J’entends souvent dire que nous vivons la sixième extinction de masse. Que notre civilisation, qui aurait commencé avec la renaissance autour de 1400 aurait atteint sa limite d’âge (car les civilisations auraient une durée maximale de 600 ans). Associé à ces prévisions, un vent de panique s’empare de beaucoup d’esprits.

J’ai alors repensé aux travaux de Lewis Fry Richardson qui en 1950 avait classé les guerres en fonction de leur mortalité et obtenu une power law. Cette courbe n’est pas surprenante, elle est une des signatures possibles d’un système auto-organisé autour d’un état critique, ce qu’on suppose le cas pour les sociétés humaines et l’ensemble de la biosphère.

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Comme il n’y a pas une limite du nombre maximum de morts dans une guerre, je pense qu’il n’existe pas une durée limite pour une civilisation (tant que l’univers existe). C’est mon intuition. Je me suis amusé à remplir un tableau avec la durée de vie de quelques civilisations.

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C’est très approximatif, je n’y ai pas passé des heures. En plus quand commence une civilisation et quand elle se termine n’est jamais facile à définir. Tout juste si on peut parler d’une civilisation quand on l’identifie grâce à son âge d’or. J’ai ensuite tracé un axe avec en ordonnée la durée de vie des civilisations, un autre avec en abscisse les civilisations classées par durée de vie. Si la notre a aujourd’hui 600 ans, elle se trouve au milieu du graphe. Elle a donc du temps devant elle avant d’atteindre une hypothétique limite d’âge.

Par ailleurs, et c’est là ce qui m’intéresse, la fin d’une civilisation ne ressemble pas nécessairement à celle des Mayas qui s’éteignirent presque tous jusqu’au dernier. Après la fin de leurs cités et de leur civilisation, les Grecs se fondirent avec les Romains, les influençant en profondeur.

Nous pouvons donc effectivement approcher la fin de notre civilisation industrielle sans pour autant être menacé d’extinction. Nous pouvons au contraire basculer dans une autre civilisation, reposant sur des mécanismes totalement différents et que je commence à appeler symbiotiques en même temps que j’avance dans mon prochain livre.

Dans L’avenir d’une exception, Hakim El Karaoui montre comment le monde Islamique entre dans la modernité, même si ce n’est pas une modernité occidentale. En le lisant, je n’ai cessé de me dire que nous aussi n’avions pas terminé notre transition vers la modernité. Nous sommes justement à mon sens, planétairement, en train d’entrer dans une nouvelle civilisation, exactement comme les Grecs du troisième siècle avant Jésus-Christ.

Dans cette lecture de l’évolution des sociétés, la phase essentielle est bien celle de la crise de transition entre tradition et modernité, ce moment où tous les repères changent, où l’angoisse du changement devient collective, où une société se pose pour la première fois la question de son évolution future, écrit Karaoui.

Pour lui, l’occident aurait déjà traversé cette crise : révolution française, communisme, nazisme… Il oublie dérèglement climatique, épuisement des ressources naturelles, pollution, pourrissement du système capitaliste… C’est l’ensemble des hommes qui doivent transiter vers autre chose. Et cette transition a bel et bien commencé. Ira-t-elle à son terme ? C’est une autre question.

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16 comments

  1. phyrezo says:

    Sawadee Pimai (Bonne annee) de Luang Prabang (Laos)

  2. gregoire says:

    Que donne le même graphique mais avec en abscisse les civilisations classées par date, et non par durée de vie ?
    Y a-t-il une tendance du type “les civilisations modernes durent moins longtemps” ?

  3. Il faudrait compléter le tableau pour dégager une tendance… j’ai pas vraiment le temps. Mais il est en lien pour que quelqu’un puisse éventuellement s’y amuser.

  4. Un passant says:

    Le principal changement de civilisation du siècle à venir sera consécutif à l’hybridation du biologique et de l’informatique, qui changera radicalement la nature psychologique et sociale de l’homme, son occupation dans l’espace, son rapport aux ressources épuisables et aux maladies.

    C’est pour cela que les écolos m’énervent, avec leur conservatisme frileux et sans imagination, de rêver l’avenir avec les carottes biologiques de leur enfance et la conservation des tigres…

    Ils sont complètement à côté de la plaque de l’avenir, leur avenir est déjà périmé, c’était un avenir de l’ère pré-informatique, façon post-68.

    OGM, ADN, virtualisation, molécules, clones… prendront vite le pas du court et périmé avenir “vert” qui durera 20 ans au plus.

    Et personne est capable d’envisager la forme sociale que prendra une espèce post-humaine, de plus en plus virtualisée.

