Les internautes sont-ils des fainéants ?

Faut-il nécessairement passer par le papier et le circuit traditionnel pour être lu quand on écrit un texte de plus de quelques pages ? Je ne cesse de me poser cette question.

Les textes longs impliquent un temps long, celui de la réflexion, celui qui laisse l’imaginaire vagabonder, celui de la créativité… Je ne peux concevoir que nous allons cesser de pratiquer cette forme millénaire. Je m’en sens incapable en tant qu’auteur et que lecteur. Si je n’avais pas lu et écrit des textes longs, je serais incapable d’écrire des textes courts, je serais même incapable de penser.

Ma petite expérience

En juillet, j’ai mis en ligne Genius Locus. J’ai à ce jour eut 847 lectures sur Scridb, version que j’avais mise en avant, et 54 sur Calaméo.

En première approximation, 900 lectures c’est pas mal. La plupart des livres qui sortent en papier n’ont pas autant de chance. Les Éditions Gutenberg n’ont pas fait mieux en lançant Le Conteur, tout en ayant une petite couverture presse.

Mais que signifie ce chiffre de 900 lecteurs ? Combien de pages ont été réellement lues, je n’en ai aucune idée. Les plateformes de lecture ne donnent aucune indication à ce sujet, ce qui en soit est suspect ! Ont-elles peur de décevoir les auteurs ?

Par ailleurs, à part deux avis d’amis, je n’ai reçu aucune critique, rien. Pas même le laconique « C’est de la merde » ou « J’ai décroché à la deuxième page ». Rien : 900 personnes ont regardé le livre et ont passé leur chemin, un peu comme s’il était posé dans une table en librairie. Sur un blog, 900 personnes laissent au moins quelques commentaires. Pour un livre, en tout cas Genius Locus, c’est le néant.

Pas de circuit pour les ebooks

Il existe pour les livres traditionnels un circuit de la critique, des salons, des rencontres… tout un système pour les faire vivre (et faire vivre l’auteur), système qui se prolonge sur le net avec les blogueurs qui parlent des livres.

Mais rien de semblable ne se produit pour les textes longs publiés uniquement en ligne (on trouvera toujours des contre-exemples). Est-ce tout simplement parce que les lecteurs se disent que parce que ce n’est pas sur papier ça n’en vaut pas la peine ? Ils auraient accepté l’idée que des articles de blogueur peuvent être intéressants mais ils ne seraient pas prêts à se coltiner leurs textes longs !

L’argument du confort de lecture tient de moins en moins. Les plateformes comme Calaméo et Scridb optimisent le rendu à l’écran. Elles sont accessibles sur mobile. On peut télécharger les livres sur reader. C’est en train de bouger… et peut-être qu’alors on prendra l’habitude de lire des textes longs qui ne sortent pas du circuit traditionnel.

Autre argument : les gens ne lisent plus que des textes courts. Je crois que c’est faux, en tout cas que rien n’a changé. Il y a toujours eu plus de gens pour lire le journal que pour lire des livres. Est-ce alors que ces gens qui lisent des livres ont moins migré sur le net que ceux qui lisent le journal ? Possible. Mais je n’y crois pas. Nous n’avons tout simplement pas pris l’habitude de lire en ligne des textes longs. Moi le premier même si ça m’arrive de plus en plus souvent.

Remarques

  1. Genius Locus est un texte littéraire et mes lecteurs n’ont pas l’habitude de lire ce genre de texte de ma part. Ceci expliquerait le néant.
  2. Pas sûr que cette explication suffise. J’ai effectué un autre test. Plutôt que de publier sous la forme d’un long billet Le procès du capitalisme, je l’ai mis sous Scridb. Résultat 88 lectures ! C’est pire… J’ai déjà publié d’aussi longs billets qui ont toujours été beaucoup plus lus.
  3. On accepte les scories dans un texte court et moins dans un texte long. C’est ce que je me dis en tous cas. Du coup, Genius Locus n’ayant pas été finalisé par un bon à tirer, je n’ai pas fait sa promotion. J’avais annoncé que je mettrais en place une équipe collaborative pour finir le travail comme un vrai éditeur. Je ne l’ai pas encore fait parce que je suis occupé par mon essai sur le flux.
  4. Dans l’attente de la finalisation de Genius Locus, je n’avais pas mis les textes en téléchargement. Peut-être certains lecteurs potentiels ont-ils été bloqués. Je viens de les rendre disponibles en téléchargement sur Calaméo et Scridb. Format parfait pour une lecture sur reader.
  5. Au final, je me contente de remarquer que quand je publie en ligne d’un bloc un texte long ça ne provoque aucun effet, ce qui n’est pas le cas quand je publie un texte long sur papier.
  6. Croisade qui est publié par bribes engendre beaucoup plus de réactions : de lecteurs, d’auteurs, de journalistes… J’en déduis qu’il faut trouver une méthode pour faire s’écouler les textes longs en ligne. Il faut leur donner de la fluidité. Une page par jour… Et ne pas figer la suite même si elle est déjà écrite. La laisser libre d’évoluer en fonction des réactions.
  7. Je cherche une méthode pour concilier l’exercice du texte long et du flux. De l’écriture tantôt solitaire, tantôt publique.

