fait Antoine Moreau à partir d’une traduction de Stéphane Fermigier et proposée sous le titre à peine décalé Comment devenir un artiste ?/a>

  2. Merci pour votre livre le peuple des connecteurs.

    P.Walter

  3. Iza says:

    Thierry, je n’ai pas vraiment réagi sur ces deux billets. Ce n’est pas parce que je te trouve trop provocant, ni même limite, ni rien de tout ça. Je trouve juste confus ce que tu nous proposes. Je ne vois pas bien où tu veux en venir. C’est mieux avec ce second billet mais ça reste flou.

    “Que Jen Sark ait utilisé la techno ou non n’a pas d’importance. Elle est influencée par elle”
    Je pense effectivement, et si je suis ton raisonnement, que fatalement, l’artiste est influencé par la technologie. Son choix même de son “outil” va être influencé, mais rien ne l’oblige à utiliser la technologie elle-même (à la place du pinceau) pour produire, elle va lui servir, exactement comme dans ton exemple, au minimum comme outil mental donc.

    Mais ensuite je m’y perds, il me semble que tu utilises “outil” pour désigner le pinceau par exemple, mais alors là :
    “Les artistes peuvent-il se contenter d’utiliser des outils ? Oui, bien sûr, Jen Stark nous le prouve. Mais, quand je regarde ses œuvres, je les trouve décoratives. Il leur manque à mon sens cette chose indéfinissable qui fait le caractère artistique.”
    de quoi s’agit-il ??? Puique tu as dit toi même qu’il avait au moins utilisé “l’outil mental ” et qu’il était influencé.

    Cette chose indéfinissable qui lui manquerait, ce serait donc de ne pas avoir utilisé l’ordi au niveau méta pour inventer un autre outil, nécessairement technologique donc ?

    Ce qui est finalement l’inverse des exemples pris plus haut….

    Je suis un peu loose tu vois (je suis nouille sans doute.. mais bon).

    La façon dont je pourrais positivement comprendre ce que tu dis, c’est dire que être un hacker, c’est une sorte d’état d’esprit qui concentre un peu tout ce qui est moderne, d’avant garde etc… et que c’est donc ce qui toi, te touches artistiquement. Ce qui laisserait la porte ouverte à un… slammeur par exemple ( 😉 ) de créer une oeuvre de son temps, intrinséquement influencée par la technologie, mais pour laquelle il n’aurait jamais utilisé un ordi. (excuse ma lenteur et ma longueur, mais je sens bien que c’est important et je cherche un angle). Le texte linké au dessus me semble aller dans ce sens.

  4. Henri A says:

    « 6 – Une œuvre peut dénoncer la civilisation technologique, elle peut la nier dans sa forme comme dans son fond. Seul un hacker peut produire une telle œuvre car lui seul comprend ce qu’il rejette. Les autres se contentent de rejeter ce qu’ils ne comprennent pas. »
    Ce texte là, dans le fond et la forme, est le seul qui soit indiscutable et définitif.
    Il résume en mieux d’ailleurs tout le reste.
    Dénoncer la civilisation technologique, la nier dans sa forme comme dans son fond est faisable, souhaitable ou pas. Mais c’est infaisable si on ignore, si on ne fait pas l’effort pas évident de comprendre ces technologies.
    Être ou ne pas être faignasse

  5. L’outil mental c’était le XXe siècle… cf psychanalyse, une façon de penser et donc qui influence la création… on a d’autres outils à employer, pas forcément mentaux… L’huile c’était un outil à la Renaissance. Bien sûr il influençait le mental mais il était aussi physique.

    Quand j’écris sur ce blog ce n’est pas comme quand j’écris un livre. C’est différent. J’utilise une techno, techno sur laquelle j’ai la main et que j’adapte à mes besoins (mise en page, services…). Je me contente pas d’écrire comme je le ferai avec un stylo ou un traitement de texte. Je pense à des tonnes de trucs. Comment je vais exporter tout ça, le recombiner, construire quelque chose de plus grand… taguer le texte pour raconter d’autres histoires, proposer d’autres lectures. Voilà ce que j’appelle le hack appliqué à l’écriture. Il passe par un usage extensif de la technologie. Sans cet usage, tu ne peux même pas te poser les questions nouvelles qu’implique ton temps. Tu ne les touches pas du doigt sinon par des « on dit ».

