Il me reproche de ne plus parler que des pyramides et du mal qu’elles feraient alors que, par le passé, je parlais des avancées positives : scientifiques, technologiques ou esthétiques.

J’ai justement peur pour ces avancées, dont j’ai d’ailleurs assez rarement parlées sur le blog mais plutôt dans mes livres (et j’espère que ce sera encore le cas dans les prochains).

S’il y a une avancée que j’admire par-dessus tout, c’est celle qui a mis entre les mains des individus des technologies qui jusqu’alors n’étaient accessibles qu’aux hyper-structures. Les individus deviennent surpuissants et les hyper-structures, à l’origine de cette avancée, auront à mon sens de moins en moins de place dans le monde qu’elles ont créé. Une autre histoire commence, celles d’autres avancées permises par les avancées du passé. Merci les hyper-structures, votre histoire est terminée, vos méthodes ne nous conviennent plus.

Je parle aujourd’hui ici-même de ce qui est en train de nous flinguer et que le Passant ne veut pas voir. Longtemps moi aussi je ne me suis intéressé qu’à nos avancées positives. J’avais, et j’ai encore, une telle confiance en l’homme que j’étais persuadé que nous nous en tirerions toujours. Je savais qu’il y avait des pauvres, je l’acceptais comme une fatalité, une espèce d’effet de bord. Je passais mon temps dans les musées, à lire, à mon plaisir, je rêvais de prouesses technologiques. Et puis, en même temps que j’écrivais Le peuple des connecteurs, j’ai mesuré combien tout cela était fragile et en danger.

Je continue à voir les merveilles produites par les pyramides mais je vois plus clairement les désastres qui les entourent. Et je m’inquiète. Je ne veux pas que nous entrions dans l’immobilisme caractéristique des dictatures. Or, d’après moi, vu les circonstances démographiques, écologiques et technologiques, les pyramides ne se maintiendront pas sans verser dans la dictature. Le processus a déjà commencé pour qui veut ouvrir les yeux.

Il m’arrive donc de moins parler de ce que j’aime et plus de ce qui le flingue. J’ai consacré presque toute ma vie à écrire sur ces choses que j’aime, je peux bien me détourner d’elles quelque peu dans ces notes. Mon livre sur Ératosthène parlera de la quête du bonheur. Ma Brève histoire de l’informatique sera une histoire de la spiritualité et comment l’humanité s’apprête à franchir une nouvelle étape dans son évolution.

Mais ces rêves ne seront possibles que si nous créons un écosystème favorable. Je ne suis plus sûr que le nôtre le soit longtemps. On se trouve encore à un point d’équilibre. La créativité scientifique se poursuit mais le système qui la soutient n’est pas soutenable. C’est le fond de mon discours libertaire dans Le peuple des connecteurs.

L’interdépendance massive qui se développe, nous rend de plus en plus conscient individuellement et collectivement. Un homme conscient ne peut plus faire abstraction des horreurs qui l’entourent. Il les ressent physiquement comme si elles le frappaient lui-même ou son entourage proche. Par le passé, nous étions conscients de notre famille, de notre commune, voire de notre pays… Nous sommes conscients du monde et ça change beaucoup de choses.

C’est sûr qu’il ne sert à rien de se lamenter. Ce n’est pas en parlant du malheur des autres et en criant au loup qu’on règlera ce malheur. Et ce n’est pas ce que je fais. Je suis sûr que nous règlerons ces problèmes grâce aux progrès scientifiques, esthétiques et spirituels. Ces progrès doivent être encouragés par tous les moyens. Nous ne nous maintiendrons pas sur la courbe exponentielle rêvée par Kurzweil sans réajustement social de grande envergure. La technologie, la science, l’art, la spiritualité ne peuvent pas changer sans changements sociaux. C’est pour moi inconcevable.

Oui nous innovons aujourd’hui. Mais nous devons aussi songer aux conditions de possibilités des innovations de demain.

Tu dis une chose inacceptable. Je résume. « Il y a des mecs exceptionnels qui peuvent vivre librement et les autres resteront des esclaves quoi qu’il arrive. » C’est le fond de ta pensée si ne je me trompe pas.

J’estime être un de ces hommes libres, comme toi tu estimes l’être, mais je ne vois pas pourquoi cette façon de vivre serait réservée à une élite de privilégiés. J’estime que pour perdurer sur cette planète, pour que l’aventure scientifique, esthétique et spirituelle que nous aimons tous les deux se prolonge, nous avons besoin de plus d’hommes libres et de moins d’esclaves.