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54 comments

  1. ownicrew says:

    #OwniCrew Les internautes sont-ils des fainéants ? http://bit.ly/5VTTeC

  2. Les internautes sont-ils des fainéants ? http://bit.ly/8qyKVZ

  3. RT @crouzet Les internautes sont-ils des fainéants ? http://bit.ly/4ZQcwc

  4. RT @crouzet Les internautes sont-ils des fainéants ? http://bit.ly/4ZQcwc

  5. RT @SophieGirardeau: RT @crouzet Les internautes sont-ils des fainéants ? http://bit.ly/4ZQcwc

  6. RT @SophieGirardeau RT @crouzet Les internautes sont-ils des fainéants ? http://bit.ly/4ZQcwc

  7. F Bon says:

    je crois que la réponse est dans l’Internet lui-même : on n’y arrive pas tout seul, on y arrive ensemble

    comme tu le dis très bien, le travail “en aval” d’accompagnement, accueil, propulsion pour reprendre le mot de qqun de bien, cela suppose une communauté

    c’est le choix profond qu’on a fait sur publie.net en parlant de “coopérative”

    mini mini bémol à ce que tu dis de scribd et calameo : ils convertissent enflash et optimisent la lecture feuilletoir, mais le travail d’édition, c’est à dire ce qu’on leur donne à manger, c’est notre propre travail – tout l’enjeu de la lecture dense sur écran, ce que tu dis là aussi parfaitement, notamment sur le temps “long” de lecture, c’est des questions de format de page, d’interlignes, de rapport aux marges, de navigabilité interne où on doit tout réapprendre avec le numérique

    (désolé, c’est vrai que je fais partie des lecteurs Calameo de ton texte, l’ai lu intégralement, mais ne t’en avais pas fait part via commentaires)

  8. breizh2008 says:

    RT @jmgall: Les internautes sont-ils des fainéants ? http://bit.ly/8qyKVZ

  9. stef says:

    Hmm… j’abonde dans les explications que tu donnes. En revanche, ce qui est patent, c’est le manque de données (de datas) et l’insuffisance des stats. C’est alors difficile de déterminer des pistes de réflexion.

    J’écris aussi, je vais voir faire un essai avec la nouvelle que j’ai écrite (le roman est toujours en cours d’écriture).

    Ensuite, il reste la question du format… d’attraction.
    Dans un livre papier, il y a un rôle important de la quatrième de couverture, celle qui attire le chaland (en plus du visuel de la première de couv) et qui peut déclencher l’acte d’achat (pour autant, le livre peut être lu bien plus tard).
    Sir des plateformes telles que scribd, on parlerai d’acte de lecture, si toutefois une définition est possible en disant : est comptabilisée comme lecture lorsque tutes les pages sont lues (du moins affichées) et comme “vue” lorsque le livre a été ouvert mais seules quelques pages ont été parcourrues (comme on feuilette un ouvrage dans un bibliothèque). On pourrait corréler les datas en fonction des IP, etc…

    Ensuite, il y a une question de temps : le temps web/internet, n’est pas le même que le temps de lecture (là où on s’installe dans son fauteuil avec un thé ou un café) et où on part pour plusieurs heures de lecture.

    Ensuite, la variable d’environnement : tout est fait sur un ordinateur pour vous distraire (Icône msn, messages facebook, icônes sur le PDF qu’on lit ou autre système, messages twitter, arrivée de courriels, etc…). Tout est fait pour décrocher de la lecture parce que le regard est attiré en dehors du champs de la lecture (c’est d’ailleurs peut-être plus ça qui gène que la question du confort de lecture qui tient de moins en moins).
    Il faut alors revenir dans le livre.. dans l’histoire et parfois, c’est peut-être pas évident.
    Dans son fauteuil, rien ne vient perturber votre plongée dans un bouquin et vous pouvez même fermer la porte du bureau à clef… Il n’y a pas de portes et pas de clef sur un ordi.

    Alors, il faudrait un système de lecture qui ne propose que du full screen et qui se place complètement en avant plan, dans une interface complètement dépouillée avec la seule possibilité de tourner des pages et de prendre des notes.

    Pourquoi ne pas aller plus loin ?
    Admettons que je lise 30 pages sur les 300 et que je décroche en répondant à des messages sur mon facebook ou en visitant un site web dont l’url vient de m’être transmise par twitter ou mail. Ok. je décroche, et lorsque je reviens, je ne sais plus ce que j’ai lu (mémoire à court terme etc….), difficile de revenir dedans, sauf si… le système me propose un résumé de ce que je viens de lire il y 5 minutes. (sous forme d’une seule page unique). Et je me dis : ah oui ! c’était bien ce passage, je veux savoir la suite… ou bien je me dis autre chose.

    Je crois qu’il y a des choses à faire, mais pas dans la complexité comme c’est le cas actuellement. Il faut faire simple, basique, du brut, mais avec plein de petites choses qui travaillent en dessous (comme la prise de note, de souligner avec la souris ou avec son doigt pour les possesseurs d’écrans tactiles) sans s’occuper de ce que ça va devenir ou de comment le classer, le système s’en charge. On sait qu’on a souligné ou prit une note, la retrouver via un moteur de recherche est pas compliqué et le système peut rappeler le contexte.

    On peut partager tout cela… et ramener des visiteurs sur le bouquin qu’on a lu ou partiellement lu et accéder, pourquoi pas aux notes des autres.

    Techniquement, tout cela existe déjà, c’est ce qu’on fait déjà sur facebook, twitter et autres applis en ligne comme google doc, wave et consorts.

    Bref, je dis ça, je dis rien hein… 😉

  10. @Fbon Communauté… tu as raison… je vois le travail que vous faites sur publie.net !

