La pyramide est-elle auto-organisée ?

C’est la question que se pose Phyrezo. Oui, c’est une évidence et c’est pour cette raison qu’on ne peut opposer radicalement auto-organisation et structure pyramidale. Nous nous trouvons face une sorte de continuum d’organisations, chacune adaptées à des situations diverses.

Je suis athée, il n’existe donc pas de principe organisateur a priori pour moi. L’organisation apparaît par un processus d’auto-organisation. Morin explique la logique de ce processus dans le premier livre de sa Méthode.

La structure pyramidale ne peut qu’émerger à un moment de l’histoire du monde, moment relativement récent au regard des temps cosmologiques. Une fois qu’elle a émergé, la pyramide peut s’imposer aux autres formes d’organisation et elle peut outrepasser les domaines où elle présente un avantage.

La vie, elle-même, peut être vue comme un début de centralisation, prémice de la pyramide. Des systèmes se referment sur eux-mêmes, ils deviennent leur propre centre.

Maintenant, ce n’est pas parce que la pyramide apparaît après l’auto-organisation, parce qu’elle découle d’elle, qu’elle lui est systématiquement supérieure.

Le simple fait de développer de nouvelles technologies de communication one-to-one et many-to-many ouvre de nouvelles opportunités pour l’auto-organisation. Certaines structures pyramidales, dans les entreprises par exemple, ne sont apparues que pour résoudre des problèmes de communication alors insolubles. Ces structures vont devoir souffrir la concurrence de nouvelles structures auto-organisées.

Par ailleurs, le fait que les structures pyramidales résultent d’un processus d’auto-organisation explique pourquoi je souris quand on me dit que l’auto-organisation est une utopie qui ne marchera jamais. Toutes les formes d’organisation résultent d’une auto-organisation.

Seuls ceux qui croient en une divinité organisatrice peuvent penser le contraire… Mais, comme je l’ai dis lors de la discussion sur Teilhard de Chardin, nous n’avons pas besoin de cette hypothèse pour expliquer l’évolution des organisations. Nous arrivons à l’ordre et au pyramidal sans qu’ils aient besoin d’être présents initialement dans le monde.

La spiritualité vient après la matière.

Notes

  1. Je continue de sourire parce que l’organisation pyramidale émerge très facilement d’une structure auto-organisée. Il suffit qu’un homme attire le pouvoir à lui, crée des dissensions et la pyramide apparaît. Ce n’est pas le résultat d’une faramineuse évolution et tous les gens qui ont travaillé dans des associations ont vu le processus à l’œuvre. La pyramide n’est pas une création géniale mais juste la manifestation de la volonté de puissance de quelques uns. De même, lorsque le sommet d’une pyramide se neutralise au cours d’une lutte de pouvoir, la pyramide peut revenir à l’auto-organisation, cela sans que l’efficacité de la structure en soi nécessairement amoindrie.
  2. La distance entre la pyramide et les autres structures auto-organisées, notamment celles en réseaux distribués, est minime. Le va-et-vient entre les deux n’est jamais loin. Situer l’auto-organisation près du big band et la pyramide près de nous n’a pas beaucoup de sens. Nous n’avons pas d’un côté l’équivalent d’une particule élémentaire, de l’autre l’équivalent d’une société. Nous restons exactement au même niveau, la pyramide étant d’ailleurs plus simple en termes de complexité et de richesse de combinaison.
  3. Les camps d’exterminations massives sont apparues après les démocraties. Ce n’est pas une raison pour que les démocraties ne leur soient pas supérieures. La structure pyramidale est une forme d’organisation possible, c’est tout. Elle a des qualités et des défauts. Il serait dangereux de la croire toute-puissante, surtout de lui accorder de la puissance où elle démontre sa totale impuissance.
  4. Les sociétés humaines ont rarement été auto-organisées, jamais à vaste échelle, à cette échelle où l’auto-organisation présente un intérêt. Elle ne le pouvait pas par manque de moyens de communication many-to-many. En l’absence de ces technologies, le pyramidal est apparu comme le meilleur système possible. Mais les temps changent et ce qui était optimal hier ne l’est plus nécessairement aujourd’hui.
  5. Prétendre que retourner à l’auto-organisation serait une régression n’a pas de sens puisque l’auto-organisation n’a jamais été mise en œuvre à vaste échelle dans les sociétés humaines avant l’apparition du many-to-many. De la même manière, l’auto-organisation n’a jamais été mise en œuvre dans les artéfacts humains avant l’apparition des ordinateurs. Nous assistons aux premières implémentations, notamment sur le web.

