Je me suis longtemps intéressé au Nouveau roman, puis à Georges Perec et à l’Oulipo. L’écriture à contraintes alliait la logique et la littérature et je me suis laissé griser par le genre. Je suis allé jusqu’à écrire un roman où chaque signe aurait une valeur temporelle. Pour dire qu’une moto passait dans la rue, j’utilisais autant de signes que la moto prenait pour passer. J’avais développé une macro Word qui mesurait la durée de mes phrases.

Puis je me suis intéressé à la philosophie et je me suis lassé de ces jeux. J’avais besoin de plus de liberté, je voulais bannir les contraintes. Mais chaque fois que je me suis aventuré dans le romanesque, j’ai eu du mal à me départir de mes vieilles habitudes. J’étais souvent expéditif comme avec mon histoire de moto. Je ne passais pas deux plombes à camper les personnages, encore moins à m’attarder sur leurs atermoiements psychologiques. Ce n’est pas mon truc.

Et là je découvre un nouveau genre romanesque, le twiller, contraction de Twitter et de thriller. Le texte est posté sur une plate-forme de microblogging comme Twitter. Il se compose donc d’une série d’épisodes de 140 caractères maximum chacun. Pour le coup, il faut s’en tenir à l’essentiel. Si chaque jour seulement quelques phrases sont postées, il faut concentrer.

Pour mon prochain livre, Une brève histoire de l’informatique, série d’historiettes sur le modèle de La première gorgée de bière, je me suis amusé à écrire un début de twiller, en partant d’une idée qui traîne dans ma tête depuis quelque temps. Je me suis alors dit pourquoi pas poursuivre en live sur mon blog.

Sur le côté gauche de l’écran se suivraient les SMS postés sur Twitter avec les commentaires associés, sur le côté droit la reconstruction du chapitre en cours d’écriture.

Notes

  1. J’ai découvert le twiller dans une minuscule note de Wired. J’ai retrouvé des articles qui pointaient tous vers Matt Richel (il débute son twiller en juin 2008 et termine en décembre).
  2. Richel, journaliste au New York Time et romancier, semble l’initiateur du genre.
  3. J’ai l’impression que son twiller n’avance pas beaucoup. Pour le prendre au début…
  4. Les commentaires de son billet manifeste m’ont plutôt amusé. Je vois l’exercice comme un jeu littéraire. Les jeux littéraires peuvent mener à des œuvres comme La vie mode d’emploi. Pas besoin de dire que le narrateur ne peut parler qu’à travers des SMS comme chez Richel… où ce sera la chute pour justifier a posteriori la forme. Mais est-ce nécessaire ? Non.
  5. Twitter n’est pas indispensable à l’exercice. Tout le texte peut se retrouver sur un blog. Il doit exister en plusieurs versions car sur Twitter difficile de prendre le train en marche.
  6. La contrainte, c’est aussi écrire en français, pas en langage SMS, donc rester littéraire. Il faut qu’au final le texte ressemble à un autre texte. J’imagine que la façon dont il aura été écrit lui donnera une coloration particulière. Une forme d’urgence. Je n’en sais rien.
  7. C’est la forme la plus apte à autoriser l’interactivité puisque des commentaires pourront être effectués après chaque SMS.
  8. Les Japonais lisent et écrivent sur mobile des romans, ou plutôt des keitai shousetsu. Pourquoi ne pas les imiter ?
  9. Ce serait aussi pour moi l’occasion de revenir à la puissance créative du web… et de cesser de questionner le système. Il ne faut pas oublier d’essayer d’en construire un autre à côté.
  10. Je réfléchis maintenant à la meilleure façon d’organiser la version blog du twiller. J’hésite encore à créer twiller.tcrouzet.com, un autre URL ou faire ça simplement dans une catégorie de ce blog, avec bien sûr une mise en page quelque peu différente. Détails techniques mais qui ont l’importance pour que ce ne soit pas une usine à gaz.

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15 comments

  1. Jeff says:

    Je suis tes réflexions sur twitter depuis un p’tit moment et j’avoue sentir aussi du bout de la souris la puissance créative de Twitter. Te voyant ainsi te lancer me donne bien envie de m’y mettre aussi…

    Si tu te jettes à l’eau, je lance mon twiller aussi 🙂 !!

  2. Je vais monter le blog pendant les vacances… et la mécanique pour récupérer les SMS et les remettre en page.

  3. Philippine says:

    “Ce serait aussi pour moi l’occasion de revenir à la puissance créative du web… et de cesser de questionner le système. Il ne faut pas oublier d’essayer d’en construire un autre à côté.”

    Absolument. D’accord avec le passant à ce sujet. Les attaques du système sont faciles, gratuites et sans fécondité. Seuls valent ceux qui créent. La critique du capitalisme ne mène à rien sans enfantement d’un alter-modèle performant.

  4. lény says:

    ha ben je ne savais pas que je faisais une sorte de twiter où les carractères sont remplacés par des images …

  5. Phyrezo says:

    Hors sujet : j’ai retrouvé le passant. Il publie ici

  6. Nous sommes nombreux à connaître le Passant… même dans la vraie vie !

  7. Phyrezo says:

    Je n’ai pas cet honneur, mais j’ai remarqué que sur d’autres blogs il laisse le liens vers son site et pas ici…

  8. Takatukité says:

    Tant qu’il ne se lance pas dans la défense stupide du pouvoir, de la domination et des intérêts d’initiés, je le trouve assez sensé.

  9. @phyrezo

    Il y a gourance. Hélas, il y a gourance. Le passant, c’est un pseudo que j’utilise (depuis feu “les mercredis du passant” en 2004) lorsque j’aborde les sujets propre à satisfaire mon goût pour l’enculage de mouche, comme l’anthropologie, la sociologie, la politique. Autrement je suis rimailleur et en tant que tel badine (mais pas tant que ça en fait) sur “les chroniques d’oneiros”, le site que vous avez eu l’amabilité de citer dans votre commentaire . Je ne suis donc pas l’homme que vous recherchez. Helas.

  10. Phyrezo says:

    Et non. Mais le trouve un jour, cet homme que l’on recherche ?

    Et c’est sans chercher que j’ai trouver quelques rimes, celles du passant rimailleur…

  11. david miller says:

    il est bon de trouver quelqu’un d’autre expérimenter avec l’écriture imaginative par l’intermédiaire du twitter. ici mon Français est pauvre mais j’essayerai de lire votre roman.

    J’écris mon roman spontanément. il n’y a aucun manuscrit de préexistence. les lignes sortent spontanément. si vous êtes intéressé par la lecture ce que j’ai, vérifiez svp :http://twitter.com/dahveed_miller

  12. Je vous suis… 😉

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