Plus nous serons nombreux à nous trouver sur la voie qui nous est chère, plus les choses accélèreront et plus nous nous émerveillerons.

Almost all the Alternative History computer simulations suggest that the Battle of Tours (AD 732) was one of the crucial disasters of mankind. Had Charles Martel been defeated, Islam might have resolved the internal differences that were tearing it apart and gone on to conquer Europe. Thus centuries of Christian barbarism would have been avoided, the Industrial Revolution would have started almost a thousand years earlier, and by now we would have reached the nearer stars instead of merely the further planets. [Arthur C. Clarke, The Fountains of Paradise, 1979]

Je viens de passer plusieurs années avec les Grecs d’Alexandrie. Si la décadence, notamment romaine puis chrétienne, n’avait pas brisé leurs rêves nous orbiterions sans doute déjà autour d’étoiles lointaines. J’aimerais que nous évitions à nouveau ces petits contretemps. À ne regarder que ce qui va bien dans le monde, on va se prendre le mur de plein fouet.

Sur la méthode pour éviter le désastre ma position n’a pas évolué ces dernières années. Je crois aux solutions locales, je crois que c’est à chacun de résoudre l’équation de sa vie et qu’ainsi nous résoudrons collectivement celle du monde.

Cette façon de voir les choses s’est toujours heurtée aux systèmes dictatoriaux qui nous empêchent de vivre librement et qui décident pour nous ce qui est bon et ne l’est pas. Aujourd’hui, parce qu’il y a une crise, les méchants montrent plus que jamais qu’ils veulent nous imposer leurs solutions. Il me semble normal que je leur dise que je ne suis pas d’accord avec eux. Tant que leurs agitations n’entravent pas mon art de vivre, je m’en moque mais quand ils me dérangent je me dois de réagir. Comme je suis un écrivain, c’est en écrivant.

Je reste attaché à mon crédo : sans bruit, sans manifester, sans revendiquer les connecteurs changent le monde. Mais ils ont aussi besoin de conscience. Je ne fais rien d’autre que créer de la conscience, au moins pour moi.

Mon crédo n’est pas la passivité mais celui de l’action constructive. Faut-il encore justement que les gens songent à construire et qu’ils cessent de croire que la pyramide les sauvera. Mon crédo passe par la responsabilité, par la réappropriation de la liberté.

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22 comments

  1. Un passant says:

    Nicolas Voisin a fait un truc très bien récemment: Chermedia.

    Il a mis en réseau des bibliothécaires de la France profonde.

    En faisant cela, il a fait la nouvelle politique. Il a donné de la puissance à des réseaux locaux, qui vont nourrir positivement la population.

    Quand il fait cela, il fait quelque chose de beaucoup plus important que lorsqu’il écrit 300 articles contre Sarkozy.

    Il faut faire, et arrêter de s’en prendre par la parole à “un système”, bouc émissaire de tout.

    Pour construire le nouveau monde, il n’est pas nécessaire de démolir l’ancien.

    Il n’y a qu’à tracer le chemin, pierre à pierre.

    Quand le chemin nouveau sera construit, l’ancien monde tombera de lui-même, comme la vieille peau du serpent tombe avec l’éclosion de sa nouvelle.

    L’erreur de ceux qui tapent sur le système, c’est de vouloir faire la peau au serpent, sans avoir encore tissé jusqu’au bout la peau nouvelle.

    Et le système n’empêche pas de tisser la peau nouvelle, il y a des tas de chemins qui ne demandent qu’à être empruntés. On peut donc la tisser sans perdre de temps à attaquer les citadelles.

    Attaquer les citadelles, c’est la vieille politique.
    Inventer des chemins parallèles, c’est la nouvelle.

    C’est la fin du monde à une seule dimension où A doit d’abord démolir B pour commencer à exister.

    C’est un monde où nous créons plusieurs dimensions. Un monde en 3D. C’est cela la révolution politique du numérique et des réseaux.

    Tu passes trop de temps à vouloir prouver ton système. La seule preuve qui vaille, c’est de réaliser, pas de démontrer que “le pyramidal mène au crash”, car si l’alternative n’est pas construite, personne voudra abandonner le système actuel.
    Construis la nouvelle peau, et ne t’occupe pas de l’ancienne. Elle tombera quand tu auras fini la nouvelle.