    Mais ma communauté m’a habitué à réagir, à sur-réargir même… et devant les textes plus longs rien. Soit alors :

    1/ C’est parce que j’ai construit une communauté de lecteurs de textes courts

    2/ Soit comme le l’a dit une voix sur Twitter que les lecteurs restent le plus souvent silencieux après voir lu des livres. C’est peut-être ça que j’ai oublié… et c’est peut-être ça qui me gêne le plus… le silence.

    Du coup c’est 900 lecteurs potentiels n’ont pas de substance pour moi. En fait on doit réapprendre à publier et aussi à lire.

    Pour la forme du livre, j’ai d’ailleurs changé celle de ce livre après avoir discuté avec toi sur Twitter 🙂 Le Mignon très bon à l’écran mais pas top sur mon prs-600. Faudrait que je bascule en Berkeley, c’est pour l’instant ma typo préférée sur prs, celle que j’utilise au quotidien pour me relire.

    Pour la maquette… j’ai depuis une éternité une macro word qui me génère du Xpress tagué… et c’est Xpress qui fabrique le PDF. Je fais pas confiance à Calaméo et Scridb.

    @Stef C’est pour ça que j’ai activé le download… au moins les gens peuvent prendre le fichier et partir ailleurs avec, sur un autre device… voire du papier.

    J’avais d’ailleurs mis le livre sur lulu. Une vente 🙂

  11. 000 says:

    “Les plateformes comme Calaméo et Scridb optimisent le rendu à l’écran”

    On est loin du compte. La lecture sur écran déchire les yeux, tant que le système d’encre sans projection de lumière n’est pas en place sur les écrans de PC.

    Et il y a encore très peu de gens équipés en ebooks nouvelle génération, “encre naturelle”.

    Le format des ebooks n’est par ailleurs pas fait pour écrire une réaction (claviers petits…).

    Donc il faudrait jongler entre l’ebook pour la lecture, et le PC pour la réaction. Compliqué !

    Et puis n’oublie pas une chose : tu te réjouis de la fin de la rareté, de la naissance d’une économie de l’abondance.

    L’abondance, cela signifie qu’on a de moins en moins de temps à consacrer à chacun.

    Lire 200 pages d’un seul auteur, à l’ère de l’abondance, c’est de moins en moins possible.

    De même qu’à l’heure où des millions de filles s’exposent sur Meetic et Facebook, rester en couple avec une seule tiendra de moins en moins longtemps.

    L’abondance tue la fidélité. Le temps n’est pas extensible comme l’offre. “On peut résister à tout, sauf à la tentation”.

  12. 000 says:

    “tout est fait sur un ordinateur pour vous distraire (Icône msn, messages facebook, icônes sur le PDF qu’on lit ou autre système, messages twitter, arrivée de courriels, etc…).”

    +1

    Très bonne remarque.

    Intrusion technique de l’abondance qui tue la fidélité à ce qu’on fait.

    Le Web c’est le butinage.

  13. Henri A says:

    Les commentaires me semble pertinents.

    “2/ Soit comme le l’a dit une voix sur Twitter que les lecteurs restent le plus souvent silencieux après voir lu des livres. C’est peut-être ça que j’ai oublié… et c’est peut-être ça qui me gêne le plus… le silence.”

    Il ne faudrait pas confondre le lecteur correcteur ou collaboratif et le lecteur tout court.
    Quand je lis un bouquin, il me plait ou pas, je le finis ou pas. Si on est pris par la lecture on ne vas pas décortiquer chaque paragraphe.
    En ce qui me concerne, je décortique à la deuxième lecture si le contenu du bouquin en vaut la peine.

    Ce que tu souhaites est une lecture “collaborative”. Pour cela il faut mettre au point une espèce de contrat intellectuel…ou autre.

  14. Godard 000 says:

    “Si on est pris par la lecture on ne vas pas décortiquer chaque paragraphe.”

    Thierry veut une dégustation littéraire à la Godard, morceau par morceau :

    “tu les aimes mes fesses ? er mes cuissess, tu les aimes mes cuisses ?”

    ça marche avec Bardot, ou autre freewoman.

  15. Un contrat intellectuel… oui c’est ça… c’est ça que j’aimerais faire pour les épreuves de mon livre sur le flux. Qu’il y ait un générique comme au cinéma.

  16. 000 says:

    “comme au cinéma”

    Au cinéma ça marche grâce au droit d’auteur et au financement.

    Même pour les courts métrages, c’est rare d’avoir un générique avec des compétences, quand il n’y a pas une subvention conséquente.

    Le moindre intervenant c’est 500 euro pour 3 fois rien.

    Sur Internet, si tu n’as pas une économie permettant une rémunération, le bénévolat ça marche 5 minutes et ça attire trois pelés.

    Une oeuvre collaborative de qualité, c’est d’abord une économie de la création.

    J’ajoute :

    ça marche au cinéma, parce que l’argent est avancé.

    Réunir une équipe uniquement en pariant sur une hypothétique recette future qui sera partagée, c’est rare.

    Il faut une prod avançant l’argent pour les techniciens et collaborateurs.

    Les producteurs : tant décriés et si utiles pour canaliser des énergies autour d’un projet à long terme.

  17. J says:

    je vais demander son avis à ma concierge et un énarque : pourquoi quand c’est très long c’est difficile et c’est pas toujours bon?
    je tiens au courant 🙂

  18. 000 says:

    Thierry, tu ne peux pas sortir 3 exemples qui marchent, et dire qu’on a un nouveau modèle économique.

