Il m’arrive de discuter avec des universitaires. Souvent, je constate qu’ils s’enferment dans leur spécialité.

À Carcassonne, j’ai écouté la conférence de Jean Guilaine, archéologue spécialiste du néolithique. Je lui ai demandé si la transition néolithique pouvait nous apprendre quelque chose sur notre transition actuelle vers la société des réseaux.

Grand blanc. Hésitation. Guilaine n’avait pas réfléchi à la question. Il n’avait jamais sans doute entendu parler de la transition que j’évoquais.

Ce week-end, j’ai revécu la même scène avec un spécialiste de la révolution française. Je voulais savoir si on pouvait se servir du passé pour lire le présent. Il m’a dit que c’était essentiel mais ne m’a donné aucune piste. Lui aussi n’avait pas idée de la transition que j’évoquais.

Mon spécialiste de la révolution m’a dit que nous n’étions pas dans une situation prérévolutionnaire. Je lui dis qu’en effet nous n’étions pas à la veille de 1789 mais cent ans plus tôt. À cette époque, ceux qui parlaient de révolution étaient des utopistes.

Mais si le temps historique accélère à la même vitesse que le temps technologique, cent ans au dix-huitième siècle valent peut-être moins de dix ans aujourd’hui. Personne ne sent la révolution tout simplement parce que les médias n’en parlent pas mais elle est peut-être très proche de nous en années.

Les universitaires pourraient nous aider à décrypter le présent mais ils ont souvent peur de se hasarder hors de leur discipline. Ils ne veulent pas être accusés de transposer des données d’un champ à un autre mais, surtout, d’être accusé d’empiéter sur les plates-bandes de leurs collègues.

Je me suis fais la même remarque en lisant un très bon article de Mark van Vugt dans NewScientist. Il parle de l’évolution des structures sociales et du leadership, mais sans projeter sur ce qui se produit aujourd’hui et pourrait advenir.

Je me suis amusé à ajouter une étape évolutive à son tableau. Je ne prétends pas prédire l’avenir, mais juste insister sur ce qui me semble se produire aujourd’hui et qui peut-être prendra de l’ampleur.

Notes

  1. Mark van Vugt montre que la notion de leadership a évolué. Un chef d’état d’aujourd’hui aurait peut-être été un larbin à l’âge des chasseurs-cueilleurs.
  2. En ce sens dire qu’il y a toujours eux des chefs est absurde car le chef d’une époque ne ressemble pas à celui d’une autre. Lorsque le chef guide son peuple par l’exemple, comme chez les Apaches, il ne peut être comparé au chef d’une entreprise ou à un dictateur. Un chef qui guide par l’exemple n’est tout simplement pas un chef même s’il reste un leader.
  3. Mark van Vugt relève que, au cours de notre histoire, nous avons vécu avec des formes le leadership peu adaptées au présent. Nous avons tendance à designer des leaders inadaptés à la complexité de nos sociétés.

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22 comments

  1. Paul .ca says:

    > Nous avons tendance à designer des leaders inadaptés à la complexité de nos sociétés.

    Pourquoi si c’est vrai ?
    Sans doute parce que nous avons tendance à gérer mal la complexité des profils et expériences passées de nos leaders politiques pour choisir au mieux parmi le choix offert.
    Pourquoi ?
    Dans une démocratie, a cause d’une éducation critique insuffisante et/ou d’une presse pas assez lue ou médiocre/conciliante avec les puissants.

    il y a notre choix mais aussi la gamme de leaders/politiciens disponibles.
    Les personnes qui seraient susceptibles d’être plus compétente n’ont pas toujours le caractère, les motivations et le soutien pour se lancer en politique. Celui qui veut très tôt devenir politicien pour diriger, dominer, ignorer les critiques et détruire ses adversaires politiques a de meilleur chance d’être élu que celui qui pratique le dialogue et n’arrive qu’après une expérience professionnelle réussie. Regardez tout ces politiciens qui n’ont jamais réellement travaillé avant leur carrière politique. Et puis les erreurs de communication sont souvent plus pénalisante avec les médias que les erreurs sur le terrain. Du coup, on récolte les beaux parleurs qui sont résistants aux critiques et accrocheur/têtu pour le meilleur et souvent le pire.