  2. Passant (suite) says:

    « Il y a des mecs exceptionnels qui peuvent vivre librement et les autres resteront des esclaves quoi qu’il arrive. »

    C’est pas tout à fait ça.

    Je parlais d’électrons libres.

    Je ne crois pas que ce soit un avantage de vivre en électron libre. Ce n’est pas un privilège. C’est une question de nature, c’est tout.

    Il y a énormément de gens qui sont heureux dans un cadre structuré, et n’aiment pas l’état d’instabilité de l’électron libre.
    Ce ne sont pas des esclaves pour autant, et ils ne sont pas plus malheureux que l’électron libre.

    Dans la nature, l’électron libre a souvent un rôle créatif, mais en conjuguaison avec des structures ordonnées.

    Tu ne peux pas avoir un monde fait d’électrons libres: il faut des structures à gravité forte. Il faut des formes relativement stables et ordonnées, et même pyramidales.

    Les artistes, les créateurs, les fous, sont des électrons libres qui apportent à la société, mais qui ne sont pas la société.

    Ils ne peuvent pas chercher à imposer leur instabilité à toute la société. Ils doivent respecter le principe d’une société structurée.

    Ils bousculent un peu la forme d’une structure, mais celle-ci adopte alors une nouvelle structuration stable, qui est nécessaire.

    Ils sont des agents actifs de l’évolution, mais ils ne sont pas les briques solides qui maintiennent la création dans le temps.

    L’auto-organisation, cela convient pour des sphères marginales, qui vont bousculer la société positivement, qui vont innover ici ou là.

    ça ne sera jamais le modèle structurant de la société dans son ensemble.

    On ne connaitra pas “l’éradication de la World Bank et du FMI”, comme tu le rêves dans le Peuple des connecteurs.

    Ils changeront peut-être de nom et un peu de forme, mais il y aura toujours des grandes structures de ce type. Elles vont même se renforcer, dans le même temps que des réseaux se construiront en parallèle.

    L’électron libre ne peut pas éradiquer toutes les grandes structures, sauf à détruire la notion même de société.

    Tout ce que tu peux faire, c’est inventer des chemins et des réseaux parallèles, des raccourcis, qui vont booster l’innovation.

    Mais tu dois laisser le monde être constitué de formes (relativement) stables et ordonnées, sans lesquelles la liberté ne construit rien.

    Vouloir opposer “hommes libres” à “esclaves”, c’est sous-entendre que tout le monde doit être pareil, sinon on a un “avantagé” et un “désavantagé”.

    Je ne crois pas à cela, à cette opposition de classes. On a des structurations différentes, complémentaires, plus ou moins rigides.

    Comme il y a des acides gras saturés et des acides gras insaturés. La nature a besoin des deux.
    Les pyramides et les réseaux libres.

    S’en prendre à toutes les pyramides c’est aussi fou que de vouloir mettre en prison tous les libertaires. Chacun a son rôle nécessaire.

  3. Paul .ca says:

    Pffff ….
    Ça devient le bordel sur ce blog. Je vous annonce que je lis très rapidement (en diagonale) toutes vos interventions, Thierry comme celle du Passant & co. Les flatteries ça sera pour une autre fois.

    1ere chose, renseignez vous un peu mieux sur ce dont vous parlez.

    2e chose, indiquez des détails sinon avec les grand principes “virtuels” on peut parler des siècles sans avancer d’un mètre. La peau du serpent, l’eau du bébé, le bonheur etc …

    3e chose, inutile de répondre à tout les commentaires. Ignorez les bêtises mais n’ignorez pas ce qui est vraiment pertinent même si ça écorne votre théorie.

    J’adhère au projet de Thierry quand il parle d’être constructif mais la réalisation laisse vraiment à désirer. Je suis déçu et la majorité des commentaires que je lis actuellement me déçoivent. il faut arrêter de parler si c’est pour dire des n’importe quoi. La réflexion nécessite de comprendre en profondeur les règles qui nous régissent mais aussi de garder son calme et sa sérénité.

    4e chose, n’essayez pas d’avancer trop vite dans la compréhension du monde mais a votre propre rythme.

