Je commence par citer Naomi Klein :

Là où les gauchistes promettaient de libérer les salariés des patrons, les citoyens des dictateurs et les pays colonisés de la domination impériale, Friedman promettait la « liberté individuelle », projet qui élevait des citoyens atomisés au-dessus de toute entreprise collective et leur permettait d’affiner leur liberté absolue par leur choix de consommation.

Si on me traite parfois de gauchiste on me traite plus souvent d’ultralibéral, et cette citation m’éclaire sur ce paradoxe. Je ne suis pas un libéral au sens de l’école de Chicago de Friedman parce que je n’oublie pas que nous sommes interdépendants. Nous vivons dans un réseau de relations qui nous contraint.

Je crois à la liberté, je crois que de temps à autres nous pouvons nous arracher aux contraintes pour prendre de véritables décisions mais ces moments restent exceptionnels dans une vie. Et nos décisions s’inscrivent alors dans le jeu des interdépendances. Personne ne peut s’en dégager, personne ne peut s’élever au-dessus du collectif à moins de fuir la terre saturée aujourd’hui par nos présences.

Si les gauchistes ont tendance à négliger cette possibilité de la liberté, cette chance que nous avons de temps à autre de couper le fil des causes et des effets pour introduire dans le monde des nouveautés radicales, les libéraux ont tendance à négliger l’interdépendance qui nous lie les uns aux autres et nous rend responsables les uns des autres.

Parce que je crois à la liberté, je ne suis pas un gauchiste. Parce que je prends en compte l’interdépendance, je ne suis pas un libéral. Voilà pourquoi je me définis comme un connecteur : un homme libre d’établir de nouvelles connexions dans le vaste réseau de notre humanité.

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15 comments

  1. Mutatis says:

    Nous ne vivons pas dans un système ultra-libéral.

    Nous sommes déjà dans un système mixte, conjuguant des libertés d’entreprendre et des interventions collectives sous forme de normes, contrôles, répartitions… ayant pour but de protéger les faibles de la loi de la jungle.

    On a vu Bush intervenir par l’Etat pour sauver un marché qui s’était déreglé par l’auto-organisation.

    L’auto-organisation seule du marché a conduit à un désordre qu’une intervention pyramidale étatique a corrigé pour éviter une faillite mondiale par effet dominos.

    Ceux qui critiquent notre système ne critiquent pas l’ultra-libéralisme : il n’existe nulle part. Ils critiquent au fond un système qui est déjà mixte entre libéralisme et répartition socialiste.

    Il n’y a pas besoin de changer de système, puisqu’il représente déjà cet équilibre. On peut changer quelques variables à l’intérieur de ce système équilibré, sans dire que c’est le pire des systèmes alors qu’on n’en connait pas de meilleur.

    Notre système croit à la liberté, et prend en compte l’interdépendance.

    Que demander de plus, sinon pour le plaisir de changer le monde, sans avoir vraiment de solution efficace pour faire mieux ?

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    Le problème de la politique c’est que des tas de gens arrivent sur ce terrain avec l’idée d’y faire quelque chose, par besoin d’action.

    Alors ils inventent des alternatives, parce qu’ils n’ont pas envie de dépenser leur passion dans des détails de gestion : il faut des grands changements ! C’est ça qui est excitant, qui donne l’impression de faire quelque chose qui compte.

    …même quand leurs alternatives ne fonctionnent pas mieux que ce qui existe.

    En tant que système, notre système mixte entre libertés et interdépendances assurées par un Etat est déjà un rêve d’équilibre.

    La part d’auto-organisation pourra augmenter dans certains secteurs, mais passer à l’auto-organisation générale, sans Etat, serait déséquilibrer cet équilibre longuement mûri entre socialisme et libertés.

    Il faut laisser la politique à ceux qui ont un esprit gestionnaire, et pour ceux qui veulent rêver et changer le monde il y a la culture et les arts. Un artiste se trompe de terrain quand il veut changer le monde par la politique. Il croit avoir des solutions géniales, mais ses solutions ont déjà été expérimentées sans qu’il le sache, et n’ont pas marché.

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    Dans votre cas M. Crouzet il y a une ambiguïté, car d’un côté vous vous posez en historien des mutations du temps présent et à venir, qui ne fait qu’analyser un monde évoluant vers le réseau;

    et d’un autre côté, par vos écrits, vous exercez ou voulez exercer une influence de type mutagène : précipiter l’évolution vers un monde en réseaux.

    Et alors votre tempérament créatif vous fait souhaiter des accélérations qui ne sont pas de l’ordre du temps politique souhaitable et acceptable.