    Rien ne m’oblige à penser à tout ça… je dis juste que ceux qui ne le feront pas ne produiront pas d’œuvre… bien sûr le faire ne suffit pas à créer une œuvre, c’est juste une condition nécessaire.

    Après je peux très bien créer sans penser à tout ça, sans toucher à un ordinateur. Mais une fois que je l’ai fait, je suis devenu un hacker. Je peux faire du slam si je veux ou autre chose. Mais si je n’ai pas bidouillé, je ne peux pas être de mon temps.

    Il va de soit que combiner le hack et l’œuvre est un objectif rêvé pour moi. Mais ça c’est mon problème et d’autres auteurs peuvent en avoir d’autres.

  6. Iza says:

    J’ai compris avec l’intervention d’Henri.

    “Sans cet usage, tu ne peux même pas te poser les questions nouvelles qu’implique ton temps. Tu ne les touches pas du doigt sinon par des « on dit »”
    Je suis donc très très d’accord, c’est l’objet même de mon activité de tous les jours, de notre prochaine création et de tout le travail qui m’attends, de faire en sorte que les gens se posnet les questions nouvelles qu’impliquent leur temps.

    Avec “ça change tout!”(http://pnftic.viabloga.com/news/ca-change-enfin-tout), l’an dernier, c’est l’objectif que j’avais et c’est ce que les participants ont dit ensuite. Que ça leur avait modifié leur perception du monde et de ses possibles. Qu’il ne leur semblait pas que ça avait révolutionné leur conception de l’art… mais que ça leur avait retourné la tête.

    Un metteur en scène par exemple, qui suivait la représentation à distance, m’a dit avoir été très remué par le fait de suivre en temps réel sur le chat les réactions du public à distance. Il me disait que c’était une sorte de fantasme du metteur en scène réalisé, très troublant… etc….

  7. Ton exemple du théâtre est parfait. Si tu veux en faire aujourd’hui, il faut essayer toutes ces techniques… si tu te limites aux moyens de Shakespeare, tu ne feras jamais mieux que lui… car lui il vivait ses techniques… toi tu en vis d’autres, donc tu dois inventer un autre art.

  8. De tout temps, les artistes cherchent l’universel, ils jouent avec les extrêmes et ils nous montrent une direction absolue et immuable, toujours la même. En revanche, le chemin change, on avance malgré tout et l’artiste qui reste au bord de la route ne peut pas progresser, il a beau essayer de regarder aussi loin que possible, il est condamné à reproduire une vision du passé.

  9. Gaston L. says:

    Pour moi, vous me divertissez tous, là . Et comme tout le monde me divertis tout le monde est artiste. pourquoi y aurait-il des gens plus artistes que d’autres ? M’enfin !?

  10. Henri A says:

    Une petite précision, mais je ferais la même chose pour les Beatles par exemple ( que certains persistent à écrire beattles ) :
    Wittgenstein n’a jamais été un adversaire « acharné » de Freud, pour la simple raison qu’il le connaissait personnellement et que l’une de ses sœur était sa « patiente » et une de ses meilleure amies.
    Pour résumer, les remarques que Wittgenstein a fait sur Freud à un cercle restreint d’amis ou étudiants étaient du genre :
    Freud est un bon écrivain, très malin. Freud est un philosophe qui pose des questions qui méritent que l’on s’y attarde. Freud est un inventeur de mythes, ce qui n’a rien à voir avec la science et la psychologie en tant que science.
    Personnellement la psychanalyse a été un outil calamiteux pour les arts du XXe siècle, que de fourvoiements et de vides ; nous en subissons encore les conséquences voir les post modernistes.

  11. 😉

    Quand Wittgenstein dit de Freud que c’est un inventeur de mythe… il le détruit totalement. Comme je n’ai jamais apprécié la psychanalyse, cette théorie de l’esprit qui ignore l’évolution et la neurologie, en lisant Wittgenstein je ne faisais que trouver des arguments qui allaient dans mon sens.

    Et je suis bien d’accord que ce mythe nous fait encore beaucoup de mal… tous ces écrivains psychanalystes dont nous avons en France une ribambelle feraient mieux de devenir hacker. Mais c’est difficile. 🙂

  12. jylem says:

    être artiste c’est être en phase avec son temps, certes.
    la technologie est de ce temps, certes.