    5e chose, asseyez vous sur votre égo, souriez un peu et décontractez-vous. Voyez, le bonheur arrive de lui même. 😀

    Ce qui est encourageant dans un travail de groupe, c’est de mettre en commun les intelligences pour en créer “une supérieur”. Thierry doit redescendre de son piédestal. Il se trompe parfois lourdement et risque d’amener tout le groupe dans un cul de sac. Il a un égo beaucoup trop gros pour bien assurer la tache ambitieuse qu’il s’est donné. il doit un faire un travail sur lui s’il veut construire durable et solide. Sinon le résultat sera décevant comme ce que je lis là.

  4. Un passant says:

    Paul, on a le droit de lire en diagonale, mais alors il vaut mieux éviter de commenter après pour dire “j’ai pas lu mais j’ai pas compris” 🙂

    Ce post de Thierry n’était pas décevant mais intéressant, et je pense que c’est justement un exemple de “travail sur soi”, qu’il vient de faire.

  5. Henri A says:

    A Pauly à Venise :
    D’accord avec les deux premiers points.
    Il me semble que cette discussion est “personnelle”, dans la sphère du privé. Le passant utilise des prétextes pour dire en définitive autre chose.

    A part ça, la lecture de l’autrichien, hein ?

  6. J says:

    Vive la France!
    Vive le Québec (libre)!

    Je vous ai compris…

  7. Un passant says:

    “cette discussion est “personnelle”, dans la sphère du privé”

    Pas du tout. C’est une discussion de stratégie.

    Tu devrais lire autre chose que Karl Kraus le pamphlétaire.

    Kraus est l’exemple de l’écrivain politique qui a raté tous ses combats. Adoptant une ligne de dénonciation permanente du mal, il a été incapable d’empêcher la folie nazie qui lui a survécu.

    Sa méthodologie est stupide.

    On ne gagne rien en étant contre un système. On gagne en étant une force créative affirmative.

    Kraus est uniquement un réactif. Pas un créatif. Il conduit à l’échec, à l’impuissance frustrée.

  8. Paul .ca says:

    Au passant
    A l’eau !

    A Henri
    De ce que j’ai lu de ton texte en français, j’accroche moyennement à Robert Musil.

  9. Henri A says:

    A Un passant qui devrait s’asseoir et apprendre à lire :
    Ce qui est ennuyeux ici et ailleurs, c’est qu’il faut se répéter inlassablement pour qu’il y ait une chance que cela rentre.
    “1ere chose, renseignez vous un peu mieux sur ce dont vous parlez.”
    Ben oui.
    “Pas du tout. C’est une discussion de stratégie.”
    Ben non, c’est une discussion de stratégie ( vu que tu aimes bien ce mot ) de vie.
    De forme de vie. As-tu des compétences particulières pour parler de stratégies pour changer ou pas un monde ? Non, personne n’a ce genre de compétences.
    Tu essaies de penser en millier de kilomètres, en milliers de tonnes et en milliers d’années avec une loupe et une pendule.

  10. Un passant says:

    “personne n’a ce genre de compétences.”

    A ce compte-là on ne discute plus de rien.

    C’est tout de même vous qui parlez de changer le monde. Quelles sont vos compétences pour mettre à bas les pyramides, pour critiquer 99,99% des experts et institutions, qui vous permettent de vivre aujourd’hui ?

    Tu es contaminé par Kraus. Tu cherches la petite bête. Tu te noies dans les imprécisions de détails. Tu fais des remarques de grammaire.

    Tu crois que le monde s’écroûle quand le langage est imprécis.

    Je suis de l’école de Stendhal: le langage ne peut pas être précis, sauf à arrêter la vie.

    Il y a ceux qui veulent comprendre, et ceux qui font semblant de ne pas comprendre en montrant du doigt la virgule qui manque.

  11. J’aime Musil, je l’ai beaucoup lu il y a vingt ans, le texte pointé par Henri m’a alors enthousiasmé car il me donnait des arguments contre les littéraires. Il ne déconseille pas l’usage des analogies mais demande à ceux qui font des analogies de comprendre un minimum les deux domaines mis en contact. C’est comme ça que je l’ai compris (sinon je ne continuerais pas à jouer au connecteur et à lier des domaines éloignés, ce qui me paraît le travail de l’artiste, et je considère mon travail comme simplement artistique… et il ne prétend à rein d’autre).

    En plus dans ce texte, Musil tape sur Spengler dont la lecture m’a rendu fou. Justement Spengler montre qu’on peut connecter n’importe quoi et faire dire tout ce qu’on veut à des analogies. De son côté, Musil crée aussi des relations qui éclairent. J’espère qu’au final les miennes quand elles se consolideront les unes les autres avec temps seront de cette nature.

