Libre de publier mais pas libre de lire

Jusqu’à l’avènement du Web, grosso-modo en 1995, la liberté d’expression était une illusion. Seule une élite de journalistes, écrivains, artistes, scientifiques… pouvait parler à leurs contemporains. Depuis, tout au moins en occident et pour peu que nous fassions l’effort de maîtriser quelques outils, nous avons la liberté de publier nos textes, photos, vidéos, musiques… sans l’aval d’un éditeur.

Nous sommes libres de nous exprimer. Mais sommes-nous libres de lire ? Est-on libre quand on est forcé de lire un livre de poche imprimé en Garamond en corps 9 ? Est-on libre lorsqu’on doit aller sur le site du Monde pour lire un article du Monde et subir les publicités du Monde ? Est-on libre si on ne peut regarder une photo publiée sur Flickr que sur Flickr ? Est-on libre si on lit cet article uniquement sur le blog de Thierry Crouzet avec sa mise en page un peu négligée et flottante ?

Le lecteur ne doit-il pas gagner sa liberté à son tour ? Lire où il veut ce qu’il veut comme il l’entend ! Sur son ordinateur, son portable, sa liseuse, son agrégateur, lui-même installé sur divers appareils. C’est l’autre face de la liberté d’expression. Sans liberté de lecture, tant qu’il y a contrainte, des points de passage obligatoires, des pubs à avaler, des mises en forme à supporter, le lecteur reste le jouet de l’éditeur. Il n’est pas réellement libre. Et si le lecteur n’est pas libre, l’émetteur lui aussi n’est pas libre, il ne fait que le croire. Il parle souvent seul, pour le seul bénéfice de celui qui l’aide à parler (souvent un propulseur à la mode 2.0).

La double liberté de parler et d’être écouté ne peut s’envisager que dans un monde de flux, un monde d’information pure, c’est-à-dire d’information débarrassée de sa mise en forme et de son contexte de propulsion. Tant que le propulseur s’approprie l’information qu’il aide à propulser, il n’y aura pas de réelle liberté d’expression.

Dans un contexte de flux, d’information vagabonde, le modèle de rémunération actuel vole en éclat. Mais le modèle actuel est-il vivable ? Pas vraiment puisqu’il n’arrive pas à financer les coûts de production des œuvres. La liberté de publication, c’est-à-dire aussi la liberté de concurrence plus que le piratage, a cassé l’ancien modèle. La nécessité de la liberté de lecture nous impose d’imaginer autre chose que de simplement imposer des publicités en regard des informations.

Quoi ? Je ne suis pas devin. Juste conscient qu’un nouveau système de flux se met en place et qu’une économie adaptée l’accompagnera, tout comme un droit adapté. Comme le souligne Michel Serre, il ne sert à rien de vouloir appliquer les règles de l’ancien monde dans le nouveau monde.

Construisons-le, libérons nos flux, apprenons à vivre dans ce contexte, nous découvrirons un nouvel équilibre a posteriori. Nous avons la chance de pouvoir vivre quelque temps encore dans l’ancien monde, sur le dos de la bête. Profitons-en même si ça ne durera pas.

Comme aucune contrainte financière ne réduit aujourd’hui notre liberté de publier, aucune contrainte financière ne doit réduire notre liberté de lire. Nous devons pouvoir tout lire a priori. Ce n’est qu’une fois que nous aurons consommé cette transition que les nouveaux modèles s’imposerons. Nous trouverons le moyen d’aider les gens que nous lisons à continuer à nous enchanter.

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23 comments

  1. RT @crouzet via @Monolecte Libre de publier mais pas libre de lire http://icio.us/vwne40

  2. kanis says:

    Tout le monde n’est pas capable de publier des informations. Je pense que le métier de journaliste n’est pas a la porté de tous. Il faut que pour le modéle du web 2.0 on trouve un moyen de rénumerer les auteurs.