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15 comments

  1. Paul .ca says:

    Réflexion que m’inspire l’actualité politique canadienne et ce billet.

    Avec les élections canadiennes, je me rend compte que le parti, la structure ne doit pas cacher les hommes qui vont peut-être la gérer. Je m’explique un parti c’est un leader très médiatisé sur les médias nationaux et une multitude de candidat député plus ou moins connu voir inconnu pour les “nouveaux” qui vont nous représenter et dont on ne sait pas toujours grand chose d’eux à part leur étiquette politique.

    Je lisais un article anglais sur la proportionnelle qui prenait une liste de candidat d’un parti en fonction du % des votes. Est ce que je voterai pour un parti sans savoir quel représentant sera élu ? S’il la les compétences nécessaires et l’éthique qui va avec ? Vous me direz on ne décide pas des ministres quoiqu’au Canada, ils doivent être élu député.

    Dans ma circonscription, j’ai regardé les candidats en présence. Le candidat de mon parti de préférence est un illustre inconnu de 60 ans qui est président d’une association canadienne pour Auroville qui existe depuis 1971 avec … 25 membres. 😀
    J’ai rien trouvé sur le net à part un ancien site éditeur et ce commentaire bien rédigé. http://www.ledevoir.com/2007/07/07/commentaires/0707221844032.html

    Est ce que vous voteriez pour ce candidat alors qu’en face le député actuel est certes assez jeune (30 ans) mais ingénieur avec un profil plus … dynamique ?

  2. Hubert Reeves says:

    “pourquoi je souris quand on me dit que l’auto-organisation est une utopie qui ne marchera jamais. Toutes les formes d’organisation résultent d’une auto-organisation.”

    Je ne comprends pas ce lien logique et ce sourire.

    Ce que nous disons, c’est précisément que la société tend inévitablement vers une organisation pyramidale, qui devient sa forme d’équilibre.

    Que la pyramide résulte d’une forme primitive d’auto-orga ne change rien.

    C’est comme de dire que l’univers vient du big-bang, donc va revenir au big-bang quand on veut : ben non ! il vient du big bang, mais sa nature est de s’en éloigner et de s’étendre à l’infini.

    Le big-bang n’est plus du tout à votre portée, alors même que l’univers “résulte” d’un big-bang.

    Quand un phénomène est antérieur, on n’y revient pas facilement.

    La société a d’abord été plus ou moins auto-organisée et éclatée localement en micro-tribus, mais en se complexifiant elle a développé des formes d’organisation permettant d’aboutir à des prises de décision pour de grands enjeux collectifs engageant un grand nombre d’hommes : les organisations en pyramides.

    Quand vous voyez maintenant la puissance atteinte par les pyramides, et leur efficience, quoi qu’on dise, revenir à l’auto-orga est, oui, une utopie.

  3. Réponses en notes…

  4. Tefal says:

    Je ne sais pas si les pyramides ont atteint une réelle “puissance”, ce qui est vrai est plutôt qu’elles sont davantage visibles par tout un chacun. Leur efficacité est réelle, mais limitée. Par exemple, les grandes entreprises sont constamment concurrencées par des petites qui sont plus rapides qu’elles ou qui s’installent dans des niches dédaignées par elles. Mais cela uniquement quand elles ne sont pas entravées par une règlementation étatique (essayez pour voir de monter une banque, un syndicat, une mutuelle)… L’auto-organisation est le moyen naturel de s’organiser, elle reste une utopie la plupart du temps parce que certains intérêts (appuyés par la contrainte étatique) l’empêchent de s’exercer à plein.

  5. Equilibrium says:

    Losrque vous lirez la passion que met Tefal dans son commentaire à oublier les co-auteurs des “règlements étatiques” qu’il dénonce, vous noublierez pas de tendre une oreille vers la raison.
    Car celle-ci vous y souffle que pour chacun des exemples cités (la banque, le syndicat, la mutuelle) les règlements en question se sont largement inspirés des recommandations et des conventions de banquiers, syndicalistes et mutualistes…bien établis !
    Ce qui est difficile, ce n’est pas de monter une banque, un syndicat, une mutuelle. Mais c’est en fait des les faire reconnaître et valider par leur pairs déjà bien installés depuis longtemps et le plus souvent co-auteurs des règlements qu’ils font mine de dénigrer ou de rejeter sur le dos du monstre anonyme (ou pas… c’est souvent selon les tendance politiques partisanes).