    Encore une fois, je ne te comprends pas Paul. Si nous sommes nuls, ne vient plus nous lire et épargne nous tes leçons. Nous ne sommes plus des petits garçons. Si nous sommes nuls, nous nous retrouverons seuls à crapoter dans notre coin. Et basta. Ce n’est pas grave après tout parce selon toi nous sommes insignifiants. Nous faisons du bruit pour rien et alors. Ça te dérange en quoi ? Tu veux nous sauver de quoi ? De la médiocrité ?

    Je réponds aux commentaires qui stimulent chez moi une conversation. Même J a réussi à me faire pondre des textes. Henri me fait tourner deux fois ma langue (même si je ne crois pas à la précision… encore une fois parce que je ne suis pas idéaliste). Et si Passant pose des questions ou des objections que j’estime une fois de plus devoir adresser je le fais. C’est à moi de décider ce qui doit être publié ou non sur ce blog. C’est un espace intime/public, c’est mon atelier, pas une œuvre finie… et j’aime d’ailleurs par-dessus-tout les ébauches en littérature comme en peinture.

    Je me permets ici des choses que j’aurais du mal à faire passer dans mes livres (peut-être à tors). Et je verrai bien avec le temps ce qui surnagera de tout ça (tu ferais mieux de lire mes livres tu comprendrais un peu de quoi je parle).

    Je vais d’ailleurs écrire rapidement un autre billet pour répondre à Passant. Je vais sans doute me répéter, mais chaque fois j’ai l’impression d’attaquer la montagne par une autre face. Je fais un peu comme le sculpteur qui martèle sa pièce de toute-part. Elle finira par prendre forme. C’est mon idéal artistique en tout cas (je crée une sorte de série qui devra être réédifiée).

  12. Equilibrium says:

    Ne laissons pas au serpent le temps de se constituer une nouvelle peau.
    Une peau reste une peau, ce n’est qu’une apparence. la nature du serpent est de toujours continuer à mordre l’électron libre pour profiter de ses innovations, comme il l’a toujours fait. Le serpent mue, il ne change pas. IL continue à affirmer que les innovations viennent de lui alors qu’il a spolié ses réels auteurs.
    Certains ont peur que, pour une fois, le contraire se produise. Ils jouent les charmeurs de serpents.
    Il ne faut plus avoir peur de n’avoir pas pour don de charmer les serpents. Il existe d’autres talents qui ne demandent qu’à être confirmés et qui devront dorénavant l’être sans que “charmer le serpent” soit une étape obligatoire.

    Certains disent que ceux qui hurlent à force de rencontrer les obstacles que le serpent leur impose ne voient qu’un monde unidimensionnel.
    Mais en réalité, qui continue à ne vouloir maintenir qu’une seule dimension dans le monde et à s’opposer à toute évolution qui justement verrait l’avènement de mondes multidimensionnels dans lesquels le serpent ne peut pas survivre ?
    Je le dirais sans ambage, l’année du serpent est terminée !
    Passons à celle du reste du monde, celui qui change de l’intérieur et qui ne se contente pas de muer en laissant avec son ancienne veste ceux qu’il a rencontré !
    C’est maintenant au serpent d’arrêter de mordre lorsque quelque chose dépasse son monde de reptiles…

  13. Un passant says:

    Le problème de Spengler n’est pas qu’il use de l’analogie en mêlant des tonnes de données diverses.
    Mais qu’il parte d’une vision pessimiste et anti-moderniste du monde.
    Il trouve ce qu’il cherche, et ce qu’il cherche est négatif.

    Thomas Mann a mieux perçu le cas Spengler, que n’a fait Musil. Musil tombe sur la méthode de Spengler, avec un esprit de caricature qui ne mène à rien.

    Thomas Mann ne critique pas a priori le principe des analogies, mais la façon dont elles sont conduites par Spengler, avec un esprit pessimiste et misanthrope.

    Thomas Mann critique l’idée de départ pessimiste et les conclusions de Spengler, mais il a du respect pour le côté épopée et stimulant du brassage des données culturelles.

    C’est trop facile de se gloser du mélange des données en taxant quelqu’un de dilettante.

    Adorno est également plus fin que Musil, dans son jugement des failles de Spengler.

    Pour ce qui est de la méthode analogique, Proust manie l’analogie tout azimut, et il ne dit pas de conneries par ce biais.

