J’ai croisé la semaine dernière Bernard Benhamou, délégué aux usages de l’Internet du gouvernement Fillon. En marge d’une réunion, nous avons discuté du retard français en matière de technologie numérique.

Je lui ai dit qu’il n’y avait rien d’étonnant. Je venais de voir quelques jours plus tôt une image du ciel européen où le bug français saute aux yeux. Comment pourrions-nous être sensibles aux réseaux alors que notre pays est aussi centralisé ?

L’Angleterre me paraît mieux armée tout comme l’Allemagne ou les pays du Benelux. Benhamou a fait remarquer que l’Angleterre n’avait pas créé plus de services à succès que la France. Peut-être mais, pour avoir vécu dans ce pays, j’y ai senti que la logique des réseaux était plus à l’œuvre que chez nous.

Mais il y a un autre bug, presque impossible à corriger. Comment un gouvernement centralisé, structuré en pyramide, constitué d’une armée de hiérarques, pourrait-il favoriser une structure qui ne lui ressemble en rien ? Une structure qui si elle se développe va entraîner la chute des hiérarques ?

C’est une situation cornélienne. Voilà pourquoi dès que je vois qu’un gouvernement se mêle d’internet je suis sur mes gardes. Un gouvernement centralisé, quel qu’il soit, n’a aucun intérêt à ce qu’internet se développe.

Mais à ce stade la schizophrénique se manifeste. Côté économique, nos gouvernements ont à tout-prix besoin d’un internet puissant. Et comme cette puissance là est vitale, je reste optimiste.

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12 comments

  1. phyrezo says:

    JF Noubel raconte que lorsqu’il travaillait à implanter le premier fournisseur d’accès en France, AOL, dans les années 1990, il y avait une descente de police toute les deux semaines dans les bureaux au pretexte qu’il “mettaient des pedophiles en relation” ou autres crimes violant de l’internet.

    La pyramide ne peut que consolider la pyramide et tous les réseaux sont des menaces directes au pouvoir de la pyramide, la pyramide va donc les combattre jusqu’au moment ou elle se seront imposée, puis va tenter de les contrôler mais sans espoir de succès.

    Il en sera probablement de même des monnaies parallèles (Open money), qui seront en premier lieu déclarées illégales, puis si la masse les adopte, alors l’Etat essaiera de reprendre contrôle sur ces monnaies.

  2. Equilibrium says:

    “ou autres crimes violents de l’internet.” :
    Je privilégierais plutôt cette tournure : “ou autres crimes abusant d’ internet”
    Ce n’est pas parce qu’un bois ou une forêt ont vu se dérouler certains crimes qu’on les accable systématiquement d’être les générateurs de ces crimes !
    Dans la mesure où ce genre d’inférence est largement diffusée dans les médias centralisés à fort taux d’écoute, je conseillerais, par ce type de tournure, de rendre aux utilisateurs leurs responsabilités.
    Si , si… j’y tiens.

  3. Cratyle says:

    Difficile d’être d’accord tant les éléments qui montrent le contraire sont nombreux et variés:
    – Le classement de la France en terme de développement du Web chez les utilisateurs correspond très précisément à son classement en PNB/habitant (voir n’importe quelle stat sur le sujet)
    – Les technologies Telecom française sont parmi les plus développés au monde et certainement en Europe -seuls le Japon et la corée ont réalisé une véritable échappée parmi les pays dits développés-
    – Les grandes entreprises se classent très bien par rapport à leurs concurrents Européens et Mondiaux: cf Orange, SFR, Free… etc.
    – Les start-ups Webs sont remarquablement innovante et se développent globalement en dépit du handicap de la langue: dailymotion, netvibes, deezer, et toute une floppée de nouveaux arrivés,…

    Peut-être est-il temps de ne plus véhiculer les poncifs anglo-saxons sur “le retard français” et d’examiner en détail les éléments concrets?

    On pourrait voir, par exemple, que le développement de l’état est en France bien différent d’une simple pyramide, que derrière la théorie du “centralisme jacobin” se cache des réseaux étatiques beaucoup plus variés, beaucoup plus capillaires et croisés, beaucoup moins rigides qu’il n’y parait.

  4. @Cratyle Tu as raison, tu parles de ce qui est, de ce qui est important… et j’évoque ce que les gens ont dans la tête. Je sais bien que toutes les pyramides ont explosé de partout mais trop de gens leur attachent de l’importance.