    Le modèle économique classique du cinéma produit plus de 10 films par semaine, rien que sur les écrans français.

    Tu as toujours eu d’autres modes de fonctionnement, mais ça marche beaucoup moins bien et cela tient du coup de chance ou du miracle.

    Pour motiver une équipe sur un projet à long terme, on a rien trouvé de mieux que le salaire.

    Les contre-exemples restent des exceptions très rares.

    Avec des contre-exemples rares et réussis, on peut raconter n’importe quoi :

    “un mec a décidé de ne jamais travailler : coup de chance: en sortant de chez lui il trouve une mallette avec un million de dollars.

    Conclusion : vous n’avez pas besoin de travailler pour trouver de l’argent.”

    ça marche pour ce mec, mais la plupart des hommes ne trouveront pas une mallette tombée du ciel.

    Vu le nombre d’auteurs dans une économie de l’abondance, chacun ne pourra pas prétendre à mobiliser des équipes collaboratives sans salaire.

    Un truc comme Wikipedia marche parce que ce sont des articles courts et indépendants, qui demandent très peu de temps et aucun engagement à long terme.

  19. 000 says:

    “Le cinéma réinvente son modèle économique à travers le P2P

    Ecrit le 21 mars 2009 par Fabrice Epelboin”

    Au passage, c’est bien tout ce que je déteste chez ces pirates :

    une profonde malhonnêteté intellectuelle.

    Fabrice est malhonnête.

    Un modèle économique, c’est un truc qui marche EN STANDARD : qu’on peut reproduire facilement, qui produit un grand nombre d’oeuvres.

    Ce n’est pas une exception.

    L’exemple qu’il cite, c’est une exception. On est encore très loin d’un modèle économique.

    On verra quand ce modèle sera capable de produire dix films par semaine à 5 millions de dollars, comme l’ancien modèle.
    C’est pas encore demain !

    Quand on peut prendre gratuitement, on donne moins.

  20. Les choses nouvelles commencent toujours comme des exceptions…

  21. 000 says:

    Et la plupart des exceptions le restent 🙂

    L’expérimentation c’est très bien, mais si la nature bazardait tous les modèles qui fonctionnent, l’évolution n’aurait pas eu lieu.

    L’évolution c’est à la fois l’expérimentation, et la préservation de qualités fondamentales sur une longue période.

    L’évolution n’est pas la révolution. Elle va lentement, ajoute peu à peu.

    On n’est pas passé du singe à Demian West d’un coup en 5 ans.

    Les mecs sur le Net ils voudraient que le monde change radicalement tous les matins pour en faire un Tweet.

  22. steph says:

    @000

    Si je puis me permettre, votre approche sur l’évolution est fallacieuse.
    Dire que l’évolution va lentement, c’est une idée reçue, un lieu commun.
    Les choses peuvent changer, radicalement, rapidement y compris dans la nature. Darwin avait raison sur certaines choses, sur certains mécanismes.
    Il s’est trompé sur la rapidité de l’évolution, mais si on se replace dans le contexte de ses travaux, c’est difficile à imaginer.
    La nature n’expérimente pas. C’est un autre lieu commun. La vie n’est pas une expérience, c’est un contexte. Et le contexte change.

  23. 000 says:

    “La nature n’expérimente pas”

    On a déjà évoqué ici ces questions de grammaire au sujet de l’évolution.

    Vous prenez les mots au pied de la lettre, on parle ici de raccourcis logiques.

    “La nature expérimente” est un raccourci pour dire :

    “il y a des mutations hasardeuses, dont certaines seront performantes et s’imposeront. La mutation au départ minoritaire pourra alors devenir le trait majoritaire d’une espèce.

    Exemple : l’écartement du pouce, mutation conférant un avantage évolutif pour le maniement d’outils ou le déplacement dans les arbres.

    Il n’en reste pas moins que ces mutations hasardeuses sont des erreurs de duplication ou des interférences de l’environnement.

    La plupart de ces mutations ne procurent pas d’avantages et ne se transmettent pas à l’espèce.

    On se focalise souvent sur ces mutations créatrices, mais le principe de base de la nature c’est qu’elle est très conservatrice : quand un truc marche, il poursuit longtemps son fonctionnement, à de toutes petites variantes près.

    On a eu l’écartement du pouce, mais tous les matins l’espèce humaine n’a pas évolué vers l’écartement de l’index, etc.

    La “normalité”, l’exécution du programme systémique, est une composante aussi importante de l’évolution que les “crapauds fous”.

    La normalité sera une condition de la vie collective et des projets collectifs, ne serait-ce que l’existence d’un langage commun pour communiquer.

    On voit très bien le problème des programmes incompatibles, quand un développeur ne prend pas en compte la normalité et expérimente tout seul dans son coin, remettant sans cesse en cause l’esprit de système et les normes sociales.

  24. 000 regarde du côté de Gould… l’évolution n’est justement pas linéaire. Les petites mutations ne permettent pas d’expliquer les genres. Il y a des brusques sauts. Toujours. Si tu crois que nous ne sommes pas en train d’en vivre un, c’est ton problème… mais rien que le fait que nous saturons la biosphère impose un saut (dans quel sens c’est toute la question).