    J’ai l’impression que le sujet doué avec la complexité de nos sociétés a davantage intérêt à s’investir dans l’entreprise ou la science que dans la politique qui est souvent ingrate avec le jeu médiatique.

  2. Le mauvais leader peut être choisi pour gouverner un pays ou une boîte. Van Vugt ne fait pas la différence.

    La raison, c’est que nous avons passé des millions d’années de flat management… et que nous n’avons aucune aptitude instinctive pour choisir d’autres types de leader.

    En revenant au réseau, nous revenons au flat management… du coup les leaders devrait être mieux choisis… ou plutôt mieux suivis.

  3. J says:

    réseau —> flat management —> leaders mieux choisis / mieux suivis.

    hum…
    pas évident dans tous les cas de figure.

    —> régulations?

  4. Est-ce que c’est évident avec la méthode pyramidale dans tous les cas de figure ?

  5. Henri A says:

    La fonction crée l’organe ou est-ce l’inverse ? Leader est une fonction ou un organe ?

  6. J says:

    absolument pas, et aujourd’hui moins que jamais!
    règles dévoyées.

    réseau seul suffit pas.
    couche de règles indispensables : limitation écarts individuels / cohésion par rapp objectifs collectifs.
    —> mesure qualité dans la fonction.

    ex de règle : transparence (non intrinsèque à notion de réseau ipso facto)

  7. @Henri Je dirais sans trop réfléchir que c’est avant tout un organe social… il apparaît au cours de l’évolution car il présente quelques avantages.

    @J Tu crois que les bandes n’existent plus aujourd’hui… Alors pourquoi tu parles de réseau seul… qui a parlé de ça ?

  8. J says:

    ”TC l’a dit 🙂 ”En revenant au réseau, nous revenons au flat management… du coup les leaders devrait être mieux choisis… ou plutôt mieux suivis.”

    Henri : fonction/organe?
    pq pas fonction/noeud(s)?

  9. Paul .ca says:

    Thierry
    > Le mauvais leader peut être choisi pour gouverner un pays ou une boîte. Van Vugt ne fait pas la différence.

    Je sais bien et je trouve cela dommage même s’il commence en parlant des élections US. Le mode de désignation a son importance puisqu’il parle du choix délicat. C’est pas les employés qui choisissent “démocratiquement” leur dirigeant. Dans les entreprises côtés en bourse, ce sont les actionnaires qui votent au prorata du capital investi mais certains “leaders” n’ont jamais été désigné : ce sont les héritiers ou les fondateurs.

    Son tableau est joli et amusant.

  10. Henri A says:

    A Thierry :
    D’après ta réponse qui m’a l’air correcte, on en arrive toujours au même problème ; le mot leader est utilisé avec deux sens extrêmement différents.

    A J :
    On ne parle pas de le même chose, tu parles de deux combinés téléphoniques reliés par un fil et moi je parle des gens qui sont au bout des combinés.

  11. J says:

    je n’ai pas saisi henri…
    pas claire ton analogie pour moi vis à vis de ce que je disais.

  12. Fab says:

    Puisque Thierry, tu parles du néolithique, Je voudrais parler un peu (beaucoup) d’une révolution qui pourrait en entraîner une plus large : la révolution agricole.
    La société dans laquelle nous vivons est héritée de cette nécessité de contrôler l’agriculture, un bien indispensable. Malassis (Nourrir les hommes) et Mazoyer (histoire des agricultures du monde) montrent dans leurs essais que la société moderne s’est souvent organisée dans l’objectif de maintenir l’agriculture sous domination (par le passé politique?, actuellement économique et financière?). C’est un bien stratégique fondamental. On a alors mis un organe au service d’une fonction: nourrir le monde.
    Hors, l’agriculture aujourd’hui est face à un défi qui ne pourra être relevé sans remodelage de la société.
    C’est sans nul doute un des plus grands défis qu’aura à relever l’humanité dans les 50 prochaines années.