    Rien à dire au premier point, celui d’observateur, qui ne dérange personne, mais il ne semble pas combler toutes vos attentes, d’où la tentation permanente de jouer aussi les leaders mutagènes accélérant l’Histoire ;

    et cela c’est beaucoup plus contestable, car votre passion conduit à ces brusqueries qui ont toujours été néfastes en politique : vouloir un système neuf, rapidement.
    Fustiger la mollesse des gens “qui continuent d’accepter des solutions pyramidales centralisées archaïques”, etc.
    Alors que ces gens ne font que constater que cet équilibre est bon.

    Ils ne veulent pas en venir à une période de troubles généralisés comme cela se produit à chaque accélération artificielle de l’Histoire par des leaders passionnés, sacrifiant au passage l’équilibre de millions de gens. Pour une amélioration future hypothétique, qui sera très vite rabotée par l’esprit gestionnaire du monde.

  2. Tefal says:

    Je ne sais pas où vous avez vu que les libéraux “oublient que nous sommes interdépendants”. Tous les libéraux au contraire soulignent les interdépendances, et par conséquent la nécessité de la non-agression dans les relations sociales.

    Un peu de lecture utile :

    http://knol.google.com/k/thierry-falissard/libralisme-3/1r185u7xul9o/4#

    Il serait temps de laisser tomber les clichés faciles et d’aller un peu au fond des choses, cher Thierry !

  3. Il ne s’agit pas de lire mais de constater. Les communistes en théorie voulaient une chose, en pratique en faisaient une autre. Les libéraux peuvent dirent ce qu’ils veulent ce qui importent c’est ce qu’ils ont fait jusqu’à présent.

    Quand je pollue la planète je nie l’interdépendance.
    Quand je consomme des ressources à tout jamais je nie l’interdépendance.
    Quand je laisse des gens souffrir je nie l’interdépendance.
    La liste est longue.

    La liberté n’existe que sous contraintes. Croire que les hommes sont rationnels, forts et acapables d’user en toutes circonstances de leur liberté est une grosse connerie. En s’appuyant sur cette connerien on peut construire des théories à la con.

  4. Tefal says:

    Mais où voyez-vous des libéraux ? Je ne vois que des étatistes, des politiciens, des chefs de grandes entreprises mariés avec tous les pouvoirs. Si c’est ça que vous appelez des libéraux, il y a erreur sur les personnes.
    Vous semblez oublier qu’une composante essentielle du libéralisme, c’est la responsabilité (personnelle, évidemment). Quand on sait ça, on s’aperçoit qu’il y a bien peu de libéraux. Il y a ceux qui voit du libéralisme là où il n’y en a pas, et d’autres qui se réclament du libéralisme uniquement pour profiter des autres. Mon Knol cité ci-dessus essaie de recadrer les choses.

  5. Justement je ne parle pas des libéraux qui n’existent pas mais de ceux qui prônent le libéralisme économique. Les autres, les défenseurs de la liberté et de la responsabilité c’est une autre histoire. Ils ont toujours été seuls dans l’histoire. Et j’espère être l’un d’eux.

    Si vous êtes l’un d’eux aussi, changez de nom Tefal. Cessez de vous définir libéral car personne n’y comprendra jamais rien. C’est ça le problème. Voilà pourquoi je me définis comme un connecteur. Je ne veux pas qu’il y ait confusion.

    Mais je ne suis pas sûr que la distinction soit claire pour vous. Car cette liberté à laquelle je me réfère est incompatible avec celle des libéraux qui prônent le libéralisme économique. Totalement incompatible. Comme je l’ai dit ils se sont depuis longtemps assis sur l’interdépendance. Et de ce fait, ils ne sont pas libéraux mais impérialistes.

  6. phyrezo says:

    Je sais qui se cache derrière l’anonymyzer:

    c’est François Bayrou !!

    “Fustiger la mollesse des gens “qui continuent d’accepter des solutions pyramidales centralisées archaïques”, etc.”

    Il a mal dirigé ton commentaire sur le MoDem.

  7. Paul .ca says:

    Quel humour phyrezo !
    J’en connais un qui va être rouge de plaisir. 😀

    Bayrou raisonne mieux que cet anonymyzer.

  8. Xavier says:

    Tefal a raison. Une bonne lecture pour sortir des clichés sur les libéraux:
    http://www.lepost.fr/perso/sabineherold/

  9. Murielle says:

    Je partage les avis de Tefal et Xavier.

    “la France est la patrie de la nostalgie du communisme.

    Il y a chez nos élites une idéologie quasi soviétique en permanence dans les esprits.”