  3. phyrezo says:

    La solution des financement est bien sur a chercher dans les monnaies complementaires

  4. Henri A says:

    “Je pense que le métier de journaliste n’est pas a la porté de tous.”
    Je pense que le “métier” de journaliste est inutile et hautement nuisible.

  5. RT @crouzet Libre de publier mais pas libre de lire http://bit.ly/r4Uy2 La liberté d’expression en question!

  6. Libre de publier mais pas de lire ? http://bit.ly/r4Uy2 La démonstration de @crouzet ne me convainc pas vraiment, et vous ? #mondedeflux

  7. Libre de publier mais pas de lire http://bit.ly/r4Uy2 Le dire aux Chinois ou à ceux qui ne peuvent s’acheter 1 ordi. Technolyrisme, non ?

  8. Nous avons la liberté de publier nos textes, photos, vidéos, musiques… sans l’aval d’un éditeur. Et les sites, les plateformes de blog sur lesquels nous publions nos textes, ils n’ont pas pris la place de nos éditeurs ? Nous sommes libres de nous exprimer. Mais nous ne serions pas libre de lire ? La démonstration ne me convainc pas vraiment. La forme imposée par nos outils de publication nous permet de publier avec la même liberté (ou le même manque de liberté, c’est une question de point de vue) que l’on peut lire. On ne peut pas opposer les deux ainsi à mon sens.

  9. 000 says:

    “Je pense que le “métier” de journaliste est inutile et hautement nuisible.”

    Faut arrêter de raconter n’importe quoi.

    Toute ta connaissance du monde contemporain vient en grande partie des journalistes.

    De façon directe ou indirecte.

    Qu’est-ce que tu saurais de la situation politique, sociale et économique des 4/5e du monde sans eux ?

    Faut arrêter d’assimiler le journalisme à quelques éditorialistes énervants, au traitement qu’ils font de l’info.

    En premier lieu le journalisme apporte l’info.

    Beaucoup de gens qui critiquent les journalistes ne se rendent même plus compte que des informations élémentaires ne sont pas connues par l’opération du Saint Esprit.

    Les auteurs que tu lis puisent eux-mêmes une bonne partie de leurs infos dans le journalisme, avant de l’approfondir ou de la repenser de façon plus subtile.

    Les mecs les plus compétents ne pourraient pas analyser le monde sans le balayage généraliste qu’ils ont puisé à l’écoute des médias depuis leur enfance.

    Ceux qui disent le contraire, mentent, ou ne se rendent pas compte que leurs sources sont très souvent dépendantes des sources journalistiques.

  10. Libre de publier mais pas libre de lire http://bit.ly/r4Uy2

  11. Jusqu’à l’avènement du Web, la liberté d’expression était une illusion. Auj’, le pb, c’est le droit de lire http://bit.ly/r4Uy2 via @crouzet

  12. libérons nos flux [email protected] Auj’, le pb, c’est le droit de lire http://bit.ly/r4Uy2 via @crouzet

  13. henry cow says:

    Les blogueurs et certains sites médias sur le ner ont la liberté d’écrire, peuvent recouper l’information, sourcer et avoir des sources fiables, des choses que les journalistes de la presse écrite n’a plus , elle doit s’auto-censurer pour les actionnaires… La liberté dans la presse actuelle est un leurre.

  14. Henri A says:

    « Faut arrêter de raconter n’importe quoi. »
    C’est plus un souhait philosophique qu’autre choses.

    « Toute ta connaissance du monde contemporain vient en grande partie des journalistes.
    De façon directe ou indirecte. »
    Ma méconnaissance oui.

    « Qu’est-ce que tu saurais de la situation politique, sociale et économique des 4/5e du monde sans eux ? »
    Ben justement, qu’est-ce que j’en sais, pas grand-chose.

    « Les mecs les plus compétents ne pourraient pas analyser le monde sans le balayage généraliste qu’ils ont puisé à l’écoute des médias depuis leur enfance. »
    Cela s’appelle une construction modélisé du monde. Cette analyse ne pourra pas sortir de cette construction modélisé. Réflexes, préjugés, croyances, etc…

    A Henry Cow :
    C’est mon groupe préféré !!!