    Montaigne mélange des tonnes de données, passe son temps à faire des analogies, et il ne dit pas de conneries.

    Henri dit des trucs précis, mais on ne voit pas où ça mène. ça fait cul-de-sac.

  14. Henri A says:

    Le passant :
    J’ai passé l’age de jouer à celui qui pisse le plus loin.
    Tu es fatiguant.

  15. Un passant says:

    Sans U, fatigant, pour l’adjectif.

    C’est pas une question de pisser le plus loin, c’est une question de philosophie castratrice à force de récuser les analogies et les imprécisions. La précision n’existe pas. Un mot n’est pas quelque de précis. N’importe quel mot est déjà un gouffre d’analogies. Il comprend tout le flou de ses usages divers.

  16. Takatukité says:

    ” la précision n’existe pas” :
    Comprenez ici que le manque de précision peut aussi déraper sur la perception du monde de cet homme là… Il y a là comme un petit “carrefour d’Hanoï” qui devra très rapidement s’ autoréguler 😉

    Lorsqu’il écrit : ” Thomas Mann ne critique pas a priori le principe des analogies, mais la façon dont elles sont conduites par Spengler, avec un esprit pessimiste et misanthrope. ” il le recopie sans doute d’un bouquin parce que le mot “analogie” était dans la phrase qu’il a repiquée, mais pour lui, cela veut probablement aussi bien dire le contraire.

    Tout dépendra si c’est Thomas Mann ou Spengler qui se retrouve en face de lui. Si aucun des deux ne trouvent cette remarque intelligente, ce n’est que là qu’il se souviendra, comme par magie, de l’auteur de ce commentaire.
    🙂

  17. Un passant says:

    “Takatukité” tu es ce qu’il y a de plus misérable.
    Tu n’apportes jamais aucune argumentation, tu cherches juste à dénigrer les personnes.

    Ce genre de phrase:

    “il le recopie sans doute d’un bouquin”

    combien de fois je l’ai entendue dans la bouche de gens qui n’avaient jamais rien à dire, qui n’étaient jamais capables de mener aucune argumentation, et qui en définitive en arrivaient à des arguties de ce style.

    Ce sont typiquement les gens comme toi qui me font douter des théories de Thierry.

    Quand on voit la masse de cons qu’il y a sur Terre, on se dit que si notre système reste viable malgré eux, c’est qu’il est très très bien foutu.

    Lis Thomas Mann au lieu de spéculer sur mes sources avec a priori persifleur.

  18. Passant (suite) says:

    Puisque Takatukité aime les bouquins, voici un extrait assez intéressant sur la considération a priori paradoxale qu’Adorno porte à Spengler:

    ———————————————–

    Michael Löwy
    “Ernst Bloch & Theodor Adorno : lumières du romantisme”

    “(Pour Adorno,) l’oubli dans lequel est tombé après sa mort l’auteur de La Décadence de l’Occident (Spengler) ne se justifie pas :

    « Spengler n’a pas trouvé d’adversaire à sa taille : l’oubli ressemble à une dérobade » ;

    si l’on examine les critiques jusqu’à 1922 on se rend compte

    « à quel point l’esprit allemand échoua devant un adversaire qui semblait concentrer en lui la force historique du passé ».

    L’acuité intellectuelle de Spengler lui a permis de deviner

    « l’ambiguïté des Lumières à l’époque de la domination universelle ».

    Ses «pronostics spécifiques sont tout aussi étonnants » :

    que ce soit au sujet de l’art, de la presse, de la guerre, de l’économie, le cours des événements

    « correspond assez nettement au pronostic de Spengler »

    Quoi qu’on puisse penser de cette surprenante sur-evaluation de Spengler (et, parallèlement, de l’excessive dé-valuation (de Huxley),

    il est évident qu’Adorno prend au sérieux ce type de critique romantique des idéologies conformistes du progrès – sans nullement accepter ses prémisses anti-illuministes rétrogrades et conservatrices.

    En dernière analyse, Adorno se situe plutôt sur le terrain d’une critique interne de l’Aufklärung que sur celui du romantisme.”

    ———————————————–

    Ce qui est intéressant dans cette attitude d’Adorno, c’est qu’il ne méprise pas a priori les analyses de Spengler, au nom de son manque de rigueur scientifique, comme fait Musil.

    Musil se gausse de Spengler et ne le prend pas au sérieux. Il démontre sa fausseté.

    “Manque de rigueur”. On croirait entendre Henri ou Paul.