    C’est encore un point de réthorique dans lequel beaucoup de gens tombent…à mon grand désespoir.

  6. Il est logique que les structures pyramidales tentent de se défendre, notamment en accusant les structures auto-organisées d’être inefficaces ou utopiques. Réflexe naturel. La démocratie était une utopie pour les monarchistes. Ce n’est pas parce qu’on a des adversaires qu’on n’a pas sa place dans le monde…

  7. Tefal says:

    >Car celle-ci vous y souffle que pour chacun des exemples cités
    >(la banque, le syndicat, la mutuelle) les règlements en question
    >se sont largement inspirés des recommandations
    >et des conventions de banquiers, syndicalistes et mutualistes…bien établis !

    C’est bien pour ça que tout règlement doit être aboli, le seul
    critère subsistant qui peut offrir matière à règlement
    étant la non-nuisance à autrui.

  8. J says:

    Franchement thierry, ce lien ”logique” que tu fais entre le post de equilibrium concernant les ”pairs déjà installés” et ton inférence “il est logique que les structures pyramidales tentent de se défendre” est plus que problématique.

    Je te le répète, comme d’autres ici, tu te laisses peu à peu enfermer dans une idéologie liée à l’autoorganisation et à l’opposition avec le pyramidal qui te fait voir l’ensemble des réalités au travers de ce spectre à deux couleurs.
    Cette posture globalisante commence à friser l’intégrisme, méfie toi de toi même…

    Tu négliges totalement les autres explications possibles de cette cristallisation des pouvoirs autour de quelques grands acteurs, comme pour ne citer que celle ci la possibilité que ce soit une déviance inhérente à l’autoorganisation quand elle est appliquée aux sociétés humaines et à certains champs ayant certaines caractéristiques.

  9. Je parle d’auto-organisation à venir reposant sur les nouvelles technologies… tu me parles de ce qui s’est passé ou au mieux se passe aujourd’hui (ai-je nié la cristallisation dont tu parles ? non, je ne crois pas, mais je m’occupe pas de ça). Je ne vois pas le rapport. Ce que j’imagine est encore de la fiction, n’a jamais été tenté et tu me dis que ça marche pas.

    Et tu me dis que je m’enferme dans l’idéologie alors que tu refuses le vrai dialogue, celui de bouche à oreille devant tous. C’est moi qui suis sectaire ?

    Sinon cherche sur ce blog fatalité biologique… je n’y souscris pas.

  10. Paul .ca says:

    Thierry
    > Une fois qu’elle a émergé, la pyramide peut s’imposer aux autres formes d’organisation et elle peut outrepasser les domaines où elle présente un avantage.

    Oui c’est même sa caractéristique je dirais presque mais elle présente toujours ou très souvent un avantage pour ceux qui restent au sommet.

    Quel avantage ?
    Est ce l’avantage du plus grand nombre ? celui qui doit être normalement privilégié dans une démocratie ? Même quand cette majorité oublie l’avantage des générations futures ou se trompe dans ses propres intérêts actuels ? Existe t’il un avantage absolu, clair et indiscutable ? Comment évaluer l’efficacité d’un système d’organisation ? Sur la somme de ses avantages même s’ils sont mal répartis entre ses membres ? Sur la répartition homogène des avantages (intérêt$) peut importe l’efficacité globale (PNB) ? Sur une pondération à déterminer des deux précédents critères ?

    Répondre à toutes ces questions, c’est faire des choix c’est faire de la politique.

  11. J says:

    “le vrai dialogue, celui de bouche à oreille devant tous” —> ???

    je ne vois pas en quoi les principes généraux de l’autoorganisation dépendraient tellement du support technique au travers desquels ils s’instancient que l’internet permettrait d’éviter les déviances inhérentes à ce type d’organisation appliquées aux sociétés humaines et à certains champs ayant certaines caractéristiques.