    Les constats sont:
    – Désertification globale des sols: par exemple la chine va voir ses rendement diminuer du fait de la pollution, etc. Et devra compter sur des importations massives (notamment en provenance du Brésil)
    – Changement climatique global : Les modèles montrent que le Brésil selon les modèles devrait sbir un assèchement notable (remise en cause de son leadership en terme de grenier du monde)
    – La courbe de production se détache de la courbe démographique : en 2050, 9 milliards d’individus avec un constat actuel de plafonnement des rendements (diminution de l’efficacité des produits phytosanitaires et des engrais)
    – Augmentation importante du prix des matières premières: (le labour deviendra un luxe, les engrais et phyto seront inaccessibles pour nombre de paysans)
    – Diminution de la biodiversité : disparition des pollinisateurs qui verrait une perte de rendement de l’ordre de 25 à 30%.

    Réponses possibles:
    Développer une agiculture hautement productive et hautement écologique basée sur l’utilisation de la productivité naturelle des écosystèmes.
    – compréhension fine du fonctionnement biochimique des sols et application à l’agriculture;
    – utilisation des multiples possibilités qu’offrent le dialogue entre les plantes (exemple de l’accacia qui se fait brouter par une girafe et qui envoie des messages à ses congénèrent qui produisent une substance toxique qui tue cette même girabe si elle broute les feuilles de l’acacia suivant)
    – développement de la lutte biologique avec compréhension fine des chaines alimentaires des écosystèmes…

    Tout ça pour dire que l’agriculture va devoir:
    – apprendre à lire la complexité,
    – trouver des réponses adaptées à chaque type d’écosystèmes

    On en vient donc à la révolution à travers un sujet que jusqu’à présent de nombreux intellectuel n’ont jamais jugé digne d’intérêt.
    Le changement d’attitude que devra avoir l’humain face à ce grand défi pourrrait bouleverser les mentalités.
    L’organe et la fonction. La révolution ne viendra pas sans une nécessité de réajustement d’une fonction vitale. L’alimentation en est une.

    Les progrès à faire dans la recherche pour arriver à cela sont tellement énormes dans un pas de temps tellement court que les modèles de privatisation de l’intelligence (brevets) ne pourront pas tenir.

    Nous arriverons donc forcément de manière directe ou induite à une réflexion sur l’organisation de la société et à la révolution social tant attendue.

    Pour plus de détails sur cette révolution agricole: Michel Griffon, Nourrir la planète (éd. Odile Jacob)

    Bien à vous

  13. Paul .ca says:

    Pour répondre à Fab

    Désertification “globale” dans le sud et les régions trop peuplés ? mais j’ai une question.
    Avec le RC, est il possible que des régions couvertes de neige deviennent fertile et utilisable ? Certains se frottent les mains avec des voix maritimes qui vont s’ouvrir avec la fonte des glaces.

    Depuis très longtemps, une grande majorité de gens connaissent l’importance de l’alimentation et de l’eau potable pour en manquer gravement. Alors avec le RC, l’explosion récente de la population en Afrique & Asie un nouvel équilibre va se maintenir grâce à plusieurs ingrédients : certains vont dépérir +/- naturellement (famine, maladie, guerre) certains vont choisir l’exode (+/- autorisé pour compenser la population vieillissante des pays développés ayant une faible natalité) et le reste va s’adapter et survivre. Au Canada, dans les grandes villes comme Toronto ou Vancouver, 50% sont des immigrants. En Californie, l’espagnol (mexique) est devenu de fait la seconde langue et à Vancouver (Colombie britannique) le chinois doit l’être également avec l’anglais.

    Voilà l’évolution sociale que je vois dans les 50 prochaines années. Pas de révolution agricole ou politique au sens ou les gens l’entendent (1789) mais un déplacement de population.

    Comment les avions vont ils pouvoir voler sans essence ?
    Nous restera les voiliers avec un petit moteur électrique d’appoint.
    Le progrès pour la traversée de l’atlantique sera de passer de 8h à un mois de croisière grâce aux congés payés. 😀

    N’oublions pas le grand exode du XXe siècle après la 1ere et la seconde guerre mondiale avec les européens qui ont immigré en masse vers l’Amérique du Nord.

  14. Fab says:

    @ Paul. ca
    C’est un scénario catastrophiste qui est, il est vrai, tout à fait envisageable.