    Adorno, à l’inverse, prend en considération la force des intuitions de Spengler, et perçoit leur poids politique.

    Adorno ne s’arrête pas à une critique de la méthode de Spengler, il cherche à voir si, peu importe sa méthode analogique, Spengler dit des choses qui aident à comprendre le monde.

    Son attitude critique est beaucoup plus riche intellectuellement que celle de la gausserie méprisante.

    Et il est clair que Kraus ou Musil n’ont pas su répondre intellectuellement à ce qui se jouait à l’époque, et qui a débouché sur le nazisme.

    Leur mépris intellectuel pour Spengler a été un obstacle à la formulation d’une réponse adaptée.

    ——-

    Pour terminer sur une analogie, la critique de Spengler par Musil ressemble à la critique du Front National par la gauche française: elle échoue, parce qu’elle est trop frontale et méprisante.

    A l’inverse, Sarkozy a réussi à vaincre le Front National, non pas en s’opposant directement à lui, mais en aspirant quelques symboles (sans grand danger pour la société), le vidant ainsi de son énergie vitale.

    Là où la gauche s’opposait intellectuellement au Front National, sans réussir, Sarkozy l’a détruit biologiquement, par siphonnage des fluides.

  19. Passant - suite says:

    Puisque Takatukité aime les bouquins,

    voici un extrait assez intéressant sur la considération a priori paradoxale qu’Adorno porte à Spengler:

    ———————————————–

    Michael Löwy
    “Ernst Bloch & Theodor Adorno : lumières du romantisme”

    “(Pour Adorno,) l’oubli dans lequel est tombé après sa mort l’auteur de La Décadence de l’Occident (Spengler) ne se justifie pas :

    « Spengler n’a pas trouvé d’adversaire à sa taille : l’oubli ressemble à une dérobade » ;

    si l’on examine les critiques jusqu’à 1922 on se rend compte

    « à quel point l’esprit allemand échoua devant un adversaire qui semblait concentrer en lui la force historique du passé ».

    L’acuité intellectuelle de Spengler lui a permis de deviner

    « l’ambiguïté des Lumières à l’époque de la domination universelle ».

    Ses «pronostics spécifiques sont tout aussi étonnants » :

    que ce soit au sujet de l’art, de la presse, de la guerre, de l’économie, le cours des événements

    « correspond assez nettement au pronostic de Spengler »

    Quoi qu’on puisse penser de cette surprenante sur-evaluation de Spengler (et, parallèlement, de l’excessive dé-valuation (de Huxley),

    il est évident qu’Adorno prend au sérieux ce type de critique romantique des idéologies conformistes du progrès – sans nullement accepter ses prémisses anti-illuministes rétrogrades et conservatrices.

    En dernière analyse, Adorno se situe plutôt sur le terrain d’une critique interne de l’Aufklärung que sur celui du romantisme.”

    ———————————————–

    Ce qui est intéressant dans cette attitude d’Adorno, c’est qu’il ne méprise pas a priori les analyses de Spengler, au nom de son manque de rigueur scientifique, comme fait Musil.

    Musil se gausse de Spengler et ne le prend pas au sérieux. Il démontre sa fausseté.

    “Manque de rigueur”. On croirait entendre Henri ou Paul.

    Adorno, à l’inverse, prend en considération la force des intuitions de Spengler, et perçoit leur poids politique.

    Adorno ne s’arrête pas à une critique de la méthode de Spengler, il cherche à voir si, peu importe sa méthode analogique, Spengler dit des choses qui aident à comprendre le monde.

    Son attitude critique est beaucoup plus riche intellectuellement que celle de la gausserie méprisante.

    Et il est clair que Kraus ou Musil n’ont pas su répondre intellectuellement à ce qui se jouait à l’époque, et qui a débouché sur le nazisme.

    Leur mépris intellectuel pour Spengler a été un obstacle à la formulation d’une réponse adaptée.

    ——-

    Pour terminer sur une analogie, la critique de Spengler par Musil ressemble à la critique du Front National par la gauche française: elle échoue, parce qu’elle est trop frontale et méprisante.

    A l’inverse, Sarkozy a réussi à vaincre le Front National, non pas en s’opposant directement à lui, mais en aspirant quelques symboles (sans grand danger pour la société), le vidant ainsi de son énergie vitale.

    Là où la gauche s’opposait intellectuellement au Front National, sans réussir, Sarkozy l’a détruit biologiquement, par siphonnage des fluides.