  25. steph says:

    L’évolution n’est en aucun cas linéaire, ni uniforme ; elle procède par bonds.
    Le mécanisme des mutations est un mécanisme, si la mutation d’un allèle peut se considérer comme un “hasard”, la variation des mutations et leur fréquence dépend pour l’essentiel de facteurs externes (pression de l’environnement, stresse, existence de nouvelles niches…).
    De plus, il faut distinguer ce mécanisme de la “réactivation de gènes”. Un gène éteint depuis 20 000 ans dans une frange de la population peut être réactiver sous l’effet de la pression environnementale.
    Une mutation sera acquise par l’espèce en réaction, en adaptation à un changement de son environnement.

    Bon, c’est pas trop le lieu pour faire de la bio ici je crois.

  26. Henri A says:

    “on parle ici de raccourcis logiques”
    RACCOURCIS LOGIQUES ????!!!!!
    Je vais creuser un trou jusqu’à me retrouver en Chine est un raccourcie du même genre.

  27. RT @SophieGirardeau: RT @crouzet Les internautes sont-ils des fainéants ? http://bit.ly/4ZQcwc

  28. CedricA says:

    Je pense que ce n’est pas le même publique qui lit les textes courts et les textes long. Et lorsque c’est la même personne, elle n’est pas dans le même mode de fonctionnement.

    [mavie] Lorsque je lit un livre, je suis aujourd’hui frustré de ne pas pouvoir trouver des liens, réagir, extraire, noter, citer. Le fonctionnement façon blog m’a rendu de moins en moins patient et je ne lit quasiment plus de livre. Je les achète et ne les fini pas alors même que je dit qu’ils sont super.[/mavie]

    Il manque un format intermédiaire entre le blog et le livre. Je me demande si un blog par oeuvre ne pourrait pas être un début de réponse, avec une publication sous forme de feuilleton, et un système de commentaires à 2 niveaux (ou plus), un pour l’actualité du texte et un autre pour le fond. Cela pourrait même aboutir à des oeuvres multi-sujets comme les romans dont on est le héros. Une trame de fond et des digressions voir des liens vers d’autres oeuvres du même auteur ou d’autres.

    Je vais essayé de continuer cette réflexion chez moi…

  29. Je tenterai une nouvelle fois l’expérience blog/livre… on va voir… nous avons pas mal de choses à inventer… autant dans l’écriture que dans la technique… côté interface.

  30. narvic says:

    Entre textes longs et courts, il y a aussi une dimension de contexte de lecture. Pour aborder un texte long, on se place dans une disposition d’esprit particulière qui impose un isolement intellectuel, une fuite de toute possibilité de distraction. A mon avis, ça va bien au-delà de la simple question du confort de lecture et de celle de la technique.

    En tout cas, face à l’écran de mon ordinateur connecté, je ne suis pas du tout dans l’état d’esprit propice à cette forme d’isolement intellectuel. Peut-être un e-book me le permettra, mais je trouve que, pour le moment, le livre papier reste technologiquement très supérieur.

  31. steph says:

    “le livre papier reste technologiquement très supérieur”
    Il n’est pas technologiquement supérieur, il est technologiquement et culturellement mieux adapté à la pratique de la lecture, c’est à dire un face à face avec la prose de l’auteur, en tête à tête, dans une certaine intimité et un certain confort (seul, dans son fauteuil, son lit ou sur son siège de train ou d’avion, isolé de l’entourage).
    La nuance me parait importante.

  32. J says:

    🙂
    Je persiste, n’en déplaise à narvic-ex-espritcritique.

    Fink est vis à vis du sujet internet (entre autre…!) d’un apport intellectuel inexistant, n’ayant fait que flairer quelques lièvres traités et exposés par d’autres depuis belle lurette, et en outre symptôme d’une intelligentsia médiatique dépassée par le 21e et sans grand intérêt intellectuel, je le redis encore, intellectuel.

    Ceux qui voudront se pencher sur ce sujet avec sérieux pour ne pas céder à InternetBéat, bien entendu, se tourneront par contre vers notamment, en livre papier ou publications en ligne, de vrais apports une dernière fois ‘intellectuels’ et intelligemment critiques ceux là :

    Musso, Lévy, Benkler, Castells, Dupuy, Quéau, Cornu, Berardi, Maffesoli, Cardon, Hillaire, Breton, Lessig, Caseau, Reid, Lebeau, et bien 100 autres préférables à cette mauvaise farce qu’est Fink (eh oui, le Net c’est mon truc, et j’ai lu bien des livres et pas mal oeuvré sur ce fameux Net).

    + pour ceux qui aiment les images il y a quelques videos pas mal sur UTLS (celui de Michaud, qui affronta Fink sur le sujet Polanski récemment, affrontement cher payé…!) ou Cité sciences ou College france.

    Bref, Fink, c’est vraiment pour ceux qui ont du temps à perdre ou quelques afficionados aux motivations plus ou moins louches… 🙂

  33. J a tant œuvré pour le net, nous le connaissons tous, alors il se cache pour mieux œuvrer dans l’ombre 😉

    Finirons-nous par avoir un comming out ?

  34. J says:

    coming out…
    c’est vrai, je laisse peu de traces associées explicitement à une ”individualité”.

    mais je me suis appliqué de bien des manières, et dans des contextes bien diversifiés 🙂

    jusqu’à présent une sorte de personnalité Taz peut être, qu’en pensez vous monsieur ThierryCrouzetTm?

  35. le dard collectif 000 says:

    Patrick Sebastien lance son mouvement politique, le DARD.

