Après avoir lancé l’idée d’écrire un twiller, j’ai commencé à publié Croisade à partir du 25 décembre 2008, c’était mon cadeau de Noël. En fait un véritable cadeau pour moi-même avant d’être un cadeau pour les quelques lecteurs fidèles qui me suivent. J’ai maintenant du mal à écrire autre chose, si je m’écoutais je ne ferais que ça.

En décembre, je travaillais à Une brève histoire de l’informatique, projet aujourd’hui en stand by car je prépare autre chose dont je vous parlerai bientôt, en vous mettant bien sûr à contribution. Un des chapitres de cette brève histoire s’intitulait Le cauchemar de Proust. Il ressemblait à une énigme. Résumé.


C’était l’avant-veille de noël, 23 heures. Plein phares, Id enchaînait les méandres d’un chemin communal du Lot-et-Garonne. [123]

Après un trimestre éprouvant à Paris, il était heureux de rejoindre Mitch et les enfants dans leur maison de campagne. [118]

… (la suite sur twiller.tcrouzet.com)

L’homme s’approcha, l’air menaçant. « Vous avez des amis en Suisse ? » Jos avait dit qu’il arriverait de Genève. [112]

Pourquoi Id secoua-t-il la tête négativement ? Danger lui criait une voix intérieure. « Alors circulez ? » Id remonta en voiture et s’enfuit. [136]

Proust doit se retourner dans sa tombe. C’est comme ça qu’on écrit des romans sur Twitter, le service de microblogging. Comme pour les SMS, pas plus de 140 caractères à chaque envoi. Exit la psychologie et les longs atermoiements. Un nouveau genre est né le Twiller, contraction de Twitter et thriller . Proust n’est pas si has been que ça. Il avait pas mal commencé La Recherche du temps perdu.

Longtemps, je me suis couché de bonne heure. [44]


Après avoir écrit ces quelques lignes, j’ai eu envie de poursuivre l’histoire et c’est comme ça que Croisade a commencé. Près de trois mois plus tard, d’autres auteurs se lancent. Et nous avons commencé à discuter du genre. Pour moi, cinq grandes directions se dessinent (qui d’ailleurs peuvent se recouvrir).

SMS comme traitement de texte

C’est ce qu’a fait une japonaise. Elle écrivait son roman où qu’elle se trouve en expédiant des SMS au kilomètre. Bon, maintenant tout le monde a le mail sur son téléphone… Cette pratique me semble dépassée. Utiliser Twitter pour faire la même chose, je ne vois pas l’intérêt, sinon suivre la mode.

Ça fait mieux qu’ouvrir un blog !

En fait, on se fiche de savoir si un roman a été écrit sur mac ou sur PC, avec un crayon à papier ou un stylo bille, avec Twitter ou WordPress. Pas tout à fait diront les généticiens de la littérature : les conditions de production d’une œuvre influencent l’œuvre. Ça nous amène à la seconde direction.

Oulipo / Nouveau roman

Plus que de l’Oulipo, dont j’ai un temps aimé la virtuosité, j’ai un faible pour le Nouveau Roman à contrainte. J’ai toujours considéré La mise en scène de Claude Olier comme un chef d’œuvre, de même que Triptyque de Claude Simon. Butor, Robbe-Grillet, Pinget… m’ont influencé.

Suivant cette école littéraire, la contrainte pousse l’auteur dans une direction qu’il n’aurait pas suivie de lui-même. Les 140 caractères max du SMS me permettent ainsi d’écrire un thriller ce dont je suis incapable en situation libre. Ils poussent à la compacité, à l’esquisse à grands traits quelque peu expéditifs.

À cette contrainte s’ajoute le quasi direct de l’écriture, la possibilité de réaction des lecteurs, qui sont autant de capteurs sismiques qui ne manquent pas de m’influencer. Quand on me demande de révéler quelque chose sur un personnage, soit ça me donne une idée pour développer dans une direction imprévue, soit, au contraire, je retarde le moment de dire…

Théâtre

C’est la forme naturelle, première de la littérature par SMS. Des gens se parlent, échangent des infos, se donnent des rendez-vous… ça sert à ça les SMS. Combien de romances se jouent aujourd’hui par SMS ?

Avec sa nouvelle On l’appelait Sodomy, Laurent Zavack a mis en scène deux mecs qui fantasment.

On peut tout imaginer à partir de là. Une foule de gens peuvent se parler comme c’est le cas en fait sur Twitter tout simplement. À cette nouvelle forme de communication, quelque peu différente du SMS via téléphone, correspondra nécessairement une forme littéraire. Peut-être qu’elle ne produira que quelques œuvres, comme le cubisme n’a produit que quelques tableaux, mais ça vaut la peine d’expérimenter.