    Je préfère m’imaginer qu’il y a encore des solutions possibles et que tout n’a pas été tenté. J’aime bien les parallèles avec la biologie: dans la nature il n’y a pas antagonisme entre coopération et compétition. Dans les milieux les plus hostiles, il apparaîtrait qu’il y a effectivement compétitition entre espèce mais également une coopération accrue qui revêt une importance vitale (cf. les plantes accumulatrices de nickel en Nouvelle-Calédonie qui ne pourraient vivre sans les symbiotes sur leurs racines mais dont la chute des feuilles diffusant les métaux lourds limite l’arrivée de nouvelles espèces). Je pense que ces nouvelles avancées en Biologie pourraient révolutionner les esprits de même que la théorie darwinienne de sélection naturelles (celui d’une nature où la compétitition fait rage) a sans doute pu justifier un tas d’ignominies.

    Bref, dans notre cas, je pense que les deux options cohabiteront, peut être une compétitivité accrue au niveau global (Europe forteresse, Etats-Unis entourés de barbelés…) et une plus forte coopération à un niveau local (avec des ensembles régionaux)?
    Sur le thème de l’énergie et de régionalisation des échanges, je suis d’accord avec toi que c’est une absurdité énergétique que la Chine importe ses céréales et oléagineux du Brésil.

    Pour ce qui est de l’immigration, j’ai peur que l’Europe ne suive pas la voie du Canada (Entrée des pays de l’Est avec une démographie encore dynamique et augmentation du taux d’accroissement des pays d’Europe de l’Ouest)

    Je me suis toujours méfié des théories mathusiennes. Je discutais de cela il y a peu avec un ami. Il en est ressorti que finalement, si ça avait été l’ordre naturel très bien on aurait pu les laisser crever. Mais, c’est avant tout l’histoire et la géopolitique qui ont créé la situation que nous connaissons actuellement. De ce point de vue, les laisser de côté serait une saloperie.

    Concernant la désertification, elle n’est pas sensible uniquement au sud comme tu le dis mais à un niveau beaucoup plus global (Problèmes d’érosion énormes aux Etats-Unis par exemple). En 2070, le climat à Paris pourrait être celui de Montpellier (- 200 mm de pluie par an!)
    Pour ce qui est des nouvelles zones cultivables que tu as évoqué, il apparaîtrait que la Sibérie pourrait se réchauffer suffisament pour permettre une agriculture à grande échelle. Or, toutes les études pédologiques montrent que la mise en culture des permafrost sibériens verrait des dégagements de méthane en des quantités gigantesques.

    Je n’aime pas trop le déterminisme géographique non plus. Il est possible de mieux gérer l’eau. Des travaux récents remettent totalement en cause les barrages au profit de petits aménagements multiples tout le long d’un cours d’eau qui limiteraient (cf. les aménagements hydriques des incas dans des zones relativement peu dotées en ressource en eau.) l’évaporation et permettraient d’assurer un continuum irrigué.

    En résumé, avec:
    – de grandes avancées technologiques grâce à des investissements importants dans l’agriculture (les derniers datent de la révolution verte en Inde pour lutter contre le communisme!! donc par souci de compétition)
    – des investissements massifs (la Banque mondiale à fait de l’agriculture sa priorité après des années d’ajustements structurels) et coordonnés.
    L’espoir peut-être au rendez-vous.

  15. Paul .ca says:

    Fab,
    L’espoir oui mais pour qui ?

    Je suis assez d’accord et je me fais un peu l’avocat du diable 😉 comme le ferait sans doute un autre participant ici ‘Enfant Terrible’.
    Les grandes avancées technologiques amènent aussi leur lot de problème en soi et aussi du pire qu’elles rendent possible. Le bilan n’est pas facile à faire et il nécessite plus de recul entre les bénéfices et inconvénients à court terme et ceux à très long terme.

    Notre psychologue Mark van Vugt doit savoir que l’humain est un animal social mais comment réagit il quand il est entassé, à l’étroit. Les citadins des mégapoles sont ils heureux bloqués dans les embouteillages, entassés debout dans les transports en commun ? Sont ils satisfait de leur qualité de vie et de l’air qu’ils respirent grâce au progrès de l’automobile et de l’industrie ? Certes ils vivent plus longtemps dans les pays dit développés.