    Le dard de la guèpe :

    “La guèpe est un insecte social qui a la faculté d’avoir une intelligence collective”

    Invité sur France 5 il explique :

    “J’ai les qualités et les défauts du peuple”.

    Voilà enfin ce qu’attendait J.

    Pas un vulgaire intello comme Fink, mais le peuple, le vrai, l’intelligence collective, les insectes. On est sauvé.

    Patriiiick !!

  36. Mutation et écosystème 000 says:

    “des brusques sauts”

    Tu vois dans toute mutation un truc novateur que rien ne peut arrêter.

    C’est tout simplement faux : l’évolution c’est avant tout la réparation du code contre les mutations.

    Tu crois qu’il est ridicule de lutter contre un changement, alors que la définition même de la vie c’est de maintenir un écosystème contre les mutations du contexte.

    C’est la matière inerte qui ne défend pas son code, qui subit le vent sans réagir.

    L’idéologie du vent n’est pas la mienne.

    Il y a plein de nouveautés qui sont à rejeter, c’est ce que fait la vie en permanence, sinon c’est le cancer.

    Le cancer c’est quand l’organisme ne défend plus son code et subit la nouveauté sans réaction.

    Le marqueur de l’évolution est autant le rejet des formes mutantes pas viables, que l’innovation.

    Quand on a un modèle économique performant dans un domaine, on ne se laisse pas envahir par n’importe quelle nouveauté non viable, au prétexte qu’ “il faut être moderne”.



    Sans ce système de réparation du code, le monde serait une marmite remuante sans rien de stable et sans aucune évolution véritable.

    Il faut un écosystème stable pour approfondir.

    La vie consiste à construire cette stabilité contre le vent.

    Twitter c’est l’exaltation quotidienne du vent. Densité intérieure nulle.
    C’est la vie de la matière qui subit le vent, ce n’est pas la vie de l’esprit qui approfondit.

  37. J says:

    oui 🙂 on m’avait renvoyé vers la video où il en parlait face à la tronche un peu déconfite de Hollande.
    je trouve ça très ”intéressant” à suivre.

    et il est vrai que j’ai plus d’estime pour Sébastien que pour le Fink ; mais ce genre de considération (de fond, je précise) ne peut même être appréhendée par un esprit boursouflé comme le tien.

    va comprendre… 🙂

  38. narvic says:

    @ J

    Ça reste très vague toussa, et très péremptoire. On peut savoir de quels livres de Finky à propos d’internet tu parles précisément ?

    Ensuite, c’est bien joli ta méthode, mais intellectuellement défaillant ou malhonnête : tu ne cites que des auteurs avec lesquels tu es d’accord, et tu rejettes sans argument celui qui ne te convient pas. A mon sens, c’est l’inverse qu’il faut faire : ceux avec lesquels tu es d’accord, on s’en fout. C’est ce que tu réponds aux autres qui serait intéressant…

  39. J says:

    ***Ça reste très vague toussa, et très péremptoire. On peut savoir de quels livres de Finky à propos d’internet tu parles précisément ?
    >>> à ma connaissance il n’en a écris qu’un.
    l’heure que j’ai passée à en parcourir la suite d’apriori et lieux communs a suffit.
    par ailleurs, ses propos plus récents montrent à quel point l’homme est un intellectuel de qualité, dont la pensée sait s’affiner comme le bon vin… en vinaigre!
    pour finir, je ne connais pas une personne qui connaisse internet et qui fasse appel aux soi disantes réflexions de ce fat, ou qui trouve un tant soit peu intéressant ou non pompé ailleurs dans ce que dit ce triste phisosophe médiatique.
    quant à l’aspect péremptoire, effectivement, je ne vois aucune raison pour passer les heures ici afin de démontrer par a + b que ce mec n’a pas une idée à lui sur ce sujet, ou que son ”analyse” se réduit à des jugements de valeur sans perspective philosophique ou sociologique à la hauteur des questions.

    mais qui donc de sérieux prête vraiment attention à ce que dit ce nabot de la pensée, ayant une très haute estime de lui d’ailleurs???! 🙂
    personne.
    tout repose sur du social de salons parisiens ou autre.
    il est l’antithèse de la reconnaissance par les pairs et du mérite intellectuel.

    ***Ensuite, c’est bien joli ta méthode, mais intellectuellement défaillant ou malhonnête : tu ne cites que des auteurs avec lesquels tu es d’accord, et tu rejettes sans argument celui qui ne te convient pas. A mon sens, c’est l’inverse qu’il faut faire : ceux avec lesquels tu es d’accord, on s’en fout. C’est ce que tu réponds aux autres qui serait intéressant…
    >>>procès d’intention… c’est faux.
    j’ai notamment cité Breton bien que je ne sois pas du tout en accord avec lui.
    in ogni modo, le point commun à ces quelques noms, c’est que eux apportent du contenu intellectuel, original, et informé.

    bref, les internautes étant un peu fénéants, particulièrement dans les posts chez les autres, toussa est forcément dit à la va vite.

    mais Fink craint.
    et pas que vis à vis du sujet Net!

  40. narvic says:

    ne twitte guère, mais il commente – un peu – chez @crouzet http://bit.ly/5fWtPK et sur owni (oui, tout arrive !) http://bit.ly/7lxisQ

  41. Nathalie says:

    RT @narvic: ne twitte guère, mais il commente – un peu – chez @crouzet http://bit.ly/5fWtPK et sur owni (oui, tout arrive !) http://bit. …

  42. narvic says:

    @ J

    J’apprécie l’effort d’un Jacques Rancière, par exemple, pour répondre VRAIMENT, lui, à Finkielkraut. Et pas par du simple dénigrement injurieux, qui n’a pas le moindre intérêt intellectuel, et rabaisse celui qui s’y livre plutôt qu’autre chose.