    Mais pourquoi opposer la technologie à la non technologie shakespearienne ou witgensteinienne ou freudienne?

    L’oeuvre d’art parle à l’Autre, elle l’émeut le touche le met en mouvement vers un Ailleurs.

    l’artiste doit se branler de la technologie ou de son outil, il doit simplement être libre de tout cela pour toucher le Réel et nous le redonner dans notre temps sous une certaine forme.
    Et si on lui demande alors la technologie?
    il répond pourquoi pas?
    si on lui demande ça hacke?
    il sourit.

  13. pacco says:

    Henri, c’est marrant que tu dises ça…
    “Personnellement la psychanalyse a été un outil calamiteux pour les arts du XXe siècle, ”
    Par ce que quand tu lâche ça comme ça, je ne partage pas ton avis.
    Tu veux aller ou ?

    Sinon j’ai l’impression que ce débat sur l’art va repartir vers les “dead end” habituels.
    Mais Thierry, sur le coup tu l’as cherché…
    Bien sûr que tu as raison, une des direction que l’Art devrait emprunter c’est le chemin que tu propose…
    Pour la simple et bonne raison que le terrain est “vierge”…
    Mais c’est une des directions, il y en à d’autre…
    Et nous avons tous trop le nez dans notre époque pour savoir ce qui va en sortir.

    Quand à la direction que tu propose, la question que je me pose, c’est pourquoi ça ne se fait pas ?

  14. Si l’artiste se contentait d’être libre pour toucher le réel… les artistes produiraient toujours les mêmes œuvres quelles que soient les époques. Il se trouve que les œuvres changent en même temps que le reste car l’artiste est un reflet de son temps… de ce qui en son temps ne se reproduira plus.

    Si Proust n’avait pas existé, personne ne pourrait aujourd’hui le remplacer. En ce sens, un scientifique est bien moins unique pour l’humanité. Si l’artiste poursuivait une essence quelconque, il ressemblerait au scientifique car d’autres pourraient à leur tour découvrir cette essence. Non, l’artiste est unique, car il vit en un temps unique qui ne se répètera pas.

    Quand au réel… il dépend justement des outils (idéologiques, esthétiques, technologiques…) qui nous aident à le percevoir. Il y a longtemps que l’artiste ne voit plus qu’avec ses sens… c’est ça la culture.

    J’ai un peu étudié l’histoire de l’art et j’ai toujours perçu un lien entre la pratique et l’outil… et pas seulement avec un instrument. Il se trouve simplement que notre instrument d’aujourd’hui, l’ordinateur, est un méta-instrument… ça change beaucoup de choses.

  15. Si ça se fait Pacco… qu’est-ce que tu crois qu’on fait en ce moment ? 🙂

  16. Henri A says:

    A Pacco:
    Si la psychanalyse s’était présentée comme une pratique, une philosophie, une façon de voir avec un minimum d’humilité, je ne critiquerais pas si durement sans argumenter.
    Ce qui est dommageable c’est qu’elle s’est prétendue être une science, “la science” qui a essayée ( et continue d’essayer ) d’éliminer toutes les autres.
    Son succès en art ; littératures, philosophies et les médias ont contaminés les esprits de façon si éfficace que la demie douzaine de dogmes qui en constituent sa base sont devenues pratiquement des faits scientifiques aussi sure que la gravitation.
    Je rappelle que cette demie douzaine de dogmes sont au mieux, improuvable, moins mieux, faux, au pire des escroqueries.

  17. pacco says:

    Jylem, j’ai beau chercher, je n’arrive pas à trouver un artiste qui se soit “branlé” de son outils.
    Par contre je peux citer quelques courants qui n’aurait pas existé sans remise en question total de l’outil…

    Thierry,
    “J’ai un peu étudié l’histoire de l’art et j’ai toujours perçu un lien entre la pratique et l’outil…”
    Et c’est rien de le dire !!!

    “Si ça se fait Pacco… qu’est-ce que tu crois qu’on fait en ce moment ?”
    Ha Ha, je t’ai déjà dis… Je suis un artisan.

    Henri…
    Oui…
    Mais…
    Mais bon…
    Ok pourquoi pas.