  5. Equilibrium says:

    “Les grandes entreprises se classent très bien par rapport à leurs concurrents Européens et Mondiaux: cf Orange, SFR, Free… etc.” :
    Oui, d’ailleurs toutes ces entreprises, pour pouvoir obtenir un bon classement développent bien plus le haut débit…en dehors de l’hexagone (!) qu’en France même. En s’éloignant seulement un peu de la capitale on voit les dégats…
    Comme quoi la vitrine peut sembler plus importante que l’intérieur du magasin.
    C’est malheureusement comme cela que sont véhiculés des “poncifs”.
    Un regard un peu plus resserré sur les débits réels, malgré l’équipement, montre que le retard est bel et bien réel, même si le coût/habitant est important.
    Excusez-moi d’enfoncer des portes ouvertes, mais la fibre optique est encore loin d’avoir atteint, en France, les équivalents extérieurs.
    C’est bien beau de vendre de l’équipement cher, mais encore faut-il que ce soit le bon… (du moins, pour les réseaux) 😉

  6. cercamon says:

    Une autre image pour compléter celle qui illustre votre billet:
    http://gecon.yale.edu/data.php?country=France

    (comparer avec les pays voisins sur le même site)

  7. Superbe… ces cartes montrent que l’activité économique est partout centralisée en fait. C’est assez logique puisqu’il faut être proche des autres et connecter à eux pour bosser (en tout cas suivant l’ancienne logique).

  8. cercamon says:

    A y regarder plus précisément, on voit que la plupart de nos voisins concentrent l’activité économique sur plusieurs centres, souvent un centre principal et des centres secondaires (relais). Je n’en trouve pas d’autres (du moins dans le voisinage de la France) qui montrent une telle concentration sur la seule capitale (le graphique prend la figure de la tour Eiffel!) et un telle insignifiance des centres secondaires.
    (C’est d’ailleurs ce que suggère, de façon moins brutale, l’image qui illustre votre billet. J’aime beaucoup la figure de toile d’araignée sur la Russie.)

  9. JLS says:

    A propos de l’ADSL le taux de penetration en France (2007) est de 25%
    Dientique à la GB et un peu supérieur au Japon, USA, Australie, Espagne, Italie.
    Seul les pays Nordiques , La suisse et la Corée font mieux.
    Donc je ne pense pas que la centralisation soit en frein.
    De toute manière la France a toujours fonctionné comme cela.
    Et cela na jamais géner le developpement.
    Le Japon aussi est très centralisé. (30 millions d’habitant dans la région de Tokyo).

  10. N’a jamais… c’est justement ce raisonnement inductif que je conteste depuis des années… ce qui marchait avant ne marche plus vraiment…

  11. Equilibrium says:

    De plus, JLS, est-ce que le taux de pénétration de l’ADSL vous apprend combien de temps on peut perdre à uploader sur un serveur distant, ne serait-ce que pour faire une MAJ de son site et s’adapter avec rapidité aux attentes des visiteurs ?
    Je ne crois pas.
    Les outils statistiques que vous utilisez ne sont pas adaptés aux NTIC, ils sont totalement à revoir pour améliorer votre photographie comparative.
    En plus, “taux de pénétration” voudrait dire qu’il y a une réelle volonté des FAI à désservir l’ensemble du pays, travaux et maintenance y comris.
    Or, eux-mêmes, dans certaines zones ont une motivation qui varie selon l’état de vétusté des réseaux de communication déjà en place (puisque c’est de ceux-cis qu’ils se servent en premier).
    Et pour les habitants des agglomérations qui font partie de ces zones, il semble impossible de contourner les collectivités.
    Il y a des situations hubuesques où, du point de vue de l’ADSL, des voisins sont séparés par une ligne de démarcation en débit alors qu’ils ont tous le téléphone. Lorsque les FAI parlent “d’admissibilité” cela n’est pas forcément dans le même sens que “taux de pénétration”.