    L’accusation de Rancière n’est d’ailleurs pas rien, c’est celle d’une dérive vers “La haine de la démocratie” (Rancière, 2005), qui concerne directement Finkielkraut et quelques autres intellectuels français contemporains, cités par l’auteur.

    Rancière a le grand mérite, selon moi, de pointer l’ampleur du “déplacement” intellectuel qu’impose sa propre critique de cette dérive de l’intelligentsia française depuis mai68. Et il renvoie à la question pédagogique (“La maitre ignorant”, Rancière, 1987).

    On trouve d’utiles réponses également dans “Le peuple des connecteurs”… sur cette question centrale, remise en perspective par internet, des possibilités de “l’émancipation intellectuelle”. 😉

    Il est très intéressant, selon moi, de mettre en parallèle “l’émancipation intellectuelle” selon Rancière, et “la liberté fatale” selon Finkielkraut (le concept qui est le pivot de sa critique d’internet).

    [Sans compter que “l’émancipation intellectuelle” de Rancière est – aussi !, si ce n’est… surtout- une réponse intéressante à une objection opposée à celle de Finkielkraut, et qui est celle… de Julien Coupat !]

  43. J says:

    merci pour la ref Ranciere, je lirai je pense.
    un livre c’est très bien pour gratter effectivement jusqu’au fond de ce genre de personnage, et en dégager l’essence véritable, et son odeur.
    essence dont une des conséquences est clairement la haine de la démocratie (et du peuple au sens de triple x, c’est à dire non lecteur non instruit, et donc idiot et méprisable).
    la haine de l’internet fait partie de ce syndrome, qui est par ex caractéristique des intellectuels médiocres, ou des intellectuels sans amplitude humaniste.

    mais je crois qu’il faut aussi bousculer ces personnages par l’irrespect, le pamphlet, la video moqueuse, etc, de manière qui effrite l’autorité morale qu’ils ont, donc différemment que par les livres argumentés longuement et … peu lus.

    concernant la question pédagogique, centrale pour la liberté, et la Politique, Jaurès a écrit de très belles choses.
    qui donnent le vertige si on les place en perspective avec le très acéré Enseignement de l’ignorance de Michéa, ou le fait que des ânes culturés comme Fink puissent enseigner la philosophie dans une des deux écoles qui donnent la majorité des cadres ‘sociaux’ de très haut niveau dans notre beau pays ultra centralisé.
    pour le Net et éducation, c’est Quéau qu’il faut que tu contactes, à mon avis le meilleur sur ce sujet.

  44. Lionel says:

    Les textes longs pour un large public ont été longtemps des exceptions. Les premiers romans avaient un public fort restreint; quant à celui de leurs contemporains commentateurs… Au XIXe siècle, Balzac ou Dumas publiaient d’abord en feuilletons, dans des périodiques.

    Si l’on veut l’air du temps, le grand nombre de lecteurs et l’interaction maximum, le retour au feuilleton ou au recueil est peut-être une piste à explorer… euh… elle est explorée (mais pas encore très pratiquée par les randonneurs; ça viendra, sans doute). Quelques exemples récents (deux filles, parce qu’elles le valent bien):

    Hôtel des Cœurs brisés, d’Anne Cunéo;
    Le Sourire de Lisa, d’Anne Cunéo;
    Le Syndrome du poisson rouge, d’Agnès Maillard.

  45. Lionel says:

    Ah oui… en passant: on note que 000 n’a pas vraiment compris ce qu’est le cancer. (Pour faire simple: c’est la réplication sans limite du même code, jusqu’à la mort.)

  46. 000 says:

    “000 n’a pas vraiment compris ce qu’est le cancer. (Pour faire simple: c’est la réplication sans limite du même code, jusqu’à la mort.”

    Je parle du cancer du point de vue de l’organisme qui le subit.

    Pour l’organisme, le cancer est une nouveauté : une cellule mutante,

    différant du code des cellules de l’organisme.

    Le code a subi une alteration.

    Cette cellule mutante se multiplie contre le code normal des cellules de l’organisme.

    Cette nouveauté parasite l’organisme et le tue en épuisant ses ressources, bloquant le fonctionnement de ses organes et son écosystème.

    Le cancer est donc bien une nouveauté qui se multiplie sans que l’organisme l’élimine.

    En laissant cette nouveauté se multiplier, l’organisme meurt.

    La vie saine de l’organisme, c’est de préserver son code contre les alterations, contre les nouveautés mutantes.

    L’évolution est le résultat de la lutte entre les mutations et la préservation du code.

    Pas d’évolution sans code qui se protège : c’est la préservation du code qui crée l’organisme complexe, sinon on n’aurait plus d’organisme, mais un échange perpétuel de matières informes.

    La mutation ne permet l’évolution qu’en tant qu’exception.
    Elle doit rester limitée.

    Au final, certaines mutations triomphent et apportent des avantages évolutifs ;

    mais la plupart des mutations sont combattues et doivent l’être sous peine de mort.

    S’abandonner à toutes les mutations en disant qu’on ne peut pas lutter contre la nouveauté est une absurdité.