  18. Paul de Montreal says:

    PPuisque TC aime les catégories, je vous indique leur définition pour jongler correctement avec. Sinon on passe très vite de l’acrobatie au spectacle de clown.
    C’est un artiste aussi le clown. J’aime bien les clowns ils me font sourire. 😀

    fr.wikipedia.org/wiki/Psychologie

    fr.wikipedia.org/wiki/Psychanalyse

    La psychanalyse classique avec ces praticiens qui ont pour toute formation nécessaire suivi eux-mêmes cette psychanalyse allongée sur un fauteuil. Cette psychanalyse qui pense soigner le patient en le faisant parler, pour faire ressortir son inconscient.

    Ensuite les gens confondent souvent psychologie, analyse psychologique d’un patient avec cette technique figée et pratiquée par ces psychanalystes qui défendent leur corporation et pratique sans toujours regarder les nouvelles découvertes scientifiques.

  19. Fantasio says:

    Gaston ! je ne vous avais pas demandé de passer le contrat de M. DeMesmaeker au laser pour en faire un oeuvre d’art !!!

  20. Gaston L. says:

    C’est pas moi . C’est Jen Stark. M’enfin…

  21. Boréale says:

    Bonsoir ! 🙂

    Thierry, tes commentaires puis ce billet sur l’art me laissent perplexe… D’accord, pas d’accord… Je ne peux pas prendre parti si facilement à partir de tes réflexions, car j’ai le sentiment que tu mélanges allègrement moyens matériels et mentaux, qui sont selon moi deux niveaux très distincts.

    Je m’explique : il y a d’une part les moyens matériels : les pigments et l’huile en particulier pendant pas mal de siècles, la photo, puis le cinéma au XXème en particulier, et un éclatement des techniques matérielles envisageables et utilisées tout au long de ce siècle… pour en arriver aujourd’hui à “l’ordinateur”, terme générique pour réunir tout ce qui est aujourd’hui possible à base de programmation, que ce soit pour créer des formes d’art nouvelles, à part entière, directement liées aux nouvelles possibilités qu’offre le net notamment (je pense là tout de suite à un jeu vidéo dont j’ai oublié le nom… français… une enquête policière qui fait intervenir des recherches sur le net, des faux sites, et même le bon vieux téléphone…) ou que ce soit en bousculant et en renouvelant tous les arts déjà constitués (ciné théâtre danse BD peinture… bref tous, peu ou prou)
    —-> les pigments, l’huile, le marbre la glaise, le crayon ou le pastel, les techniques photographiques ou cinématographiques, la programmation : des moyens matériels de faire.

    Je les distingue des moyens “mentaux” : manières de concevoir la vie, le monde, la société, l’Homme. La psychanalyse, dont tu parles ici, ne peut pas être mise sans discernement sur un pied d’égalité avec les pigments, les crayons, la caméra ou la programmation… Le terme d’égalité n’est pas le bon, il ne s’agit pas de hiérarchiser ce qui n’est pas hiérarchisable… Je parlerais plutôt d’équivalence. Il n’y a pas d’équivalence entre moyens matériels et moyens mentaux.

    Revenons-en aux technologies actuelles. La programmation est un OUTIL, un moyen matériel de faire. Le fait de concevoir de nouvelles manières de faire, dans tous les domaines, grâce aux nouvelles technologies, est à ranger parmi les moyens mentaux : ce sont des moyens “organisationnels” (quel laid mot…) qui cherche à donner corps à une révolution mentale.

    La conception que tu as de la société, que tu exposes dans ton blog et dans tes livres, cette société transversale que tu appelles de tes voeux, est à la base de cette recherche “organisationnelle” (que dire… :-)) et se range parmi les moyens mentaux, tout comme la recherche de nouvelles fonctionnalités sur le blog par exemple. Dans ton cas, ces moyens mentaux sont directement liés à une maîtrise de l’outil programmation, mais les deux niveaux sont de nature différente.
    Bon nombre des lecteurs du blog sans doute partagent (ressentent et VIVENT) la révolution mentale que tu exposes, sans pour autant savoir programmer. Et cette révolution mentale, ressentie et vécue par des millions de gens qui ne savent pas programmer, peut déboucher sur des révolutions artistiques dans des domaines n’utilisant pas le moyen matériel qu’est la programmation. Un exemple ancien me vient à l’esprit : au début du XXème, Braque et Picasso expriment la révolution mentale de leur époque avec leurs vieux outils que sont les pigments et l’huile, et inventent le cubisme. Ils ne changent pas de moyens matériels, mais réinventent la peinture.
    D’ailleurs, à t’entendre, Picasso aurait dû abandonner ses pinceaux pour utiliser le nouveau moyen technologique d’alors, et se mettre derrière une caméra… et pourtant tu apprécies Picasso…