    Et puis les grandes avancées technologiques ne bénéficient pas à tout les pays, voir à tous les citoyens d’un même pays développé.

    Sinon en regardant une carte mondiale, on note que le sud des USA et de la Chine est situé sur les mêmes latitudes géographiques que l’Afrique du Nord.
    L’Europe contourne son immigration zéro avec l’élargissement à l’Europe de l’ouest et demain avec la Turquie. Je suis pas certain que c’est la meilleure méthode plutôt que l’immigration légale et choisie du Canada. A suivre …

  16. Fab says:

    C’est normal de se faire l’avocat du diable dans le contexte actuel.

    Mais cette révolution “doublement verte” aurait évidemment pour principal objectif la lutte contre la pauvreté (pas seulement au sens matériel) bien sûr:

    – Aujourd’hui, on sait que 1$ investit dans l’agriculture est plus efficace en terme de lutte contre la pauvreté qu’1$ investit dans n’importe quel autre secteur (c’est la banque mondiale qui l’a admit récemment),

    – On sait que la pauvreté est essentiellement RURALE et qu’environ 600 millions de paysans ne peuvent pas vivre de leur production;

    – que les villes des pays du sud ne s’approvisionnent pas dans leurs propres zones rurales mais dans par des importations;

    – que les prix des matières premières agricoles avaient été jusqu’ici exagérément (et artificiellement) bas;

    Alors, je pense comme beaucoup d’agronomes et d’économistes qu’il est temps pour les paysans (du sud) de profiter de cette hausse des prix des matières premières agricoles. Pour cela, il faut de larges investissements en infrastructures et leur donner les moyens de produire en quantité et dans le temps, par des innovations technologiques.
    Quant aux impacts globaux, je pense qu’ils seront évidemment bien pire si rien n’est fait.

    Une des question principale sur développement n’est-elle pas qu’il agit comme un apaiseur social, retardant ainsi d’inévitables grandes révoltes?
    Mais pour moi, à problème global, il faut une réponse globale (même si les initiatives locales peuvent servir de pistes de réflexion), la plus équilibrée et la plus juste possible…

  17. Paul .ca says:

    Fab,
    Un physicien vous dira que l’équilibre est souvent dynamique avec des forces antagonistes et pas statique.

    Si vos paysans qui gagnent un peu plus d’argent avec la hausse des prix des matières premières agricoles, font plus d’enfants on peut retomber dans la même pauvreté par personne. Les pays d’Afrique et l’Inde ont doublé leur population en une génération ou un peu plus. Imaginez cela en Europe.

    il faut investir chaque $1 pour faire baisser la surpopulation (en fonction des ressources du pays en eau et nourriture) et revenir à moins de 3 milliard d’humains comme en 1960.
    http://www.worldometers.info/population/

    La politique chinoise de l’enfant unique était sans doute trop radicale et mal appliqué mais a permis d’avoir une courbe moins forte qu’en Inde.

    Mieux vaut que cet équilibre soit doux et bien géré par l’humanité qu’imposai +/- brutalement par notre environnement.

  18. Fab says:

    Paul, je trouve que ta théorie néo-mathusienne et tes affirmations nauséabondes sur la soit-disant dynamique reproductive des paysans pauvre est très malvenue pour qui rêve d’une société libertaire, ou en tout cas participe à ce débat d’idées. Elle témoigne également d’une profonde méconnaissance des pays du sud et d’un manichéisme à toute épreuve. Je veux bien que tu sois là pour faire le débat contradictoire mais faut pas pousser le bouchon trop loin.

    – En démographie, on constate qu’avec l’éducation et l’élévation du niveau de vie, le nombre d’enfant par femme a une tendance “naturelle” à diminuer (désolé de contredire tes prétendues connaissances en démograhie – le débat était il y a quelques temps était de savoir s’il y avait beaucoup de conneries sur ce blog, là c’en est une très belle);

    – La progression de la natalité est marquée par une grande inertie temporelle. Quelle que soient les comportements démographiques spontannés et les politiques de contrôle des naissances, les ordres de grandeur de la progression démographique ne se ressentiront pas avant un demi-siècle, si action immédiate…
    Même la pandémie du Sida, bien qu’elle agisse sur la reproduction, n’a pas trop d’effet de régulation sur la population mondiale (elle représenterait une perte de 300 millions de personnes).