  15. 000 says:

    Les blogueurs n’auraient rien d’autre à dire que de parler du cul de leur belle soeur s’ils ne pompaient pas la presse du matin au soir.

    Personne ne nie les insuffisances de la presse.

    Mais le travail journalistique est une étape nécessaire, sinon ultime.

    C’est comme de parler de la nullité des professeurs:

    aujourd’hui, je ne passe plus jamais par un prof pour apprendre quelque chose,

    mais le professeur a eu son utilité dans un processus d’apprentissage et d’accès à la connaissance.

    Au fond, c’est aussi comme ceux qui veulent débarrasser la terre des insectes, en ne voyant pas que les insectes remplissent un rôle.

    Le journaliste remplit une fonction. Il promène du pollen informatif.

    Supprimer le journaliste, c’est donner à un autre cette fonction, et il n’y a aucune raison que cet autre soit plus compétent, plus honnête, dispose d’autant de temps pour amener des infos…

    Le blogueur moyen n’a rien de plus honnête que le journaliste moyen.

    Il faut voir comme les blogueurs se vendent à la première marque venue,

    roucoulent dès qu’ils sont invités par un ministre !

    On n’a même pas eu besoin de leur mettre des putes dans le lit,

    tellement les blogueurs sont manipulables facilement avec 3 carambars.

  16. AMAROUCHE says:

    Bonjour !

    Qu’est-ce-que le déosrdre et l’anarchie ?

    Qu’est-ce-que l’ordre et la discipline ?

    Qu’est-ce-que vivre en parfaite harmonie avec des régles du jeu, claires, nettes et précises entre partenaires ?

    Que dire de cette régle universelle : entretenir des relations amicales dans le cadre “du respect mutuel et de l’intérêt réciproque ?”

    Peut-on être d’accor sans régles ?

    Etre bien élevé et éduquer : “ça veut dire quoi au juste ?”

    Faudra-t-il prévenir que guérrir ou plutôt gérrir et ensuite tirer des leçons permetant de prévenir ?

    Faudra-t-il commencer par éduquer et par la suite en cas de faute réprimer ou alors réprimer et ne jamais récompenser par la reconnaissance d’un quelconque mérité ?

    Juger : est-ce-peser et mesurer ou jouer au déséquilibre ?

    Sur ce, je vous salue en me faisant des commentaires et des critiques car j’ai toujours soif d’apprendre à raisonner.

  17. WillyFoxy says:

    Hum. Bon article, mais j’aimerai ajouter qu’aujourd’hui il existe, du fait du numérique, une certaine liberté de mise en page. Ce n’est pas donné à tout le monde pour l’instant (il faut savoir coder en javascript ou devoir suivre un template offert) mais avec du javascript l’on peut, par exemple, changer la disposition des éléments d’une page Web, et même en changer le texte (pas définitivement sur le serveur, mais pour le lecteur seulement). Des multitudes d’extensions pour Firefox sont disponibles, je ne citerai que Greasemonkey qui permet d’ajouter automatiquement à l’ouverture d’une page un script javascript.
    Ainsi, plus de Garamond corps 9 en numérique, plus de publicités sur Le Monde, c’est au lecteur de décider.
    Je pense donc que les outils existent pour cela, mais qu’il faut maintenant qu’ils soient accessibles à tous, plus “user-friends”. Je pense, pour faire un lien avec le billet suivant, qu’une innovation peut être faite en offrant dans l’avenir des sites “nu” en XML (xHTML ou autre) proposant un template défini par l’auteur mais dont le lecteur est libre de lui substituer son propre template qu’il peut créer lui-même WYSIWYG avec un logiciel/site/extension.

  18. Our Kindle ad seems to have been enjoyed – and re-posted – by a few French writers on e-literature: http://bit.ly/r4Uy2 , for one…

  19. Emaux says:

    RT @Michele_kahn: RT @crouzet: http://bit.ly/r4Uy2 Gagner la liberté de lire ce qu’on veut comme on l’entend !

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