    Bref, pour faire court (j’abrège, j’abrège ! :-)), la programmation est selon moi un moyen matériel immense, au même titre que les premières caméras en leur temps, et elle ouvre de nouveaux horizons artistiques passionnants, mais c’est un outil, à dissocier de la révolution mentale que les nouvelles technologies entraînent.
    La meilleure preuve est précisément le fait que de nouvelles manières de penser la société, de nouvelles manières de penser les arts se diffusent, BIEN au-delà des seuls programmateurs, ce dont tu es le premier à te réjouir…
    Et tous ces gens ignares de la programmation commencant à penser différemment se mettent à créer différemment.
    Je récuse l’idée selon laquelle il faudrait forcémént savoir programmer pour comprendre la révolution en cours. Un grand artiste est pour moi un artiste capable de donner une FORME à une révolution mentale en cours, révolution qu’il ressent et vit, quel que soit le moyen matériel qu’il utilise. Comme Braque et Picasso avec le cubisme, pour ne citer qu’eux.

    Les artistes contemporains que j’aime ne sont pas forcément des révolutionnaires de l’outil matériel : en photo et en musique notamment, ils jonglent avec des images et des sons en virtuoses, pour donner à voir et à entendre une nouvelle conception du monde. Franchement, l’obsession de l’outil utilisé me paraît totalement absurde, comme avec ces réacs du XXème siècle qui ne juraient que par la peinture stricto sensu.

    Je te rejoindrais en partie, en disant que certaines oeuvres utilisant les nouvelles technologies me passionnent, m’attirent, me “rassurent” quelque part en me donnant un nouveau moyen d’appréhender physiquement cette nébuleuse… mais je me demande quelle est la part de fascination et de goût de la nouveauté dans l’histoire. (peut-être connaissez-vous Serge de Laubier et son méta-instrument ? Je viens de le découvrir pendant la nuit blanche parisienne… Je suis restée (et reste !) scotchée !! 🙂 C’est donc bien le côté technologique de ces oeuvres qui me parle, dans ces cas-là. Qui leur donne du sel. Mais ces oeuvres-là n’excluent pas les autres.

    Et comme chez les autres artistes, il y a parmi les “artistes programmateurs” des bons, des médiocres et des mauvais. J’ai vu tant de spectacles à la noix mettant en oeuvre une débauche technologique… comme si l’outil était l’alpha et l’oméga de l’art…

    Bon, je m’arrête là pour aujourd’hui, j’en parlerais pendant toute la nuit. Demain ?
    😉
    ZZZzzzzzzzzzzzZZZZZZZ………..zzzzzzzzzzzzzzzzz………….

  22. Je ne fais pas de différence entre outils mentaux et outils physiques. Pour moi, programmer est autant mental que matériel. Tout programmeur fait tourner le code dans sa tête avant de l’implémenter.

    Si tu vois l’outil comme une externalisation de nos fonctions mentales, tu vois bien qu’il n’y a pas de différence. Que je calcule dans ma tête ou avec une machine, ça ne fait pas beaucoup de différence une fois que j’ai le résultat.

    N’importe quel peintre ou dessinateur te dira que ses instruments font partie de lui. Ils sont gravés dans son mental comme le clavier et le web l’est dans le mien. Un musicien peut jouer dans sa tête du panio aussi bien que de la guitare.

    La psychanalyse est un outil pour voir le monde, très déformant, mais qui ressemble au télescope. C’est un outil.

    Maintenant on peut aimer un artiste pour de multiple raisons. On peut aimer des gens qui nous touchent et qui ne font que reproduire les œuvres passées. Les artisans sont les plus nombreux parmi ceux que nous appelons artistes. C’est normal, nous avons besoin d’eux… Mais je ne veux pas parler d’eux. Comme toujours, je m’intéresse à ce qui change, à ce qui marque… donc à ceux qui renouvellent notre vision.

  23. pacco says:

    Here we go again… The dead end !!!

    Hello Boréale,
    “Un exemple ancien me vient à l’esprit : au début du XXème, Braque et Picasso expriment la révolution mentale de leur époque avec leurs vieux outils que sont les pigments et l’huile, et inventent le cubisme.”
    Tu mets ta lampe sur une toute petite partie ce qu’il y a à montrer.