    Je retiens de ton lien le graphique: How fast is the world population growing? qui donne un argument supplémenataire à ce que je viens de dire.

    La transition démographique est déjà trop avancée pour quelconque action. Il faut accepter le fait qu’en 2050, la population mondiale atteindra un plafond 9 milliards de personnes.

    A moins d’un grand cataclysme, que tu sembles attendre avec impatience (pour pouvoir mieux respirer au canada ou contempler la catastrophe avec jouissance?), je ne vois pas comment dans l’immédiat on pourrait revenir à 3 milliards d’habitants…

    Un conseil de lecture pour aider à penser (et c’est une piste constructive celle-la) que j’ai déjà mentionné dans un commentaire sur un autre billet: la méthode d’Edgar Morin.
    Il n’y a pas eu de débat sur son oeuvre sur son blog et c’est dommage, mais ça vaut le détour. (et je ne prétend pas que j’applique sa méthode pour penser)
    Mais quelques clefs sont intéressantes pour penser les objets complexes:
    – pluridisciplinarité (ce qui implique de sortir de l’écueil de tout déterminisme)
    – changement d’échelle
    – approche diachronique

  19. Paul .ca says:

    Tout doux Fab, “faut pas pousser le bouchon trop loin” !

    Comme immigré français au Canada j’ai perdu l’habitude de me faire ainsi insulter dans une discussion et bien que je sois tolérant j’ai mes propres limites. Je t’avise que je ne continuerai pas la discussion si un tel dérapage se reproduit à l’avenir.

    “À l’analyse de Malthus, les néo-malthusiens, d’inspiration libertaire, et soucieux avant tout du bien-être des larges masses, ajoutent leur refus horrifié de produire massivement de la chair à canon pour les guerres à venir et leur proclamation du droit à l’avortement, afin de permettre aux enfants désirés de vivre dans les meilleures conditions matérielles, intellectuelles et affectives.”
    http://fr.wikipedia.org/wiki/N%C3%A9o-malthusien

    Oui c’est vrai je partage un peu cette opinion là.

    > En démographie, on constate qu’avec l’éducation et l’élévation du niveau de vie, le nombre d’enfant par femme a une tendance “naturelle” à diminuer.

    C’est exact de ce que j’ai lu comme étude mais la tendance n’est pas assez forte pour éviter de doubler sa population en 30 ans et ça crée déjà des problèmes par ex. d’eau potable et d’électricité pour des pays d’Afrique du Nord comme l’Algérie. J’en ai discuté avec un algérien immigré au Québec et vu des documentaires.

    Quand au grand cataclysme, je ne le souhaite bien évidemment pas mais je le prévois SI on continuait longtemps à ce rythme. Ceci dit plusieurs indicateurs de prise de conscience sont assez rassurant.
    On peut lire des penseurs contemporains qui savent raisonner et vivent avec les réalités actuelles à condition toute fois de bien interpréter leur propos et savoir soi-même bien raisonner un minimum sinon ça me semble être une perte de temps.

  20. Fab says:

    Évidemment je suis d’accord et c’est même le point de départ de l’analyse: il y a crise, c’est même le point de départ de ce fil.
    “Le monde est mal parti: chez les pauvres, la famine; chez les riches l’asphyxie. L’égoïsme des nantis nous condamne tous à mort” écrivait René Dumont dans l’utopie ou la mort en 1974

    Mais il faut faire preuve d’honnêteté intellectuelle, la démographie n’est pas la seule cause, même si elle est est évidemment une.
    Le cas des grandes famines en Éthiopie dans les années 70: c’était une cause politique et non d’insuffisance alimentaire. Le nord était en dissidence avec le gouvernement. Le sud avait un excès de production. L’achemeniement ne s’est tout simplement pas fait.