Maintenant pourquoi se limiter à 140 caractères sinon pour jouer avec la contrainte (et retomber dans la première catégorie) ? Zavack enchaîne les SMS et donc passe par-dessus la limite des 140 caractères. Logique puisqu’un émetteur peut bombarder avec ses SMS sans laisser de temps aux autres de répondre.

Rester attaché aux SMS serait une forme de réalisme. Décrire ce qui se passe entre les gens au début du vingt-et-unième siècle. Je suis sûr que ce sera archéologiquement intéressant, donc littérairement intéressant. Faut écrire ça maintenant car demain plus personne n’aura envie. It’s the right timeframe.

Journal

Voir Twitter comme un journal et publier ce journal. Première expérience tentée. Après tout c’est fait pour ça Twitter, pour dire ce qu’on pense quand on le pense. C’est un journal en continu et lu en continu. Ça aussi c’est nouveau, très différent du blog, encore plus synchrone… et en phase avec l’idée d’une conscience globale.

Poésie

C’est un retour à la contrainte, mais à une exploitation purement littéraire, à mon sens ce qu’a pu faire Richtel aux États-Unis. Compresser le langage, utiliser les codes SMS, jouer avec la phonétique… Je n’ai pas assez usé du SMS moi-même pour m’essayer à cette forme. Toute une génération parle le SMS et c’est à eux d’y aller. Ils ont déjà écrit des livres en langage SMS, ils peuvent le faire en live maintenant…

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14 comments

  1. Un passant says:

    “Proust doit se retourner dans sa tombe.”

    Au sujet de Proust, ce n’est pas tellement la longueur des phrases qui fait son esthétique romanesque, mais l’idée que tout est dans la composition, et qu’il faut connaître la fin avant d’écrire le début.

    En ce sens, c’est davantage le côté “écriture automatique”, qui le hérisserait, plus que le fait d’avoir des phrases courtes.

    On sait aussi qu’il fustigeait “la littérature de notation”.
    Tout ce qui est isolé/réactif et n’appartient pas à un grand dessein de composition/création.

    A part ça, Proust considérant que l’art commence avec la création d’un monde formel entièrement nouveau, il ne peut pas estimer que son modèle d’écriture est à suivre.

    Le vrai héritier de Proust est celui qui invente un monde différent du sien, y compris formellement.

  2. Henri A says:

    Ce n’est pas vraiment l’inverse de Proust, il y a un point commun : Musil disait de Proust qu’il écrivait chronomètre en main à décrire dixième de seconde par dixième de seconde après ce qu’il ressentait.

  3. Un ancien says:

    Cela dit, Proust se retourne réellement dans sa tombe:

    versac publie son livre, et d’un coup Proust, Céline, Bossuet et Racine sont terrassés par le génie.

    Paul Valéry est aux abonnés absents…

    Seul Jacques de La Palice a bien voulu répondre, saluant en versac, “un digne héritier”.

  4. Henri A says:

    A L’ancien :
    Tu n’es qu’un misérable troll.

  5. charlie says:

    “avec une idée forte : « L’Europe, c’est vous ».”
    Ca n’est pas une idée mais un slogan.
    Pas très original en plus.

    C’est ça la politique marketing, on confond rénovation sociale et “yes, we can !” et bien malin qui me dira la différence d’offre politique entre “désir d’avenir” et “ensemble tout devient possible”…

    Libé a oublié l’argument de vente qui tue : en plus AL ce sont des jeunes et il y a des filles. Normalement, ça évite d’avoir à entrer dans les détails 😉

  6. J’ai viré le spam d’AL que descend Charlie 😉

  7. Un troll says:

    Charlie dépêche-toi de finir ta critique du livre de versac/tocqueville :

    “De la démocratie numérique”

    Tu pourras dire à tes petits-enfants qui ne te croiront pas: “j’ai connu l’auteur”.

    Pendant ce temps avec Henri on s’occupe de Sabine.

  8. Henri A says:

    Je n’ai rien à voir de près ou de loin avec ces crapules de trolls et je ne sais pas ce qu’est une sabine !

    Il me semble que le sujet du post parle de style littéraire.
    A ce propos l’auteur a utilisé une expression que j’aime bien :
    “Je te travaille”

  9. charlie says:

    @ un troll : J’ai déjà lu le 4e de couv. Mais seulement le 4e de couv. Du coup, ma morale m’interdit de faire la critique en question, car qui peut dire lce que l’oeuvre subit du mercantilisme de l’éditeur dans ce cas ?
    Mais bon, j’aurai quand même bien rigolé.
    (j’ai presque envie ce copier-coller mon commentaire précédent, genre : yes, we can écrire des livres, yes we can faire du vieux avec du nouveau, etc.)

    ps : j’ai découvert l’existence du livre ce matin dans une librairie – sur la table philosophie, alors que je désespérais d’y trouver un ouvrage de Bunge, il faut pendre les libraires avec les tripes des éditeurs !