    Juste avant la période que tu présentes, les impressionnistes (ces punks) avaient remis en question des points fondamentaux :
    Remplacer le pigment par la peinture en tube.
    Sortir l’acte de peindre de l’atelier.
    Donc remise en question du support, du format…
    Peindre autre choses… La nature.
    Regarder et représenter autrement… L’impression.

    Maintenant en ce qui concerne le cubisme, ok, l’outil reste le même, mais tu prends précisément la période charnière ou L’Europe va commencer à se poser des questions sur l’utilisation du pinceau dans l’acte de représenter.

    Car après la période dont tu parles, Matis arrête de peindre pour découper…
    Puis faire découper par ces assistantes des bouts de papier.
    Il aura même “l’audace” de faire admettre au reste du monde occidental que c’est de l’Art.

    Et que dire de Picasso qui expose une selle et un guidon de vélo en appelant cette oeuvre tète de taureau (ou un truc comme ça) ?

    Ok, aujourd’hui on est tous des artistes, les chanteurs sont des artistes, les acteurs, sont des artistes, le boulanger est un artiste, les gars de la star ac sont des artistes, ma grand mère qui prends des courts d’aquarelle est une artiste…
    Et maintenant qu’on est tous d’accord la dessus ou allons nous ?
    Nulle part.

    Non désolé de si je te heurte, mais nous ne sommes pas tous des artistes et nos gouts personnel pour des manifestations conventionnels et classique n’en font pas forcement des œuvres d’art.

    Mais ce qui est bien, c’est nous avons tous le droit d’apprécier sans culpabiliser ce qui est facile d’accès, évident et reconnaissable, car au final c’est celui qui est heureux qui a raison.

  24. Paul de Montreal says:

    Merci Boréale et Henri pour vos précieuses contributions. 🙂

    Je n’ai pas grand chose à ajouter.

    En passant j’ai participé avec une petite chronique à un site de “journalisme citoyen” qu’on pourrait associer à une forme de multi-blogs.
    Chacun publie ses articles apres validation d’un comité de rédaction et les lecteurs peuvent commenter l’article.
    Dans ww.centpapiers.com l’interface est lourde et les redacteurs de qualité tres variable mais la formule est interessante.

  25. Boréale says:

    J’ai un peu l’impression de me retrouver dans le rôle du « méchant », qui n’est pas d’accord, et je trouve cette position plutôt inconfortable car fausse : la programmation m’intéresse beaucoup et je suis convaincue qu’elle offre des possibilités extraordinaires. Mais je suis intervenue pour tenter de clarifier un peu les choses.

    Thierry, si tu ne vois pas la distinction dont je parle, en effet on ne risque pas de pouvoir se comprendre. Je ne conteste évidemment pas que la création soit d’abord mentale, qu’un artiste imagine et conçoive en amont (en partie) avant de se mettre devant son ordi, son piano ou ses platines… Le terme « moyens mentaux » porte peut-être à confusion, comme si l’outil n’était pas en partie mental : la jonction, évidemment, n’est pas toujours limpide.
    Ceci étant, mettre sur le même plan d’une part une manière de voir le monde, la société, l’Homme, un état d’esprit, et d’autre part les moyens de DONNER CORPS à cette manière de voir, est pour moi une chose incompréhensible, et je ne vois pas ce que la confusion des deux apporte au débat, sinon d’en faire un gros gloubi boulga. Encore une fois, je ne conteste pas que la maîtrise de certains outils fasse évoluer la manière de voir, je ne conteste pas le fait que cette maîtrise soit génératrice d’idées, bref je ne conteste pas les passerelles évidentes et parfois brumeuses, mais faire de tel ou tel outil -que j’appelle « matériel » par commodité mais sans nier les jonctions mentales- un passage obligé, me paraît surtout être une manière de se mettre des oeillères.