    Oui le cataclysme est prévisible. Et c’est justement en connaissance de cause et en partant du principe que toute action forte et immédiate sur la natalité n’empêchera pas la population mondiale d’atteindre 9 milliards de personnes en 2050 qu’il faut prendre les mesures en conséquence ! Car l’urgence alimentaire, elle, est bien réelle…

    Pour ce qui est de mes mots durs à ton égard, j’estime tout simplement qu’il n’est pas acceptable d’écrire de tels propos sur les paysans qui feraient (contrairement à une règle générale) plus d’enfants en étant riche. Le constat est inverse: c’est justement en sortant les paysans de la pauvreté (grâce au tremplin que peut être la triade éducation-innovation-investissement) que se résoudront les problèmes démographiques.
    Les libertaires parlent de droit à l’avortement et non de stérilisation forcée (ou autres méthodes autoritaires).

    Enfin, on en est presque au consensus, non?
    Je ne sais pas s’il est nécessaire de débattre sur les causes et les conséquences de cette crise plus longtemps.
    Sur les moyens à employer, tu as évoqué la restriction de la natalité (qui est une piste à long terme), l’immigration qui en est une autre (une répartition plus égale de l’humanité en fonction des ressources qu’elle peut fournir?) mais aussi, et c’était là le sens initial de mon intervention, de développer de nouvelles technologies basées sur une “copie” du fonctionnement des écosystèmes dits naturels pour mettre en place une agriculture hautement productive et écologique !

    On ne parle plus ici de concept et de théories de révolutions mais d’une transformation inéluctable, pratique qui doit être mise à profit par les philosophes et tous les penseurs qui devront accompagner ce changement unique dans notre histoire pour transformer la société… Cette révolution pourrait modifier le rapport de l’homme à la nature, et de manière induite le rapport que l’homme entretien avec ses congénères!

  21. Paul .ca says:

    > développer de nouvelles technologies basées sur une “copie” du fonctionnement des écosystèmes dits naturels pour mettre en place une agriculture hautement productive et écologique !

    C’est un projet ambitieux qui me plait. 🙂

    Je ne recherche pas le consensus mais échanger des idées (ou références d’auteur) intéressantes et j’en trouve parfois ici et ailleurs.
    J’avais écrit une assez longue réponse que j’ai finalement pas posté.
    Pourquoi ?
    Sans doute trop critique sur les bienfaits en soi des nouvelles technologies sur les comportements humains et une lassitude de me répéter sur ce blog sans grand résultat ou peut-être sur 2/3 touristes.
    Et puis il faut laisser les illusions/rêves aux gens. Ils avancent ainsi et par essais/erreurs ils finiront bien par comprendre et tant pis sinon.

    Entre temps je suis tombé en surfant sur Le journal collaboratif des ingénieurs:
    http://communaute.techniques-ingenieur.fr/

  22. Fab says:

    Je suis d’accord que tout évidemment ne sera pas rose… On peut s’attendre, par exemple, à une reconversion de grosses entreprises pétro-chimiques dans ces technologies…
    Dans tous les cas, ça ne sera jamais pire qu’une agriculture considérant le sol comme un simple support à la production agricole.

    Merci pour ce lien, j’ai parcouru quelques articles plutôt intéressants.

    Pour toi et les lecteurs de ce blogs qui souhaitent s’intéresser à l’agriculture, je citerais:
    – Michel Griffon, un agro-économiste directeur adjoint de l’ANR et en particulier son livre “nourrir la planète” (édition Odile Jacob) où il développe le concept de révolution doublement verte (evergreen revolution)
    – Marcel Mazoyer, un agronome français qui a développé la pensée systémique et son ouvrage titanesque et palpitant “histoire des agricultures du monde” (co-écrit avec une de ses élèves Laurence Roudart): de la révolution du néolithique à la crise actuelle.
    – Bien sûr, les écrits de René Dumont, le 1er agronome moderne français et fondateur de l’écologie politique moderne, entre autre “l’utopie ou la mort.

    Je voudrais également mentionner l’anthropologue anarchiste Pierre Clastre (“La société contre l’État” et “Chroniques des indiens Guayaki”) que j’ai déja évoqué sur ce blog il y a assez longtemps. Il a fait une excellente étude des sociétés Guayaki: il y parle du rôle figuratif du chef (le plus pauvre de la tribu, celui qui parle dans le vide…), de leur relation au travail, de l’anarchie politique de ces sociétés. (en lien un entretien qui donne un très bon aperçu de sa pensée: http://anarsonore.free.fr/ )

    Voila,
    Bien à vous

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