  10. Un troll says:

    La 4e de couv en question:

    http://www.librairielamartiniereleseuil.com/livre/De%20la%20d%E9mocratie%20num%E9rique/9782020987998

    Où l’on apprend que versac était le “pivot du débat européen en ligne”.

    Chouard peut aller se rhabiller !

    D’ailleurs les idées de versac sur l’Europe ont tellement été le pivot qu’elles ont … ah bah non, pas gagné. Il y a eu un bug pivoté.

    Ne pas manquer de visiter le blog européen de versac, ça vaut le clic, si si:

    http://publius.fr/

    La page de garde est vraiment … européenne et pivotée. Un must !
    Beau comme un cimetière sous la lune. Manque juste Bernanos.

    “Ce site était hébergé chez LYCOS Hébergement. Malheureusement, LYCOS a cessé son activité d’hébergement le 28 février 2009. ”

    Le nouveau livre:

    ” De la démocratie numérique
    de Nicolas Vanbremeersch un livre publié chez Librairie La Martinière – Le Seuil dans la collection Médiathèque

    Des millions de blogs, de forums, de messages, d’informations et de commentaires, postés sous toutes les formes possibles et dans des lieux innombrables : le web est devenu une nouvelle dimension de l’espace public.

    L’espace public numérique, c’est d’abord un territoire, des lieux multiples et très divers où se mêlent documentation et connaissances, information, échanges sociaux ; Nicolas Vanbremeersch nous guide dans cette nébuleuse, analyse et structure l’ensemble.

    L’immensité de cet univers et les règles qu’il impose font évoluer très rapidement notre société. Le web social, où les individus mettent en réseau contenus et relations, en est le véritable poumon. Il n’est pas qu’un média de plus ; il dispose de ses propres codes, d’une dynamique différente qui bouleversent la manière dont circulent les idées et les informations.

    Un nouvel espace de démocratie, plus direct, plus rapide, se développe. Médias, experts et producteurs d’idées, hommes, femmes et partis politiques doivent réinventer leurs rôles dans l’espace public à l’aune du numérique.

    Nicolas Vanbremeersch, 33 ans, diplômé d’HEC, a tenu pendant près de six ans le blog versac.net, considéré comme le principal blog politique français. Fondateur de publius.fr, pivot du débat européen en ligne, il a également créé la « République des blogs », qui fédère plusieurs centaines de blogueurs politiques en France et en Europe. Il dirige l’agence de communication Spintank.”

  11. Un autre troll says:

    Euh, un troll, je sais pas si tu étais en ligne au moment du referendum, mais publius était un blog très important et actif. Il est toujours accessible, d’ailleurs.

    Tu as du mal lire, d’ailleurs, puisqu’il n’est nulle part écrit que versac était le pivot du débat européen en ligne, mais bien publius.

    Quel rapport avec le billet, au fait ?

  12. Un troll says:

    @ un autre troll

    Publius offrait un contenu pour technocrates.
    Un contenu trop technique & europhile pour cibler “la base contestataire”.

    A l’époque du référendum, j’étais militant dans un parti (favorable au Oui), et j’étais souvent présent sur les marchés.

    Jamais vu la trace de Publius, tandis que les militants d’Attac étaient très présents, avec des tracts renvoyant à leur site et aux arguments d’Etienne Chouard etc.

    C’est bien Attac qui a été le pivot du débat, faisant basculer le consensus médiatique pour le Oui en Non dans les urnes.

    La forte présence sur le terrain d’Attac, et ses relais divers (notamment dans l’Education Nationale & les syndicats) ont démultiplié l’impact du Web.

  13. Henri A says:

    Malgré cette crise du niveau de celle de 29 qui nous montre que la BCE a les mains liés, que les pays de la zone euro ont les mains liés ( une implosion de l’euro est très probables ), que les traités depuis 1991 ( on peut remonter à 1973 ) sont pratiquement co-responsables de ce qui arrive, on parle d’efficacité des “ennemis” sur le terrain et le web ?
    C’est aussi débile que de préconiser plus de néo-libéralisme économique pour s’en sortir.

  14. Un troll says:

    @ Henri

    En période de crise, le pire danger c’est le nationalisme.
    C’est ce qui conduit de la crise à la guerre.

    L’Europe et l’Euro soudent les pays européens et les préservent de se faire la guerre.

    C’est bien la différence avec la crise de 29. Heureusement que nous avons l’Europe !

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