    Ca me fait penser aux gens qui méprisaient Picasso, ou Dada, parce qu’ils ajoutaient des morceaux de journaux puis des objets sur une toile. Ou qui méprisaient les oeuvres de Duchamp, ou les sculptures à base d’objets de Picasso encore (dont parle Pacco) : « Ce n’est pas de la peinture !!! Ce n’est pas de la sculpture !!! » En-dehors de la peinture, en-dehors du marbre et de la glaise, point de salut !! Si c’est pour nous refaire le même coup avec la programmation aujourd’hui…

    Finalement, tout l’art du XXème siècle aura été une extraordinaire ouverture sur tous les moyens possibles : ça a commencé avec Duchamp, et les Dadas, les futuristes aussi qui ont développé l’art cinétique, et ça s’est développé tout au long du siècle, art conceptuel, happenings et j’en passe… Bref, tous les moyens, plus ou moins matériels, devenaient envisageables. Si c’est pour en arriver à dire aujourd’hui : « Hors la programmation, point de salut !! », j’y vois plus une régression qu’une avancée.

    Sans vouloir t’offenser, Thierry, tu me donnes l’impression de voir midi à ta porte. Parce que tu programmes et parce que les potentialités de la programmation t’emballent (à juste titre, je suis tout à fait d’accord), tu en fais l’alpha et l’oméga de l’art, alors que pour moi l’alpha et l’oméga de l’art réside d’abord dans l’état d’esprit, dans la manière de voir, de comprendre et d’agencer le monde dans sa tête, EN RELATION avec la maîtrise d’outils particuliers mais non définis de manière catégorique.

    Dans mon dernier mail, je parlais des millions de personnes qui sans maîtriser la programmation commencent (déjà depuis longtemps parfois) à penser différemment. Et cette pensée différente amène à créer différemment, quel que soit l’outil mis en oeuvre. Pacco, je pense que c’est cette phrase qui t’a amené à penser que selon moi tout le monde était artiste. Alors je me suis mal exprimée, parce que ce n’est pas du tout ce que je pense : la boulangère l’internaute ou celui qui suit des cours de dessin n’est pas forcément artiste, évidemment non !! Et ces millions de personnes non plus !!! Mais parmi elles, il y en a !!!! C’est tout ce que je voulais dire. Il y a des personnes qui sans maîtriser la programmation maîtrisent d’autres outils et peuvent révolutionner leur art ou en inventer un autre.

    A vrai dire, je ne comprends pas cette focalisation sur la programmation à une époque ou quantité d’artistes inventent leurs propres moyens, d’une part, et d’autre part à un moment où l’ordinateur offre des possibilités absolument gigantesques, AVEC OU SANS programmation. Je ne retrouve pas qui parlait du renouvellement de la BD ces dernières années, grâce à l’ordi. On peut dire la même chose de tout l’univers graphique, et de tout ce qui touche à la vidéo. Des révolutions stylistiques, structurelles, doublant la révolution « mentale » ou « philosophique », sont à l’oeuvre, par des artistes dont certains programment et d’autres non. Encore une fois, pourquoi affirmer « là est le Bien, là est le Mal ? ». Vu ce que j’ai pu lire sous ta plume, Thierry, ça me paraît plutôt contradictoire.

  26. pacco says:

    Hello Boréale si j’ai contribuer à l’impression dont tu parles au début de ton dernier commentaire, j’en suis désolé car ce n’était pas mon but.

    Je m’étais promis de n’intervenir sur ce blog que par dessins…
    J’aurais du tenir ma promesse.

    A plus.

  27. Henri A says:

    A Pacco et Boréale :
    Si le but de ce blog est de constituer un orchestre à base de harpes, violons et mandolines cela ce saurait. Arrêtons cette espèce de parano chaque fois qu’une contradiction est levée d’un coté ou d’un autre. L’énergie se produit quand il y a du frottement.

  28. Gaston L. says:

    Mmm…Nous sommes tous des artistes. Et si nous sommes tous des artistes..ben…c’est parce qu’ils n’ont jamais cessé de se reproduire entre eux. D’ailleurs qui d’entre nous n’est pas un fils ou une fille d’artistes ? M’enfin ?!
    Sans le dire à personne, ils ont déjà repeuplé toute la planète (les bras m’en tombent..)

  29. Fantasio says:

    Gaston ! Réveillez-vous !!

  30. Fantasio says:

    RRRRzzzzzzz…..(6 milliards de chinois…ca fait beaucoup d’artistes…) ZZZZzzzzz…

  31. Gaston L. says:

    Fantasio !! Fantasio!! Réveillez-vous, M. De mesmaeker est là… il va signer votre contrat !