  20. Takatukité says:

    Apparemment, la lecture de Thomas Mann ne vous à pas beaucoup avancé:
    Question de précisions à comprendre, sans doute.

    Comien de fois j’ai lu des gens faire des commentaires avec des copiés collés d’idées de personnes qui les ont impressionné. Ces commentaires polémiques sur les styles, portent invariablement sur des écrivains morts. Ces mêmes commentateurs qu’on retrouve dans des émissions télé pour nous faire la leçon de la culture, alors qu’ils se dédisent d’un écrivain à l’autre parce qu’un documentaliste de leur équipe leur rédige leur fiches.

    Ce sont typiquement des gens comme toi qui me font douter de ” la culture et des bienfaits du système ” par rapport aux théories de gens qui commencent à penser et à réfléchir par eux-mêmes.

    Je ne spécule aucunement sur tes sources, vous autres, vous avez tous les mêmes, le parfait “petit manuel de ce qu’il faut connaître pour avoir l’air de penser” dans les sphères mondaines parisiano-politicardes.
    Vous décortiquez soigneusement le style des auteurs qu’on vous demande de lire ” pour le système ” pour être sur de n’avoir loupé aucune critique. Vous avalez les commentaires des commentaires de ces livres dans les magazines aux fonds de commerces promotionnels, alors que l’auteur s’escrime à être le plus clair possible pour amener le lecteur à comprendre ce qu’il écrit.
    Vous retrouvez les mêmes situations dans la vie et vous répétez les mêmes erreurs…Et pourtant, ben oui, ” c’était dans le bouquin que j’ai lu hier “…
    Vous begayez vos systèmes alors que le nombre de livres qui vous disent que ce n’est plus là que vous trouverez quoique ce soit s’ammoncelle dans vos bibliothèques.
    Si effectivement tu te trouves près d’un arbre de cons, c’est que tu n’en est pas tombé très loin. Mais c’est bien, ca t’as fait au moins un peu avancé…

  21. Un passant says:

    Takatukité

    Pas un instant tu argumentes sur le fond du sujet.

    Tu te contentes d’accuser ton interlocuteur de copier-coller.

    ça mène à quoi ?

    Tu ne fais pas avancer d’un poil le sujet.

    Tu ressembles à un homme qui, alors qu’on lui parle d’un film, et qu’on lui propose de voir le DVD, crie : “tu l’as volé ton DVD ?”
    Et il en reste sur cette accusation sans chercher à voir le film: “tu l’as volé ton DVD ? Je le sais, tu ressembles aux mecs qui volent des DVDs”

    Sors de ta parano et de l’ad hominem, et essaie de débattre du fond.

    Ton commentaire sur “les sphères mondaines parisiano-politicardes” est tellement ridicule et inapproprié, adressé à un interlocuteur que tu ne connais pas, et qui a passé sa vie à se détourner des salons mondains et des carrières tracées pour vivre en électron libre.

  22. phyrezo says:

    Au Passant : je n’ai lu que ton premier commentaire, apres ca partais en cacouhete. Mais le premier est interessant, et encore une fois on se retrouve.

    Le but du jeu c’est de construire des systèmes en réseau, à côté des pyramides. Comme l’OpenMoney ne doit pas attendre la fin des monnaies centralisés pour emmergé, autant que l’Internet n’a pas du attendre la chute de la presse écrite, etc…

    La manière dont je comprends le discours de Thierry, ce n’est pas tant de dire qu’il faut détruire les pyramides, mais de pointer leurs limites pour éveiller la consience des gens et les accompagner dans la transition. Et je ne le vois partir tel Don Quichotte au combat contre la World Bank.

    La ou par contre il y a combat, c’est tout ce qui entrave l’émergence du réseau. Et ca la pyramide en est spécialiste: tuer la concurence dans l’oeuf. Au début d’internet, les fournisseur d’accès recevaient la visite des flics toutes les deux semaines, pour arrêter les serveurs.

    Une avancée comme celle de l’Auto-entrepreneur est par contre un signal plutot positif, mais encore largement trop timide: quelle difficulté de se mettre à son compte en France !

    Alors attention, si l’OpenMoney se diffuse tu va avoir une prise d’arme de la pyramide, parce qu’effectivement cela remets en cause l’autorité pyramidale.

    Des pyramides dans le réseaux pourquoi pas, mais pas une pyramide qui fait obstruction au réseau.

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