    L’organisme lutte à chaque seconde contre les nouveautés. C’est sa vie qu’il défend en luttant ainsi contre tout ce qui veut l’altérer.



    Si la gratuité est un concept non viable pour l’écosystème de la culture, il faut s’en débarrasser comme on lutte contre un cancer.

    Ce n’est pas parce que c’est nouveau que c’est l’avenir, qu’on doit se coucher devant ça. L’esprit de Munich, non merci. Toute nouveauté n’est pas destinée à triompher.

  47. Contre Munich - Toute nouveauté n'est pas l'avenir says:

    “réplication sans limite du même code, jusqu’à la mort”

    Je n’ai jamais défendu l’idée d’une préservation du code à l’identique.

    Mais d’une préservation de l’écosystème du code, de sa base vitale fondamentale.


    Face à une nouveauté, il ne faut pas dire :

    “c’est nouveau, c’est l’avenir, lutter contre est ridicule”.

    Il faut dire :

    “est-ce un avantage ou pas ? Si cela menace mon écosystème vital, je lutte contre, il n’y a pas de fatalité.”

    L’histoire est pleine de nouveautés qui ont disparu sans s’imposer parce qu’on les a combattues.

    Goethe, fataliste, saluait en Napoléon l’Esprit de l’Histoire, une force que rien ne pouvait arrêter.

    D’autres ont combattu Napoléon, et ont triomphé de lui.

    Sur Internet il y a plein de phénomènes nouveaux qui vont disparaître, parce qu’ils menaçaient des écosystèmes essentiels.

    Le piratage sans modèle économique va disparaître. Ce n’est pas plus l’avenir que le vandalisme de Napoléon en Russie. A un moment donné on dit : Stop ! Et la prétendue nouveauté disparaît dans le passé historique.

    Tant pis pour les Munichois qui croyaient miser sur l’avenir. Leur avenir est passé, vaincu.

  48. Thierry face à Internet = Goethe face à Napoléon says:

    Thierry a un côté Goethe fasciné par Napoléon, d’ailleurs. Il a tendance à voir dans Napoléon la force nouvelle qui met fin au vieux monde, force impossible à vaincre.

    Son Napoléon étant Internet, bien sûr.

    En réalité une bonne part sera rabotée.

    Il restera quelque chose du passage de ce Napoléon, la société aura changé.

    Mais ce ne sera pas un monde aussi nouveau que cela. Les hommes ne changent pas aussi vite que les contextes sociaux ou technologiques. Ils préservent leur identité.

    On en revient vite aux fondamentaux, à la préservation du code contre la nouveauté.

    Comme la nuit qui efface en grande partie les avancées du jour, reprogrammant le cerveau pour qu’il ne change pas trop, précipitant la plupart des nouveautés dans l’oubli.

    Internet est ce Napoléon, qui bouscule un peu le vieux monde, mais pas autant que rêvaient les fans de Bonaparte.

  49. Internet nouveau Napoléon says:

    Au passage, on note qu’Internet a les deux visages de Napoléon :

    le premier visage de Napoléon, c’est le libérateur des peuples contre les vieilles royautés et aristocraties.

    La construction de nouveaux réseaux plus égalitaires.
    La construction de nouvelles élites.
    La promotion de l’initiative et du talent, contre le sang et l’hérédité.

    La fraternité des grognards coalisés contre les forces de la réaction.

    N’importe qui peut devenir colonel, général, maréchal… A toute vitesse.



    Et le deuxième visage de Napoléon, c’est Fouché : la police, la surveillance, un nouveau totalitarisme qui prospère sur les bases mêmes de la libération du peuple.

    De même, Internet c’est la surveillance de chacun : un fichage sans précédent, une disparition du secret,

    tout cela prospérant sur le terreau même de la liberté et de la déconstruction du vieux monde.

    Ce sont aussi de nouveaux barons qui prennent par l’épée (les blogs et les Tweets) la place des barons héréditaires du vieux monde.

    Beaucoup de nouveautés, mais plus en surface qu’en profondeur. Et déjà les fondamentaux du vieux monde refont surface et prospèrent.

    Les deux compères, qui n’avaient jamais disparu : le vice au bras du crime, s’entendant pour reconstruire un nouveau vieux monde.

    Le vent va vers le midi, il tourne vers le nord; il tourne encore, et reprend les mêmes circuits.

    et Deus instaurat quod abiit

  50. J says:

    je repensais à ces quelques échanges avec Narvic aujourd’hui.
    et me disais : mais pourquoi dépenser du temps au sujet de Finkielkraut???
    et là je viens de tomber là dessus.

  51. J says:

    –désolé pour le malencontreux Enter précédent -:)

    je repensais à ces quelques échanges avec Narvic aujourd’hui.
    et me disais : mais pourquoi dépenser du temps au sujet de Finkielkraut???

    et je viens de tomber là dessus, qui me conforte une fois encore dans le fait que cet homme est intellectuellement assez médiocre, foncièrement ”méchant” et killer d’opposants, et aussi intéressé dans ses propos qu’un collaborateur serviable.
    http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/t/1259591821/article/alain-finkielkraut-le-derapage-de-trop/
    le petit article est certes maladroit, mais il cite ceci de F :
    “Marie NDiaye n’est certes soumise à aucun devoir de réserve mais à un devoir de justesse car comme le dit Albert Camus, mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde … C’est de l’ivrognerie verbale”.

    et il est très tentant d’employer les mots justes à son sujet, en effet!

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