  32. Fantasio says:

    Hmmmm….Hein!! “cling!” Allo Monsieur dupapierPierreCiseau, M.Demesmaeker a signé le contrat ? Non ? Désolé monsieur….c’est Gaston qui… “cling”
    Gaston ! Venez ici !

  33. Fantasio says:

    Poisson d’Avrrilll ! ! ! Oups… Désolé M. Fantasio… J’ai dormi sur le calendrier de l’année dernière.

  34. Gaston L. (déguisé en Fantasio) says:

    Comment …Mardi gras c’est pas en Avril ?

  35. Gaston L. says:

    RRRzzzzzZZZZZzzzz…..(parfois je fais des rèves un peu bizzzzzarrrrrressss….)

  36. Bonjour à toutes et à tous,

    Désolé d’investir encore une fois, et à l’improviste le fil de cette discutions…
    J’ai reçu tout à l’heure cette info par mail :

    “En instaurant des tests ADN pour prouver une filiation dans le cadre, d’un regroupement familial, l’amendement “Mariani” adopté par l’Assemblée Nationale, fait entrer la génétique dans l’ère d’une utilisation non plus simplement médicale et judiciaire mais dorénavant dévolue au contrôle étatique des citoyens. Charlie Hebdo et SOS Racisme lancent une pétition contre les tests ADN. Déjà 184 707 personnes l’ont signée !”

    Pour lire la suite, c’est par ici :
    http://www.lespacearcenciel.com/?p=455

    Pour passer directement à la signature, c’est par ici :
    http://www.touchepasamonadn.com/

    Merci de faire suivre cette info…

    Amitiés à toutes et à tous,

    Hugues 😉

  37. Boréale says:

    @ Henri A :
    J’aime beaucoup cette “métaphore à la mandoline” ! 😉
    Et je n’ai rien contre les frictions (si elles sont intéressantes), c’est bien pour ça que je prends le temps d’y réfléchir et de commenter.

  38. @lespacearcenciel Nous vivons une époque technologique. Les tests ADN vont devenir aussi banaux que les tests sanguins… C’est la vie. Le problème n’est pas la nature du test mais le besoin de tester. La véritable question est : sommes-nous d’accord pour ne regrouper que les gens d’une même famille? Ou acceptons-nous la fraude? Le test est un détail.

    Perso, je suis pour l’ouverture des frontières et que les gens vivent où ils le veulent.

  39. utremager says:

    universel, universé, y a pas à le remettre en question, y a que le code qui s’use avec le temps, interface entre l’époque qui produit la manifestation d’universel et l’universel. un vieux message perd des liens, des connections à une époque éloignée, souvent d’ailleurs la résonance universelle d’une oeuvre ancienne, antique est produite par l’époque qui l’a regarde. Notre admiration, appréciation, évaluation d’un Parthénon n’ont plus rien à voir avec celle d’un héllène sous Périclès! Et comment le seraient-elles? On n’y évoluent pas de la même manière que leurs contemporains, ils n’ont plus la même fonction, ne s’inscrivent pas dans le tissu urbain, social, cultuel, politique de l’époque qui a vu la construction de l’Acropole etc. La notion d’universel est constante et infinie mais ses accès sont sans cesse renouvelés – au diapason de l’esprit des hommes qui se retrouvent (fonction miroir) dans les productions quelque soit leur date de production. C’est l’artiste européen qui a inventé le masque africain – en tant qu’oeuvre d’art j’entends et je dis ça avec le plus grand respect pour les traditions africaines qui l’ont produit (la superposition de l’objet cultuel et du ready made vernaculaire retranscris par l’intellengtia colon st d’ailleurs fort embarrassante quand les plaies sont encore si vives).

  40. @ Thierry :

    “Perso, je suis pour l’ouverture des frontières et que les gens vivent où ils le veulent.”

    C’est une évidence ! Nous ne sommes plus citoyens d’un pays, mais du monde ! Allez-donc leur faire comprendre cette évidence, à nos chers politiques…

    Amitiés 😉

  41. Boréale a écrit: “peut-être connaissez-vous Serge de Laubier et son méta-instrument ? Je viens de le découvrir pendant la nuit blanche parisienne… Je suis restée (et reste !) scotchée !! ”

    Pour information, vous pouvez revoir ce concert de Puce Muse à Saint Merry en vidéo (50 minutes de vidéo) ICI:
    http://gillesmarceaux.free.fr/nuitblanche.html

    bonne immersion

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