  5. Mon éditeur freine un peu sur mon histoire de symbiose d’ailleurs. Les gens ne veulent pas regarder cette réalité en face. Je vais y aller pas à pas mais je vais traiter du sujet, car c’est ça la révolution même si ça peut faire mal à un certain amour propre.

  6. Iza says:

    Là aussi, pourquoi une opposition binaire entre écolos frileux et audacieux futuromachins ?

    Je me sens faite de ces deux tendances. J’ai envie de défendre certaines valeurs (pas la carotte de mon enfance mais une certaine idée de la carotte) et en même temps je pense qu’il ne faut surtout négliger aucune piste et profiter au maximum du progrès technique (mais au service donc de ces valeurs et non au service d’une recherche de profit méprisant ces valeurs).

    Car ton argument Passant, c’est aussi une bonne façon de NE PAS se questionner. Et c’est tout aussi idiot dans un sens que dans l’autre.

  7. Un passant says:

    “une opposition binaire”

    La notion de “nourriture bio” se définit par opposition binaire au “chimique”.

    Un lait bio, auquel on ajoute quelques vitamines, perd son label “lait bio”.

    Le bio bloque l’introduction de nouvelles molécules, il impose une limite artificielle au progrès.

    Il arrête l’histoire en interdisant “le chimique”.

    Le chimique est identifié au mal, et le naturel est béatifié, alors qu’une moisissure naturelle présente dans un jus de pomme bio peut tuer.

    Nos ancêtres ont inventé le fromage parce que c’était la seule façon de conserver le lait sans frigidaire.
    A l’époque c’était un progrès.

    Maintenant on “invente” les “AOC” qui sont un arrêt du progrès: un cahier des charges définit la tradition, et interdit de changer la formule. Alors que nos outils permettent de faire autre chose.

    L’AOC c’est l’esprit réactionnaire et frileux appliqué à la nourriture, comme si nous n’étions pas capables d’inventer de nouvelles traditions culinaires, de nouveaux produits.

    Le problème de l’alimentation moderne, ce n’est pas le chimique. C’est d’avoir souvent appauvri la nourriture.

    Par exemple, un pain blanc, c’est une aberration nutritionnelle. C’est carencé en minéraux et vitamines. Idem pour les graisses saturées, carencées en acides gras à longues chaines.

    Ce qui est en cause, c’est d’apporter à l’organisme une nourriture complexe qui ne soit pas réduite à la nourriture raffinée qui n’apporte que de l’énergie.

    Mais il ne faut pas diaboliser le chimique, il faut pousser les recherches et les expériences, et permettre l’ajout de molécules chimiques.

    Nos ancêtres devaient consommer 500 grammes de pain complet pour ne pas être carencés. Si la chimie nous permet de manger autre chose en ayant les éléments nécessaires, il faut le faire.

    On ne va pas en rester éternellement au camembert au lait cru, horizon indépassable de l’art culinaire.

    Nos ancêtres ont toujours innové. Au Moyen-Age, on ne consommait pas le fromage “AOC Vercingétorix”. On utilisait toutes les techniques modernes.

    La technique moderne aujourd’hui c’est le chimique. Il faut utiliser le chimique.

    Léonard de Vinci aujourd’hui serait un chimiste, il ne serait pas partisan des AOC bio.

  8. espérance says:

    Les OGMs, le chimique, les cyborgs sont une façon de mieux contrôler l’être humain par rapport à sa façon de penser ce qui est grave si les droits de l’homme ne suivent pas. Le risque est que nous soyons dans une nouvelle dictature et que les choses soient imposées.

    Aussi, le naturel est essentiel d’être préservé, car c’est une question de biodiversité.

  9. phyrezo says:

    Michel Saloff-Coste vient de publier un pamphlet : ”

    Comment va évoluer la crise : dessine-moi une civilisation

  10. @Phyrezo… ça fait un peu réchauffé maintenant ces arguments… faut remonter encore plus loin à la recherche du mal… et donc des solutions.

  11. J says:

    jusqu’où remonterais tu thierry?

  12. Tu liras mon prochain livre 😉

  13. J says:

    pffff 🙂

  14. phyrezo says:

    Oui. Surement, lorsqu’on est déjà assez avancé dans ce chemin de reflexion comme toi. Bien sur.

    Cependant MSC (tu le connaissais ?) parle de cela depuis longtemps deja. Et je trouve que c’est bien synthétisé.

    Cela ne m’empechera pas d’acheter ton livre (meme avec une couvrante horrible), je me demande cependant, à l’instar de ton éditeur, si sera abordable par le commun des mortels.

  15. joel suire says:

    notre civilisation a evité la fin 2 ou 3 fois…….cela peut il durer ?

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