    Mais nous voyons que tout cela nous parle aussi de la situation immobilière en France: le “bourbier” inextricable que personne n’ose toucher de peur de froisser des lobbies qui sont, eux, bien centralisés et pour qui l’ADSL est encore un citron “de luxe” à pressurer.
    On va attendre encore combien de temps, que ces gens aient fini par comprendre “comment ça fonctionne le web ?”, avant de généraliser ce qui devient de plus en plus utile et de moins en moins un luxe pour tous ceux qui ont compris bien avant eux ce que c’est ?
    Doit-on attendre une étude statistique qui montre combien les transports en commun, et leur alimentation en matières premières, sont mieux rentabilisés lorsque les gens n’ont plus à se déplacer à tort et à travers pour obtenir les informations qui leurs manquent et que des personnes ont marre de leur répéter au téléphone parce qu’ils en sont la seule source ?

    Ne voyez vous pas que votre “taux de pénétration” est à des milliards d’années lumières de tout ça ?
    Mince !
    C’est si compliqué que ça de voir qu’en branchant un ordinateur à la place d’un téléphone on a cent fois plus de possibilités ?
    Vous attendez quoi ? Que le sans fil ait la même fiabilité que l’adsl, pour enfin cabler tout le monde à débit raisonnable ?
    Qui a décrêté que ce calcul était plus rentable ? quel est cet âne dont tout le monde semble vouloir faire le centre de décision ?
    Le monde n’en est plus là ! Et depuis longtemps !
    Exemple: Est-ce que la déclaration en ligne a été un échec ? Non !
    Je me joins à Thierry pour dire:
    Alors par pitié, cessez de croire qu’internet est un luxe destiné à vos seuls privilèges. Et renouvelez vos vieux instruments de perception qui vous construisent des cartes “arrangées” pour des budgets qui ne correspondent même plus à la réalité dans ce domaine particulier.
    Si, si … Je persiste . 😉

  12. @ JLS ” la France a toujours fonctionné comme cela.
    Et cela na jamais géner le developpement.”

    @ Thierry “N’a jamais… c’est justement ce raisonnement inductif que je conteste depuis des années… ce qui marchait avant ne marche plus vraiment…”

    oui certes … et en plus, ça ne marchait pas avant non plus.

    * La centralisation / planification a donné à la France une seule période, dans son histoire moderne, où elle s’est développée plus rapidement que ses voisins : la IVème République et la présidence De Gaulle. Période marquée par la “globalisation à l’échelle nationale” de l’économie française (une “nationalisation” comme on dit “mondialisation”) : les firmes régionales fusionnent, publiques ou privées, pour s’attaquer à un marché enfin national, grâce aux infrastructures de transport de marchandises (chemin de fer électrifié par le plan Marshall) et à des médias nationaux (Europe 1, l’arrivée de la télévision…) alors que, pour la première fois de l’histoire, la grande majorité de la population parle une même langue – le français.

    Je doute, avec Thierry, que la façon de gouverner qui a permis de “nationaliser l’économie française”, soit performante pour la plonger dans le multilinguisme, l’incertitude structurelle, l’alternance pénurie / surabondance, la mutation technologique permanente, qui caractérisent la mondialisation.

    D’autant que, “30 glorieuses” mises à part, la centralisation nous a coûté cher aussi depuis le jour d’Austerlitz et Trafalgar. La France a constamment perdu des points sur ses voisins : révolution industrielle en retard, guerres coûteuses successives, aventure coloniale à la fois inconsidérée et tardive, donc pilotée par les lobbies économiques dans des pays faible potentiel économique, etc.

    La centralisation a beaucoup retardé la révolution industrielle, car celle-ci demandait qu’une épargne privée (bénéfices agricoles) se réinvestisse dans la création d’entreprises. La création de quelques entreprises modèles par Napoléon n’était pas une réponse à la hauteur (l’empire éthiopien a refait la même démarche avec le même résultat décevant 120 ans plus tard).

    Quant à la période jusqu’au XVIIIème siècle, je ne suis pas spécialiste, mais si on compare avec l’Angleterre qui comptait, au XVIème siècle, 3 millions d’habitants…

    Je reconnais à une centralisation réussie le grand mérite de garantir la paix civile ; elle peut même apporter, si les valeurs de service public sont suffisamment partagées, de la sécurité juridique aux citoyens et aux investisseurs. L’Allemagne ou l’Italie ont pu nous envier la centralisation, à certaines époques de leur histoire.

    La concentration des richesses en un point facilite aussi, pour le meilleur ou le pire, le développement d’une culture de cour, distincte de la culture populaire.

    Pour le reste, la France doit-elle vraiment beaucoup à sa centralisation, ou est-ce son triste fardeau ?

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