    Déclaration de Laurence Parisot, Présidente du MEDEF
    Point Presse du 16 septembre.
    En vidéo:
    http://www.dailymotion.com/video/x6rx81_point-presse-de-laurence-parisot-16_news

  10. Paul .ca says:

    Ne vous inquiétez pas. Superdupont est là !
    Il va bouter hors de France, Laurence Parisote et le clan conservateur “néolibéral” hongrois dirigé par Sarkozysh. Clan qui applique les dernières méthodes identifiées du grand perdant, Bush Junior. Décalage voulu probablement pour mieux déstabiliser l’économie française et favoriser ainsi le retour de l’empire Austro-Hongrois.
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_de_l%27empire_austro-hongrois
    😀

    Au Québec, on est pas difficile pour le recrutement des professeurs en provenance de France ayant eu dans le passé des responsabilités d’état. Le salaire varie suivant les diplômes et les expériences. Nous sommes prêt à accueillir Sarkozy et sa gang. Oui nous avons une bonne référence avec Alain Juppé qui s’est dit très satisfait de son séjour à Montréal.

  11. J says:

    Vas y Paul, fonce, il y a comme une odeur de merde qui plane sur la France…!!!

  12. phyrezo says:

    @Mutatis

    “Alors que ces gens ne font que constater que cet équilibre est bon.”

    Et Dieu créa la lumière, et Dieu vit que cela était bon.

    Et la démocratie capitalistique créa l’équilibre, et elle vie que cela était bon.

    Sauf que Dieu lui il a aussi créé l’homéostasie, l’instabilité génératrice et l’équilibre instable.

    Jamais votre système sera en état d’équilibre, il doit évoluer, muter pour ne pas mourir. Et croire que l’on est dans un équilibre ‘bon’ est complétement illusoire. Comparez l’économie, la politique, la sociologie, la musique des années 80 et aujourd’hui. Y a t’il la un équilibre ?

    Innexorablement, et quelque soit le conservatisme de ce qui croit en l’équilibre bon, le monde change. Et effectivement M. Crouzet se fait l’observateur de se changement, innexorablement les pyramides s’applatissent pour laisser place aux réseaux. Et cela est mieux.

    M. Crouzet accompagne se changement et nous permet de mieux le comprendre, de mieux l’anticiper de mieux nous embrasser l’avenir.

    Il n’a jamais été question de faire une révolution, mais uniquement d’enlever le feu tricolore par ici, d’avoir une organisation en réseau par la. Et surtout pour tout un chacun de prendre conscience de sa responsabilité systémique.

    Il y aura bien sur toujours des conservateurs comme vous pour avoir peur de supprimer les feux. Et avec des gens comme vous, nous aurions aujourd’hui encore une monarchie absolue (car on voit que le roi est bon !). Seulement pendant ce temps la, les carrefour auto-organisés seront plus efficaces que ceux avec feux, alors progressivement les gens verront que leur équilibre était bon, mais qu’il y a mieux.

  13. SdC says:

    “connecteur : un homme libre d’établir de nouvelles connexions dans le vaste réseau de notre humanité.”

    Je crois aussi qu’un connecteur choisit de laisser son cerveau connecter des espaces de pensées / disciplines / champs de travail qui n’ont à priori rien à voir ensemble ou que l’on a longtemps présenté comme indépendants les uns des autr (ex. sciences dures Vs sciences “molles”). Ce sont dans ces interstices que se situe la liberté de pensée.
    C’est un 1° pas pour nourrir un dialogue constructif et éviter le manichéisme du “débat tv”.

  14. phyrezo says:

    +1 pour SdC.

    En fait je pense que les connecteurs ont de tout temps existé. Mais qu’aujourd’hui la techno les catalyse, et demain éventuellement il vont prendre le pouvoir (5ieme pouvoir, auto-organisation…).

    Hier je n’aurais rien put appréhender du capitalime vs. socialisme, et je me serais probablement confiné dans les croyance de ma famille, amis, tribu…

    Aujourd’hui, je lis, je participe et on me réponds sur le blog que Frederic Lordon. Entre autre. Et ma conscience s’élève.

    Je sais aujourd’hui, que je suis d’un type assez particulier. Peut-être décrit par les connecteurs. Car je suis plutôt libéral pour permettre l’emergence d’une auto-organisation et d’une intelligence collective, et en même temps, je suis très conscient des limites du système actuel et des problèmes de société que nous afrontons.

  15. Iza says:

    Tout pareil , c’est ce que j’essayais de dire il y a peu.

    “Hier je n’aurais rien put appréhender du capitalime vs. socialisme, et je me serais probablement confiné dans les croyance de ma famille, amis, tribu…”

    aujourd’hui ma conscience s’eleve.

    “Je sais aujourd’hui, que je suis d’un type assez particulier. Peut-être décrit par les connecteurs. ”

    voilà.

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