    CERTAINS champs ayant CERTAINES caractéristiques…

  12. Equilibrium says:

    Le catastrophisme est le chant d’une sirène sur lequel j’aurais souvent l’occasion de revenir, vu qu’il s’agit d’un autre argument rhétorique employé à sassiété actuellement.
    Bref, Tefal, je ne tire pas vraiment la même conclusion que vous, des faits impliqués par mon commentaire. Il y a quelques règlements qui sont justement là pour assurer de ne pas faire la part belle à tous ceux qui emploient le catastrophisme pour faire passer des règlements “intéressés”. Le bloc de constitutionnalité est l’exacte référence en la matière. Et “l’establishment” passe souvent allègrement dessus, suivant l’appartenance du garde des sceaux à telle ou telle fraction partisane:
    D’un règlement A qui vient directement de la Constitution, l’on fait souvent dériver les règlements B1, B2, B3…qui s’appuient sur ce règlement A…mais finissent par contrevenir, dans les faits, à la Constitution.
    Mon commentaire est un contreseing à cette Constitution.
    Il vise à faire réfléchir sur ce qui animait autrefois ceux qui l’ont créée, et sur le caractère autrement différent de l’esprit qui anime les auteurs de divers règlements corporatistes et conservateurs qui accusent, en plus, l’état d’en être l’auteur pour se déguiser en “serviteurs de la nation”.
    Il ne vise aucunement à s’appuyer sur ces margoulins pour pondre des règlements autrement pires. il tient à rappeler que l’intense réflexion des auteurs de la Constitution se prête très mal aux objectifs d’une pure rhétorique qui tend à devenir le lot quotidien de ceux qui font leur “métier” des règlements .

  13. phyrezo says:

    merci pour la réponse.

    Le tout étant si je comprends une évolution de la conscience (on en revient à Teilhard), qui fait que le phénomène d’auto-organisation fait émerger différentes formes, dont la pyramide en est une. Un peu comme le décrit la spirale dynamique.

    Parce que dans l’emergence de la pyramide, je ne vois pas que le plus fort qui s’auto attribue le role de chef, mais aussi le faible, et chacun d’entre nous, qui cherche la présence rassurante d’un chef. Je ne pense pas que la forme pyramidale vienne forcemment du haut, ou quelques uns en profiteraient (il est montré que les chefs développent plus de stress), elle vient aussi du bas, ou les gens sont en demande d’un chef, car la liberté et la responsabilité leur pèse trop.

    J’ai l’impression aussi (je travaille sur un post), que la pyramide se consolidifie naturellement. C’est à dire par auto-régulation (pour avoir une vision macro de la pyramide), elle construit elle-même son ciment. L’organisation en pyramide, va produire le ciment qui consolidifie la pyramide: les lois, la peur, la deresponsabilisation des individus, la recherche permanente de l’argent,… afin que cette pyramide semble véritablement legitime et efficace aux gens, comme Hubert Reeves, et qu’ils ne pensent pas à s’organiser différemment.

    PS: Sinon “le peuple des connecteurs” suscite vraiment beaucoup d’intérêt à mon bureau. A la machine a café tout le monde me demande ce que c’est, quand j’en parle, ils veulent tous que je leur prête…

  14. Je dirais que la structure pyramidale est simplement née de la concomitance de deux phénomènes : la capacité des groupes (les rouges) à résoudre des problèmes de plus en plus complexes dans un champs de plus en plus vaste (élargissement du spatial) et l’avènement de l’écriture qui a permis de transmettre en chaîne de commande, à distance et auprès d’un grand nombre ; d’où les grands projets connus qui sont l’exacte représentation du pyramidal. Et bizarrement c’est tout autour du globe qu’aux mêmes temps sont apparues les structures pyramidales, preuve que ce sont pas quelques chefs qui en ont la primeur. Je pense, pour ma part que l’évolution des consciences génère des structures nouvelles grâce à l’émergence de nouvelles technologies. Depuis l’apparition d’un nombre critique d’individus dans les vmèmes (vert) jaune et turquoise et la propagation du numérique, de nouvelles structures apparaissent : globales. Leur forme est en création et là réside un intérêt nouveau, les portes s’ouvrent. Il semble qu’après avoir minéralisé le vivant dans le pyramidal, nous nous trouvions à l’aulne de sa libération dans des réseaux unis autour du sens. La chaîne de commande étant toujours d’actualité pour mettre en oeuvre. L’enjeux de ces nouvelles structures sociales sera de visiter les ressources rares qui permettent au pyramidal d’exister et aux pouvoirs se s’exercer…

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